Archive mensuelles: février 2018

Les ados et le sport suite…

Le Garçon qui courait de François-Guillaume Lorrain Sarbacane 2017

Ce roman a été écrit à partir de l’histoire vraie de Kee-Chung. Ce jeune coréen a 12 ans en 1919. A cette époque, la Corée est sous la coupe du Japon. Après l’arrestation de son grand-frère, Kee-Chung doit parcourir des kilomètres pour le commerce de son père. Sa rapidité est remarquée par son professeur et on lui propose d’intégrer l’équipe de coureurs japonaise.

A travers l’extraordinaire destin de Kee-Chung, ce roman aborde le thème du dépassement de soi. Il est aussi question de l’identité, sujet d’autant plus sensible dans un pays occupé. Kee-Chung, comme son frère, a résisté en utilisant sa notoriété de marathonien.

 

Double faute d’Isabelle Pandazopoulos Gallimard coll. Scripto 2016

Ulysse et son frère Ludo sont des espoirs du tennis. Leur père les entraîne avec dureté. Suite à des blessures, Ulysse décide d’arrêter. Ludo, lui, persévère jusqu’au drame : il tombe en plein match après une rupture d’anévrisme. Le jeune homme sort du coma handicapé. La famille se disloque. Ulysse est envoyé à Paris chez sa grand-mère. Commence alors une double vie pour lui. La semaine, il va au lycée sous un faux PANDAZOPOULOS_Double fautenom et le week-end, il rentre chez sa mère pour voir Ludo.

Un roman très fort sur la place du sport dans la vie, mais aussi sur les dérives. Le père des garçons leur met une pression très grande et laisse peu de place au plaisir de jouer. Il monte les deux frères l’un contre l’autre. On est quasiment dans la maltraitance. Il est question également du dopage et de ses ravages. Un roman foisonnant qui aborde aussi le handicap et la culpabilité. Même si les thèmes sont durs, les personnages des adolescents sont lumineux.

 

Une fille de… Jo Witek Actes Sud Junior coll. d’une seule voix 2017

Hannah aime enchaîner les kilomètres sur la ligne vert, l’ancienne voie de chemin de fer. Ses sentiments lorsqu’elle court alternent avec des passages de sa vie. Comme tous ceux de la collection, ces textes se prêtent à la lecture à voix haute. Hannah a un secret qu’elle ne peut révéler à personne : sa mère, ukrainienne, est prostituée. Ce métier, elle ne l’a pas choisi. Hannah voudrait crier qu’  « elle est une maman comme les autres ». Mais, il faut se cacher, nier la réalité. La course est pour Hannah « la seule façon […] de marcher droit ».WITEK_Fillle de

Un roman fort sur l’envers des réseaux de prostitution. Il redonne un peu d’humanité à ces femmes considérées comme des parias et qui sont des victimes. Cette histoire parle donc de la différence et de la manière de l’assumer. Pour Hannah, le sport est un moyen de se sentir exister. Un moyen aussi de sculpter son corps à sa manière, « un corps qu’on n’avilit pas ».

« Invisible sous la lumière » de Carrie SNYDER ; Trad. Karine LALECHERE

Ce livre a été une vraie bonne surprise ! Au départ, il avait fait partie d’une de mes piles à lire en 2016. Puis, il est remonté vers moi à l’occasion d’une sélection prévue avec mes collègues sur le sport et qui fera l’objet d’une parution prochaine.

Etats-Unis fin des années 20, autant dire une période rude. C’est pour survivre et non pour la gloire qu’Agatha va déployer son talent pour la course et sera sélectionnée dans la première équipe féminine d’athlétisme aux JO de 1928. C’est ce qui poussera deux documentaristes à lui faire raconter sa vie. Personnage fort mais pas insensible aux drames frappant son entourage, elle avance, aussi grâce à son entraîneur, rencontre l’amour et vit une amitié déchirante avec une de ses rivales.

Ethel Smith Fanny Rosenfeld Jeux olympiques 1928 Wikipedia

 

Sa vie est aussi une lutte pour le respect des femmes dans tous les choix qu’elles font : des plus classiques aux plus novateurs.

Un style juste et bouleversant surtout dans la description de l’enfance, des liens au sein d’une fratrie. Dans les fissures des murs de sa ferme familiale, elle voit sa sœur chérie après sa mort de celle-ci, par exemple. Le personnage de sa mère, sage -femme engagée accueillant chez elles pour les soigner des filles contraintes à l’avortement, toujours à l’écoute, mais ne gaspillant jamais sa salive. A côté de cela, les relations resteront complexes avec son père.

Ce roman inspiré de faits réels (premières épreuves d’athlétisme féminin en 1928) est beaucoup plus complexe que ce à quoi je m’attendais et c’set tant mieux !

La Guerre des clans de Erin HUNTER

Aujourd’hui, une rencontre avec un jeune lecteur de 18 ans passionné de chats.  C’est par ce biais qu’il a commencé la série culte « La Guerre des clans ». Il se trouve qu’il est dyslexique. Lorsqu’il était au collège, un ami inspiré (et futé) lui a suggéré de lire cette série. De deux mois pour lire un livre à l’époque, il met deux jours maintenant !! Pour revenir à nos moutons, je rajouterai qu’il a acheté ce livre en librairie. Ce qui lui plaît dans la série, c’est également l’intrigue et le fait qu’elle aborde des sujets comme la tolérance, l’environnement (il aimerait devenir herboriste). En dehors de la lecture, il dessine (des chats) et écrit. J’aime bien ce genre d’histoire qui met une cerise sur le gâteau de la rubrique.

Pour réserver, la série est

 

 

Les ados et le sport…

La seule chose qui compte vraiment_Nathalie SomersVoici un roman qui m’a beaucoup plu !

La seule chose qui compte vraiment Nathalie Somers Fleurus 2017

Lise, 15 ans, a du mal à s’habituer à son corps d’adolescente. Elle se sent encombrée par sa « silhouette longiligne et dégigandée ». Lorsqu’elle rate les qualifications pour le championnat de gymnastique, elle décide d’arrêter cette activité. Mais que faire quand on ne vit que pour le sport ? C’est le nouvel ami de sa mère, Vincent qui va le lui souffler. Professeur d’escrime, il lui propose de s’y essayer. Et Lise va prendre sa proposition très au sérieux !

Pas facile d’avoir une mère superficielle, égocentrique et qui change souvent de compagnon. Lise a trouvé sa source d’équilibre, le sport. Elle s’y adonne avec passion et détermination. Mais parfois, il faut savoir renoncer, bifurquer…

« Lignes de failles » de Nancy HUSTON

Ce lecteur/voyageur de 32 ans emprunte le TER quotidiennement pour son travail. Il a également emprunté ce livre à son amie qui l’avait acheté.

Pourquoi celui-ci ? Il aime beaucoup cet auteure et un des sujets traités cette fois-ci l’intéressait aussi : les pathologies narcissiques et notamment les relations complexes mère / fils.

Le livre entamé le capte déjà, je le laisse donc à sa lecture !

Pour voir le résumé ou réserver dans une Bibliothèque du réseau du 68 : c’est ici

« Les fantômes du vieux pays » de Nathan HILL ; trad. de Mathilde BACH

La dérive des sentiments. Un roman sur le mystère des relations humaines, celles qu’on entretient (ou pas) avec ses proches et les malentendus qui font qu’un enfant qui s’est senti abandonné peut devenir écrivain, amoureux transi, joueur addict à un jeu en ligne, comme Samuel, le narrateur qui est tout ça à la fois.

Mais c’est aussi une magnifique fresque sur les Etats-Unis des années 60 au 11 septembre et sur l’origine de ses habitants venus du monde entier et de continents plus vieux remplis de légendes. Celle du Nix qui donne son nom au roman dans sa langue originale et continue d’infuser les récits délivrés  par la mère de Samuel lorsqu’il est enfant. Le déracinement volontaire s’incarne et se reproduit sur plusieurs générations et Faye, sa mère, a opté pour ce chemin. Samuel, romancier en panne d’inspiration et un peu imposteur est menacé d’un procès en justice par son éditeur. Mais, il tient avec sa génitrice un sujet bien excitant. En voulant écrire sa biographie vengeresse, il va remonter le fleuve de son existence tumultueuse et démêler ses impressions de la réalité vécue par Faye dans l’Amérique des années 60. On a ici comme un roman d’apprentissage mais en accéléré. Samuel, forcément, va devoir affronter des zones d’ombres toujours évitées dans sa propre vie et comprendre les choix faits par ses proches.

Ajoutez à cela une construction impeccable (les personnages secondaires sont explorés et les styles d’écriture varient selon). D’ailleurs, la petite partie sur Samuel joueur a failli me faire arrêter la lecture au début du roman.

Humour vache, cynisme parfois, autoflagellation (souvent) mais la douceur prend le dessus au fur et à mesure avec un final apaisé et un dénouement assez surprenant !

Merci à ma collègue Bénédicte G. d’avoir mis l’accent sur ce livre que j’avais repéré en 2017.