Archive mensuelles: janvier 2016

Babelio réinvente le Défi lecture

Le Réseau social littéraire Babelio, structure et accueille l’initiative Défi Babelio. Plusieurs établissements sont impliqués dans l’exploration d’une bibliothèque virtuelle de 40 ouvrages donnant lieu à une expérimentation de l’écriture numérique autour des titres sélectionnés : les élèves échangent, communiquent et produisent des objets littéraires sur leurs lectures.

Affiche du Défi Babelio

Affiche du Défi Babelio

Une chocolatière pour les gouverner toutes ! Désir de chocolat de Care SANTOS

chocolatière 

Une délicate chocolatière destinée à Adélaïde de France, sœur du roi de France, va être le fil conducteur de trois histoires de femmes volontaires vivant à des époques différentes mais ayant en commun d’avoir possédé le précieux pot.
Le voyage à Barcelone – ville de tradition chocolatière – démarre de nos jours pour aboutir à l’époque de la fabrication, par la Manufacture royale de Sèvres, de la chocolatière qui sera prétexte à découvrir l’histoire du breuvage – parfois magique- et ses différentes interprétations à travers les âges.
Ces voyages temporels donneront à l’auteur l’occasion de varier le style de ses trois récits pour mieux nous plonger dans leurs ambiances.
Donc, Désir de chocolat est un livre fort agréable qui laissera un bon goût à ses lecteurs après sa lecture.

A compléter par l’article déjà paru sur notre blog « Du rab de gourmandise »  .

Deux grandes figures des lettres disparaissent…

Michel Tournier disparaissait lundi dernier. Agé de 91 ans, il s’était retiré depuis quelques années dans sa maison à Choisel. téléchargementEn 1967, son premier roman « Vendredi ou les limbes du Pacifique » reçoit le Grand Prix de l’Académie française. Sa version adaptée aux enfants, connait elle aussi le succès et le place au rang des classiques littéraires. Il décroche le Goncourt avec son second roman « Le Roi des aulnes ». Il écrira encore plusieurs oeuvres dont Les météores. Il avait démissionné en 2009 de l’Académie Goncourt. Il y avait sans doute souvent croisé Edmonde Charles-Roux, ex-présidente de l’Académie. Cette grande figure du XXe siècle vient de nous quitter mercredi soir. imagesRésistante, journaliste, elle participa à la rédaction de Elle et de Vogue. Dès l’écriture de son premier roman Oublier Palerme, elle obtient le Prix Goncourt. Elle publiera, entre autre, une biographie de Coco Channel puis d’Isabelle Eberhardt. Elle sera également un soutien de la première heure pour le Goncourt des lycéens. Ce n’est qu’en 2014 qu’elle laissera sa place à la présidence du Goncourt à Bernard Pivot.

Blas Musik Pop de Vea Kaiser Presses de la Cité

Un premier roman qui a été très bien accueilli outre-Rhin. L’auteur, toute jeune (24 ans à la publication), est autrichienne et passionnée par l’histoire. Elle nous raconte la vie d’un petit village isolé des Alpes. Saint-Peter-sur-Angen est un peu une transposition moderne du village d’Astérix et Obélix. Ces Barbares font tout pour résister aux moeurs et coutumes des Civilisés. Ils conservent d’ailleurs leur idiome, retranscrit dans le roman (un morceau de bravoure pour la traductricetéléchargement (1) !).

Un jour, un des habitants apprend que son intestin est porteur d’un ver. Sa fascination pour cet événement (relatif) le poussera jusqu’à transgresser toutes les lois du village. En effet, délaissant femme et enfant, il reprend ses études pour devenir médecin. Plus tard, installé au village, il inoculera le virus du savoir et des études à son petit-fils, Johannes. Cherchant d’abord à fuir les Barbares, celui-ci va redécouvrir son village d’un autre oeil à la faveur d’un épisode déroutant.

L’auteur ne manque pas d’imagination et d’humour. Comme nous sommes tous les Barbares de quelqu’un, ce livre parlera à beaucoup. Les personnages sont attachants, les situations rocambolesques !  L’originalité de ce roman fait sa force mais peut aussi dérouté. Comme dans toute fable, il suscite cependant des réflexions approfondies et un véritable chemin d’apprentissage pour le personnage principal.

Jean Rochefort résume les classiques en langage djeun

Jean Rochefort avait déjà créé le buzz avec son résumé de Madame Bovary sur le blog « Les boloss des belles lettres » (2 millions de vues sur YouTube).

Il réitère l’expérience sur France 5, chaque jeudi soir à 20h35, pendant 3 minutes, juste avant l’émission littéraire La Grande Librairie.

Ses collaborateurs du blog, Michel Pimpant et Quentin Leclerc, ont quant à eux écrit un livre publié en 2013 chez J’ai lu : Les boloss des belles lettres : la littérature pour tous les waloufs.téléchargement

Voici un exemple de texte que vous pouvez écouter sur France 5 au sujet du Petit Prince de Saint-Exupéry :

« C’est un beau gosse aviateur qui se crashe dans le désert torride du Sahara. Il essaye de faire son MacGyver avec trois allumettes et un rouleau de PQ pour réparer sa carlingue, mais ça ne marche pas du tout ! Alors il tape la pose comme un boloss, et le lendemain, un p’tit keum lui dit tout de go : « Dessine-moi un mouton, gros ! » »

Décoiffant ! Le talent de Jean Rochefort, l’humour des textes et les références fonctionnent à plein régime. Même si, parfois, on ne comprend pas toujours le sens de tous les mots…

 

 

 

 

Dans la jungle des tranchées

 "Un tigre sous l'orage" Douanier Rousseau

« Un tigre sous l’orage »
Douanier Rousseau

Une émission à écouter en podcast (59 min) sur France Culture, le  16 janvier 2016 :  « Une vie, une oeuvre » consacrée à Rudyard KIPLING , auteur populaire mais complexe surtout dans ses récits de guerre. Militariste au début de la première guerre mondiale, dans La France en guerre il changera son fusil d’épaule après la mort de son fils et publiera « Le jardinier  »

Voir la partie du dossier documentaire sur la Grande Guerre consacrée aux écrivains étrangers   publié par la MD68

2015 : version étrangère souvent originale

PHOTO RETRO ETATS-UNIS

CC0 Public Dom Pixabay
2015 Dans le rétro

Dans la profusion des sorties de l’an passé, certains livres ont retenu mon attention pour des raisons variées : thématiques, construction, style… J’en ressort quelques titres où ne figurent pas forcément les succès de l’année ou les grandes pointures comme Joyce CAROL OATES, Toni MORRISON, Jim HARRISON…

Un thème est revenu plusieurs fois : celui des camps de concentration et plus largement, celui du mal. Avec Au paradis, dernier livre de Peter MATTHIESSEN paru juste après sa mort, et où il décortique avec son écriture scalpel tous les sentiments générés par l’évocation des camps et de la Shoah chez des personnes de tous horizons venues voir Auschwitz « en vrai » et se confronter à la culpabilité. Martin AMIS dans « la Zone d’intérêt » tente l’exploit de parler du sujet sur le mode humoristique et en envisageant l’amour dans un camp, modèle d’organisation, tout de même,-) mais plongé dans le chaos le plus total par l’irruption de l’amour.

Illska de Eirikur Orn Norodhal, expose les nazis aux feux de l’amour. En toile de fond, l’histoire des massacres des juifs en 1941 en Lituanie par les SS aidés par les populations locales. Lire le début http://cr.epagine.eu/cloudReading/9791022604246/558eef5ee4531/preview/

Je pense aussi à Canevas de Jan WECHLER où le récit du personnage  principal (qui existe vraiment ! ), empêtré dans son enfance dans un camp, est mis à mal par son psychanalyste et un journaliste. Ces deux vérités sont matérialisées dans la conception du livre même, construit en deux parties tête bêche qui se rejoignent au milieu. Voir aussi d’autres livres étrangers parus à la rentrée littéraire d’automne déjà chroniqués sur le blog et des francophones.

La transition se  fait avec le thème de  l’identité et du mensonge dans Corps variables de Marcel THEROUX,  livre transgenre au croisement du fantastique, du thriller avec en prime une réflexion sur le pouvoir du langage et sur l’immortalité. Il vous raconte l’histoire d’un homme qui ressuscite dans le corps de quelqu’un d’autre, alimenté par les mots des autres et comment ses recherches l’ont amené à être enfermé dans un hôpital psychiatrique. On est du côté de chez Philip K. DICK !!

Intérieur nuit de Marisha PESSL est un faux roman biographique mettant en scène un réalisateur de film d’horreur avec mise en abîme du récit. Voir les premières pages http://flipbook.cantook.net/?d=%2F%2Fwww.edenlivres.fr%2Fflipbook%2Fpublications%2F99657.js&oid=3&c=&m=&l=&r=&f=pdf

Encore un livre sur la réalité et ses interprétations : dans Le Testament de Marie , Colm TOIBIN recueille le témoignage de Marie à propos de son fils, Jésus, qu’elle ne reconnaît absolument pas à travers les écrits bibliques et l’adoration qui aboutira au soit disant sacrifice qu’elle rejette totalement comme « moyen de sauver le monde ».

2015 a vu réédités des classiques ou édités des trésors  comme L’Infinie comédie de David Foster WALLACE et Price de Steve TESICH.

Extrait Audio http://www.monsieurtoussaintlouverture.net/Livres/Steve_Tesich/Price.html

Un été 42 de Hermann RAUCHER, roman d’apprentissage classique ressorti chez un petit éditeur qui monte : La belle colère.

Willa CATHER  dans Saphira, sa fille et l’esclave -écrit en 1940- traite de l’esclavagisme aux Etats-Unis avant la guerre de Sécession. https://www.actualitte.com/article/livres/chronique-willa-cather-saphira-sa-fille-et-l-esclave/62806

La liste des rééditions continue en littérature western :  La Colline des potences de Dorothy JOHNSON, l’Aventurier du Rio Grande et Le Passage du canyon de Ernest HAYCOX., ceux qui ont inspiré les films du dimanche après midi dans les années 70 !

Au chapitre itinéraire psychologique, j’ai retenu Marilynne ROBINSON avec Lila,l’ itinéraire d’une enfant de la dépression, ivre de liberté. Vite, trop vite de Phoebe GLOECKNER (roman graphique), nous entraîne dans le sillon de Minnie dans le San Francisco libre des années 1970 avec au passage une description au vitriol du monde des adultes, cible de toutes les attaques mais horizon désirable. Dans Someone, d’ Alice Mac DERMOTT, c’est Marie qui nous guide dans le quartier irlandais de New-York pendant la Grande dépression.

Extrait http://cr.epagine.eu/cloudReading/9782710371403/558eebc32c2ad/preview/

Blanca se souvient de sa mère morte dans Ca aussi ça passera  de Milena BUSQUETS et ça nous réchauffe le coeur.

voir http://www.senscritique.com/livre/Ca_aussi_ca_passera/13587627#

Pour finir, l’humour (un peu trash) était tout même présents en 2015 à travers Little America de Bob SWIGART où l’auteur fait exploser le système US à coup de magouilles, de coucheries très documentées, de tentatives multiples et louffoques de tuer le paternel. Jouissif et hilarant !!

Dernier arrêt avant le désespoir « Demande et tu recevras » de Sam LIPSYTE nous délivre le récit de la vie d’un jeune père, peintre raté, à qui la vie ne sourit jamais et prêt à toute infamie pour survivre. Trempé dans l’encre d’un humour bien noir !

Voilà : des heures de lecture au sommet de la vague alors que je tente déjà de négocier la deuxième  rentrée littéraire de janvier.

Molière à l’école d’une femme

ecole femmesCa ne vous rappelle rien ? Les textes classiques à étudier, souvent en traînant les pieds, mais pas toujours. Je me souviens de « La visite de la vieille dame » qui m’a réjouie ou, plus tôt, de « L’enfant et la rivière » qui m’a enchantée. Cette fois, c’est une professeure qui s’est fait prêter l’exemplaire et doit l’étudier avant de transmettre le texte à ses élèves. Elle avoue elle même que ça ne lui plaît pas beaucoup, mais c’est au programme du collège…Que ça ne vous empêche pas de vous replonger dans l’oeuvre (complète ou pas), de Molière qui trouve souvent échos dans l’actualité.

Voir la pièce Trissotin ou Les Femmes savantes mise en scène par Macha MAKEIEFF sur Culturebox.fr (visible jusqu’au 16/07/2016)

A l’abordage des livres lus avec Le fils du vent de Henning MANKELL

venus

C’est mon premier livre lu ! En cette période de Noël propice aux longues préparations culinaires, je m’étais dit que je pourrais essayer d’écouter un livre lu dans la chaleur de ma cuisine plutôt qu’au fond de mon lit.

J’avais le choix, et, j’ai pris un auteur dont on a parlé récemment (suite à son décès). Mais j’avais déjà eu envie de lire cet auteur surtout connu pour ses romans policiers.

1875 : Hans Bengler, après des études de médecine abandonnées pour cause d’évanouissement à la vue des cadavres, décide mollement de prendre en main son existence.Il décide de partir pour le désert du Kalahari afin d’en ramener une espèce d’insecte nouvelle. Il épinglera en plus d’un spécimen de scarabée, un jeune bochiman, Kolo qu’il décide de sortir du malheur en le ramenant en Suède et en l’initiant à sa  culture après l’avoir rebaptisé. Dans cette décision, on sent plus l’envie de sortir de sa solitude et de son échec que l’action désintéressée et l’empathie.

La première partie correspond au voyage de l’entomologiste, l’élan positif,  la deuxième, au retour au pays accompagné de son fils adoptif , le racisme les barrières culturelles et la troisième à la réalité qui reprend le dessus. Et, du coup , on a plusieurs livres dans un seul : aventure et  témoignage social, conte moral où le sauvage n’est pas celui qui est désigné par ce mot.

Le suspens nous tient puisque, même si le caractère lâche et égoïste de Hans nous fait craindre les revers du destin. Le style est assez proche du langage parlé en général, au service de descriptions précises (scientifiques ?) laissant peu de place à l’introspection psychologique. Ce qui donne peut être ce sentiment de superficialité. Mais cette impression est atténuée par le personnage de Daniel, habité par l’esprit de ses ancêtres, les souvenirs de son ancienne vie et surtout sa volonté de revenir dans son pays, quitte à employer un moyen surprenant pour un esprit scientifique occidental.

A ce récit s’ajoute la lecture par une autre personne qui incarne les personnages, et situe l’expérience entre la lecture et le cinéma. Dans le cas présent , Guy MOIGN remplit bien son rôle et fait vivre les dialogues.

Au final, un bon roman de forme assez classique que j’ai eu envie de poursuivre jusqu’au bout du monde et qui m’a donné envie de lire  cet auteur.

Pour la version papier  de ce titre

Pour la thématique ségrégation et racisme, du même auteur,  voir « Un paradis trompeur »

 

 

 

Des petits bijoux noirs

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler de deux romans policiers, conseillés par mes collègues du site Mauvais genre. Il faut dire que ces deux livres sont à la frontière du genre, dans des collections qui gagnent à être connues. Ce sont des romans noirs.

Grossir le ciel de Franck Bouysse La Manufacture de livres

 

téléchargement (2)

Gus est agriculteur dans les Cévennes. Il a pris la succession de ses parents. Il est seul dans la ferme avec son chien. A quelques centaines de mètres, il y a Abel, son plus proche voisin. Les deux hommes ont fini par se rapprocher, malgré les conflits anciens entre les deux familles. L’entraide est nécessaire dans ce milieu sauvage et isolé. Un jour Gus entend des cris et des coups de fusil et découvre, près de la ferme de son ami, des traces de sang dans la neige. Tourmenté, il cherche à comprendre ce qui s’est passé… Ce roman se rapproche du phénomène du genre littéraire américain « nature writing », où la nature, omniprésente, sert de cadre. C’est aussi un beau portrait d’agriculteur. Dans ces paysages enneigés, presque endormis, la tension monte progressivement et ne nous lâche plus.

Un petit jouet mécanique de Marie Neuser L’Ecaillertéléchargement (1)

Comme chaque année, Anna accompagne ses parents dans leur résidence secondaire d’ Acquargento en Corse. L’adolescente se désespère d’être isolée et seule alors qu’elle rêve de parcourir les grandes villes. Sa soeur aînée les rejoint, accompagnée de sa fille d’un an, Léa. L’atmosphère n’a jamais été cordiale entre les deux soeurs mais Anna est conquise par l’enfant. Alors que les dangers guettent la petite fille, Anna trouve le comportement de sa soeur, bien étrange…

Interpellé par l’utilisation constante du « vous », le lecteur est happé par l’ambiance tendue. Il cherche à mieux cerner la psychologie des personnages, se méfie de la rudesse de l’environnement…

Deux livres relativement courts, habilement menés, qui jouent avec nos nerfs… dans un cadre aussi sublime que menaçant !