Archive mensuelles: décembre 2018

Les livres dont quelque chose m’échappe

A son image Jérôme Ferrari Actes Sud

Un roman qui se déroule pour partie en Corse et en Yougoslavie. Cela suffisait à attiser ma curiosité. Antonia reçoit de son oncle un appareil Ferrari_A-son-imagephoto. C’est le début pour elle d’une passion. Malheureusement, au retour d’un mariage, elle a un accident. C’est pendant la messe de ses funérailles que nous apprenons à mieux connaître la jeune femme. A la fois source d’attraction et de répulsion, l’île prend une place à part entière dans la vie des personnages. Antonia, lassée des guerres nationalistes et des reportages locaux, ira jusqu’au cœur du conflit yougoslave. Avant de revenir sur l’île…

Une réflexion intéressante sur la photographie et son rôle avec des éclairages sur des photographes oubliés. Il y a aussi les questions sur la mort. Mais, je n’ai pas réussi à accrocher au personnage, assez froid, je trouve, d’Antonia. Y a-t-il un sens particulier à donner aux destins de la jeune femme et de ses amis ?

Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu Actes Sud

Nous entrons dans la vie d’Anthony, un adolescent qui habite ue bourgade de l’est de la France. Il traine avec son cousin, boit, fume des pétards. Il n’y a pas grand chose à faire dans les environs : les fêtes de village, le foot à la télé, le plan d’eau. Les hauts-fourneaux, anciens pourvoyeurs d’emplois, ont fermé. Dans l’entourage du jeune homme, c’est le vide aussi : un père violent et alcoolique, une mère qui vit dans la peur… Par certains côtés, on retrouve l’ambiance de la Vraie vie d’Adeline Dieudonné. Mais dans ce roman, les études et le caractère de l’héroïne la poussait à rêver à une autre vie et à la rendre possible. Dans le livre de Nicolas Mathieu, il n’y a pas de rédemption. Anthony n’a guère de rêves ni de volonté, encore moins de goût pour les études. Ce qui l’intéresse, ce sont les filles, et plus spécialement Stéphanie.

Nicolas Mathieu a beaucoup de talent. Ses descriptions de la vie des classes moyennes et populaires dans ces villes, elles aussi « moyennes » sont réalistes. Elles seraient d’ailleurs issues du vécu de l’auteur. Mais quelle noirceur ! Les pauvres restent pauvres, sans évolution possible, pas même en rêve ! Les filles deviennent des mères, s’enlaidissent, s’aigrissent dans un quotidien gris et morose. Les garçons trouvent des petits boulots, font des enfants, boivent… Les adolescents n’ont plus d’espoir. Ils font des tours en mobylette, se droguent, font des bêtises avant de se ranger.

Bon, j’avoue, j’ai sauté quelques descriptions et refermé le livre quelque peu circonspecte.

SELECTION DE ROMANS ETRANGERS (pour la plupart) MILLESIME 2018

Parmi les romans croisés cette année, j’en ai lu certains, j’en ai ouvert d’autres, parfois, ils ont été appréciés par des collègues, des lecteurs ou des libraires. J’ai pu les prendre en main ou en découvrir seulement la couverture sur internet, les réseaux sociaux, les blogs. Le principal, c’est qu’ils aient ému, bouleversé, fait rire, cultivé, renforcé, perturbé des personnes, et pas forcément en nombres incalculables, bref, qu’ils aient vécu leur vie de livres.

J’en ai retenu quelques uns pour des raisons différentes.

Commençons par ceux que j’ai lus !

« My absolute Darling » de Gabriel TALLENT ; trad. par Laura DERAJINSKI  chez Gallmeister. Le récit de Turtle dans sa lutte violente pour se libérer de l’emprise malsaine de son père charismatique et pervers.

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« Des jours sans fin » de Sébastian BARRY ; trad. par Laetitia DEVAUX chez Joëlle Losfeld Pour son style à la fois poétique et simple, les aventures extraordinaires  de Thomas et John, la force de leur amour et celui de la famille improbable née pendant la guerre de Sécession où il s’agissait souvent de simplement survivre.

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« Imperium » de Christian KRACHT; Trad. par Corinna GEPNER chez Phébus Pour l’humour, le côté Robinson Crusoé et la description des terres allemandes de Nouvelle Poméranie

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« A l’Orée du verger  » de Tracy CHEVALIER; Trad. de Anouk NEUHOFF Pour l’approche de la psychologie intime des personnages, la description d’une étape de la conquête de l’Amérique et la rudesse des conditions de vie  chez Quai Voltaire Voir la Chronique

Dans les forêts de Sibérie de Sylvain TESSON  chez Gallimard Pour le style de l’écriture poétique et précise, pour l’aventure humaine intime, l’amour de la nature

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« Paysages perdus : de l’enfant à l’écrivain » de Joyce Carol OATES ; trad. par Claude SEBAN chez Philippe Rey Pour l’acuité de l’auteur, son intelligence redoutable mis aus service d’une grande empathie,  l’exploration de son univers et de celui des écrivains en général !

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« Je m’appelle Lucy Barton » de Elizabeth STROUT ; trad. par Pierre BREVIGNON chez Fayard Là aussi, pour la lucidité de l’auteure, la description au plus près  des relations entre les personnages, sa volonté de s’arracher grâce à la littérature, à une vie dont la violence et la dureté  auraient pu l’engloutir. « Tout est possible », la suite est parue il y a peu.

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Les autres, qui m’ont donné envie de les lire ! :

« Manhattan beach » de Jennifer EGAN ; trad. Aline WEILL, chez Robert Laffont Pour le sujet : une femme se bat contre les préjugés dans l’ Amérique des années 1930 pour réaliser son rêve de devenir la première scaphandrière de l’histoire. En toile de fond, le milieu des gangsters, des syndicalistes, des banquiers.

« 33 tours » de David CHARIANDY ; Trad. par Christine RAGUET  chez Zoé Deux frère élevés par une mère dans la banlieue de Toronto. L’appel de la rue à contenir, mais aussi, le racisme, et d’autres obstacles à franchir pour s’en sortir, aidé par l’amour et l’empathie.

« Le monarque des ombres de Javier CERCAS » ; trad.par Aleksandar GRUJICIC et Karine LOUESDON Un roman autobiographique pour éclairer l’histoire familiale de l’auteur et le mystère autour de la mort de son grand oncle à la bataille de l’Ebre (Espagne) en 1938.

 » Les fureurs invisibles du cœur » de John BOYNE; Trad. par Sophie ASLANIDES Pour l’Irlande des années 1950 , le courage nécessaire à Cyril Avery, homosexuel, pour se trouver une place dans ce pays en plein bouleversement mais aussi la puissance de l’amitié, de l’amour.

« La Papeterie Tsubaki » de Ito OGAWA ; Trad. de Myriam DARTOIS-AKO chez Philippe Piquier Comme dans le « Restaurant de l’amour retrouvé », il y a des gens simples qui se transforment grâce à une personne qui les écoute enfin. Ici, c’est  Hatoko, qui, en devenant  écrivain public,  change la vie des autres.

 » L’Arbre monde «  de Richard POWERS; trad. par Dominique FORTIER, aux éditions du Cherche Midi, pour le thème : l’importance de la nature dans l’avenir de l’humanité, les choix que l’on doit faire pour la protéger et les erreurs possibles.

Et encore, à la volée, « Magnifica » de Maria Rosaria VALENTINI ; Asta de Jon KALMAN STEFANSSON ; Un gentleman à Moscou de Amor TOWLES

Sur les centaines de titres parus, la sélection est difficile, mais elle reflète une partie de la variété grandissante des sorties annuelles. Certaines vous accompagneront peut -être dans le passage à la nouvelle année !

Bonnes pioches dans les romans ados

Ueno Park Antoine Dole Actes sud junior 2018

C’est à la suite d’un voyage au Japon qu’Antoine Dole a écrit ces nouvelles.Huit histoires aussi courtes que percutantes ! Au Japon, la fête d’Hanami salue la floraison des cerisiers japonais. C’est le symbole du renouveau. Ayumi, élève modèle, a fait un burn-out. Depuis, elle est devenue une Hikikomori, un fantôme parmi les vivants. Sora est un garçon qui, chaque jour, se transforme en fille et doit assumer les regards et les insultes. La jeune Fuko, en fin de vie  après la récidive d’un cancer, veut offrir des souvenirs à sa sœur avant de mourir. Tous se croisent à Ueno Park où l’on peut rencontrer également des sans-abris et des  » freeter »,  jeunes précaires qui vivent de petits boulots, sans espoir de pouvoir évoluer dans la société. Antoine Dole décrit des individus en marge de la société japonaise, certainement plus nombreux qu’on ne le croit. Il leur offre aussi une possibilité de rédemption, comme dans le cycle de la nature, …

 

Dancers Jean-Philippe Blondel Actes Sud junior 2018

Adrien et Anaïs vivent leur passion de la danse au sein du même lycée. Cette discipline est exigeante mais leur permet également d’extérioriser leurs sentiments. Adrien et Anaïs se rapproche de plus en plus mais un jour, le jeune homme commet une erreur. Anaïs prend ses distances et rencontre un autre danseur, Sanjeewa, au caractère charismatique. Un roman qui parle de danse, de hip-hop mais pas que… Dans chacun des personnages, il y a des fêlures. Ensemble, pourront-ils les surmonter ? Le livre se lit d’une traite. Il aborde des questions importantes comme l’exil, le renoncement, la différence et les limites. Bref, un livre foisonnant !

 

 

Pëppo Séverine Vidal Bayard 2018

Tonton Max a ouvert un camping au bord de la mer dans le Roussillon, en investissant tout son argent et ses espérances dans le développement de la ville. Le maire promettait un pont qui désenclaverait la marina. Mais rien ne fut fait et le camping se changea en dépôt de ferraille. C’est là dans une caravane, que vivent Pëppo et sa sœur Frida. Leurs parents, artistes, sont partis proposer leur spectacle sur des bateaux de croisières. Un jour, Frida, elle aussi, s’en va en laissant à Pëppo le soin de s’occuper de ses deux bébés, qu’il surnomme affectueusement, les « dodus ». Si l’ado est rétif aux études, il est plutôt débrouillard ! Une jolie fable sur la différence avec des personnages plein d’humour et d’optimisme.

 

« Lune noire » de John Steinbeck ; traduction de Jean Pavans

 

Edité clandestinement en France en 1942, ce court roman-fable nous fait partager les réactions de résistance d’un village isolé scandinave cerné par la neige et envahi brusquement par des soldats nazis. Nous sommes loin de l’Amérique présente dans « Les Raisins de la colère », et là il s’agit plus de colère mais plus que froide, glacée, et qui irradie de la plupart des habitants.

La haine froide s’accentuait avec l’hiver, la haine patiente, la haine morose. La distribution de nourriture était contrôlée-accordée aux obéissants et refusée aux désobéissants. De sorte que la population devint froidement obéissante…Et la haine était profonde dans le regard des gens, sous la surface. Maintenant, c’était le conquérant  qui était encerclé, les hommes du bataillon étaient seuls a milieu d’ennemis silencieux et aucun soldat ne pouvait relâcher sa garde un seul moment.

 

De conquérants, les allemands confrontés à la force des liens entre les habitants, finiront désespérés.Et c’est que je retiens de ce livre : la montée de ce mur constitué des habitants qui agissent chacun à son niveau. Le maire, et son ami le docteur Winter, chargés « d’accueillir »  le colonel Lanser (désabusé) et son état-major y compris dans sa maison réquisitionnée, Annie, une domestique qui sait se rendre invisible, les mineurs organisés.

Maire Orden, vous savez que nos ordres sont inexorables. Il nous  faut du charbon. Si vos concitoyens ne sont pas disciplinés, nous devrons imposer la discipline par la force, déclara Lanser dune voix devenue sévère. Nous devrons fusiller des gens si nécessaire. Si vous désirez protéger vos concitoyens, vous devez nous aider à maintenir l’ordre.

Les nombreux dialogues courts illustrent les états d’âme variables teintés de peur, d’espoir, de doute, d’énergie minutieusement décrits par ailleurs.

C’est un mystère qui a toujours troublé les dirigeants du monde entier…Comment les gens peuvent-ils savoir ? Il trouble maintenant les envahisseurs, m’a t-on dit. Comment les nouvelles peuvent-elles passer à travers les mailles de la censure, comment la vérité peut-elle échapper à tout contrôle?

Un bon roman pour qui s’intéresse à la période, à la thématique de la justice et de la résistance sous toutes ses formes surtout !

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