Aquarium de David VANN ; Trad. de Silvie DERAJINSKI : A 20000 lieux de la mère

Allez plus loin que la quatrième de couverture, et ne craignez pas les secousses de ce grand huit émotionnel ! Plongez dans le passé le plus noir d’une famille pour en ressortir grâce à la force de la jeunesse et de son amour. Un livre obsédant.

 

Je développe pour ceux qui aiment les formats plus longs ! Surtout ne vous limitez pas à la 4ème de couverture . Elle fait s’attendre à un Feel Good books ou un roman sentimental . Le résumé factuel est juste, mais l’interprétation (comme en musique) qui en est donnée par l’auteur ne correspond pas du tout à ces deux genres. Et ça correspond justement au style de l’éditeur Gallmeister, plutôt noir, donc.

Dès le début, cette relation entre le petit vieux et Caitlin, la fillette, est étrange et pour que cela soit plausible,  on opte pour des liens inconnus de la fille ou un truc de pervers. Ils se voient tous les jours à l’aquarium et échangent sur les poissons, les anémones, la vie…

Poisson grenouille

 

Rapidement, on sait que se sera compliqué, en tout cas. Alors, quand on apprend la vérité, le suspens tourne autour de la réussite du projet de ces deux là : la réconciliation impossible.

Dans le deuxième tiers du livre, la mère veut faire comprendre à sa fille ce qu’elle a elle même enduré avec la sienne en en rejouant des scènes et lui faire payer pour la jeunesse et la vie d’adulte qu’elle n’a pas eue et parce que son propre père l’a abandonnée.

Et chaque fois, on se demande jusqu’où elle va aller dans cette monstruosité pour se faire justice.  Même si et que effectivement, sa vie a été terrible, il n’empêche que ce qu’elle fait endurer à sa fille est  d’un sadisme hallucinant.

« Elle était violente et terrifiante, ce n’était pas le hasard, c’était partiellement inéluctable »

La question toujours en suspens : faut-il  faire payer éternellement aux nouvelles générations ce qu’on a soi même vécu au risque de perpétuer et d’amplifier encore toute cette violence ? Question souvent abordée lors du traitement de l’Holocauste ou  ce genre de catastrophe mais à l’échelle familiale de certains, c’est la même chose. Où commence le témoignage  de l’horreur et jusqu’où aller pour s’assurer que l’autre a réellement compris ce qu’on a voulu lui décrire. Est-ce qu’on doit le faire à tout prix ?

« Tu n’as rien écouté de ce que je t’ai raconté sur le passé. Tu te contrefous de ce qu’il m’a fait. Et ne commence pas à pleurer. J’en ai ras le bol de te voir t’apitoyer sur ton sort. Tu as la vie facile, toi …On part aussi tôt parce que ta mère est une esclave toute sa vie afin que la petite princesse puisse avoir une existence meilleure. » C’est le rôle des parents

Je n’ai jamais rien lu d’équivalent sur la façon de faire ressentir le paroxysme des crises familiales et comment elles ôtent  leur liberté aux enfants. Et l’énergie et l’imagination qu’il leur faut pour sortir de certaines relations pour se construire.

« J’essayais de m’enfouir et de me changer en pierre. Pas un trou de boue séchée me laissant réapparaître aux premières pluies, mais juste mon corps changé en roche »

Pourtant, ce  livre n’est pas désespérant, grâce à Caitlin qui se bat non seulement pour elle mais aussi pour libérer sa mère de son passé même si elle sait que le pardon total n’est pas possible, ça s’en approche.

« Rien n’est défait, mais une volonté dans le présent, une reconnaissance, une étreinte, un ralentissement ».

C’est donc un coup de cœur, et un à l’estomac par la même occasion, mais il atteint sa cible en profondeur .

Pour se laisser entraîner au fond de la piscine, et réserver ce livre, c’est ici

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *