Archive annuelles: 2016

Le Gang des rêves Luca di Fulvio Slatkine & Cie 2016

1909, Cetta, 15 ans, s’enfuit d’Italie avec son enfant. Elle immigre à New-York afin d’échapper au patron, « celui qui possède la terre ». Mais le rêve américain n’est pas au bout du voyage. Pour gagner sa vie, elle doit se prostituer. Son fils, Christmas grandit dans les rues de Manhattan. Rejeté, il s’invente sa propre bande, les « Diamond dogs ». Un jour, il porte secours à Ruth, une jeune fille riche, laissée pour morte. Entre eux, se noue un lien indicible et particulier. Peu à peu, leurs situations sociales opposées les séparent. Christmas traîne avec des malfrats et prend des risques. Quant à Ruth, elle part pour la Californie. Le jeune homme sera-t-il à la hauteur du rêve de sa mère, celui d’être reconnu comme un vrai citoyen américain ? Retrouvera-t-il Ruth ?

Une saga de 700 pages qui se lit d’une traite ! La plupart des personnages sont attachants, avec de multiples facettes. L’histoire, bien rythmée, se déroule en courtes séquences passant des bas-fonds new-yorkais aux plateaux d’ Hollywood. C’est aussi une plongée dans les années 20, époque du cinéma parlant et de la radio. Mais également celle du règne des gangsters et des mafieux qui font la loi dans les quartiers pauvres. Les gens de couleur subissent la ségrégation. Cet aspect social et réaliste est quelque peu édulcoré par le destin des protagonistes. On ne va pas cependant regretter un peu d’optimisme et de …douceur (traduction du russe Slatkine, Slatkine & Cie est une jeune maison d’édition indépendante, créée en mars 2016, qui publie une dizaine de titres par an). L’auteur, a déjà écrit une dizaine de romans dont deux ont été adaptés au cinéma. A noter aussi la couverture du photographe danois Jacob Riis datant des environs de 1890. Il lutta contre la pauvreté à New-York.

ca. 1890s, Lower East Side, Manhattan, New York, New York, USA --- Three Children Sleeping in a Dirty Alley --- Image by © Bettmann/CORBIS

ca. 1890s, Lower East Side, Manhattan, New York, New York, USA — Three Children Sleeping in a Dirty Alley — Image by © Bettmann/CORBIS

Monsieur le Prof Flammarion 2016

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Monsieur le Prof a enseigné l’anglais au collège pendant 5 ans. Il a maintenant un poste fixe dans un lycée.Féru d’internet, il consigne ses anecdotes et pensées sur Twitter, Instagram, Facebook et autres blogs. Son livre se présente sous la forme d’un agenda. Pour chaque journée, il consigne, disons… un fait marquant ou une réflexion.Exemples : « On parle beaucoup des « élèves moteurs » mais peu des « élèves pots d’échappement » qui polluent l’atmosphère de la classe » ou encore mardi 29 novembre 4°1 « Annoncer la venue de l’inspecteur avec les larmes aux yeux + promettre goûter ». Corriger les copies, faire semblant de travailler en dehors des heures de cours et surtout, observer le comportement des élèves, cela constitue l’essentiel de son emploi du temps.

Sur le mode de l’humour grinçant et de l’exagération, voilà enfin les élèves vus par les profs ! Tout ce que les profs n’ont jamais osé dire, il l’écrit ! Et c’est assez jubilatoire… ***

 

Vera Kaplan de Laurent Sagalovitsch Buchet Chastel coll. Qui vive 2016

Un jeune homme récupère un courrier destiné à sa mère. Dans celui-ci, il apprend à la fois l’existence et le suicide de sa grand-mère, Véra Kaplan. Un journal intime accompagne la lettre. Elle y raconte sa vie pendant la guerre à Berlin. Cette jeune femme juive est arrêtée avec ses parents. Sa mère étant malade, la famille est conduite à l’hôpital juif de Berlin.C’est alors que Véra doit faire un choix terrible. S’inspirant de la vie de Stella Goldschlag, l’auteur aborde ici un sujet douloureux et méconnu, celui de ces quelques juifs qui trahirent leur communauté. Un livre émouvant qui suscite des sentiments ambivalents pour le personnage principal. L’auteur prête au petit-fils de Véra ces mots, sorte de conclusion : « Les destins extraordinaires sont le fait d’époques extraordinaires ».

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Chaîne Youtube de la Médiathèque Edmond Charlot

Avec des moyens techniques pas énormes et surtout des moyens humains à la hauteur (animateurs à l’aise devant la caméra, une pointe d’humour, ayant travaillé leur sujet), voilà la chaîne Youtube pleine de conseils de lecture de la médiathèque Edmond Charlot (Agglo Hérault Méditéranée)

Une des chouettes vidéos tournée à l’occasion du festival de littérature jeunesse « La Maman des Poissons » avec Le clin d’oeil cinématographique dedans !

L’Archipel d’une autre vie d’Andreï Makine Seuil 2016

Un jeune homme suit un mystérieux inconnu dans la taïga. Ce dernier décide de lui raconter son histoire. Pavel Gartsev, comme il se nomme, est un vétéran de la seconde guerre mondiale. En 1952, il est rappelé sous les drapeaux. Cela lui permet de fuir un amour déçu. Il cantonne dans l’extrême orient russe. Désignés pour une mission très importante, Pavel et L'archipel d'un autre vie de Makinequatre autres militaires doivent traquer un prisonnier évadé. S’en suit un périple dans la taïga où les personnalités se dévoilent.  Pavel est troublé par les sentiments ambivalents qui l’habitent.Il parle « [du] pantin implanté dans nos cerveaux,  [qui] rendait chimérique toute idée d’améliorer l’humanité. Les grands médecins de l’âme espéraient extraire ce vibrion qui nous poussait à haïr, à mentir, à tuer. Mais sans lui, le monde n’aurait pas eu d’histoire, ni de guerres, ni de grands hommes. » Arrivera-t-il à quitter le pantin ?

Road-movie au coeur de la taïga, ce roman se lit facilement. Il interpelle sur l’humain et le sens de la vie, avec la nature sauvage et immense en toile de fond.

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Jack London : l’appel de la vie !

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Sur Arte samedi le 3 décembre à 20h 50, le documentaire de Michel VIOTTE « Jack London, une aventure américaine »

Il  complète l’émission « La marche de l’histoire » du 29 novembre sur France Inter consacrée à l’auteur et à réécouter pour découvrir les multiples facettes de cette tornade insaisissable qui n’écrivait vraiment pas que pour les enfants !

 

L’arbre et le fruit de Jean François CHABAS

L’autre jour, j’ai interrogé une  jeune fille, élève de première, sur son trajet vers le lycée, alors qu’elle venait de sortir un livre de son sac (je préfère intervenir à ce moment là, avant la plongée dans la lecture ;-)) !

Le choix du titre, elle ne l’avait pas eu, car elle lisait dans le cadre de son cours, engagée dans un projet aboutissant par des rencontres avec des auteurs (chouette! ) . Comme les collèges qui participent au comité ado  ou au salon du livre, par exemple . Mais ça lui plaisait, surtout le côté « en lien avec la réalité » du livre, même si, dans ce cas, c’est sombre puisqu’il s’agit d’une femme battue. En dehors de ça, elle n’a pas pu me dire grand chose parce qu’elle venait de le commencer. Par contre, elle en avait lu un autre juste avant, dans la même veine qui parle d’embrigadement des jeunes par DAESH et qui lui avait plu à cause de cet aspect actuel :  « Et mes yeux se sont fermés » de Patrick BARD.

Et quand je lui ai demandé si elle était une grande lectrice, elle m’a dit que c’était tout récent, qu’elle y était arrivée grâce à une amie qui puise ses idées de lecture dans des blogs !  Un moment très agréable, peut être encore plus quand on a l’impression d’assister à cette petite révolution individuelle !

Pour réserver « l’Arbre et le fruit », c’est ici 

 

 

Le Journal d’Aurore 1 . Jamais contente…toujours fâchée de Marie Desplechin et Agnès Maupré rue de Sèvres 2016

J’avais déjà lu le Journal d’Aurore. Je souhaitais me faire un avis de l’adaptation en bande-dessinée. Je l’ai lu d’une traite. Aurore est en 3ème. Elle est la cadette d’une famille de trois filles. Coincée entre une aînée au physique avantageux et une benjamine brillante, Aurore se sent le vilain petit canard. Il faut dire que ses résultats scolaires ne sont pas terribles. Le sort s’acharne puisque aucun de ses camarades ne trouve grâce à ses yeux à part sa copine Lola. Pire : elle ne ressent rien pour le garçon avec qui elle sort. Aurait-elle été victime d’un traumatisme dans son enfance ? Ses parents décident de l’envoyer vivre quelques temps chez sa mamie.

Le journal-d'Aurore de Marie Desplechin et Agnès Maupré

Une comédie sympathique sur la vie d’une collégienne : amies, amours, relations inter-générationnelles… Aurore est aussi énervante que touchante. Elle donne envie aux adultes de retourner en enfance et d’envoyer valser leurs soucis. Quant aux ados, nul doute qu’ils s’y retrouveront…

La bande-dessinée ajoute une dose d’humour à un roman qui n’en manquait pas ! J’ai apprécié les couleurs omniprésentes qui donnent une tonalité dynamique à l’ensemble.Pour moi, l’adaptation est réussie. ***

Histoires de Marie-Hélène Lafon Buchet Chastel 2016

Ce recueil rassemble les nouvelles écrites par Marie-Hélène Lafon. Il a été couronné du Prix Goncourt de la nouvelle 2016. Les histoires se déroulent en Auvergne, pays natal de l’auteur.   histoires_marie-helene-lafon

Ces nouvelles reviennent sur les événements qui rythment la vie à la campagne : les rencontres, les fêtes de famille, les enterrements… Marie-Hélène Lafon restitue l’ambiance de son enfance. C’est une société fermée qui cache plus qu’elle n’intègre les différences. Ainsi en est-il d’Alphonse, simplet ou de cette famille de boulanger qui peine à s’insérer. Il y est aussi question de la solitude qui ronge et de  la vieillesse qui isole. La télévision commence à imposer sa présence. C’est la grande époque des speakerines et des retransmissions du Tour de France. L’école sert de moule pour instruire la jeunesse. C’est là que se forme les espoirs d’ailleurs. Ces nouvelles, bien qu’ancrées dans un terroir et une époque, ont une portée plus large, celle des territoires rudes qui forment des caractères à leur image.

A la fin du recueil, Marie-Hélène Lafon raconte un peu de son parcours d’écrivain. Comment ses textes deviennent des romans ou des nouvelles, sans qu’elle ne le sache au départ…

J’ai toujours ton coeur avec moi de Soffia BJARNADOTTIR : ne plus perdre le nord

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Les auteurs venus du nord ne se limitent pas au genre policier et les éditeurs se tournent vers ce vivier prêt à être traduit ! Zulma et ses couvertures reconnaissables proches du design nordique l’a fait, justement.

coeur

Bienvenue dans la vraie vie, et les relations humaines partagées par la plupart des personnes. En l’occurrence, il s’agit de celles qui étaient censées unir Hildur à Siggy, dans le rôle de la mère excentrique toujours absente et actrice de ses fausses mises en scènes macabres .

Un petit exemple de scénario maternel :

Quand je suis revenu de l’école, elle était allongée tout habillée dans la baignoire, une Winston light aux lèvres. Johnny Cash hoquetait sur la platine. Ce genre de comédie ne me perturbait pas. Au fil du temps les mises en scène théâtrales de ma mère avait fini par m’ôter toute réaction. J’avais appris depuis l’enfance à ne plus trop ressentir.

Après la mort définitive de sa mère, elle s’aperçoit, justement, qu’elle ressent des choses et c’est toutes ces impressions venues de l’au delà que l’auteur va décrire avec minutie sans avoir peur du grotesque et du fantastique. Le récit sera illuminé parfois de douceur bienveillante au milieu de l’opération de reconstruction à base de souvenirs revisités.

Je la vénère et je la crains comme Shiva qui façonne et défait toute chose.

Hildur va réussir à survivre à Siggy malgré tout et emménage dans la petite maison jaune sur l’île de Flatey, la seule ayant été habitée par sa mère et qu’elle lui a léguée.

Les termites,les lombrics, les araignées, les sauterelles, les phoques et les cerfs. Ils rampent et vagabondent avec moi à travers le monde et se font des messes basses à propos de ce fragile retour à la vie. Ensemble, nous avons soif de vie.

Donc, un très beau petit roman intense qui remue et soulage à la fois. A réserver ici