Archives par auteur: Aurélie

Un si petit oiseau de Marie Pavlenko Flammarion 2019

Marie Pavlenko a écrit entre autre, Le Livre de Saskia et Je suis ton soleil, qui a reçu plusieurs prix. Elle revient avec ce roman où il est question, comme son titre l’indique, d’oiseaux. Cette approche m’a un peu déroutée et j’ai hésité avant de commencer la lecture. En fait, le thème prédominant est celui du handicap. Abigail est victime d’un accident de la route dans lequel elle perd un bras. Cet événement va impacter toute sa famille. La jeune fille doit apprendre à vivre avec la douleur et le regard des autres. Alors qu’elle reste recluse chez elle, Aurèle et sa passion des oiseaux vont s’immiscer dans sa vie.

Ce roman est agréable et se lit rapidement. On comprend bien les sentiments qui agitent Abigail, sa colère, celle de sa sœur également qui a l’impression d’être transparente. Marie Pavlenko s’est inspirée de la situation vécue par sa mère, également amputée. J’ai apprécié le fait qu’ Abigail puise du réconfort dans la nature et l’observation des oiseaux. La vie d’ Aurèle est finalement plus complexe qu’il n’y parait de prime abord. Certains lecteurs ont reproché à l’auteur de présenter une famille aux réactions trop « parfaites » quand d’autres ont apprécié le traitement positif de l’histoire. A vous de vous faire une idée.

 

Un si petit oiseau_Pavlenko

Les Pestiférés Marcel Pagnol, scénario Serge Scotto Eric Stoffel, dessin Samuel Wambre, Bamboo Ed.

 

Une fois n’est pas coutume, nous vous proposons une bande-dessinée. Et pour cause, l’histoire intégrale n’est disponible que sous ce format. « Les Pestiférés » est une oeuvre de Marcel Pagnol inachevée, publiée en partie dans Le Temps des amours. Pagnol avait raconté la fin à sa femme et à son fils. C’est à partir de ces souvenirs que les auteurs font revivre ici le récit.

Maître Pancrace, docteur, a pas mal bourlingué avant de se poser dans un quartier à flanc de colline de Marseille. Quartier ou plutôt petit village… Chacun se connait. Lorsqu’en 1720, ce qui sera la dernière grande épidémie de peste en France arrive, Pancrace est bien décidé à protéger la petite communauté. Pour ce faire, il organise de quoi tenir un siège. Mais, cela suffira-t-il à maintenir la peste à distance ? Une oeuvre particulièrement intéressante qui présente des similitudes avec une fable philosophique.

La couverture est une réussite. J’ai aimé également les tons chauds des dessins. A lire sans tarder !

 

 

La Malchimie de Gisèle Bienne Actes Sud col. « un endroit où aller »

Cette collection rassemble des textes de genres divers. Il s’agit ici d’un récit, celui de Gisèle Bienne, racontant les jours passés auprès de son frère, atteint de leucémie. Après un premier roman qui l’avait fait connaître, l’auteure avait été ostracisée par sa famille. Elle n’a renoué le contact que sept ans plus tard lorsque la maison familiale a brûlé. Dans ce texte, ce conflit n’est pas évoqué. Gisèle Bienne  nous parle de Sylvain, un de ses jeunes frères. Elle reçoit, un jour, un La Malchimie_Gisèle Bienneappel de sa belle-soeur l’informant de son entrée à l’hôpital Robert Debré de Reims. « Avait-il eu des symptômes ? Comment savoir, il ne se plaignait jamais. Les résultats d’une analyse routinière avaient alerté le laboratoire. On avait procédé à une seconde analyse et un rendez-vous avait été pris sur le champ avec l’hôpital ».  Pendant qu’elle se prépare à entrer dans la chambre stérile, une jeune femme la questionne sur le métier de Sylvain.  » Un agriculteur de plus, ils ont constaté » lui indique-t-elle, comme son mari. En effet, Sylvain est ouvrier agricole, un métier qu’il aime, une vocation pour laquelle il a œuvré sans compter. Mais aujourd’hui, la manipulation des produits chimiques et autres pesticides est fortement soupçonnée d’être liée à la survenue de cancers. Gisèle Bienne s’informe tout en multipliant les visites auprès de son frère. Ces rencontres sont l’occasion de se souvenir des moments passés ensemble. Enfants, un lien particulier les reliait quand ils jouaient dans les champs et participaient aux travaux de la ferme.

Un texte poignant sur un sujet d’actualité… L’auteur souligne l’ironie de la situation  : une maladie, sans doute provoquée par les dérives de la chimie et du productivisme, soignée par une autre chimie, parfois tout aussi ravageuse. A travers le destin de son frère, c’est celui d’anonymes à qui Gisèle Bienne donne sa voix. Elle évoque, en parallèle, le destin de l’écrivain Susan Sontag, vaincue par un cancer et dont le combat acharné fut relaté par son fils.

Le Roi serpent Jeff Zentner PKJ

Le Roi serpent_ZentnerPas facile d’habiter dans une petite ville rurale du Tennessee où tout le monde se connaît…encore plus quand on s’appelle Dill Early et qu’on est le fils d’un prédicateur, emprisonné pour détention d’images pornographiques. Persuadé qu’il est victime d’une malédiction familial,  le jeune homme de 17 ans  poursuit sa vie sans grand espoir d’avenir. Ses amis, le fragile colosse Travis et l’extravagante blogueuse à succès Lydia, forment une bande d’exclus au lycée. Si le départ prochain de Lydia pour la faculté bouleverse Dill, il lui laisse aussi entrevoir d’autres possibilités d’évolution.

J’ai eu du mal à rentrer dans le roman. L’auteur met du temps à poser ses personnages et leur histoire. Mais après, à l’inverse, il est difficile de lâcher ce roman. Des passages illustrent l’importance de la religion et le fanatisme de certaines communautés américaines. Ils peuvent étonnés voir gênés le lecteur mais contiennent sûrement une part de réalité . Ce roman alterne moments de noirceur et de lumière à travers des personnages attachants. A ne pas manquer, pour grands ados et adultes.

 

Je bouquine ado !

 

Voici le compte-rendu du COMITE ADO du 14 mai_2019   . Documentalistes, bibliothécaires, professionnels ou bénévoles, lecteurs, vous êtes tous conviés ! Le prochain aura lieu le mardi matin 10 décembre à la Médiathèque départementale du Haut-Rhin (inscription sur le site dès que le programme du deuxième semestre est en ligne).

 

Trahir d’Helen Dunmore Mercure de France

Anna et Andreï ont survécu au siège de Leningrad et à la seconde guerre mondiale. C’est durant cette période qu’Anna a perdu son père et sa belle-mère. Depuis, elle s’occupe de Kolia, son frère. Ensemble, ils forment une famille et pensent aller vers des temps meilleurs. Un jour, Andreï est appelé à soigner Goria, le fils de Volkov, chef de la police secrète. Ce dernier est atteint d’un problème articulaire. « L’enfant dans sa chambre privée ne le sait pas et n’y peut rien, mais il porte une maladie qui détruit la vie ordinaire aussi rapidement que la peste détruit un Trahir_Helen Dunmorecorps vivant. » Andreï acceptera-t-il de s’occuper malgré tout de Goria ? Comment réagir quand on est confronté à un choix aussi cornélien ? Andreï a bien conscience qu’il met en jeu sa sécurité et celle de sa famille. Mais, face à un enfant, peut-il refuser son aide ?

Ce roman traduit  l’ambiance délétère qui régnait à l’époque stalinienne où la délation était monnaie courante ainsi que l’abus de pouvoir. Le « complot des blouses blanches » aurait inspiré l’auteur.  Celle-ci a écrit plusieurs romans dont La Faim, qui raconte la vie d’Anna pendant le siège de Leningrad. Helen Dunmore est décédée en 2017.

Légende d’un dormeur éveillé de Gaëlle Nohant Editions Héloïse d’Ormesson

De Gaëlle Nohant, j’avais lu « La Part des flammes » sur l’incendie du Bazar de la Charité en 1897. L’auteur avait décrit le drame avec beaucoup de précisions. Ses personnages nous éclairaient notamment sur la condition féminine dans la haute société de l’époque. Plus encore, c’est un monde en plein changement qui s’annonçait. Dans ce roman, l’histoire prend place dans le Paris des Années folles, celui des peintres et des écrivains. Si l’alcool coule à flot et la drogue circule facilement, les revenus sont plus aléatoires. Il y a les disputes au sein des Légende d'un dormeur éveillé_Gaëlle Nohantsurréalistes avec leur figure tutélaire, André Breton, qui ne fait pas l’unanimité. De disputes, il en est aussi question dans les couples souvent éphémères qui se forment. L’auteur redonne vie aux figures emblématiques de l’époque : Man Ray, Kiki, Jean-Louis Barrault… Mais elle choisit de raconter l’histoire sous le prisme de la vie de Robert Desnos. Comme dans son premier roman, Gaëlle Nohant s’est beaucoup documentée. L’écriture est dense mais vivante. Au début, j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire. Mais, Robert Desnos est un personnage attachant. D’abord amoureux d’Yvonne George, il s’éprend de Youki, la femme du peintre Foujita qui restera, dès lors sa sirène, malgré leur relation  tumultueuse. Touche à tout de génie, il s’intéresse à la musique, au cinéma et à l’art en général. Il sera journaliste, fera de la radio… Pendant la guerre, il participera à la résistance et sera arrêté. Eluard dira  : « Tout au long de ses poèmes l’idée de liberté court comme un feu terrible. […]. La poésie de Desnos, c’est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d’expression. Il va vers l’amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. » Merci à Gaëlle Nohant de nous avoir fait découvrir le personnage et son époque.

 

L’Enchanteur de Stephen Carrière Pocket Jeunesse

L'enchanteur_CarrièreLa littérature pour adolescents ose des œuvres étonnantes. Après avoir lu Milly Vodovic de Nastasia Rugani dont j’ai apprécié l’histoire et le style si flamboyant, je me suis lancée dans cette nouvelle lecture. Ce roman semble susciter le rejet ou l’admiration mais ne laisse pas indifférent. L' »Enchanteur », c’est Stan, 15 ans. Il a un talent particulier pour résoudre les problèmes. Il est aidé par sa bande d’amis :  » [Daniel], un petit Black rond et chauve comme un œuf, [Jenny] , une grande fille baraquée et mutique,  [David] un feuj fragile au gabarit de fillette, et moi [Moh], le rebeu malingre, boutonneux et frisé ». Daniel est sur le point de mourir d’un cancer. Il demande à Stan un miracle, de prouver que l' »amitié ouvre des portes sur l’immortalité ».  Ce miracle aura la forme d’une comédie musicale en son honneur lors de la Fête du Fleuve. Moh, sera le metteur en scène. Il choisit « Le Songe d’une nuit d’été ». En parallèle, un groupe de jeunes racistes, les Tanaris, fait régner un climat malsain dans la ville. Lorsqu’un tueur en série s’en prend à des adolescents, le récit bascule dans le fantastique. Et si un monstre semait le chaos et se mettait sur la route du groupe d’amis ?

Stephen Carrière a choisi l’originalité. Il s’adresse à un public de grands adolescents et adultes à travers des références littéraires et un langage soutenu. Avec le nombre de personnages, il est facile de perdre le fil. Mais, si le lecteur s’accroche, il pourra apprécier l’atmosphère envoûtante de ce roman.

Sur les Chemins noirs de Sylvain Tesson Gallimard

Je ne connaissais Sylvain Tesson que de nom, je n’avais jamais lu aucun de ses livres. Une lectrice passionnée m’a encouragée à entreprendre la lecture. J’ai donc commencé avec ce titre parmi les derniers parus. Sylvain Tesson l’a écrit après avoir passé une année « rude », comme il le dit lui-même. Il lui faut affronter le deuil de sa mère et c’est couché dans un lit d’hôpital, après une chute d’un toit, qu’il commence à espérer repartir. Pas totalement guéri, il entreprend, pour sa convalescence, de parcourir « les chemins noirs », ces passages secrets et routes buissonnières qui  permettent l’esquive du monde contemporain. Il choisit l’axe Provence-Bretagne, celui du rapport sur l’hyper-ruralité en France.  » Ce que nous autres, pauvres cloches romantiques, tenions pour une clef du paradis sur Terre – l’ensauvagement, la préservation, l’isolement – était considéré dans ces pages comme des catégories du sous-développement. » Ce récit de voyage est l’objet de réflexions sur l’environnement et  l’histoire de la ruralité. Du retour du loup dans le Mercantour aux champs de lavande, avec leurs « rangs alignés » à Valensole, le promeneur a de quoi nourrir ses pensées. Sylvain traverse ensuite des villages « destinés à perpétuer le souvenir muséal de la campagne », faisant partie de circuits touristiques où l’ennui est banni . Son quotidien alterne la marche avec les siestes près de lavoirs ou sous des tonnelles, les rencontres avec l’autochtone et les nuits à la belle étoile. Après avoir traversé le Rhône et pénétré en Auvergne, les villages se font moins peuplés, les magasins plus rares. L’hyper-ruralité a de multiples visages. Elle recule tandis que les nouvelles technologies progressent. Sylvain Tesson se rassure, oui, il y a encore des chemins noirs en France mais pour combien de temps ?

Un texte court, dans un style agréable malgré  un côté parfois emphatique.