Archive mensuelles: décembre 2015

Les romans francophones de l’année 2015

Difficile de résumer l’année 2015… Il y a eu bien sûr les parutions des poids lourds de la fiction française : Guillaume Musso, Marc Lévy, Amélie Nothomb. Quelques auteurs plus récents sur la scène littéraire semblent suivre leur chemin comme Romain Puertolas, Grégoire Delacourt, Gilles Legardinier ou Agnès Martin-Lugand. Ne boudons pas notre plaisir, ces livres sont agréables à lire : on y trouve  parfois de l’humour et de l’optimisme (si, si ça existe !).

Forcément moins gaie, la tendance lourde à l’autofiction et à l’introspection se poursuit. On citera Un Amour impossible d’Angot, D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan ou La Gaité de Justine Lévy. Les relations père-fils sont au coeur du roman de Sorj Chalando Profession du père et de L’Homme de ma vie de Yann Queffélec. Christian Bobin a écrit un bel hommage à une femme aimée dans Noireclaire, à mi-chemin entre poésie et roman. Quant à Eric-Emmanuel Schmitt, il nous fait part d’une nuit mystique qui a changé sa vie dans La Nuit de feu. Jean d’Ormesson, lui, revient sur trente ans de vie politique dans Dieu, les affaires et nous.

Tendance parallèle également importante, celle de l’exofiction ou biographie romancée. En début d’année, il y a eu Vivre vite de Philippe Besson dont le personnage central était James Dean. Tatiana de Rosnay a ensuite connu le succès avec Manderley for ever et la vie de Daphné du Maurier. Dans Eva, Simon Liberati revient sur le parcours sulfureux de sa
compagne. Jean Teulé nous conte, à sa façon, le couple Héloïse et Abélard (Héloïse, ouille !). Toujours historique, le roman de Patrick Rambaud, Le Maître, suit la naissance du taoïsme. Roland Barthes est impliqué dans une enquête
dans La 7ème fonction du langage de Laurent Binet. Enfin, l’essai Un été avec Baudelaire a connu un joli succès.

Autre genre, le roman de terroir qui a ses fidèles. Les parutions des deux Françoise, Bourdin et
Bourdon, tiennent le haut du pavé. A retenir également le succès de Christian Signol : Nos si beaux rêves de jeunesse.téléchargement2

Les romanciers s’interrogent aussi sur les rapports Occident/Orient, les effets du colonialisme et l’islamisme. En début d’année, Sophia Azzedine publiait Bilqiss, l’histoire d’une femme condamnée à la lapidation. Michel Houellebecq devait créer la polémique avec Soumission mais la sortie du livre est finalement passée presque inaperçue au vu de l’actualité. Dans 2084, livre d’anticipation, Boualem Sansal revient sur la crainte d’un régime totalitaire religieux. La question du colonialisme est abordée dans Les Prépondérants d’Heidi Kaddour. Enfin, le Prix Goncourt, Boussole de Mathias Enard, roman exigeant, évoque les voyages et la fascination pour l’Orient du narrateur.

Carole Martinez a écrit une suite au roman Du domaine des murmures. Il s’intitule La Terre qui penche. La langue et le style sont remarquables, même s’ils peuvent rendre la lecture ardue. Autre livre qui se démarque : Les Gens dans l’enveloppe d’Isabelle Monnin. Il s’agit d’une expérience particulière : à partir de photos d’inconnus, écrire une histoire puis retrouver les protagonistes.

Pour terminer, citons encore tous les livres que je n’ai pas réussis à faire entrer dans une catégorie précise : L’Exercice de la médecine de Laurent Seksik, Check Point de Jean-Christophe Rufin, Vernon Subutex de Virginie Despentes, qu’on peut qualifier de roman social, Danser les ombres de Laurent Gaudé sur le séisme en Haïti, les nouvelles de Philippe Delerm Les Eaux troubles du mojito, Jules de Didier Van Cauwelaert et j’en oublie…

Mais déjà les bonnes feuilles des parutions 2016 arrivent…

En vous souhaitant de joyeuses fêtes de fin d’année !

Du rab de Gourmandises !

cuisine ustensileJ’avais lu et apprécié deux livres pour préparer le dossier « Gourmandises ? » de la Médiathèque départementale 68 dont j’ai parlé dans un article précédent. Comme j’avais limité l’aire géographique couverte par mes lectures à l’Asie (pour les romans étrangers),  je ne savais pas où classer les autres.

Les voilà : Les  Miscellanées culinaires de Mr SCHOTT par Ben SCHOTT. Comme beaucoup de miscellanées, (genre littéraire en vogue au 19è siècles qui correspond à une mise en commun de textes divers dont l’unité ne saute pas forcément aux yeux) , elles ont un aspect un peu suranné mais remplissent leur office de banque de données thématique autour des aliments et de la cuisine.Tout un monde à portée de main !!! Il manque juste un classement pour s’y retrouver, mais, justement, c’est le hasard qui vous permettra de tomber sur des informations aussi vitales que : comment choisir un fromage, qu’est ce que le « Röstigraben », comment décoder les différents « Mmm » émis par Homer SIMPSON devant des aliments qu’on lui présente, comment porter un toast dans 29 langues y compris le morse, la différence entre anthropophage, créophage et omophage…des habitudes alimentaires de certains personnages célèbres, des anecdotes littéraires….Mais il y a aussi du concret, de l’utile !! puisque des trucs et astuces culinaires plus ou moins secrètes sont ici révélées. Et comme disait Oscar WILDE, ce visionnaire :  » C’est une bien triste chose que de nos jours, il y ait si peu d’informations inutiles.  » Du même auteur :  Les miscellanées de Mr SCHOTT

Petites infamies de Carmen POSADAS ; trad. de l’espagnol par François MASPERO

Préface du carnet recouvert de toile cirée rouge appartenant à Nestor CHAFFINO, célèbre traiteur madrilène et dont la mort mystérieuse est le prélude de l’histoire : « Tous les chefs du monde vous diront que les recettes ne servent à rien, que le secret d’un dessert excellent réside dans ce qu’on appelle « le coup de main »…Permettez moi de vous dire la vérité : tous les pâtissiers, se réservent toujours un secret minuscule mais important qui fait toute la différence, une petite tricherie ou une petite infamie que je propose ici de révéler au monde ». Ces astuces de confiseur  qui ne sont jamais divulguées entièrement, (là, c’est frustrant !!)  sont destinée à être divulguées à un de ses ami avant publication. Mais est-ce là ses seuls secrets ? Ce carnet semble susciter beaucoup de curiosité autour de lui. Faux policier puisque, d’enquête, il n’y en a pas, ce roman emprunte la trame d’un whodunit. Le mort constitue le lien entre les membres d’un cercle de privilégiés. C’est ce petit groupe de personnes (relations d’affaire, amis, famille) qui va constituer les suspects.Tout ces personnages sont rendus très palpables par des dialogues très vifs, souvent pince sans rire et variant selon les personnages. La description du milieu bourgeois et ses petits secrets inavouables est très réjouissante.

Une belle intrigue en plus, où le dévoilement de la vérité vous met en appétit autant que les recettes qu’on espère toujours complétées ! Le dénouement aussi est surprenant.

Conclusion : je pense que je vais lire d’autres titres de cet auteur !!

Un dernier calendrier avant Noël !!! A dévorer tout au long de l’année 2016

livres romans sapin

Youpi ! Des livres sous le sapin !

Un peu de retard pour l’information, mais elle restera utile pour toute l’année 2016. Comme chaque année, le collectif « Savoirs com1 » publie son Calendrier de l’avent du domaine public. Ce collectif est engagé pour la transmission libre des savoirs et s’attache à prendre en compte les problématiques soulevées par les nouvelles technologies autour des biens communs et leur médiation pour tous. Le calendrier permet de découvrir une sélection d’une trentaine d’auteurs dont l’oeuvre  passera dans le domaine public en 2016. Une initiative semblable adaptée au droit d’auteur canadien existe également. Une des difficultés cette année est d’intégrer ou non des auteurs de 1945 qui auraient participé à des actes de cruauté. « Nous avons fait le choix de faire figurer dans le calendrier du domaine public 2015 un petit nombre de ces auteurs, parce qu’ils étaient très emblématiques, mais nous avons néanmoins privilégié d’autres types de créateurs, ne s’étant pas compromis dans ces idéologies mortifères. »

 

En lien avec cette info, les problèmes rencontrés par l’entrée dans le domaine public du « Journal d’Anne Franck » qui aurait dû faire partie du millésime 2016 mais. Le fonds Anne FRANCK , gestionnaire des droits) n’entend pas faire rentrer l’oeuvre aussi rapidement et est entré en conflit juridique avec l’argumentation d’Olivier Ertzscheid, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes Voir article du blog « BIG BROWSER »

et celui d’Actualitté

Tout ce qui est solide se dissout dans l’air Darragh McKeon Belfond

 

 

 

téléchargement (1) Darragh McKeon est irlandais. Il signe ici un premier roman remarqué.Tchernobyl, 1986 : tout ceux qui ont vécu cette époque s’en souvienne. Et pourtant, les informations n’ont filtré que tardivement. Darragh McKeon nous transporte au coeur de la catastrophe. Pour le jeune Artiom et sa famille, il faut tout quitter précipitamment. Ces exilés, parfois malades, sont repoussés par leurs proches. Grigori, chirurgien, appelé sur les lieux, ne peut accepter les mensonges et les différences de traitement. Quand à son ex-femme, Maria, elle se débat au quotidien dans les méandres du système communiste. Dans ce climat de misère, de traffic et de corruption, il y a heureusement des lueurs espoirs. Zhenya, le neveu de Maria, est promis à un avenir de virtuose du piano.

Ce roman passionnant, repose sur une riche documentation. Ainsi, l’auteur nous permet de comprendre comment les Ukrainiens ont vécu la catastrophe de Tchernobyl. C’est aussi un éclairage sur la société avant la chute du communisme. Les personnages, dont les fils du destin s’entremêlent, donnent du relief à l’histoire.

 

Jean-Christophe RUFIN et les sangliers

Check point

A la faveur de la nuit, une bande de sangliers aventureux s’est fait disloquer par le TER que j’avais pris ce soir de décembre. Résultat indirect : j’ai demandé à ma voisine de me dire quelques mots à propos de sa lecture. La vitesse du train n’ayant plus rien d’Express, nous avons pu continuer à parler de choses et d’autres ensuite.

La lectrice, (environ 25 ans), profitait de son retour du travail pour lire ce roman acheté après avoir vu la couverture puisque l’auteur lui était inconnu avant. Le livre  a été rapidement lu puisqu’elle a adoré. C’est une lectrice régulière mais pas compulsive. Ce qui lui plait : le style fluide, les chapitres courts adaptés à une lecture sur cette distance. Le sujet : cinq personnes en mission humanitaires se rencontrent, se découvrent puis se séparent en deux groupes avec comme dénominateur commun une jeune fille .

Si vous voulez en savoir plus : Check Point

Au catalogue de la MD68, nous avons aussi l’édition en grands caractères

Laissez vous tenter par le dossier documentaire « Gourmandises » de la MD68

Rien de tel pour se mettre en appétit avant les fêtes, qu’un dossier documentaire consacré à la gourmandise, fruit du travail des bibliothécaires de la Médiathèque départementale68
Les romans étrangers avec un focus sur l’Asie, c’est là (clic sur les icônes pour accéder aux descriptifs)

Par ici les romans francophones :

Tout le dossier avec musique, documentaires, films,  bande de gourmands !  https://www.thinglink.com/scene/718011215036547074

La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert Joël Dicker Editions de Fallois/L’Age d’Homme 2012

J’étais passé à côté de ce livre ultra-médiatisé en 2012. Il avait été pourtant plusieurs fois primé (Goncourt des lycéens, Grand Prix du roman de l’Académie française). J’avais peut-être été découragé par le volume du livre ou son résumé. Lors de cette rentrée littéraire 2015, le suisse Joël Dicker revient avec « Le livre des Baltimore ». Mais certaines critiques préfèrent son précédent livre. Je commence donc la lecture de « La Vérité sur l’Affaire Quebert ».

Il s’agit du rapport presque filial entre deux écrivains : Marcus, qui vient d’accéder à la célébrité et son mentor Harry Québert, auteur d’un livre devenu une référence. Ce dernier se retrouve accusé du meurtre, il y a plus de trente ans, de Nola Kellergan. Cette affaire tourne au scandale lorsqu’on apprend que la jeune fille de 15 ans avait une relation amoureuse avec Harry, plus âgé. Marcus décide d’aider son ami et commence à enquêter.téléchargement

Si au départ, j’ai eu un  peu de mal à accrocher à l’histoire, celle-ci s’emballe rapidement. Les révélations s’enchaînent et nous tiennent en haleine jusqu’à la dernière page. Du coup, on oublie, le style parfois lourd et les personnages caricaturaux.

On se laisse volontiers entraîner dans l’Amérique des années 70 et celle d’aujourd’hui.

Le « Livre de Baltimore » est présenté comme l’histoire familiale de Marcus. Je ne sais pas si je le lirai…

Attentats : le Syndicat de la Librairie française propose une liste de livres éclairants

Le syndicat de la Librairie française (SLF) a élaboré une liste de références de livres traitant des thèmes soulevés par les attentats (islamisme, intolérance, fanatisme, conflits géo politiques…). Les titres proposés s’adressent au grand public et sont constitués de romans et de documentaires adultes et jeunesse.

En savoir plus avec l’article de TV5Monde

 

Les couvertures de livres

L’autre jour, ma collègue entre dans mon bureau et me montre une couverture de roman. Celle-ci a engendré chez moi moult réflexions… Me prenant au jeu, je me suis renseignée sur la façon de créer une couverture.cinq matous_

Il existe une règle, celle du 12/75. 12 pour le nombre de mots que doit contenir la première de couverture (titre/sous-titre-auteur) et 75 pour la quatrième de couverture (comprenez le dos de l’ouvrage).

Evidemment, l’image doit accrocher le regard du lecteur potentiel. Le site Slate.fr, par l’intermédiaire de Charlotte Pudlowki, s’interrogeait en mai 2013 sur le pourquoi des couvertures si sobres en France. Apparemment, il existe une tradition bien française qui veut que la collection (et l’éditeur) se repèrent avant tout par la couverture. Il y a la Jaune de Grasset, la Bleue de Stock et la Blanche chez Gallimard. L’arrivée du poche dans les années 60 a permis quelques écarts colorés. On retrouve cette utilisation des couleurs pour les couvertures de science-fiction également ou chez les nouvelles maisons d’édition.

Une étude du Wall Street Journal indique que l’on passe en moyenne 8 seconde à regarder la première de couverture et 15 secondes la quatrième. D’où l’importance également du résumé… Et là aussi, la réussite n’est pas forcément au rendez-vous. Certains éditeurs sont connus pour raconter l’histoire dans son intégralité, d’autres pour faire des résumés qui ne correspondent pas vraiment au livre. Parfois, il n’y a rien ou une seule phrase sybilline.

Bref, la couverture devrait rester un travail de professionnel…

Les Bergroman (pour qui n’est pas allemand ou alsacien, il s’agit d’un genre du romans allemand où l’histoire a pour cadre la montagne et où l’Amour est le thème principal) sont un vivier pour les couvertures disons.. un peu… Je vous laisser deviner.

bergroman Les couvertures avec des animaux semblent également « flatter » (hum, mauvais jeu de mot, je vous l’accorde) l’oeil du public. Il n’est qu’à voir celle de G. Legardinier, qui en a fait sa marque de fabrique et A. Gavalda.

 

billie                                                                           legardinier

Enfin, une dernière couverture, pas « chargée » du tout, pour le plaisir :

nothombEn complément : un entretien paru sur  Actualitté.com sur le design des couvertures avec Laure LEROY, Directrice et co-fondatrice de la maison »Zulma ». Leurs livres sont reconnaissables par leur couleurs et leurs motifs géométriques.