Archives par auteur: Aurélie

Tout ce qui est solide se dissout dans l’air Darragh McKeon Belfond

 

 

 

téléchargement (1) Darragh McKeon est irlandais. Il signe ici un premier roman remarqué.Tchernobyl, 1986 : tout ceux qui ont vécu cette époque s’en souvienne. Et pourtant, les informations n’ont filtré que tardivement. Darragh McKeon nous transporte au coeur de la catastrophe. Pour le jeune Artiom et sa famille, il faut tout quitter précipitamment. Ces exilés, parfois malades, sont repoussés par leurs proches. Grigori, chirurgien, appelé sur les lieux, ne peut accepter les mensonges et les différences de traitement. Quand à son ex-femme, Maria, elle se débat au quotidien dans les méandres du système communiste. Dans ce climat de misère, de traffic et de corruption, il y a heureusement des lueurs espoirs. Zhenya, le neveu de Maria, est promis à un avenir de virtuose du piano.

Ce roman passionnant, repose sur une riche documentation. Ainsi, l’auteur nous permet de comprendre comment les Ukrainiens ont vécu la catastrophe de Tchernobyl. C’est aussi un éclairage sur la société avant la chute du communisme. Les personnages, dont les fils du destin s’entremêlent, donnent du relief à l’histoire.

 

La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert Joël Dicker Editions de Fallois/L’Age d’Homme 2012

J’étais passé à côté de ce livre ultra-médiatisé en 2012. Il avait été pourtant plusieurs fois primé (Goncourt des lycéens, Grand Prix du roman de l’Académie française). J’avais peut-être été découragé par le volume du livre ou son résumé. Lors de cette rentrée littéraire 2015, le suisse Joël Dicker revient avec « Le livre des Baltimore ». Mais certaines critiques préfèrent son précédent livre. Je commence donc la lecture de « La Vérité sur l’Affaire Quebert ».

Il s’agit du rapport presque filial entre deux écrivains : Marcus, qui vient d’accéder à la célébrité et son mentor Harry Québert, auteur d’un livre devenu une référence. Ce dernier se retrouve accusé du meurtre, il y a plus de trente ans, de Nola Kellergan. Cette affaire tourne au scandale lorsqu’on apprend que la jeune fille de 15 ans avait une relation amoureuse avec Harry, plus âgé. Marcus décide d’aider son ami et commence à enquêter.téléchargement

Si au départ, j’ai eu un  peu de mal à accrocher à l’histoire, celle-ci s’emballe rapidement. Les révélations s’enchaînent et nous tiennent en haleine jusqu’à la dernière page. Du coup, on oublie, le style parfois lourd et les personnages caricaturaux.

On se laisse volontiers entraîner dans l’Amérique des années 70 et celle d’aujourd’hui.

Le « Livre de Baltimore » est présenté comme l’histoire familiale de Marcus. Je ne sais pas si je le lirai…

Les couvertures de livres

L’autre jour, ma collègue entre dans mon bureau et me montre une couverture de roman. Celle-ci a engendré chez moi moult réflexions… Me prenant au jeu, je me suis renseignée sur la façon de créer une couverture.cinq matous_

Il existe une règle, celle du 12/75. 12 pour le nombre de mots que doit contenir la première de couverture (titre/sous-titre-auteur) et 75 pour la quatrième de couverture (comprenez le dos de l’ouvrage).

Evidemment, l’image doit accrocher le regard du lecteur potentiel. Le site Slate.fr, par l’intermédiaire de Charlotte Pudlowki, s’interrogeait en mai 2013 sur le pourquoi des couvertures si sobres en France. Apparemment, il existe une tradition bien française qui veut que la collection (et l’éditeur) se repèrent avant tout par la couverture. Il y a la Jaune de Grasset, la Bleue de Stock et la Blanche chez Gallimard. L’arrivée du poche dans les années 60 a permis quelques écarts colorés. On retrouve cette utilisation des couleurs pour les couvertures de science-fiction également ou chez les nouvelles maisons d’édition.

Une étude du Wall Street Journal indique que l’on passe en moyenne 8 seconde à regarder la première de couverture et 15 secondes la quatrième. D’où l’importance également du résumé… Et là aussi, la réussite n’est pas forcément au rendez-vous. Certains éditeurs sont connus pour raconter l’histoire dans son intégralité, d’autres pour faire des résumés qui ne correspondent pas vraiment au livre. Parfois, il n’y a rien ou une seule phrase sybilline.

Bref, la couverture devrait rester un travail de professionnel…

Les Bergroman (pour qui n’est pas allemand ou alsacien, il s’agit d’un genre du romans allemand où l’histoire a pour cadre la montagne et où l’Amour est le thème principal) sont un vivier pour les couvertures disons.. un peu… Je vous laisser deviner.

bergroman Les couvertures avec des animaux semblent également « flatter » (hum, mauvais jeu de mot, je vous l’accorde) l’oeil du public. Il n’est qu’à voir celle de G. Legardinier, qui en a fait sa marque de fabrique et A. Gavalda.

 

billie                                                                           legardinier

Enfin, une dernière couverture, pas « chargée » du tout, pour le plaisir :

nothombEn complément : un entretien paru sur  Actualitté.com sur le design des couvertures avec Laure LEROY, Directrice et co-fondatrice de la maison »Zulma ». Leurs livres sont reconnaissables par leur couleurs et leurs motifs géométriques.

Déprimés, évitez cette rubrique !

Cette année, quelques auteurs ont abordé le thème de la mort. Leurs livres bouleversent, marquent et suscitent la réflexion. Alors si, en cette période propice à la dépression saisonnière, vous vous sentez malgré tout d’attaque. Voici quelques lectures.

Camille, mon envolée de Sophie Daull chez Philippe Rey raconte un drame, celui de la perte daulld’un enfant. Camille a 16 ans et plein de projets, notamment celui d’entrer à Sciences Po. Une vilaine grippe vient soudain contrarier ses vacances de Noël. Jour après jour, Sophie, sa mère, nous raconte la dégradation de son état : comment Camille s’est battue, comment les médecins n’ont pu déceler la bactérie qui la rongeait… Puis c’est le deuil, les réactions des proches, la peine incommensurable qu’il faut apprivoiser. Et la vie malgré tout, cette vie que Camille et Sophie aimaient partager avec humour.

La Maladroite d’Alexandre Seurat au Rouergue est un livre tout aussi révoltant. Inspiré d’un fait seuratdivers, il décrit la marche inexorable de Diana vers son destin tragique. Les témoins (institutrices, directeurs, assistantes sociales, médecins, proches) prennent tour à tour la parole. Certains ont dénoncé la maltraitance, d’autres ne l’ont pas vu. Diana, elle-même n’a pas voulu mettre en cause ses parents.Quand finalement les choses bougent enfin, il est trop tard.

Enfin, un livre particulier, dérangeant :

Alors vous ne serez plus jamais triste de Baptiste Beaulieu chez Fayard. Le titre m’avait interpellé. S’agissait-il d’une recette miracle qu’on allait nous exposer ? L’histoire est moins drôle. Un médecin a perdu sa femme, sa raison de vivre. beaulieuC’est décidé : il va se suicider. Il rentre dans un taxi conduit par une dame âgée quelque peu exubérante. Elle lui propose un marché : attendre 7 jours avant de se suicider et faire tout ce qu’elle lui dira. Il s’en suit une série d' »épreuves » destinées à obliger le docteur à voir la mort en face. L’auteur réserve bien entendu une fin non convenue à l’étrange duo.

S’il n’a pas la même tonalité bouleversante que les deux autres, ce livre est néanmoins surprenant dans sa façon de traiter du suicide et de la mort.

Des romans qui parlent d’un sujet encore tabou, sans pathos mais aussi sans esquive…

Suite des prix littéraires

Le Grand Prix du roman de l’Académie française a été décerné le 29 octobre à l’ écrivain algérien Boualem Sansal 2084(« 2084 ») et à Hédi Kaddour (« Les Prépondérants »).

Le premier a écrit une dystopie qui se déroule dans un pays imaginaire, l’Abistan, du nom du prophète Abi. La pensée personnelle y est proscrite. Il y a obligation de soumission au Dieu prépondérantsunique.

Le deuxième roman décrit les changements provoqués par l’arrivée d’une équipe de tournage
américaine dans un village du Maghreb, dans les années 20.

 

 

 

 

Christine Angot a reçu le 2 novembre le prix Décembre pour « Un Amour impossible ». Roman angotautobiographique dans lequel l’auteur décrit la relation entre son père, intellectuel bourgeois et sa mère secrétaire. Elle parle également de l’inceste dont elle a été victime.

 

 

cacheLe prix Fémina a été attribué hier à Christophe Boltanski pour « La Cache ». C’est un retour sur l’histoire de sa famille à travers les pièces de la maison et notamment la cache qui servit à son grand-père pendant la Seconde Guerre mondiale

Le prix Médicis couronne Nathalie Azoulai avec « Titus n’aimait pas Bérénice ». Elle revisite la vie de Racine à travers l’histoire d’amour de Bérénice.azoulai

Reste encore le Prix Interallié, le 12 novembre.

Les prix ont donc couronné des auteurs différents. La rentrée littéraire francophone s’avère assez éclectique, sans domination écrasante. Les favoris Boualem Sansal et Delphine de Vigan ont été récompensés sans pour autant monopoliser les prix. On retrouve toujours la forte propension à l’autofiction (exploration de la vie de l’auteur sous forme romancée) qu’on connait depuis quelques années. Autre thème qui inspire les écrivains : les pays musulmans et leurs évolutions.

Les premiers prix ont été décernés

Mathis Enard a reçu hier le Prix Goncourt pour « Boussole« , roman mettant en avant les relations entre l’Occident et l’Orient.enard Depuis 2003, ses écrits sont récompensé par des prix littéraires avec « La Perfection du tir », puis en 2008, « Zone ». Il obtient en 2010, le Prix Goncourt lycéens avec « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants », sorte de conte où l’on suit Michel-Ange à Constantinople. En 2012, il écrit « Rue des voleurs », inspiré par l’histoire en marche dans les pays arabes. »Boussole », commencé il y a plusieurs années, laisse transparaître la fascination de l’auteur pour l’Orient. En effet, Mathias Enard a étudié l’arabe et le persan. Il a aussi séjourné dans plusieurs pays du Moyen-Orient. Erudit, amateur d’art, ce fin lettré propose une oeuvre dense à découvrir.

Pour compléter la lecture de ce livre, voir ici , sur le site de France Culture

 

Delphine de Vigan obtient le Prix Renaudot pour « D’après une histoire vraie« .vigna Elle est l’auteur de huit romans. « Jours sans faim » a pour sujet l’anorexie en 2001. En 2007, « No et moi » décrit la relation nouée entre une adolescente surdouée et une SDF. En 2009, elle publie « Les Heures souterraines »sur deux personnages malmenés et solitaires dont on ne sait si le destin les réunira. Enfin, en 2011, dans « Rien ne s’oppose à la nuit », l’auteur aborde les rapports mère-fille et la maladie psychique. Autofiction/roman, la différence est difficile à faire dans les romans de Delphine de Vigan.C’est le cas aussi avec « D’après un histoire vraie » qui met en scène une écrivain en panne d’inspiration. Celle-ci fait connaissance avec une jeune femme qui s’impose progressivement dans sa vie. L’écriture fluide, la part importante de l’aspect psychologique sont des facteurs de succès dans les romans de Delphine de Vigan.

Douze ans sept mois et onze jours Lorris Murail Pocket jeunesse

Walden a 12 ans, 7 mois et 4 jours. Il ne correspond pas vraiment à ce que son père attend de lui. C’est un piètre joueur de baseball, un garçon plutôt peureux selon son père. Celui-ci l’abandonne en pleine forêt du Maine, dans une cabane. téléchargementL’adolescent dispose de quelques conserves, un fusil et deux livres de H. D. Thoreau. Quel est le but de tout cela ? Jack Stephenson a-t-il décidé de faire subir une épreuve à son fils ? Quel père en viendrait à laisser seul son fils ? Walden tente d’évoluer dans cet environnement sauvage. Chaque jour, il note son âge sur un tronc d’un arbre. Bientôt, il découvre qu’il n’est pas seul et s’aventure loin de la cabane. C’est le début d’une longue course pour survivre. Roman initiatique et thriller passionnant, l’intrigue persiste jusqu’aux dernières pages. Les personnages principaux ont de multiples facettes qui concourent à épaissir le mystère. On retrouve des situations qui rappellent le maître du genre, Stephen King. La couverture est également réussie. A conseiller aux grands ados et adultes.

 

Venise n’est pas en Italie Ivan Calbérac Flammarion

Je vous l’avais proposé dans la valise d’été. J’ai enfin pu le lire et … j’ai beaucoup aimé. Emile Chamoudot est un adolescent ordinaire sauf que… ses parents sont un peu originaux. Sa mère lui teint les cheveux en blond depuis sa prime enfance. Son père a toujours une expression ou un bon mot à proposer. Enfin, la famille vit dans une caravane en attendant un hypothétique calberacpermis de construire. Evidemment, lorsqu’ Emile tombe amoureux, il s’agit d’une jeune fille de famille aisée, pas franchement ouverte sur la fantaisie. Tout se complique encore lorsque Pauline invite Emile à Venise pour un concert. Les Chamoudot décident d’accompagner leur fils. Le lecteur suit les tribulations de la famille (et de la caravane) sans se lasser. L’auteur manie constamment l’humour avec brio.

Ce livre aborde aussi avec finesse les problématiques de l’adolescence, du rapport à la famille, et du sentiment amoureux.

Ivan Calbérac sort actuellement sur les écrans un film tiré de sa pièce de théâtre « L’Etudiante et Monsieur Henri », plébiscitée par les spectateurs. Il était déjà l’auteur d' »Irène », sorti en 2002 et sacré « Meilleur Premier Film ».