Archive mensuelles: avril 2016

CORBEAU = OISEAU DE BONHEUR : La Douleur porte un costume de plumes de Max PORTER ; Trad. de Charles RECOURSE

Un homme se retrouve seul avec ses enfants après la mort de sa femme. Un corbeau un peu grande gueule et pas gêné du tout va les aider à traverser leur deuil pour repartir de plus belle, armés de leur amour.

La Douleur porte un costume de plumes est un gros coup de coeur pouvant convenir aux amateurs de famille pas sage où règne le merveilleux de l’enfance.

porter

Même la couverture est belle !

Un oeil de jais brillant et gros comme mon visage, qui cillait lentement dans un orbite de cuir fripé, un renflement au milieu d’un testicule taille ballon de football.

Le récit de cette renaissance est fait par tous les personnages, y compris le corbeau qui y apporte souvent une touche d’humour vachard. Le tout est servi pas une langue que je trouve très belle et proche de la poésie dans son rythme, mais sans pleurnicherie.

Dernière phrase :

Et les garçons étaient derrière moi, une digue de rires et de cris qui s’accrochait à mes jambes, trébuchant et se rattrapait, sautait, virevoltait, chavirait, rugissait, brillait, et les garçons ont crié

JE T’AIME JE T’AIME JE T’AIME

et leurs voix était la vie et le chant de leur mère.

Inachevé, magnifique, l’univers.

Voir le résumé , réserver sur Calice le Portail des Bibliothèques du 68 : ICI

Un autre livre (très différent ) qui parle du deuil d’un père et de sa relation avec ses enfants dont il est séparé : Corps variables de Marcel THEROUX

Et aussi, sur le deuil : http://litterature.calice68.fr/deprimes-evitez-cette-rubrique/

Une belle critique sur Salon littéraire http://salon-litteraire.com/fr/la-selection/content/1939550-max-porter-la-douleur-porte-un-costume-de-plumes

B. Wolf-Kiené

 

 

 

 

Ne tirez pas sur LE MOCK !

VICTOR

Victor HUGO se pose aussi la question : Qu’est-ce ce que c’est encore que le Mock ?

 

 

 

 

 

 

 

Eh bien, Le Mock, c’est mieux qu’un MOOC et c’est pas moche. C’est une chaîne littéraire Youtube  déclinée par deux étudiants lyonnais  sur deux chaînes: « Le MOCK » (approche humoristique d’une oeuvre) et « Le MOCK Retour » ( angle plus sérieux). Aide précieuse pour préparation à certains concours.

La page FB en prime .

A rapprocher des vidéos Les Boloss des Belles lettres et la rubrique télé qui en découle.

Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? Pierre Bayard Les Editions de Minuit 2007

Ce livre m’a été recommandé par une collègue que je remercie. Il est totalement déculpabilisant ! Qui n’a pas conseillé ou donné son avis sur un livre alors qu’il ne l’a pas ouvert ? Souvent, nous sommes traversés par le sentiment d’imposture et de honte, téléchargement (1)surtout lorsqu’il s’agit de classiques. L’auteur prouve, citations d’auteurs célèbres à l’appui, qu’on peut parler de livres que l’on n’a pas lus sans gêne. Il suffit de les avoir parcourus ou d’avoir lu des avis. L’important est de pouvoir replacer le livre dans un ensemble. La lecture est tellement subjective que notre façon d’en parler le sera forcément aussi de toutes façons. Pierre Bayard, professeur de lettres, incite plutôt à la créativité : inventer, broder autour de ce que l’on imagine… Finalement, pour lui, c’est tout l’intérêt de la non-lecture. Provocateur ? Totalement… Mais si cela peut faciliter notre rapport à la lecture, pourquoi pas ?

L’homme qui en savait trop : « J’ai vu un homme » de Owen SHEERS ; trad. de Mathilde BACH

jai vuSi vous voulez une idée de livre à adapter au cinéma, en voilà un qui devrait satisfaire beaucoup de cinéphiles à défaut de tenir en haleine une partie de ses lecteurs.

Je suis partagée à son sujet. Quand j’ai vu la quatrième de couverture, le récit présenté m’avait l’air tout à fait alléchant dans le style roman qui flirte avec le thriller psychologique. De ce côté là, c’est vrai qu’il tient ses promesses en partie, ce n’est pas haletant, mais il y a suffisamment de suspens pour vous faire aller jusqu’au bout.

En quelques mots : Michaël vient de perdre sa jeune femme reporter. Il trouve dans le couple avec enfants qui sont ses voisins un moyen de passer cette période délicate en même temps qu’il deviennent inséparables. Parallèlement, le soldat qui a abattu son épouse, pétri de culpabilité, prend contact avec lui.

Donc, on a comme ingrédients très dans l’air du temps et qu’on a l’impression d’avoir déjà croisés : un jeune veuf, romancier, qui noue une relation avec un couple établi. Sa belle femme indépendante exerçait un métier qui fait rêver (reporter de guerre) dans un contexte d’actualité brûlante – guerre contre le terrorisme à l’aide de nouvelles technologies sur fond de mondialisation. Les thématiques comme la culpabilité, les faux semblants, le métier de romancier et ses relations avec le réel et une dose de  suspens autour de la mort d’un enfant. Forcément, on s’y attendait et elle arrive : La scène de sexe. Et c’est elle qui a failli me faire trébucher tant le style était convenu.

Voilà donc le bémol  : le style très détaillé et qui n’évite pas toujours les clichés. Et j’en arrive à ce que je disais au début : le cinéma devrait nous laisser plus de liberté dans le suivi psychologique des personnages qui sont scrutés avec une clé d’explication pour toutes leurs actions.

Donc, un roman avec des qualités et qui devrait beaucoup plaire à certains lecteurs.

Voir le résumé du livre, réserver sur notre catalogue : ici 

Rien ne s’oppose à la nuit Delphine de Vigan JC Lattès 2011

Petit retour en arrière… J’avais écrit récemment une critique de son dernière livre « D’après une histoire vraie ». Je n’avais pas vraiment adhéré à l’histoire. Devant le succès rencontré par l’auteur, je m’étais promis d’essayer un autre de ses romans. Bonne surprise ! J’ai vraiment apprécié ce livre. Roman autobiographique, il retrace l’histoire de la mère de l’auteur, Lucile. Les premières pages laissent entrevoir le bonheur parfait au sein d’une famille nombreuse. Malheureusement, il y a les accidents de la vie, le décès de deux frères. Ltéléchargementucile est une enfant à part, en retrait. Elle n’est pas studieuse, pas ambitieuse et se ferait oublier si elle n’était d’une grande beauté. Enceinte, elle se marie très jeune et divorce quelques années plus tard. Son mode de vie bohème en fait une mère atypique, au grand dam de l’auteur et de sa sœur. Car, Lucile s’enfonce dans la dépression, s’éloigne de la réalité puis reprend confiance. La vie n’est pas facile à ses côtés. Lucile donne à la fois l’image d’une victime et d’un bourreau. Est-ce que se sont les secrets de famille qui l’ont conduit à ces naufrages ? Ce roman-témoignage permet de mieux comprendre le vécu des personnes confrontées à ces situations. Lucille et ses filles font preuve d’un courage admirable.

« Lila » de Marilynne ROBINSON ; trad. de Simon BARIL

Si elle devait conserver  de tout ça qu’un seul souvenir, se serait ce qu’elle ressentait en marchant à ses côtés

NOAA George E. Marsh Album, theb1365, Historic C&GS Collection CC

NOAA George E. Marsh Album, theb1365, Historic C&GS Collection CC

Et Lila a beaucoup marché, d’abord accompagnée de Doll, journalière travaillant vaguement pour la meute lui servant de famille, qui la kidnappe, la sauve du même coup ? et lui permet d’apprendre à lire et compter..

Elles se retrouveront sur les routes de la Grande dépression des années 30 aux Etats-Unis, à chercher de quoi tenir debout avec d’autres miséreux, puis Lila restera seule pour atterrir dans une maison close.

Vu comme ça, il pourrait s’agir d’un roman seulement âpre, et violent, mais le réconfort est là, sous différentes formes. Y compris son couteau.

Tout ce qu’elle avait, elle, c’était son couteau. Assorti de l’angoisse, de la solitude et du regret

C’est le seul repère dans toute ses existences, il lui sert de boussole,  et il cohabite avec la possibilité d’avoir un enfant (volé ou à soi).

Et il y a la Bible et la bienveillance du vieux révérend Ames qui partira à sa découverte. Il entamera un dialogue enrichi de l’expérience de Lila, lui qui apprécie ses questions simples auxquelles le livre d’Ezechiel devrait apporter une réponse.

Il ne s’agit pas de dire que la joie est là pour compenser la perte, mais que l’une et l’autre existent individuellement. La souffrance est très réelle, et la perte nous semble définitive.

Il a peut être aussi réussi ce que certains films de Terrence MALICK avait réussi à faire. Je pense à « La ligne rouge «  ou « The tree of life » par exemple où les citations bibliques  en voix off alimentent les questions existentielles des personnages.

Toujours assaillie par ses anciennes vies sur la route, à fuir la misère et la violence en mélangeant tout ça avec les réflexions sur son fragile futur, elle se laisse peu à peu adoucir par son nouveau compagnon.

Elle retournerait à cette solitude terrible comme on pénètre dans l’eau froide, le corps s’engourdissant  afin de se protéger, afin de ne pas sentir ce que le corps savait.

J’ai tellement de vie derrière moi. – Je sais. – Rien ne ressemble à cette vie-là. -Je sais. – Ca me manque parfois

Le rythme des phrases lent et précis est celui de la progression de Lila dans la vie. On participe à son éclosion intellectuelle et sociale à travers ses dialogues intérieurs avec son enfant à naître et Doll.  Les va et vient entre passé, présent et futur. Avant qu’elle ne trouve à qui parler dans la personne du révérend Ames

Ce livre n’est pas de tout repos mais il nous renvoie à la mythologie américaine, l’exode, la rédemption, l’auto défense. J’ai pensé aussi au sublime  La nuit du chasseur, pour la période où il se déroule, l’obsession de la fuite, le réconfort apporté par la vieille femme, Rachel Cooper, recueillant les enfants errants et la nature omniprésente. Un autre roman paru en  2016 reprend ce fait divers : « Tous les vivants » de Jayne Anne PHILIPPS : Réserver

Lila clot une trilogie que l’on peut lire séparément. Réserver « Home » ou  réserver « Giléad »

Voir : d’autres Critiques sur Babelio

Une vie de Coffe : Mémoires de Jean-Pierre COFFE

CoffeHasard ou pas, ma dernière victime lisait les mémoires de Jean-Pierre COFFE : Une vie de Coffe et qu’on a appris son décès quelques jours plus tard.

Le lecteur, (40 ans environ ),  testait pour la première fois le format numérique après avoir emprunté la version papier dans une médiathèque.

La lourdeur du livre l’a fait opter pour le numérique  pour la lecture dans le train qu’il prend tous les jours.

Il aime les biographies et cet aspect concret le détend.

D’autres recommandations : le Verger gourmand ; Le Banquet de Bacchus : éloge de l’ivresse