Archive mensuelles: septembre 2019

La Malchimie de Gisèle Bienne Actes Sud col. « un endroit où aller »

Cette collection rassemble des textes de genres divers. Il s’agit ici d’un récit, celui de Gisèle Bienne, racontant les jours passés auprès de son frère, atteint de leucémie. Après un premier roman qui l’avait fait connaître, l’auteure avait été ostracisée par sa famille. Elle n’a renoué le contact que sept ans plus tard lorsque la maison familiale a brûlé. Dans ce texte, ce conflit n’est pas évoqué. Gisèle Bienne  nous parle de Sylvain, un de ses jeunes frères. Elle reçoit, un jour, un La Malchimie_Gisèle Bienneappel de sa belle-soeur l’informant de son entrée à l’hôpital Robert Debré de Reims. « Avait-il eu des symptômes ? Comment savoir, il ne se plaignait jamais. Les résultats d’une analyse routinière avaient alerté le laboratoire. On avait procédé à une seconde analyse et un rendez-vous avait été pris sur le champ avec l’hôpital ».  Pendant qu’elle se prépare à entrer dans la chambre stérile, une jeune femme la questionne sur le métier de Sylvain.  » Un agriculteur de plus, ils ont constaté » lui indique-t-elle, comme son mari. En effet, Sylvain est ouvrier agricole, un métier qu’il aime, une vocation pour laquelle il a œuvré sans compter. Mais aujourd’hui, la manipulation des produits chimiques et autres pesticides est fortement soupçonnée d’être liée à la survenue de cancers. Gisèle Bienne s’informe tout en multipliant les visites auprès de son frère. Ces rencontres sont l’occasion de se souvenir des moments passés ensemble. Enfants, un lien particulier les reliait quand ils jouaient dans les champs et participaient aux travaux de la ferme.

Un texte poignant sur un sujet d’actualité… L’auteur souligne l’ironie de la situation  : une maladie, sans doute provoquée par les dérives de la chimie et du productivisme, soignée par une autre chimie, parfois tout aussi ravageuse. A travers le destin de son frère, c’est celui d’anonymes à qui Gisèle Bienne donne sa voix. Elle évoque, en parallèle, le destin de l’écrivain Susan Sontag, vaincue par un cancer et dont le combat acharné fut relaté par son fils.

« Un hiver en Bretagne » de Michel le Bris

 

Le vent : tout, digues, haies et murets, s’organise en fonction de ses caprices. Il est tout à la fois la menace et la promesse. Il est si fort qu’à certains endroits, sur les hauts de Barnénez ou a Guerzit, les arbres poussent en forme de coups de vent, et leurs branchages sont des rafales.

Le vent parcourt toutes les pages de cette autobiographie par Michel Le Bris, capitaine du festival Etonnants Voyageurs livres et cinéma d’aventure. Il gonfle les voiles de tous les marins pêcheurs, sportifs ou aventuriers  qui sont partis de la baie de Morlaix dont est originaire l’auteur. Le vent traverse les terres et les champs, gonfle les nuages en remuant la mer dont il est aussi beaucoup question ici  que d’odeurs. De jeux de lumières aussi ! Plus qu’une vie de l’auteur, c’est l’histoire de ce coin (magnifique) de Bretagne qui a vu naître, partir et parfois revenir en pointillé,  bon nombre de personnages prêts à partager leurs récits du monde autour d’un ou plusieurs verres, attisés par la compagnie réunie au fond d’un bar comme le Ty Coz .

Parce que Michel le Bris, comme la baie, c’est l’ouverture vers le large et le retour vers ce terroir magnétique. On assiste grâce à ce récit au bouleversements des activités humaines agricoles et maritimes dans les années 70, de la pêche à pied à la pêche tout court,  au développement commercial de Morlaix dès le 16è siècle, on rencontre les gloires locales, on voyage dans l’imaginaire vaste de ce royaume, même si ce n’est pas un roman.

« Mes royaumes. Que cherchent-ils tous pour braver ainsi le froid, demain le vent, ou la pluie ? Quelques crevettes ou praires de plus  ? Allons donc ! Quelque chose de bien plus essentiel et de mystérieux qui les a faits ce qu’ils sont, et seront à jamais. Quelque chose qui, depuis, ne cesse de les appeler. Leur âme, tout simplement. « 

Une raison de plus pour se lancer, c’est magnifiquement écrit, alors, enfilez votre ciré et lisez-le même sous la pluie (ça arrive).

Réservation sur le portail des bibliothèques du réseau du Haut-Rhin.