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Quand vient la vague… Jean-Christophe Tixier et Manon Fargetton Rageot 2018

A Lacanau, Clément est un adolescent de 15 ans qui se passionne pour le surf. Lorsque sa sœur, Nina, disparaît, il reste d’abord sans réaction. Puis, sur les conseils de son meilleur ami,  décide de prendre l’enquête en main. Une lettre laissée par Nina lui laisse pressentir qu’elle est vivante. Pourquoi est-elle partie ? Clément raconte ses recherches tandis que Nina nous dévoile les raisons de son départ.Quand-vient-la-vague_Manon Fargetton

L’histoire se lit très bien, malgré quelques longueurs. J’ai deviné assez rapidement le cœur de l’intrigue mais j’ai continué ma lecture, intriguée par la manière dont les auteurs allaient traiter le sujet. Difficile d’en dire plus sans dévoiler la suite. Mais il est question d’adultes et de mensonges, de la vague qui les met au jour et modifie complètement votre vie…

 

 

Une sélection sportive au pas de course : l’occasion de se débarrasser de certains a priori ?

Comme une envie de se (re)mettre au sport avec la belle saison ? Allez -y, courez ! sautez ! mais si cette idée a encore du mal à prendre corps et préfère attendre une meilleure conjoncture, vous pouvez déjà pratiquer la lecture sportive !  Seul équipement nécessaire : un bon fauteuil, ou tout autre support moelleux, une boisson plus ou moins infusée, et un livre !

 

Le sport a été choisi en 2018 comme thème de la manifestation organisée par la Médiathèque départementale du Haut-Rhin, »Bibliothèques à la une » (en ce moment dans plusieurs bibliothèques du 68) Une première sélection puis une deuxième vous avait été proposée par Aurélie. Je poursuis avec mes lectures étrangères que j’ai orientées vers la course à pied.

Marathon man de William GOLDMANN « Babe », étudiant juif et de nature assez lâche, veut devenir « Le Marathonien » et pas seulement un marathonien quelconque. Il veut ajouter à ce titre l’excellence d’un diplôme universitaire. D’où les entraînements intensifs, la vie préréglée qui va voler en éclats après qu’il a été pris en chasse par un ancien nazi qui n’a pas perdu la main (la fameuse scène de torture chez le dentiste dans le film de John Schlesinger vient de là). Son objectif sportif va lui être utile dans la lutte pour sa survie et pour comprendre la machination ubuesque dont il est la victime avec sa famille.

Le zoulou de l’ouest de Elmore LEONARD

Imaginez un western, mais sans les grands espaces. Dans ce livre, la vue est en général limitée par des barreaux. Ici, on est dans un western carcéral. Sauf pour deux pensionnaires particuliers, un noir et un indien, qui bénéficient de l’esprit bienveillant du nouveau Directeur–pasteur de la prison, destinée à fermer. Il a décidé de ramener ces brebis égarées dans le troupeau de Dieu et de leur redonner leur fierté à travers un entraînement quotidien à la course à l’extérieur de la prison. Pour réussir votre évasion, ajoutez un chef de bande tordu, une prisonnière et un sens aigu du dialogue.

Autoportrait de l’auteur en coureur de fond de Haruki MURAKAMI

A travers son journal de bord sans concession, décrivant sa mue en coureur de fond, Murakami se dévoile entièrement. Au départ, il y avait sa volonté de devenir écrivain et la nécessité à ses yeux de trouver une discipline pour se maintenir en forme. Il va s’apercevoir que la course à pied et la rigueur qu’elle demande lui procurent des bienfaits qui s’appliquent parfaitement à l’exercice de l’écriture : ténacité, dépassement de soi, concentration. A la clé également, une meilleure connaissance de soi qui servira ses deux activités.

La solitude du coureur de fond de Alan SILLITOE

Smith, un jeune homme, est repéré pour ses qualités d’athlète par le directeur de la maison de redressement où il est censé se réinsérer. Mais il n’est pas dupe de la liberté qu’on lui accorde pendant ses séances d’entraînement à l’extérieur. Va-t-il rester fidèle à ses valeurs en refusant d’être instrumentalisé par le directeur qui ne rêve que d’une victoire à la course pour son établissement ? Une nouvelle qui ne va pas dans le sens du poil moral, toute empreinte de noirceur.

Invisible sous la lumière de Carrie SNYDER (coup de cœur)

Etats-Unis, années 20, autant dire une période rude. C’est pour survivre et non pour la gloire qu’Agatha va déployer son talent pour la course et sera sélectionnée dans la première équipe féminine d’athlétisme aux JO de 1928.

C’est ce qui poussera deux documentaristes à lui faire raconter sa vie. Personnage fort, mais pas insensible aux drames frappant son entourage, elle avance, rencontre l’amour et l’amitié, confrontée à la rivalité. Sa vie est aussi une lutte pour le respect des femmes. Un style juste et bouleversant surtout dans la description de l’enfance, des liens au sein d’une fratrie.

Et un français

Courir de Jean ECHENOZ (lu par Marie-Hélène, celui-là !)

Tu cours bizarrement mais tu cours pas mal » lui dit un entraîneur. Pendant la seconde guerre mondiale, un ouvrier tchécoslovaque se met à courir et va marquer l’histoire des compétitions de fond et demi-fond des années 50. Jean Echenoz nous offre ici un vrai plaisir de lecture par son évocation du coureur Emil Zapotek qui collectionna les records et les titres olympiques, tout en s’accomodant des pesanteurs du régime communiste de l’époque. Emboitez sans hésiter la foulée de Zapotek, coureur au style atypique, inventeur du sprint final et de nouveaux modes d’entraînement.

 

« La Fille d’avant » de J-P DELANEY ; Trad. de Jean ESCH

Pendant la grève, la balade continue. Au départ du choix de cette jeune lectrice de 24 ans, il y a la mention de la sélection de ce titre d’un auteur qu’elle ne connaissait pas pour le Prix des lecteurs et sa présentation en 4è de couverture. Donc, avec ses informations,  direction la librairie Ruc à Colmar ! Il s’agit d’un thriller, un genre décidément très prisé en ce moment, choisi par cette grande lectrice qui lit toutes sortes de romans.

Selon notre voyageuse, il se lit bien car son style est fluide et le scénario est bien construit .


 

Pour réserver ou et voir le résumé , c’est ici !

 

Les Marvels Brian Selznick Bayard 2017

Quel drôle d’objet ! Ce livre attire d’abord par son aspect : couverture bleue et dorée, parsemée d’étoiles ! Tout inspire au merveilleux et àLes-Marvels_Brian Selznick l’aventure.

Dans la première partie, l’histoire est racontée sous forme de superbes dessins en nuances de gris. Sur un bateau, le Kraken, en 1766, a lieu la représentation d’une pièce de théâtre. Peu après, le navire fait naufrage et le jeune Billy, l’un des acteurs est le seul survivant. Il sera à l’origine de la lignée des Marvels, comédiens célèbres à Londres dont l’histoire s’arrête en 1900.

Les images cèdent alors la place aux mots. En 1990, Joseph s’échappe de son pensionnat pour rejoindre son oncle, Albert Nightingale. Celui-ci vit dans un monde bien étrange où rien ne doit être dérangé. Un mystérieux lien semble l’unir aux Marvels. Joseph et sa voisine Frankie sont bien décidés à en savoir plus.

La fin du roman se clôture en images. Il n’y a pas de mots, que des émotions.

Un livre sous forme de conte, dans la lignée de L’invention d’Hugo Cabret. L’imaginaire et le réel se mélangent. Les thèmes de la place dans la famille, de la vocation, de la maladie et du deuil sont présents. Mais ils sont transcendés par l’univers artistique, présent à travers le théâtre et le dessin.  A ne pas manquer !

« Le dimanche des mères » de Graham SWIFT ; Trad. par Marie-Odile FORTIER-MASEK

MENSONGES DANS UN JARDIN ANGLAIS

Que les amateurs des « Vestiges du jour » ou de « Downtown Abbey » se rapprochent, ils pourraient être intéressés. Et tant qu’on y est, ceux de l’amant de Lady Chatterley, sauf que dans ce livre, c’est la bonne anglaise qui raconte l’histoire. Dans le cadre verdoyant d’une demeure bourgeoise entourée du parc qui va avec, Jane a comme amant  un jeune homme de bonne famille. Jeune orpheline, elle a été placée dans une famille et, le jour de congé spécial où les domestiques peuvent rendre visite à leur mère, elle se trouve doublement libérée. Elle va prendre à bras le corps cette liberté et en jouir à sa guise et investissant totalement ce jour. A l’occasion de ce jour charnière,  toutes les relations habituellement rigidifiées par les codes vont voler en éclat.

Elle est très intelligente et observatrice de la comédie sociale qui se joue au quotidien. Douée d’imagination, elle arrive à jouer des mensonges et prendre sa part du gâteau en utilisant cette facilité ainsi que son amour pour la littérature enrichissant son parcours qui aurait pu s’arrêter au stade de simple domestique.

La société anglaise avec ses classes cloisonnées est bien dépeinte également dans cette période d’après la première guerre dévastée par les morts de jeunes garçons morts au combat en France. La transition technologique en marche  est peuplée  par les premières voitures chassant des écuries ancestrales les équipages de chevaux.

Dans ce roman court, l’auteur décortique (surtout au début du livre), le moindre haussement de sourcil et ses conséquences à travers le tamis des convenances sociales. J’ai failli arrêter ma lecture pour cause d’étouffement, (c’est donc réussi) mais ce côté corseté peut plaire à d’autres lecteurs. J’ai continué et donc apprécié plus le fond et le profond sentiment de liberté découvert par Jane, malgré tout.

 

 

« Désolée, je suis attendue » de Agnès MARTIN -LUGAND

Cette lectrice de 54 ans prend le train tous les jours pour se rendre à son travail. Elle a acheté ce livre en librairie un peu par hasard et guidée par la 4ème de couverture. Elle vient de débuter ce roman et trouve qu’on arrive bien à s’ identifier au personnage principal, une femme  Investie dans son travail et passe à côté de sa famille. Va y elle changer ? C’est la question qu’elle se pose .

10 min dans le  train, c’est court mais c’est déjà bien pour lire un peu et se poser. Les vacances également sont un bon moment pour prendre le temps de lire.

Roméo sans Juliette Jean-Paul Nozière Thierry Magnier 2015

Ce livre m’a été conseillé par une collègue et je n’ai pas été déçue. Pourtant, j’appréhendais un peu, au vu du titre, un pastiche édulcoré de la tragédie de Shakespeare.

Roméo sans Juliette_NozièreRoméo a 18 ans. Il sort d’un centre fermé pour mineur et doit se rendre au chevet de son père dans le coma. Commence alors un récit à deux voix, celle de Roméo et celle de Juliette, sa voisine et amour de jeunesse. Ils reviennent sur leur enfance. La mère de Roméo disparaît lorsqu’il a 11 ans. Il est élevé « à la dure » par son père qui profère des théories racistes. Selon lui, d’ailleurs, rien ne sert d’ apprendre, il vaut mieux savoir se défendre avec ses poings. Juliette vit, elle aussi, dans une famille monoparentale mais équilibrée et aisée. Sa mère la pousse à apprendre. Les destins des deux jeunes vont s’éloigner jusqu’au drame… Dans ce roman, ce n’est pas une guerre entre deux familles qui sépare les amoureux, mais des conceptions et des valeurs opposées.

Jean-Paul Nozière montre l’influence des parents, des amis et l’importance de l’éducation dans le rapport à l’autre et le développement personnel. C’est un roman saisissant sur le racisme et ses origines. Sans leçon de morale, l’auteur fait mouche.

« Dans les bois » de Harlan COBEN ; Trad. par Roxane AZIMI

Ce livre a été acheté par une jeune lectrice de 24ans. Elle avait déjà lu et apprécié  d’autres titres de Harlan COBEN, un auteur connu du grand public. Ce qui lui plaît ici aussi, c’est le style et les rebondissements inattendus dans l’intrigue. Eh oui, c’est un thriller ! Au menu, des disparitions d’adolescents non élucidées qu’un procureur lié à l’une des victimes va tenter de résoudre.  Cette jeune femme lit parfois beaucoup  sur une période, puis fait une pause. Elle se plonge dans ses lectures dans le train qu’elle prend régulièrement parce que c’est une parenthèse qui s’y prête.

Pour le réserver dans le réseau des bibliothèques du Haut-Rhin , c’est là !

 

15 jours de création !

 

Sophie Rigal-Goulard, auteur de romans jeunesse, nous a fait le plaisir de passer 15 jours en résidence de création littéraire à Altkirch dans le Sundgau. Ce séjour a eu lieu du 27 novembre au 8 décembre. L’objectif était d’une part, d’organiser des ateliers d’écriture animés par un auteur pour des collégiens, et d’autre part, d’organiser des rencontres entre ce même auteur et les publics des médiathèques ainsi que le personnel des bibliothèques du Haut-Rhin.

Au collège d’Altkirch, Sophie a travaillé avec la classe de SEGPA de Mme Farny. Elle a aidé de petits groupes à écrire des romans photos. Les élèves avaient lu plusieurs livres de Sophie et ont apprécié la rencontre avec l’auteure. Ils avaient d’ailleurs préparé des questions à lui poser.

Au collège de Dannemarie, quatre classes de sixième ont profité de la venue de Sophie pour s’intéresser au métier d’écrivain. Une classe de cinquième a pu discuter du thème de l’obésité, abordé dans le titre Isis, 13 ans, 1m60, 82 kg, publié chez Rageot. Les élèves ont composé un portrait chinois.

La classe de 6e B a bénéficié de plusieurs heures avec Sophie. Les élèves se sont penchés sur la réécriture d’un conte, Blanche Neige, qu’ils avaient étudié en cours. S’inspirant des thématiques des livres de Sophie (10 jours sans écran et 15 jours sans réseau, publiés chez Rageot), ils ont actualisé et détourné l’histoire en y ajoutant une bonne dose de nouvelles technologies et d’humour.

La classe Ulis a travaillé, quant à elle, sur le contre des Trois petits cochons. Ces derniers sont devenus les Trois petits connectéchons !

L’expérience est une vraie réussite grâce à la générosité et au professionnalisme de Sophie ! Merci aux enseignants, merci aussi aux bibliothécaires d’Altkirch et de Dannemarie qui ont accueilli les classes et les ont aidées à avancer.

Les deux rencontres « tout public » et les deux formations autour des livres de Sophie et de son travail ont, elles aussi, été appréciées. A chaque fois, il y a eu de nombreux échanges qui ont permis de mieux comprendre le travail de l’écrivain et sa place dans la chaine du livre. A travers les thèmes abordés, ce sont aussi les questions de société autour du numérique qui ont émergé, questions qui interpellent particulièrement les bibliothécaires. Comment, dans un contexte de sollicitation permanente, donner envie de lire ?

Nous avons eu même droit à un scoop ! En avant-première, nous avons pu découvrir la couverture du dernier livre de Sophie !

Sophie Rigal-Goulard_24-heures-sans-jeu-video

 

 

 

 

 

« IMPERIUM  » de Christian KRACHT ; trad. par Corinna GEPNER

See, (coco)nuts and Sun

Engelhardt croit au pouvoir de la noix de coco sous toutes ses formes et compte le faire découvrir à ses compatriotes restés au pays (en Allemagne, début du 20è siècle, autant dire un début de période agitée). Fort de son pouvoir de colon allemand installé avec ses congénères impérialistes passablement dégénérés et alcooliques  sous le soleil des terres de la Nouvelle Poméranie, Océan indien, il achète une île qu’il va vouer à la culture de la noix de coco dont il sera le gourou. Adepte des bienfaits de la supernoix, il décide d’en faire son unique nourriture, se transformant en précurseur prosélyte d’un végétarisme  dur doublé d’un nudiste convaincu.

Pour développer son affaire, il va faire appel à des personnages plus ou moins honnêtes mais passera de plus en plus pour un illuminé.

« On ne concluait pas d’affaire avec des gens nus aux cheveux longs »


 

 

 

La maladie qui le ronge et la violence ambiante ont raison de son idéalisme et il se tourne lui aussi vers l’idéologie du national socialisme.

 « C’est ainsi qu’Engelhardt est devenu antisémite ;  comme la plupart de ses contemporains,  comme tous les membres de sa race, il avait  fini par voir dans l’existence des Juifs une cause probante de toutes les injustices endurées. »

Le style assez pince -sans rire et la longueur relative des phrases pourraient en décourager quelques-uns, au début. (J’ai été tentée d’arrêter un moment), mais, ce serait se priver d’un livre très original et dont la petite musique persiste. De tragi-comique (les élucubrations du héros qui s’enfonce dans le délire, la description du navire allemand qui sombre et commence à se tourner vers une idéologie de ses racines fantasmées) on s’achemine vers le plus sensible au fur et à mesure de la progression de l’histoire.

Quand le capitaine Slutter et la petite fille Pandora qu’il a pris sous on aile traversent une tempête en mer et s’en sortent avec l’équipage.

 « Personne n’avait  eu de pouvoir  sur lui, oui, pense-t-il,  il a finalement  accepté  que cette  enfant rousse fasse de lui un être non seulement vulnérable  mais mortel »

A la fin, on assistera à l’avènement d’une nouvel impérialisme : celui incarné par la bouteille de Coca.

Le style assez pince -sans rire et la longueur relative des phrases pourraient en décourager quelques-uns, au début. (J’ai été tentée d’arrêter un moment), mais, ce serait se priver d’un livre très original et dont la petite musique persiste.

Un article en anglais sur le véritable August ENGELHARDT!