Archive journalières: 21 octobre 2019

« Ton histoire mon histoire » de Connie PALMER ; Traduit par Arlette OUNANIAN

Sylvia Plath et Ted Hughes

 

 

 

 

« Je ne peux me contenter du travail colossal que représente le fait simplement de vivre. Oh non, il faut que j’organise la vie en sonnets et sextines, procure un réflecteur verbal à l’ampoule de soixante watts que j’ai dans la tête. » Sylvia Plath ,  journal le 14 mai 1953.

Attention : tragédie pure, culpabilité, amour, mort et vérité sont au rendez-vous de ce roman biographique puissant.

Ici, l’autrice, à l’aide d’une trame faite d’extraits d’oeuvres réelles des deux écrivains Ted HUGUES et Sylvia PLATH, a recréé de façon géniale (on ne voit pas du tout les coutures !)  les sept années communes de la vie des deux immenses poètes . Tous deux sont  animés par la volonté commune de percer et d’encourager l’autre à le faire.

Sylvia : A propos de la célébrité « Quand elle sera là, tu l’auras payée de ton bonheur »

En ce qui concerne Sylvia, dévorée par ses démons auto-destructeurs et refusant les compromis, son besoin de reconnaissance sera toujours ambivalent, pourri  par son implacable sens critique,  son humour vache y compris envers elle-même et un manque de confiance en elle.  Sa vie personnelle sera également entachée de ces boulets qui la rendront maladivement jalouse. Ted, le mari volage,  personnage littéraire par excellence, prend donc la plume dans ce récit pour se défendre des entreprises de démolition menées contre lui par l’entourage de Sylvia et par la communauté de ses admirateurs (trices) l’accusant d’être la cause de la tragédie finale : le suicide de Sylvia, à trente ans, dans l’appartement qu’elle occupe avec ses deux jeunes enfants.

Ted, dans le rôle du narrateur, moins tourmenté, semble effectivement l’élément stable et  tout faire pour vivre le mieux possible avec sa femme et leurs enfants en mari et père exemplaire, tout en menant sa vie professionnelle. Il est conciliant et prêt à tout pour faciliter la tranquillité d’esprit de Sylvia qu’il nomme toujours « ma femme » et l’entoure de bienveillance à tous les moments de leur vie, y compris pendant ses épisodes dépressifs et de colère destructrices de son épouse.

D’où un certain malaise : cette version des faits qu’il rapporte semblent véhiculer cette image d’homme « formidable ». Mais,  lorsqu’il trompe Sylvia, on a l’impression qu’il le fait pour se laisser enfin aller et échapper à  toute cette pression. Il descend de son piédestal pour devenir la caricature de l’homme moyen prêtant le flanc aux critiques intervenues ensuite. Dans la réalité,  des lettres regroupées par le Docteur Barnhouse qui suivait Sylvia après sa première tentative de suicide feront leur apparition en 2017, accusant Ted de violence envers sa femme à un moment de leur vie.  On reste là, sans opinion tranchée sur sa part de responsabilité et avec cette impression de spirale infernale qui a aspiré Sylvia et Ted vers le fond alors qu’ils avaient tout pour réussir.

Ted : « Je n’avais pas encore compris que la vie que je fuyais ne concernait pas seulement les tentations latentes de la vie londonienne, mais aussi la vie avec elle, que lentement mais progressivement, et sans que j’en sois conscient, je me retrouvais sous une cloche de verre, étranger à moi même, manquant d’air. Tous les efforts pour la délivrer du scénario  d’une tragédie intime, pour briser la coque dans laquelle elle était enfermée, sur laquelle la vraie vie dont elle se languissait ricochait sans cesse et demeurait inaccessible, s’avéraient vains. »

C’est donc une occasion passionnante de découvrir ces deux poètes dans leur processus créatif et dans leur relation passionnée. Ce roman se lit vraiment comme un thriller psychologique. 

Une émission spéciale sur France Culture « Pages arrachées  » 30/03/2018

 Ted Hugues et Syvia Plath présent dans le catalogue du réseau des Bibliothèques du Haut-Rhin