Archive mensuelles: mars 2016

Le printemps où il est vraiment mort : le décès de Jim HARRISON

Retour en Terre de Jim Harrison

Il est difficile de vivre en compagnie d’une vie non vécue
Jim HARRISON

Jim HARRISON

Sur Babélio : Article et critiques, interview, citations, vidéos

Sur Actualitté.com, un article sur le décès de Jim HARRISON

Sur Lemonde.fr Lu par Maylis DE KERANGAL

Réserver sur notre catalogue :

Nord Michigan, Dalva ;la route du retour ;   l’Ete où j’ai failli mourir (traductions de Brice Matthieussent)

En (VO) : A good day to dieBrown dog

En marges (mémoires) …et il y a en a bien d’autres encore

La Terre qui penche de Carole Martinez Gallimard 2016

J’avais lu son précédent livre « Du domaine des murmures ». Je me souvenais de la beauté de la langue. C’est le cas aussi téléchargementdans ce roman. Il suffit de lire les premières pages pour se laisser envoûter par la Loue, cette rivière faite femme aussi belle que dangereuse. Carole Martinez nous emmène au Moyen-Age, près de Moustiers. Là, une petite fille et une vieille âme alternent leur récit. Blanche est encore une enfant quand elle est conduite par son père auprès de son futur époux. Elle se met rapidement à l’aimer car Aymon a la blondeur et la candeur des anges. Il est simplet. Pour Blanche, c’est la découverte d’un nouvel univers où les pères aiment leurs enfants, où elle est éduquée et apprend à écrire… Elle éprouve le goût de la liberté, rare pour les femmes à cette époque. Ce roman surprend à la fois par l’originalité de l’histoire, proche du conte fantastique et par la maîtrise de l’écriture poétique. Deux raisons de ne pas passer à côté de cet auteur majeur.

Ses griffes et ses crocs Mathieu Robin Actes sud junior

Un roman que j’ai lu en un soir ! C’est assez rare pour ne pas hésiter à vous faire partager cette lecture. En plus, le sujet est peu traité en littérature. Il s’agit des tocs. Concernant la maladie mentale, j’avais lu également « Lottie Biggs n’est presque pas cinglée », ancienne collection Bliss, à destination des adolescents, chez Albin Michel. Il était question d’une jeune fille atteinte de troubles maniacho-dépressifs. Dans « Ses griffes et ses crocs », Marcus, 10 ans, est prisonnier de ses peurs. Pour les combattre, il met en place des évitements et des rituels. Cela a le don d’agacer sa grande soeur, Lia. A la fois, parce que ces rituels sont contraignants pour la famille mais aussi parce que Marcus accapare l’attention de sa mère. C’est téléchargementdans ce contexte que la famille décide de passer des vacances dans l’Oregon, chez les Brümmer. Alors que la famille de Marcus se déchire, les Brümmer semblent représenter l’équilibre même, avec leurs jumeaux adolescents et Sam, l’aîné, un enfant trisomique. Le rythme s’accélère soudain quand les adultes, partis en ballade, ne reviennent pas. Que se passe-t-il ? Des grondements laissent présager une menace… Serait-ce une bête furieuse ? Le roman sombre dans le film d’horreur. La tension est maximale. Comment va réagir Marcus que l’on sent si fragile ? L’auteur, pourtant atteint de dysorthographie, maîtrise parfaitement son roman. On sent également ses talents de scénariste, déjà utilisés dans le film « Les Grandes personnes ». On attend avec impatience son prochain roman…

« Histoires » (pas si simples) de Marie-Hélène LAFON

« Tous mes livre sont extrêmement autobiographiques »

 

marie-helene-lafon-lecture-2016

A l’occasion d’une formation sur la littérature contemporaine francophone, j’ai emprunté à une personne proche un livre d’un auteur très apprécié de celle-ci. Petit saut dans l’inconnu, mais sans grand risque, je savais que ça pouvait me convenir.

En fait, « Histoires » a plus fait que me convenir, il m’a touchée. Dans ce recueil de nouvelles, elle réussit à mettre des mots sur des petits mondes anciens profondément enfouis dans beaucoup de personnes. Car il est souvent question de campagne, de vie provinciale, de vie avec les bêtes, d’enfance, d’années 60… Beaucoup de choses connues, fuies et partagées. Mais ici, pas de nostalgie pour cette vie de terroir.

Ce qui m’a frappée, c’est l’impression de voir un artisan du langage au travail qui ajoute pour arriver à des incarnations précises où on apercevrait encore les étapes de son travail . De longues phrases alternent avec des tournures très ramassées. Du coup, le résultat est très poétique mais très charnel en même temps et en constante évolution.

Quelques vidéos car c’est bien aussi de  l’entendre parler

Voir la vidéo de « La Grande librairie » du 16 octobre 2015 à propos de « Histoires » et de « Chantiers » et où il est question aussi de lecture à voix haute. Le dialogue avec Christian BOBIN est assez fascinant. Ils s’écoutent parler mais dans le bon sens du terme, dans ce cas là, c’est pour notre plus grand plaisir, ça cherche en direct.

Un portrait de Marie-Hélène LAFON en vidéo

Réserver des titres au catalogue : Les derniers indiens ; Joseph (livre) ; Joseph (Livre lu) ; L’annonce

 

La Renverse d’Olivier Adam Flammarion

J’aime beaucoup l’écriture d’Olivier Adam. C’est toujours un plaisir de se laisser porter par sa plume et son style bien particulier. Cependant, les thèmes abordés sont toujours sombres. Ce livre n’échappe pas à la règle. Antoine vit en Bretagne avec Chloé. Il apprend fortuitement la mort de Jean-François Laborde. Cet homme politique aurait trempé dans une sordidetéléchargement (1) histoire sexuelle avec la mère du narrateur quelques années auparavant. Antoine décide d’assister aux obsèques et de se replonger dans son adolescence en banlieue parisienne : le pavillon qu’il habitait, ses amis, son père distant… Cette vie conventionnelle a volé en éclat lors de la médiatisation du scandale. Alors que la famille devait faire front commun, les parents d’Antoine n’ont fait aucun cas des sentiments de leurs enfants. Camille, le jeune frère d’Antoine quitta la maison. Antoine, lui, fit la connaissance de Laetitia, la fille de Jean-François Laborde. Les thèmes abordés sont complexes. Il y a bien sûr les faux-semblants, ce qui se cache derrière l’apparence des adultes, le cynisme et le côté sordide de certains hommes politiques. La réflexion porte aussi sur l’adolescence et les relations fraternelles. Comment supporter la réalité et grandir avec de telles cicatrices ? A travers ses personnages, l’auteur tente d’apporter des réponses. Avec la Bretagne pour toile de fonds.

Faubert à la Motte-Piquet de Laure MURAT

Essai de cartographie des lectures souterraines : durant plusieurs mois, l’auteure a noté les titres des livres lus dans le métro (comme elle l’avait vu faire à un passager auparavant) !

Mais elle ajoute ses commentaires sur les lecteurs, elle qui s’avoue un peu voyeuse, voyageuse. Le but est un peu le même que celui de cette rubrique, en plus élaboré.

FLAUBERT

 

 

L’amie prodigieuse Enfance, adolescence Elena Ferrante Gallimard coll. Du monde entier

Elena, la narratrice, reçoit un appel du fils de son amie, Lila. Celle-ci s’est volatilisée. Mais Elena n’est pas prête à l’accepter. Elle se remémore alors l’histoire de leur amitié quand les deux fillettes habitaient le même quartier pauvre de Naples dans les années 50/60. Le lecteur va donc les regarder grandir sous le prisme de leur amitié.  Si Elena est blonde et potelée, Lila, cheveux noirs, semble l’exact contraire. Le deux fillettes sont intelligentes même si Lila a ce petit plus, cette facilité qui fait d’elle une surdouée. Elena n’ en est que plus fascinée. Elle admire chez son amie sa facilité à s’exprimer, sa vivacité et son caractère bien trempé qui frise parfois la méchanceté. Cette fascination est teintée de jalousie.Mais il y a téléchargementaussi tout un monde qui gravite autour des deux filles. Celui de Naples, des traditions et des familles avec leurs querelles et leurs violences . Fermez les yeux et  vous pouvez les entendre s’agiter, les voir parler avec leurs mains, s’énerver… Imaginer la vieille boutique du cordonnier, l’épicier du quartier ou le vendeur de rue. C’est toute la magie de l’écriture d’Elena Ferrante, cette capacité à retranscrire l’atmosphère napolitaine, si particulière, ce monde qui transite encore entre modernité et coutumes. Au début, je me suis un peu perdu dans les noms des personnages. J’ai mis aussi un peu de temps à adhérer à l’histoire. Peut-être parce que les deux héroïnes ont chacune leur part d’ombre ? En continuant la lecture, les personnages secondaires prennent plus de stature et leur intérêt dans l’histoire s’accroît . Le roman devient vite addictif. Il est difficile de ne pas se reconnaître dans l’enfance et l’adolescence des fillettes : les relations entre camarade, les transformations physiques, les tensions avec les parents… Cette première partie de la vie où l’on croit encore que tout est possible même si déjà des portes se ferment… Elena pourra continuer ses études au collège alors que Lila devra abandonner  faute d’argent. Cette dernière reportera ses rêves sur la cordonnerie de son père. Quelques années encore et les garçons commencent à faire leur cours aux deux jeunes filles. Le premier livre se termine sur un grand événement l’année de leurs 16 ans. Si le tome 2 est paru en début d’année, il en reste encore deux à traduire ! Et l’auteur reste toujours aussi mystérieuse puisqu’elle signe avec un pseudonyme. Ce roman me fait penser à « D’acier » de Silvia Avallone. Même thématique, l’amitié de deux jeunes filles pauvres. Seule l’époque et le lieu changent puisque l’histoire se déroule dans la banlieue de Piombino (en Toscane) pendant l’ère Berlusconi. Décidément, la littérature italienne, à l’instar de ses personnages, fait preuve d’une lucidité sans concession mais aussi d’une belle vitalité !

 

Journée des droits de la femme ce 8 mars

Cette journée coïncide également avec les 60 ans du planning familial. A cette occasion a été lancée la campagne « Simone forever » autour des figures de Simone Veil, Simone Iff (première présidente du planning) et Simone de Beauvoir. Le texte est  ici. Et pour celles et ceux qui le souhaitent, les bibliothèques du Haut-Rhin disposent d’ouvrages de Simone de Beauvoir ainsi que des biographies.Vous pouvez découvrir ces documents en suivant ce lien vers Calice68. pf-simone-twcover_small

Les « Corps variables » de Marcel THEROUX, des corps mémorables

Revenu d’entre les morts,  il doit convaincre qu’il est vivant et pas la proie de la folie.

Mais Nicky n’était pas mort et il semblait que lui et moi étions les seuls à le savoir

Un homme, officiellement mort et enfermé dans un hôpital psychiatrique, prétend être Nicholas Slopen,  érudit spécialiste du fameux poète anglais Samuel JOHNSON. C’est le récit de ce qui a précédé cet enfermement et de ce qui l’a suivi que nous délivre ce roman qui m’a happée et intriguée dès le départ (et jusqu’au bout) avec des indices distillés tout au long permettant d’essayer de résoudre ce mystère. Il nous entraîne jusqu’en Europe de l’Est dans le sillage de sombres scientifiques ayant en projet l’amélioration de l’être humain.

On est du côté de  Frankenstein   Le personnage de Jack proche de la créature du docteur. Voir et réserver : Frankenstein : the modern Prometeus

Il est question de la permanence des choses, de l’individualité, de l’essence de la vie.

Est- ce qu’on peut faire mentir son corps ? Apparemment, c’est beaucoup plus difficile et c’est cette image que les autres gardent de chacun.

A l’inverse, c’est ce mélange d’éléments très concrets, enregistrés par nos corps et encapsulés dans les mots qui constitue notre individualité,  et ce que nous gardons en mémoire.

Et quand il m’a appelée par mon nom, sa bouche l’a formé comme elle l’avait toujours fait

La permanence du souvenir du lien physique avec ses enfants ou sa femme illustre ce constat. D’ailleurs, Nicky, à plusieurs reprises éprouve ce manque quand il pense aux siens qu’il ne voit plus.

L’inconnu qui est en moi est une créature pareille à toutes les autres : obsédée par les limites de son existence, hantée par le spectacle de son passage à travers le temps et la détérioration de ses relations avec les autres, l’indicible tristesse de la finitude  de la vie sur une belle planète »

Et pourtant, ce sont les mots qui sont à la base de la technologie employée par l’entreprise scientifique. Ce sont eux qui servent à l’encodage d’un cerveau passant d’un individu à l’autre.

Et ce livre est – au lieu de mon corps

Et le livre est -au lieu de mon âme Grégoire de Narek, Le livre des lamentations

Comme dans les romans de Philip K DICK, on assiste à l’envahissement du monde d’un individu par un autre. La parano entretenue tout au long du livre nous fait douter de la santé mentale de Nicky.

Réserver Minority report , Dans le jardin et autres réalités déviantes.

Toutes nos certitudes tremblotent et pourtant :

C’est là le paradoxe. A lors que je ne suis plus moi – même, je ne me suis jamais autant senti  moi même. Aussi grandiloquent que cela puisse être, je me sens plus proche qu’à aucun moment de ma vie de percevoir la vérité de l’univers- la pénombre de sentiment sacré qui sonne le vrai.Sans quoi nous ne sommes que de la chair et des os qui filent dans l’espace.

 

C’est donc un livre à la frontière du fantastique et qui m’a laissé un parfum de demeure anglaise néo gothique 19è siècle.

Réserver Corps variables

Autre titre de Marcel THEROUX à réserver dans notre catalogue Au nord du monde