Archive mensuelles: novembre 2019

Les Simples de Yannick Grannec Anne Carrière

Les Simples_Grannec

L’histoire se déroule en Provence, en 1584. L’abbaye de bénédictines de Notre-Dame du Loup reçoit la visite de deux vicaires dont le jeune Léon de Sine. L’évêque de Vence espère, par leur entremise, découvrir des faits compromettants qui lui permettrait de faire main basse sur l’abbaye et ses revenus. En effet, Notre-Dame du Loup jouit d’une autonomie particulière octroyée par le roi et de recettes perçues par la vente de ses produits d’herboristerie. Mais Léon va tomber amoureux de la jeune novice Gabrielle d’Estéron, qui entend bien décider de son avenir.

Un roman richement documenté qui permet d’entrer dans la vie d’une abbaye de l’époque. Les personnages sont complexes et ambivalents au point que l’on a parfois du mal à s’attacher à eux. Le cloître est aussi le théâtre de luttes de pouvoir peu glorieuses. L’histoire est entrecoupée de recettes, de poésies et de dictons. Dense, au départ, elle nécessite de s’accrocher.  La dernière partie, au contraire, peut surprendre et se termine, sans mauvais jeu de mots, de manière endiablée.

« La parole du désert » de Göran TUNSTROM ; traduit par Pascale BALCON

Cette rentrée littéraire a remis le personnage de Jésus au premier plan avec « Soif » le roman d’Amélie Nothomb. Le voilà déjà merveilleusement humain dans le roman édité  en 1991 où on suit son parcours parallèle à celui de Saint Jean Baptiste puis le rejoignant. Deux approches différentes pour deux  prophètes  : un Jésus plus doux essayant de trouver un chemin entre violence et soumission aux romains et un Jean plus sombre et rebelle.

Je voyais déjà ce qu’il y avait de commun entre nous : nos naissances avaient suscité un même émoi. Mais celle de Jean était le don de grâce accordé à deux vieillards…

Entre nous se dressait le Temps.Grand, sombre et froid, il nous séparait. Il brisait les branches des cerisiers, piétinait les coquelicots et les renoncules, il écrasait de ses souliers  les vers de terre qu’il coupait en deux.

Göran TUNSTROM, la semaine dernière, je ne le connaissais pas encore et je l’ai découvert à l’occasion d’une opération de désherbage. Plusieurs titres chez Actes Sud présagent en général d’une qualité littéraire remarquable !

Je n’ai pas choisi « l’Oratorio de Noël » qui a fait connaître à un plus grand public  cet auteur suédois de poésie, romans, pièces radiophoniques, mais celui-ci.

Göran T est comparé à Gabriel Garcia Marquez à cause de son usage de la réalité fantastique qui fait mouche avec ce mélange de dialogues très humains qui sortent de la bouche de Jésus, incarnation mystérieuse et parfaite de cette ambiguïté : personne réelle ou personnage imaginaire ? C’est cet aspect qui m’a plu ici souvenirs  de lointains récits bibliques avec ce style grave des évangiles qui se concluent par des sentences qui vous mettent le cerveau à l’envers.   Mais les lecteurs allergiques à la Bible risquent de fuir, dommage pour eux car seront passés à côté d’un roman profond et nous sensibilisant à la beauté concrète de la nature et des liens ente les humains.

Le mot de la fin du roman « Je vous le dis, il n’y a pas assez d’amour »

Dans cette  thématique « Jésus » , vous trouverez (entre autres) :

  • Le trône maudit : roman de José-Luis Coral LAFUENTE  : en 4 avant J.-C. après la mort du tyran Hérode  ses fils se disputent le pouvoir, mais une troisième personne aux mystérieux projets intervient. L’arrivée de Jésus de Nazareth remet en cause le pouvoir de l’empereur Caligula. Les Romains et les prêtres juifs veulent se débarrasser de ce rebelle.
  • Jésus dit Barabbas de Gérald MESSADIE
  • Au chapitre Humour, Evangelia » de David TOSCANA où il est question d’erreur sur la personne. L’ange Gabriel s’est trompé et Emmanuelle doit se battre pour trouver sa place de messie dans une société misogyne, contre un père  énervé et un frère qui veut lui piquer sa place.(eh oui, Jésus et surtout les pratiques religieuses, prétextes à l’humour, les Monty Python se posaient déjà là pour en témoigner dans « La vie de Brian » ) ;
  • Sous Tibère de Nick TOSCHES  Une arnaque au Messie sous le règne de Tibère. Un architecte fait passer un vagabond juif pour le messie.

 

  • Mais aussi  : L’affaire Jésus de Andréas ESCHBACH (science fiction)
  • Marie  est une mère révoltée contre ceux qui ont menés son fils à la croix dans « Le testament de Marie » le roman de Colm TOIBIN


Par ici Les titres disponibles
 de Göran Tunström dans les bibliothèques du Haut-Rhin

Nouveautés et rentrée littéraire

J’attends la rentrée littéraire avec autant d’impatience que de … crainte. Eh oui ! En quelques semaines, il va falloir choisir les romans qui nous paraissent les plus intéressants mais aussi ceux susceptibles de remporter un prix. Et ce ne sont pas toujours les mêmes ! Nous devons clôturer nos commandes fin octobre, juste avant les verdicts des différents jurys. Alors vite, vite !

Mes coups de cœur 😛 et de griffes 😡 :

Une Bête au paradis de Cécile Coulon L’iconoclaste  😛

Un roman rural noir qui peut séduire les amateurs de terroir et de littérature. Blanche est issue d’une lignée d’agriculteurs attachés à leurs terres. Après l’accident qui coûta la vie à ses parents, elle grandit avec son frère sous l’aile d’Émilienne, la grand-mère et de Louis, l’employé de ferme. Pour Blanche, la ferme du Paradis est un monde à lui seul et la satisfait pleinement. Mais, suffira-t-il à Alexandre, son amoureux ?

J’ai aimé l’histoire de ces femmes fortes et intransigeantes qui s’épanouissent au contact de la terre et de la nature. Ces destins en rappellent d’autres dans les campagnes. Et puis, il y a aussi l’ombre du malheur qui plane sur chacun des personnages, celle de la perte des parents, la peur de la solitude et de l’isolement. La tension s’accroît au fil du roman et laisse augurer un mauvais présage.

Un roman facile à lire et addictif qui rappelle que la bestialité de l’homme n’a pas disparu.

La Soif  d’Amélie Nothomb Albin Michel  😐

Il faut reconnaître à Amélie Nothomb du talent et de l’originalité. Son écriture est alerte. Quant aux histoires, elles plaisent ou déplaisent, c’est selon. Alors quand l’auteur est sur la liste du Goncourt et que les critiques annoncent un bon cru…

Amélie nous raconte sa version de la crucifixion de Jésus avec panache et humour. Au procès de Jésus, les miraculés viennent se plaindre. L’aveugle aurait souhaité le rester : avoir retrouvé la vue lui montre le côté détestable de la vie. Le paralytique se plaint également. Jésus pense à Marie-Madeleine et à la vie de famille qu’il aurait pu avoir. Heureusement, il a une propension à sortir de son enveloppe charnelle, ce qui va lui être bien utile…

Bref, difficile d’accrocher à une histoire connue, interprétée, réécrite, malmenée ou parfois transcendée… Je n’ai pas accroché à cette énième version que j’ai trouvé fade. Un livre entamé puis abandonné, repris et lu en diagonal pour finir…

La Terre invisible d’Hubert Mingarelli Buchet-Chastel  😐 

Grosse déception !

Une photographe assiste à la libération des camps, prend des photos et fait chaque nuit des cauchemars. Il part avec une jeune recrue photographier les habitants. Les deux hommes semblent chercher des réponses à l’indicible, certes, mais aussi à des questions plus intimes. Et là, le mystère s’épaissit et ne se résoudra jamais.

Pour moi, il manque quelque chose à ce roman dont le sujet était porteur.

Le Bal des folles de Victoria Mas Albin Michel  😐

Là encore un thème porteur ! Il s’agit de la question de l’enfermement des femmes à la fin du XIXème siècle et des prémisses de la psychiatrie sous la houlette du docteur Charcot. Les internées de La Salpêtrière se préparent au bal annuel de la mi-carême. Parmi les malades, il y a des femmes souffrant de diverses maladies (épilepsie, hystérie…), des victimes d’agression mais aussi des femmes exclues de la société pour préserver la notoriété de leur famille. Moyen facile pour les hommes de se débarrasser d’une épouse ou d’une fille gênante… C’est le cas d’Eugénie qui dialogue avec les morts. Il y a aussi, fait plus rare, les recluses volontaires comme Thérèse, ancienne prostituée.Ces femmes  vivent en communauté dans des conditions difficiles. Elles sont considérées plutôt comme des bêtes de foire que des patientes. Geneviève, infirmière pourtant endurcie, en prend peu à peu conscience.

Le roman fait se croiser des thématiques différentes (le développement du spiritisme et la maladie mentale). Ces deux sujets intéressants auraient mérité un développement peut-être séparé, en tous cas, plus conséquent. Ils ne sont abordés que superficiellement. Dommage ! Une auteur à suivre néanmoins.

 

 

 

 

 

 

 

« La papeterie Tsubaki » de Ito OGAWA ; traduit par Myriam DARTOIS-AKO chez Philippe PIQUIER

Un roman réconfortant et plein de délicatesse, sans être mièvre, dans la même veine que « Le restaurant de l’amour retrouvé », un des précédents romans de Ito OGAWA.

Hatoko a vingt-cinq ans et la voici de retour à Kamakura, dans la petite papeterie que lui a léguée sa grand-mère. Celle-ci l’a formée à la calligraphie avec la rigueur à la hauteur de l’amour qu’elle n’ a jamais exprimé. La jeune fille pleine d’énergie, va donc reprendre le flambeau en devenant  écrivain public. La papeterie devient peu à peu un lieu où se délient les rancoeurs et où se réconcilient les humains avec les autres et avec eux-mêmes.

Tout l’univers des lettres nous est dévoilé au carrefour de la calligraphie et de l’humain et les rites qui gravitent autour.

Parmi les lettres qui nous sont envoyées, les plus nombreuses sont, de loin, les lettres d’amour. Certaines personnes nous envoient  chaque année toute les lettre et cartes postales reçues au cours des douze derniers mois, y compris les cartes de voeux. La participation aux frais, sous la forme d’une offrande aux divinités, est laissée au bon vouloir de chacun : il suffit de glisser dans l’enveloppe le montant choisi en timbres…Nous rendons grâce aux lettres  et les réduisons en cendres à la place de leur destinataire. C’est la plus importante cérémonie de l’année, célébrée par la famille Amemya génération après génération.

Nécessité d’écrire

J’ai senti quelque chose bruire en moi, s’agiter. Au début, je pesais que c’était peut être une envie d’aller aux toilettes. Mais non, le remue ménage n’était pas dans mon ventre, mais était dans mon coeur. On aurait dit une pousse tendre perçant l’enveloppe d’une petite graine, forçant les parois de mon intimité. J’avais envie d’écrire.

Hatoko déploie des trésors d’attention à la vie de chacun et de finesse psychologique. L’écriture avance à pas hésitant parfois, par petites touches semblable à un pinceau sur une feuille. Elle parvient à nous faire partager l’évolution de la psyché des personnages en générant des images, peut être celles de Jiro TANIGUSHI.

-Tout à l’heure, je vous ai vu prendre QP sur votre dos. Cela m’est soudain revenu. Il m’écoutait en silence. – C’est ma grand-mère qui m’a élevée. Elle était très stricte. Je n’ai presque pas de souvenirs d’elle. Mais tout à l’heure…A ma grande surprise, je pleurais. J’ai continué quand même. Cela m’est revenu. Elle aussi m’a portée sur son dos. C’était ici.

Pourquoi pleurais-je ainsi ? Je ne le comprenais pas moi-même. Mais les larmes me montaient aux yeux sans relâche, débordaient de mes paupières, coulaient sur mes joues…-Sans doute votre grand-mère n’avait-elle que sa sévérité pour vous exprimer son amour.  Il avait certainement raison. Mais cela avait laissé en moi des traces indélébiles.

Liens avec les ancêtres,  réconciliation

Si nous sommes voisines, Mme Barbara et moi, ce n’est sûrement pas par hasard, il doit y avoir une raison. Et si nous sommes devenues si proches, c’est peut-être parce que l’Aînée ( sa grand-mère), depuis le ciel, tire des fils invisibles. J’ai si peu donné à l’Aînée. Mais il n’est peut être pas trop tard.

Tout ça pour un livre que vous pouvez conseiller aux amateurs de feel good books, de Japon, d’art…

Sur Calice68, le réseau des bibliothèques du Haut-Rhin