Archives par auteur: Aurélie

Les Bourgeois d’Alice Ferney Actes sud 2017

Ce livre a bénéficié d’un bon « bouche à oreille ». J’attendais donc de pouvoir le lire et quand je l’ai eu entre les mains, je m’y suis accrochée…

Alice Ferney nous raconte l’histoire d’une famille parisienne qui porte bien son nom, les Bourgeois. Elle en est d’ailleurs une descendante. Henri, le patriarche, né en 1895, va avoir huit garçons et deux filles. Leurs vies et celle d’Henry vont se confondre avec les grands évènements du siècle. Trois fils feront une carrière militaire. Tous les enfants seront élevés dans le respect de la patrie, de la religion et de la famille. L’évolution des mœurs débutera dans les années soixante avec la troisième génération. Mai 68 sera passé par là.Les-bourgeois_Ferney

J’ai mis du temps à m’emparer l’histoire. Il n’est pas facile, dans les premières pages, de retenir les nombreux personnages et leurs liens. L’ouvrage fait la part belle à l’Histoire, ce qui le place à mi-chemin entre le roman et le documentaire. Il rejoint le genre biographique, en vogue actuellement mais version « famille nombreuse ». Le livre est TRES dense. Si vous n’aimez pas l’histoire, il risque de vous tomber des mains. Le rôle des femmes, ici, est en totale conformité avec la classe et l’époque. Il s’agit de s’occuper des enfants. Nulle bluette ne viendra pimenter le récit. Ajoutons encore que le travail historique et l’écriture de l’auteur ont été soulignés.

Du noir…

 

La Noirceur des couleurs de Martin Blasco Ecole des loisirs 2017

A la fin du 19ème siècle, en Argentine, cinq bébés sont enlevés. Dans le même temps, un chercheur met au point un projet aussi ambitieux que cruel. Il le consigne dans son journal. Vingt cinq ans plus tard, une des familles voit revenir leur enfant. Il s’agit d’Amira, une jeune femme amnésique. Alejandro, journaliste, est chargé de l’aider à retrouver son passé.La-Noirceur-des-Couleurs_Martin Blasco

Voilà un thriller original sur bien des points. La littérature argentine est plutôt rare en rayon ado. La question des expériences scientifiques et des premiers tâtonnements sur les comportements humains au 19ème siècle l’est également. Le récit alterne entre le journal du savant et la progression de l’enquête. L’intrigue est finement menée et ne se laisse dévoiler qu’à la fin.

 

Les Chiens d’Allan Stratton Milan 2015

Cameron et sa mère sont habitués à déménager. Ils fuient un père et un mari violent. C’est dans une ferme isolée, au Creux du Loup, qu’ils trouvent refuge. Mais cet endroit a une sinistre réputation. Son propriétaire aurait été tué par ses chiens après Les Chiens_Allan Strattonla mystérieuse disparition de sa femme et de son fils. Cameron retrouve des objets ayant appartenu à un enfant et entend une voix, celle de Jacky, qui a vécu dans la ferme. Que s’est-il vraiment passé dans ce lieu ? Cameron mène l’enquête mais n’est-il pas en train de perdre pied avec la réalité ?

Un thriller accrocheur teinté de fantastique qui entremêle deux histoires aux correspondances troublantes.

Etrange littérature étrangère…

J’ai eu l’occasion de sortir un peu de mon domaine de prédilection (la littérature francophone). Et j’ai été assez dépaysé !

Une Histoire de loups d’Emily Fridlung Gallmeister 2017Une histoire de loups_Fridlung

En général, j’aime bien les romans « nature writing » dont cet éditeur s’est fait le spécialiste. Souvent, il s’agit de survivre, isolé, dans un milieu sauvage, au fin fond des Etats-Unis. Ce premier roman nous emmène au Minnesota, près d’un lac. Une adolescente, Madeline (Linda) y vit seule avec ses parents, à la suite d’une expérience communautaire qu’on suppose ratée. La jeune fille se lie d’amitié avec ses plus proches voisins, un couple et leur jeune fils, Paul. Le père étant souvent absent, elle devient vite la baby-sitter attitrée et s’immisce dans la vie de la famille. Dès le départ, le drame est annoncé, ce qui n’empêche l’atmosphère de gagner en tension. De fréquents allers-retours dans le passé et une histoire de pédophilie au sein du lycée, viennent étayer l’histoire sans vraiment qu’elle gagne en profondeur. L’ambiance funeste du roman a failli avoir raison de ma lecture. La psychologie des personnages, telle que présentée par l’auteur, n’a pas suffi à me les rendre attachants ou tout le moins, compréhensibles. Dommage car l’écriture est intéressante.

Ambiance différente pour cet autre titre :

Zouleikha ouvre les yeux Gouzel Iakhina Les Editions Noir sur blanc 2017Zouleikha ouvre les yeux_Gouzel Lakhina

Dans la Russie des années 30, Zouleikha est marié à un paysan tatar. Sa vie se résume à trimer pour son mari et sa belle-mère qu’elle surnomme la Goule. Bien que musulmane, elle invoque régulièrement les esprits. En pleine période de dékoulakisation, son mari est assassiné et Zouleikha déportée en Sibérie. Une longue lutte pour la survie commence alors pour la jeune femme qui est enceinte. Le commandant du convoi, Ignatov, semble s’intéresser à elle. Arrivés près d’une rivière, les déportés vont devoir créer leur propre village. Ce roman offre une fresque de la Russie sous Staline avec un éclairage sur les coutumes tatars.  Les personnages évoluent et s’affranchissent de leurs croyances. On se laisse porter par l’écriture et par l’histoire, bien qu’un peu longue. L’auteur de ce premier roman, tatare, a été récompensée et traduite dans plusieurs pays. A suivre.

 

Des livres qui ont la cote…

Couleurs de l’incendie de Pierre Lemaitre Albin Michel 2018

Voilà une suite qui n’en est pas vraiment une…  Au Revoir là-haut, le précédent roman, Prix Goncourt, retraçait le destin funeste d’Edouard Péricourt, fils de bonne famille, devenu Eugène Rivière. Cet ancien soldat et gueule cassée avait monté une arnaque aux monuments aux morts avant de se suicider. Dans « Couleurs de l’incendie », quelques années ont passé. Nous suivons la vie de Madeleine, la sœur d’Edouard. Alors qu’elle enterre le patriarche de la famille, son fils, Paul, se jette par la fenêtre et devient paraplégique. Le sort continue de s’acharner sur elle puisque son oncle et le bras droit de son père, s’allient pour la dépouiller. Mais Madeleine, mue par la vengeance, n’est pas disposée à laisser perdre le patrimoine de son fils…Couleurs-de-l'incendie_Lemaitre

Pierre Lemaitre réussit à nous accrocher avec brio à son histoire qui devient une fresque familiale. Il nous peint l’époque de l’Entre-deux-guerres, ce monde changeant, fragilisé par les crises, où les grands bourgeois cèdent le pas aux industriels. Communistes et fascistes profitent du peu de stabilité politique pour gagner du terrain. C’est dans cette période trouble que se débattent les personnages du roman. Pierre Lemaitre les décrit si bien qu’on imagine déjà le film. Seul point un peu décevant : la trame de l’histoire. Le roman étant axé sur la vengeance de Madeleine, la fin est rapidement devinée dans ses grandes lignes. J’attends tout de même avec impatience la fin de la trilogie.

 

 

 

Autre livre qui a bénéficié d’un large écho :

Les Loyautés de Delphine de Vigan JC Lattès 2018

 

Les loyautés_de Vigan

Un livre qui se lit rapidement mais qui n’en est pas moins profond. C’est l’histoire d’une amitié entre deux adolescents, Mathis et Théo. « Ils n’ont pas eu besoin de parler pour savoir qu’ils pouvaient s’entendre. Il suffisait de se regarder ; communautés tacites – sociales, affectives, émotionnelles-, signes abstraits, fugaces, de reconnaissance mutuelle, qu’ils seraient pourtant incapables de nommer. » C’est aussi une histoire d’adultes et de couples. Céline, la maman de Mathis, vit mal ses origines sociales modestes par rapport à celles de son mari. Quant aux parents de Théo, séparés, accablés de tristesse et de rancœur, ils en oublient leur fils. Où commence la maltraitance ? Elle s’inscrit aussi dans les soins et l’attention qu’on ne donne pas. Théo sait se débrouiller alors il aide, remplace, et pallie les défaillances de ses parents. Pour supporter, il commence à boire et entraîne Mathis à sa suite. Mais Hélène, une professeur au passé abîmé, va déceler les signes d’une catastrophe imminente, au risque de dépasser les limites.

 

The Rain de Virginia Bergin Bayard jeunesse 2017

Ce soir-là, l’atmosphère douce avait poussé les gens dehors et voisins et amis s’étaient retrouvés autour de barbecues. Ruby, elle, s’était rendue à une fête chez des amis. C’est là, dans un jacuzzi, qu’elle avait embrassé pour la première fois le beau Caspar. Mais soudain, les parents, revenus plus tôt que prévu, leur avaient intimé l’ordre de rentrer dans la maison. Peu après, une pluie mortelle s’était abattue. Ceux qui se risquaient à sortir mourraient ensanglantés quelques heures après. Ruby réussit à rentrer chez elle. Elle y est consignée dans le bureau. Mais, malgré les précautions, sa mère, son petit frère puis son beau-père meurent aussi. Il ne lui reste que son père qui vit à Londres avec son autre demi-frère. Pour Ruby commence alors un périple pour les rejoindre.The-rain_Virginia Bergin

C’est un roman post-apocalyptique prenant. Le choix d’une bactérie tueuse dans l’eau est judicieux. Il pointe notre dépendance à cette dernière.  Il m’a semblé relever quelques situations incohérentes. Mais rien qui ne puisse ralentir le rythme du récit. Le manque d’eau potable va pousser les rescapés à se battre. Les comportements d’entraide et d’égoïsme se succèdent au fil des situations. Le lecteur est amené à s’interroger sur ses propres réactions. Ici, pas de superhéros. Ruby est un personnage un brin superficiel et agaçant  mais qui possède aussi de l’humour. Les épreuves, comme dans tout bon roman initiatique, l’aide à gagner en maturité. Elle rencontre Darius, un nerd, « roi de Looserville », à qui elle n’aurait même pas adressé la parole en temps normal.

Le roman a déjà une suite et serait en cours d’adaptation cinématographique.

Quand vient la vague… Jean-Christophe Tixier et Manon Fargetton Rageot 2018

A Lacanau, Clément est un adolescent de 15 ans qui se passionne pour le surf. Lorsque sa sœur, Nina, disparaît, il reste d’abord sans réaction. Puis, sur les conseils de son meilleur ami,  décide de prendre l’enquête en main. Une lettre laissée par Nina lui laisse pressentir qu’elle est vivante. Pourquoi est-elle partie ? Clément raconte ses recherches tandis que Nina nous dévoile les raisons de son départ.Quand-vient-la-vague_Manon Fargetton

L’histoire se lit très bien, malgré quelques longueurs. J’ai deviné assez rapidement le cœur de l’intrigue mais j’ai continué ma lecture, intriguée par la manière dont les auteurs allaient traiter le sujet. Difficile d’en dire plus sans dévoiler la suite. Mais il est question d’adultes et de mensonges, de la vague qui les met au jour et modifie complètement votre vie…

 

 

Les Marvels Brian Selznick Bayard 2017

Quel drôle d’objet ! Ce livre attire d’abord par son aspect : couverture bleue et dorée, parsemée d’étoiles ! Tout inspire au merveilleux et àLes-Marvels_Brian Selznick l’aventure.

Dans la première partie, l’histoire est racontée sous forme de superbes dessins en nuances de gris. Sur un bateau, le Kraken, en 1766, a lieu la représentation d’une pièce de théâtre. Peu après, le navire fait naufrage et le jeune Billy, l’un des acteurs est le seul survivant. Il sera à l’origine de la lignée des Marvels, comédiens célèbres à Londres dont l’histoire s’arrête en 1900.

Les images cèdent alors la place aux mots. En 1990, Joseph s’échappe de son pensionnat pour rejoindre son oncle, Albert Nightingale. Celui-ci vit dans un monde bien étrange où rien ne doit être dérangé. Un mystérieux lien semble l’unir aux Marvels. Joseph et sa voisine Frankie sont bien décidés à en savoir plus.

La fin du roman se clôture en images. Il n’y a pas de mots, que des émotions.

Un livre sous forme de conte, dans la lignée de L’invention d’Hugo Cabret. L’imaginaire et le réel se mélangent. Les thèmes de la place dans la famille, de la vocation, de la maladie et du deuil sont présents. Mais ils sont transcendés par l’univers artistique, présent à travers le théâtre et le dessin.  A ne pas manquer !

Roméo sans Juliette Jean-Paul Nozière Thierry Magnier 2015

Ce livre m’a été conseillé par une collègue et je n’ai pas été déçue. Pourtant, j’appréhendais un peu, au vu du titre, un pastiche édulcoré de la tragédie de Shakespeare.

Roméo sans Juliette_NozièreRoméo a 18 ans. Il sort d’un centre fermé pour mineur et doit se rendre au chevet de son père dans le coma. Commence alors un récit à deux voix, celle de Roméo et celle de Juliette, sa voisine et amour de jeunesse. Ils reviennent sur leur enfance. La mère de Roméo disparaît lorsqu’il a 11 ans. Il est élevé « à la dure » par son père qui profère des théories racistes. Selon lui, d’ailleurs, rien ne sert d’ apprendre, il vaut mieux savoir se défendre avec ses poings. Juliette vit, elle aussi, dans une famille monoparentale mais équilibrée et aisée. Sa mère la pousse à apprendre. Les destins des deux jeunes vont s’éloigner jusqu’au drame… Dans ce roman, ce n’est pas une guerre entre deux familles qui sépare les amoureux, mais des conceptions et des valeurs opposées.

Jean-Paul Nozière montre l’influence des parents, des amis et l’importance de l’éducation dans le rapport à l’autre et le développement personnel. C’est un roman saisissant sur le racisme et ses origines. Sans leçon de morale, l’auteur fait mouche.

15 jours de création !

 

Sophie Rigal-Goulard, auteur de romans jeunesse, nous a fait le plaisir de passer 15 jours en résidence de création littéraire à Altkirch dans le Sundgau. Ce séjour a eu lieu du 27 novembre au 8 décembre. L’objectif était d’une part, d’organiser des ateliers d’écriture animés par un auteur pour des collégiens, et d’autre part, d’organiser des rencontres entre ce même auteur et les publics des médiathèques ainsi que le personnel des bibliothèques du Haut-Rhin.

Au collège d’Altkirch, Sophie a travaillé avec la classe de SEGPA de Mme Farny. Elle a aidé de petits groupes à écrire des romans photos. Les élèves avaient lu plusieurs livres de Sophie et ont apprécié la rencontre avec l’auteure. Ils avaient d’ailleurs préparé des questions à lui poser.

Au collège de Dannemarie, quatre classes de sixième ont profité de la venue de Sophie pour s’intéresser au métier d’écrivain. Une classe de cinquième a pu discuter du thème de l’obésité, abordé dans le titre Isis, 13 ans, 1m60, 82 kg, publié chez Rageot. Les élèves ont composé un portrait chinois.

La classe de 6e B a bénéficié de plusieurs heures avec Sophie. Les élèves se sont penchés sur la réécriture d’un conte, Blanche Neige, qu’ils avaient étudié en cours. S’inspirant des thématiques des livres de Sophie (10 jours sans écran et 15 jours sans réseau, publiés chez Rageot), ils ont actualisé et détourné l’histoire en y ajoutant une bonne dose de nouvelles technologies et d’humour.

La classe Ulis a travaillé, quant à elle, sur le contre des Trois petits cochons. Ces derniers sont devenus les Trois petits connectéchons !

L’expérience est une vraie réussite grâce à la générosité et au professionnalisme de Sophie ! Merci aux enseignants, merci aussi aux bibliothécaires d’Altkirch et de Dannemarie qui ont accueilli les classes et les ont aidées à avancer.

Les deux rencontres « tout public » et les deux formations autour des livres de Sophie et de son travail ont, elles aussi, été appréciées. A chaque fois, il y a eu de nombreux échanges qui ont permis de mieux comprendre le travail de l’écrivain et sa place dans la chaine du livre. A travers les thèmes abordés, ce sont aussi les questions de société autour du numérique qui ont émergé, questions qui interpellent particulièrement les bibliothécaires. Comment, dans un contexte de sollicitation permanente, donner envie de lire ?

Nous avons eu même droit à un scoop ! En avant-première, nous avons pu découvrir la couverture du dernier livre de Sophie !

Sophie Rigal-Goulard_24-heures-sans-jeu-video

 

 

 

 

 

De la lecture pour patienter ?

 

En nous rendant en librairie à Mulhouse, nous avons pu tester à la gare le distributeur d’histoires courtes de la société grenobloise « Shortédition ». Il vous suffit de choisir la durée de lecture souhaitée et d’appuyer sur le bouton correspondant. Nous avons eu une histoire de romance, une histoire jeunesse et un extrait de littérature classique. Cette borne existe aussi aux Halls de Strasbourg. En vous rendant sur le site de la société, vous trouverez la localisation en France et en Suisse de ces bornes. Vous pouvez également choisir de lire ou écouter de la littérature « courte » en ligne en fonction de vos envies et de votre temps. Le système des bornes à papier n’est peut-être pas très écologique mais offre une occasion de lecture pour petits et grands. Même Francis Ford Coppola s’est laissé séduire en installant une de ces bornes dans son restaurant de Californie.