Archive mensuelles: mai 2017

Mausolée de Antoine TRACQUI

Hier, cette lectrice presque trentenaire et  fort sympathique m’a laissée la questionner avant de débuter sa lecture. Le fait que l’auteur soit originaire de Strasbourg n’a pas été étranger dans son choix lors de son premier achat. Le titre qu’elle lit actuellement reprend donc les mêmes personnages qu’elle voulait retrouver. Elle a donc acheté celui-ci aussi dans une librairie qu’elle fréquente car c’est une lectrice régulière. Le style lui plaît et elle aime son ambiance de livre d’espionnage futuriste et ésotérique.

Je l’ai laissée continuer le trajet qu’elle effectue quotidiennement pour son travail vers Mulhouse en bonne compagnie.

Pour le réserver dans votre bibliothèque du réseau 68 : http://urlz.fr/5lJp

 

Marx et la poupée de Maryam Madjidi Le Nouvel Attila 2016

Il était une fois une fillette de 6 ans, Maryam qui vivait dans un pays lointain. Elle aimait beaucoup les histoires qu’on lui racontait. Un jour, elle dut partir et donner tous ses jouets aux enfants pauvres. Alors, elle décida de les rassembler une dernière fois et de leur raconter une histoire…

Maryam vit en Iran. Ses parents, communistes, s’opposent au régime et doivent s’enfuir. La famille s’exile à Paris dans un logement de 15m2 où Maryam et ses parents recommencent tant bien que mal leur vie. La jeune femme raconte ses souvenirs en faisant des allers-retours dans le temps. Elle a eu plusieurs naissances : en Iran, en France, après l’exil et pour finir, celle qui a abouti à la coexistence pacifique des deux cultures. Maryam parle des difficultés et des luttes auxquelles contraint l’exil. Sa mère a dû abandonner ses rêves et n’a jamais parlé correctement le français. Maryam, quant à elle, faisait des cauchemars et refusait de s’alimenter à la cantine . Mais de ces difficultés, elle a réussi à faire une force : cosmopolite, elle arrive maintenant à jongler avec ses deux identités.Si elle utilise la poésie persane pour séduire, elle enseigne le français qu’elle maîtrise parfaitement.

Un roman autobiographique raconté par une conteuse hors pair ! Ce livre a reçu le Goncourt du premier roman.

Maryam Madjidi Marx et la poupée

« Les larmes  » de Pascal Quignard (l’homme qui parle aux forêts)

Poursuivons l’exploration de la période précédant le moyen-âge  avec un roman de Pascal Quignard. Je l’avais laissé en compagnie de Sainte-Colombe, il y a longtemps avec « Tous les matins du monde »  puis retrouvé à l’occasion de lectures d’extraits. L’envie de lire celui-là en entier est revenue quand j’ y ai vu une approche fantastique des animaux, de la forêt, la même qui est parfois présente dans la fantasy, ce lien entre les humains, la puissance et le mystère de la nature et de ses esprits.

« Jadis, dans le commencement, la parole n’était pas. Il n’y avait pas d’hommes encore. tous les animaux étaient des bêtes et les hommes aussi étaient des bêtes »

J’ai voulu en savoir plus aussi quand j’ai vu qu’il s’agissait de la naissance de la langue française et surtout ses premières traces écrites . C’est sûr,  comme cet événement s’est déroulé près de Strasbourg, ça m’a encore plus intriguée.

« La première trace écrite de la langue française date du vendredi 14 février 842, à Strasbourg, sur les bords du Rhin »

Beaucoup des personnages croisés dont ont connaît la vie au fur et à mesure, ont réellement existé (Charlemagne, par exemple) et toutes les informations qui, au début semblent sans rapport, convergent en prenant vie, et,  du coup perdent leur caractère seulement érudit. Donc, cette lecture n’est pas seulement une mine de connaissances, c’est un roman qui nous raconte une histoire avec un style qui reflète parfaitement la simplicité profonde de la nature.

En parlant des lichens : Leurs croissances sont infiniment lentes. Ils avancent d’un millimètre par an. Les lièvres les grignotent et les rennes les broutent. Les oiseaux s’en servent pour faire leur nids. Ils forment des landes où s’avancent les escargots qui sont autant de petits cavaliers francs aux carapaçons entortillés…

Laissez vous donc glisser sur cette pente tracée par les escargots et les autres bêtes de la forêt.

Et pour réserver c’est

La Voix des vagues de Jackie Copleton Les Escales 2016

La-voix-des-vagues de Jackie Copleton

Amaterasu et son mari ont choisi l’exil en pensant que s’éloigner du lieu de la tragédie serait un baume à leur douleur. Ils ont refait leur vie en Amérique, sans jamais réussir à oublier. Alors, lorsqu’ un homme se présente quarante ans plus tard comme leur petit-fils, rescapé de l’explosion nucléaire de Nagasaki, Amaterasu est perdue. Elle se remémore sa vie et celle de sa famille au Japon avant la catastrophe. Quel rôle les secrets de famille ont-ils joué dans le drame ?

L’auteur anglaise a vécu plusieurs années au Japon. Chaque chapitre est accompagné de la signification d’un mot-clé japonais qui illustre la mentalité et les traditions du pays. Ce roman permet effectivement de mieux connaître le Japon, notamment ce qu’ont vécu ses habitants pendant la seconde guerre mondiale. Il y a d’ailleurs des descriptions terribles après le bombardement atomique.

Ce livre est aussi un roman d’amour qui sonde  les profondeurs de la culpabilité. Il met en scène l’affrontement entre les sentiments et le code de l’honneur japonais.

Toutes les douleurs finissent par disparaître, avec le temps. Nous surmonterons ce mauvais moment. Nous redeviendrons une famille digne de ce nom. Ce que nous avons fait était la seule possibilité, il fallait le faire. Je regrette la douleur que cela a causé mais je n’en regrette pas l’issue.

« Mio Padre » de Rossana CAMPO ; Traduit par Anaïs Bouteille- Bokobza

La jeune fille au pneu, Valea Plopilor, Jud. Guirgiu, Roumanie, 18 mars 2005

Etre ou ne pas être normal : telle est la question.

Un thème classique mais traité de l’intérieur puisque l’auteur parle d’elle même et de sa relation passionnée avec celui que la plupart considère comme un moins que rien : son père Renato. Et à bien des égards, c’est vrai : lâche, autodestructeur, égoïste, alcoolique, menteur. Bref, un père en dessous de tout à l’aune de la normalité et faisant souffrir sa famille. Elle le traîte de « taré ».

Pourtant, c’est de cette flamboyance héritée de lui qu’elle tirera l’énergie créatrice qui fait d’elle un écrivain et rien d’autre. C’est violent, souvent et parfois avec les éclairs fulgurants de la chaleur irremplaçable entre un père et une fille. Parce qu’après tout, ils s’aiment.

« Voilà, malgré tout, Renato me venait en aide, parce que parmi les vivants qui m’entouraient, il représentait une bouffée d’air, la rébellion, la tentative de vivre pour ce que nous sommes et non pour ce que les autres attendent de nous »

Ce rôle d’écrivain, elle sait que c’est le seul pour lequel elle soit faite et quand elle pense à faire une psychanalyse, le docteur l’en dissuade en lui lisant du Virginia WOOLF parce que, sa place, c’est de ne pas en avoir, (à l’inverse de la majorité) !

« J’ai soudain senti que, excepté les livres, il n’y avait pas d’endroit pour moi dans le monde, pour ce que je suis, pour la façon dont je sens les choses, pour comment je pense à la vie, pour ce que j’ai à l’intérieur. Il n’y a pas d’endroit dans l’univers où je puisse vivre. »

De place, il est encore question ici :  les parents de Rossana viennent du Sud de l’Italie et s’installent au nord. Ils seront toujours considérés comme des « Culs terreux ». Le fait d’avoir des ancêtres gitans du côté de son père attise cette attirance pour le désordre et la liberté qu’elle partage avec lui. Autre point commun : il écrit également et remplit des carnets de poésie depuis ses années en tant que soldat et qu’il a vu littéralement son ami d’enfance exposer à côté de lui.

La mère, évidemment semble  bien plus raisonnable que ces deux là et souffre de la situation, elle qui est plus « normale » et rigide, mais contre le besoin de liberté de son mari incontrôlable, elle ne peut pas grand chose (ça se passe dans les années 60-70, en plus ). On retrouve l’ambiance si bien décrite par Elena Ferrante dans « L’Amie prodigieuse » et ces familles pauvres la plupart du temps qui arrivent à bricoler pour avancer ensemble, finalement mais au prix de grandes souffrances pour certains.

Rossana, nous fait partager sans fard ce lien incomparable et vital qui l’unira à son père.

 « Voilà mon histoire : il y a toujours quelqu’un, un « normal » qui vient me dire à quel point mon père est un salaud, à quel point il est absurde d’avoir un père comme le mien…La vie me rappelle toujours qui je suis, d’où je viens et ce que je porte en moi ».

Les autres, ce ne sont que des « visages pâles « !

Si ça vous a plu, pour réserver, c’est

Il mériterait de figurer dans la bibliographie (sélection de romans, de documentaires, de films…) publiée à l’occasion de Bibliothèques à la Une 2017  « Hors norme : hors jeu ? »