Archive annuelles: 2018

« My absolute Darling » Gabriel TALLENT ; Trad. de Laura DERAJINSKI

L’amour monstre : c’est ce qui m’est venu à l’esprit tout au long de la lecture de ce livre dérangeant qui faisait partie de ma PAL d’été. Car, selon Martin,  il s’agit d’amour pour sa fille Turtle. En anglais, cela donne »Tortue », parce qu’elle a une magnifique carapace, cette ado de 14 ans  qui se parle à elle même pour tenter de démêler le vrai du faux. Forcément, elle n’a pas d’ami et les seules bribes de communication  qu’elle a au collège se limitent à un mot ou deux, concédé à la vie en commun. En général c’est plutôt . « Espèce de salope, assise là, avec ton vernis à ongle, à te passer la main dans les cheveux ». Langage qui peut gêner certains lecteurs, mais qui, à mon avis,  n’est pas artificiel et correspond vraiment à une violence qu’elle porte en elle.

Elle entretient une relation plus normale avec son grand-père vétérant du Vietnam, vivant un peu à l’écart,dans une caravane. En même temps, et c’est cela qui est terriblement malsain, son père est cultivé, grand lecteur et cette ambiguïté dont Turtle essaie de sortir à tout prix. Cela ne vous rappelle pas quelqu’un ? Une autre figure du mal : le révérent dans la « Nuit du chasseur », qui utilisait le discours biblique comme couverture pour mieux masquer ses intentions maléfiques.

 

Robert Mitchum dans »La nuit du chasseur » de Charles Laughton 1955

En père exclusif et charismatique, il « élève »? ? seul son adolescente dans le culte de la nature et la méfiance systématique vis à vis de ses congénères dans une maison  rudimentaire pénétrée par une nature sauvage encerclant le huis-clos du père et de la fille. Martin apprend la survie à sa fille, qui a comme occupation le tir au fusil, l’entretien scrupuleux des ses armes. Il la maintient « pour son bien » sous sa coupe terrifiante mêlant réflexion apocalyptique bien argumentée, déclarations d’amour passionnées accompagnant les abus sexuels et la violence crescendo qu’il lui fait subir à mesure qu’elle essaie de lui échapper. Le tout agrémenté d’intimidation et de poison distillé dans l’esprit de sa fille rendu captif jour après jour.

Mais, après deux rencontres bénéfiques : une professeure, puis un garçon, la fuite peut être programmée. Au nom de sa liberté, de sa survie et celle d’une autre proie capturée par Martin, la jeune fille va défier son père et prendre des risques difficilement calculables, et toujours remis en questions par l’amour tordu et la culpabilité qu’il a semés en elle.

Turtle reste là, et elle pense Tu peux tourner les talons maintenant car tu n’as aucun plan, tu ne peux rien faire, tu ne peux emmener cette gamine nulle part. Penser autrement serait un aveuglement total. Pense à  qui il est. A quel point il est plus grand que toi. A quel point il est plus fort et plus intelligent que toi. Elle pense Tu vas mourir… Et pourquoi ? A l’instant même où tu sortiras de la maison avec la gamine, il roulera jusqu’à la maison de la côte et il te tuera.

Le thème du mal a déjà été traité en littérature et ailleurs, mais la puissance de ce livre, proche du thriller m’a bouleversée et je me garderai bien d’en révèler l’issue !!

Pour se renseigner ou le réserver sur Calice68, c’est ici

Voir d’autres ciritiques : https://www.telerama.fr/livres/my-absolute-darling,n5514901.php ou  là

 

 

 

« Retour à Little Wing » de Nickolas BUTLER ; trad. de Mireille VIGNOL

Sur les conseils de ma collègue Bénédicte,  ce titre a eu le droit de faire partie de ma PAL d’été ! (à venir). Tous les ingrédients font de ce livre un candidat à une adaptation (les droits achetés, mais pas de tournage encore) : une bande de potes qui ont grandi dans un  patelin agricole plus ou moins touché par la crise. Ici, c’est Little Wing, enfoui au fin fond du Midwest américain. Certains ont voulu s’en échapper, d’autres y ont construit leur vie d’adultes. A l’occasion du retour dans le cadre d’un projet d’investissement local  de Kip, le plus arrogant, ils se retrouvent.

 

Schéma assez classique : c’est l’occasion de faire des bilans, d’essayer de régler certains contentieux, d’éclaircir des zones d’ombres, de faire des retours nostalgiques vers le passé commun. C’est un secret révélé qui va provoquer la  crise la plus importante, et apporter une dose de hasard vital.  Les chapitres sont chaque fois consacrés à un des personnages qui prend la parole pour faire des allers-retours entre passé simple et présent souvent complexe. C’est plutôt un roman centré sur les hommes qui révèlent ici leurs failles, leurs projets, leurs jalousies, leurs difficultés à communiquer, le tout dans une langue simple mais précise dans la psychologie. Le portrait de Beth, qui forme le couple le plus soudé avec Hank est aussi très bien, avec ce qui y a d’énervant dans les couples qui ont l’air parfaits !

Au début, j’ai trouvé tout cela un peu léger, mais l’histoire prend de l’épaisseur au fur et à mesure que certains éléments viennent déstabiliser l’échafaudage et que la porte s’ouvre sur certaines pensées fatales. Les amis sont suffisamment différents pour rendre le tableau crédible et c’est aussi sur l’empathie que se construit l’attrait de ce livre. On arrive forcément à s’identifier à l’un d’eux, même à plusieurs, selon les moments.  surtout quand on vient d’une famille moyenne, après avoir vécu dans une petite ville, ce qui est arrivé à beaucoup de lecteurs et à l’auteur, amoureux de cette région et qui y vit.. Le portrait de Lee, le musicien devenu célèbre a été inspiré par Justin Vernon et là , je ne résiste pas à un petit partage de  « Holocene » de ce superbe musicien  qui a fréquenté la même école que Nickolas Butler.


Pour finir, c »est aussi le portrait en filigrane de la ville et de certains américains.

LEE « Pour moi c’est ça, l’Amérique : des pauvres gens qui jouent de la musique, partagent un repas et dansent, alors que leur vie entière a sombré dans le désespoir et dans une telle détresse  telle qu’on ne penserait jamais qu’elle tolère la musique, la nourriture ou l’énergie de danser. On peut bien dire que je me trompe, , que nous sommes un peuple puritain, évangélique et égoïste, mais je n’y crois pas. je REFUSE  d’y croire »

Donc, un très bon livre, pas révolutionnaire, mais très attachant.

Il a reçu le Prix Page/America 2014, son Titre original : « Shotgun lovesongs »

A retrouver sur  Calice 68,  le portail des Bibliothèques du Haut-Rhin !

« Paysages perdu : de l’enfant à l’écrivain » de Joyce Carol OATES ; trad. par Claude SEBAN

Un récit autobiographique passionnant qui met les lecteurs à hauteur de l’écrivain immense qu’est Joyce Carol OATES. En fait, elle descend en elle même  en nous  invitant à visiter les lieux où elle a grandi. Elle nous explique comment ils ont été déterminants dans sa vision du monde en tant qu’individu et dans son parcours en tant qu’écrivain ( dans son besoin irrépressible et très précoce d’écrire aussi).  Tout ce voyage à partir des images qu’elle en a conservées, puisque ceux-ci n’existent plus tels quels.

Au commencement, nous sommes des enfants imaginant des fantômes qui nous effraient. Peu à peu, au cours de nos longues vies, nous devenons nous-mêmes ces fantômes, hantant des paysages perdus de notre enfance.

Grandie à la campagne dans les années 30, avec des parents aimants et une famille dont une partie était issue de l’immigration Hongroise, elle a été confrontée à la violence comme à l’amour, les deux restant présents dans son œuvre.

Elle nous parle de ses rapports aux livres : l’amour qu’elle a pour Alice au pays des merveilles à laquelle elle s’identifie dans la mesure où, comme Alice, elle analyse les situations de sa vie et ne se laisse pas envahir par les sentiments.  Mais aussi de ses études en littérature, après avoir obtenu une bourse de 500 dollars (car sa famille était pauvre).

Et on s’aperçoit que les thèmes ou les ambiances qu’elle arrive si bien à nous faire partager dans ses livres, se retrouvent dans son enfance. Cela paraît évident, mais elle en fait la démonstration. Mais en même temps, elle nous fait partager les difficultés de rendre compte de certains aspects du passé. Lorsqu’elle veut écrire sur sa relation avec son mari après le décès de celui-ci : elle l’a fait dans « J’ai réussi à rester en vie » , cela est trop douloureux pour elle. Elle nous confie la difficulté d’écrire pour saisir les impressions fugitives qui unissent deux personnes, « essentiellement des tics de comportements » et   » Il y a le mystère du toucher. Impossible à rendre. »

« Les mots sont comme des oiseaux sauvages-Ils viennent quand ils veulent, non quand on les appelle »

Le hasard, la violence, une certaine noirceur,  les difficultés à communiquer avec les proches, la famille, le mystère des enfants et des adolescents, les campagnes sauvages, les villes qu’on retrouve dans ses œuvres, la différence, tout est là !

Son goût pour la solitude volontaire, les insomnies, tout ça la caractérise aussi et lui a permis de développer tout son puissant imaginaire ! Dans le documentaire sur David Lynch,  » The art life »  j’ai eu la même impression à propos de l’influence de certaines scènes vécues qui infusent toute sa créativité très liée à sa personnalité originale. Mais dans « Paysage perdu », c’est elle qui contrôle entièrement  la visite, posant les questions et y répondant.

Pour moi, la chanson de Dominique A « Le corps de ferme abandonné » résonne tout à fait avec le chapitre correspondant à l’incendie de la maison maudite habitée par une famille encore plus pauvre que la sienne et bien plus sauvage où elle avait une amie. Il s’y est passé des choses dramatiques.

Mais c’était les maisons abandonnées qui m’attiraient le plus. Marcher des kilomètres dans un air brûlant et lourd à travers des champs d’herbes épineuses et de ronciers, sur des affleurements d’ardoise s’étageant en degrés abrupts, était une partie de plaisir s’il y avait au bout…une maison vide.

Souvent, dans une maison vide, je surprenais l’ombre d’un mouvement au coin de mon œil : une silhouette ouvrant une porte. Il l’avait brutalisée, nous le savions. Et les enfants. Car ils étaient siens, c’était son droit. Nous avions tout en ne sachant pas, car personne ne nous l’avait dit.

Mais cette part cachée qui habite ses romans et ce qui les a inspirés font partie d’elle et cohabitent avec un sentiment et une chaleur humaine profonde.

Je ne souhaiterais certainement pas les revivre, mais paradoxalement, je ne voudrais pas ne pas les avoir vécus car j’aurais le sentiment que ma vie est moins complète ; ma vie d’écrivain surtout, pour qui la qualité de personnalité la plus essentielle est l’empathie.

Un livre témoignage riche et précieux pour tous les admirateurs de cette grande auteure et les autres !

Les titres de Joyce C Oates présents sur Calice68  le catalogue collectif des bibliothèques du Haut-Rhin

 

L’Eveil Stade 1 Jean-Baptiste de Panafieu Gulf Stream

Eveil_Jean-Baptiste de PanafieuQui n’a rêvé de voir son chat ou son chien lui répondre ? Laura, spécialiste en neuro-génétique, a inoculé un virus à une souris. Celle-ci réussit à s’échapper du laboratoire et à transmettre le virus à d’autres animaux. Progressivement, ces derniers voient leurs facultés se développer. Ils s' »éveillent ». Dans le quartier, Gabriel, le frère de Laura et ses amis Alya et Clément assistent à l’éveil du perroquet Montaigne, du chat Chou-K et du chien Cabosse. Grâce à un logiciel, ils arrivent à communiquer entre eux. Sommée par la multinationale agro-alimentaire WOFF de créer un « contre-virus », Laura s’enfuit avec les adolescents et leurs animaux. Progressivement, différentes espèces de mammifères prennent conscience de leur situation et s’organisent. Des leaders émergent ainsi que des groupes d’opinion. C’est toute la société, créée par les hommes, qui est remise en cause.

Un premier tome intéressant qui questionne l’homme sur son rapport à l’animal. L’auteur prend le temps de montrer l’éveil de plusieurs mammifères. C’est vraiment une mise en place de l’intrigue. Du coup, le rythme m’a paru lent mais il est contrebalancé par l’originalité du thème et son traitement.

Qui ment ? Karen M. McManus Nathan 2018

Cinq jeunes du lycée de Bayview sont collés. Un des élèves meurt. Qui reste ? quatre suspects. Parmi eux, il y a Nate, le rebelle, Cooper le beau sportif, Addy, la potiche  et Bronwy, l’intello. Simon, la victime, était aussi l’auteur de l’appli à scandale Askip. A la manière de la série Gossip girl, il y dévoilait les secrets les plus inavouables des lycéens. Il jouait le rôle du narrateur omniscient et tous avait une raison de lui en vouloir. D’autant que l’appli n’a pas cessé de fonctionner avec la mort de son créateur…Qui-ment-_McManus

Qui tire les ficelles ? De révélations en révélations, les personnalités s’affinent et dévoilent leur part d’ombre et de complexité. Derrière les stéréotypes, il y a des sujets plus profonds sur l’homosexualité, la dépersonnalisation, la fraude… Une réflexion est menée également sur les raisons qui poussent des élèves à se sentir exclus. Le suspens est maintenu jusqu’à la fin. Un thriller accrocheur !

 

Mon Traître d’après le roman de Sorj Chalandon Pierre Allary Rue de Sèvres

Mon traître_Sorj ChalandoIl y a des livres qui vous tentent et qui vous intimident à la fois. J’avais commencé Le Quatrième mur pour lequel Sorj Chalandon a reçu le Prix Goncourt des lycéens. Il m’était tombé des mains. J’aurais dû persister, persuadée que je me serais laissée happer par l’histoire. Mais il n’en a pas été ainsi. J’appréhendais donc cette lecture dont le sujet, le conflit en Irlande du nord, me semblait un peu difficile. Quand j’ai vu l’adaptation en bande-dessinée, j’ai compris qu’une occasion s’offrait à moi. Le rendu artistique de Pierre Allary attire l’œil. Les traits sombres et le monochromatisme, tantôt vert, jaune ou bleu, collent à l’histoire.  A quelques milliers de kilomètres de Paris, c’est la guerre. Les Irlandais du nord se déchirent et l’armée britannique, censée apaisée le conflit, y prend part. C’est dans ce contexte qu’Antoine, un luthier français, se lie d’amitié avec un couple d’Irlandais. Par leur intermédiaire, il fait la connaissance d’une figure emblématique de l’IRA, Tyrone Meehan. Le récit décrit cette amitié profonde qui donnera envie à Antoine de s’engager pour la cause. Mais au fil de la bande-dessinée, apparaissent les interrogatoires de Tyrone par l’Ira.

Au final, l’histoire d’amitié trahie, sur fonds de guerre civile, est bien retranscrite. On ne peut rester insensible. Pierre Allary a pris des libertés dans le dessin (notamment pour les personnages) mais reste fidèle au roman.Je me suis aussi replongée dans le conflit, avec l’envie d’en savoir plus. J’attends l’adaptation de la suite Retour à Killybegs qui est annoncée. Je crois que je vais m’en tenir, pour cette fois encore, à la bande-dessinée. Elle a le mérite de permettre un accès facile et rapide à l’histoire et de proposer un visuel de qualité !

 

Quelques livres « légers » pour l’été…

Voici quelques idées de lectures pour ensoleiller votre été :

Le Jour où maman m’a présenté Shakespeare de Julien Aranda Eyrolles

L’histoire d’un jeune garçon, élevé par sa mère, comédienne et fantasque. Baignés de poésie et de théâtres, ils réussiront à surmonter les ennuis. Un roman plein d’optimisme !

Rêver n’est pas un vilain défaut Carole Cerruti City éditions

Une comédie romantique à la Bridget Jones ! Une jeune femme rêve de terminer son premier roman, de maigrir et de trouver un amoureux. Rêver_CerrutiInvitée à une soirée de retrouvailles d’anciens étudiants, elle décide de louer les services d’un acteur. Mais celui-ci n’est pas à son goût…

Reste aussi longtemps que tu voudras de Mélanie Taquet Editions d’organisation

Nina part retrouver son amie, Hannah qui tient un bed&breakfast à Florence. La vie des deux femmes est compliquée. Hannah doit composer avec sa sorcière de belle-mère qui s’ingère dans son couple. Quant à Nina, il semble qu’elle porte un terrible secret.

Poste restante Lorraine Fouchet à Locmaria Héloïse d’Ormesson

Chiara, une jeune italienne, apprend que son père n’est pas mort. Il vit en Bretagne sur l’île de Groix. La jeune femme décide alors de partir travailler sur l’île. Elle va alors de rencontres en rencontres…

Viens on s’aime  Morgane Moncomble Hugo et Cie

Une romance addictive autour d’un trio amoureux et d’une amitié qui bascule.

L’Aile des vierges Laurence Peyrin Calmann-Lévy

Maggie, une jeune anglaise, issue d’une famille de féministe, doit renoncer à ses ambitions. En avril 1946, elle rentre au service des riches Lyon-Thorpe. Elle y fait la rencontre de l’héritier qui, contre toute-attente, est également pris aux pièges des conventions.

 

GABRIËLE de Anne et Claire BEREST

Francis Picabia, Marcel Duchamp, Apollinaire, Igor Stravinsky , mais aussi Calder, Arp, Brancusi. j’allais oublier Elsa Schiaparelli et Samuel Beckett  pour les plus connus. Le dénominateur commun (mais pas commune du tout car tout à fait particulière), c’est Gabriële Buffet, tête chercheuse  dans cette période de bouillonnement créatif, musicienne et penseuse de l’avant garde.  Ce roman biographique écrit à quatre mains par ses deux arrière petites filles nous fait partager sa vie tumultueuse avec le peintre poète Francis Picabia entre 1908 et 1919, date de leur séparation et de la naissance de leur dernier enfant. Elle incarne à merveille cette époque d’expérimentations et de volonté de liberté et de  rupture avec le 19è siècle tant  au niveau artistique qu’ intime. Pourtant, elle a toujours continué à aimer et protéger Picabia sujet à de fréquents accès de dépression suivis d’épisodes d »exaltation aventureuse en automobile alors que Marcel Duchamp, et Apollinaire se consumaient pour elle. Ils vivaient  plus ou moins en communauté et leurs relations furent entretenues par une correspondance poétique et passionnée.

Au delà des discussions enflammées parcourant le dadaïsme, les avant gardes et les voyages qui ont mené le couple terrible des capitales européennes jusqu’à New York en passant par le petit village d’Etival où elle avait ses racines, nous découvrons la puissance de l’attachement qui liait Gaby à Picabia « Funny guy » avec leurs zones d’ombre. C’est ce qui fait un des intérêts de ce roman très bien documenté qui peut intéresser les amateurs d’histoire de l’art, du féminisme, des relations amoureuses. Des références biographiques correspondant à chaque chapitre se retrouvent à la fin de l’ouvrage pour les plus curieux !

Et le côté très attachant de ce livre réside aussi dans l’échange qui est retranscrit entre les deux sœurs dialoguant dans l’écriture avec leur ancêtre flamboyante. Car c’est aussi une tentative  de reconstruction de leur famille qu’on voit se retisser peu à peu pour expliquer à leur mère à toute les deux pourquoi le fils de Gabriële, ( leur grand-père)  s’est suicidé à 27 ans.

 

 

Glaise Franck Bouysse La Manufacture de livres 2017

Un hameau dans le Cantal, pendant la guerre 14/18… Les familles ont vu partir leurs fils, maris et pères. Les femmes et les enfants les remplacent aux travaux des champs. Une longue attente commence. Chez les Landry, Mathilde et son fils Joseph, 15 ans, s’épaulent pour les tâches domestiques, aidés du vieux Léonard. Plus loin, il y a les Valette : l’homme, mutilé, et  sa femme. Ils accueillent, de mauvaise grâce, Irène, leur belle-sœur et Anna, la nièce. Les deux femmes, venueGlaise_Bouysses de la ville, vont bouleverser involontairement l’équilibre du hameau.

La glaise est une terre qui englue les soldats, les garde loin de chez eux. C’est cette même substance qui retient aussi les paysans à leur terre. On imagine facilement les personnages, tels de minuscules fourmis, essayant de s’y dépêtrer, luttant contre les éléments. Franck Bouysse excelle dans la peinture sombre des campagnes, le « noir rural », mélange d’angoisse et de solitude. On lit l’auteur autant pour l’atmosphère que l’histoire de ses romans.