Archives par auteur: Aurélie

The Rain de Virginia Bergin Bayard jeunesse 2017

Ce soir-là, l’atmosphère douce avait poussé les gens dehors et voisins et amis s’étaient retrouvés autour de barbecues. Ruby, elle, s’était rendue à une fête chez des amis. C’est là, dans un jacuzzi, qu’elle avait embrassé pour la première fois le beau Caspar. Mais soudain, les parents, revenus plus tôt que prévu, leur avaient intimé l’ordre de rentrer dans la maison. Peu après, une pluie mortelle s’était abattue. Ceux qui se risquaient à sortir mourraient ensanglantés quelques heures après. Ruby réussit à rentrer chez elle. Elle y est consignée dans le bureau. Mais, malgré les précautions, sa mère, son petit frère puis son beau-père meurent aussi. Il ne lui reste que son père qui vit à Londres avec son autre demi-frère. Pour Ruby commence alors un périple pour les rejoindre.The-rain_Virginia Bergin

C’est un roman post-apocalyptique prenant. Le choix d’une bactérie tueuse dans l’eau est judicieux. Il pointe notre dépendance à cette dernière.  Il m’a semblé relever quelques situations incohérentes. Mais rien qui ne puisse ralentir le rythme du récit. Le manque d’eau potable va pousser les rescapés à se battre. Les comportements d’entraide et d’égoïsme se succèdent au fil des situations. Le lecteur est amené à s’interroger sur ses propres réactions. Ici, pas de superhéros. Ruby est un personnage un brin superficiel et agaçant  mais qui possède aussi de l’humour. Les épreuves, comme dans tout bon roman initiatique, l’aide à gagner en maturité. Elle rencontre Darius, un nerd, « roi de Looserville », à qui elle n’aurait même pas adressé la parole en temps normal.

Le roman a déjà une suite et serait en cours d’adaptation cinématographique.

Quand vient la vague… Jean-Christophe Tixier et Manon Fargetton Rageot 2018

A Lacanau, Clément est un adolescent de 15 ans qui se passionne pour le surf. Lorsque sa sœur, Nina, disparaît, il reste d’abord sans réaction. Puis, sur les conseils de son meilleur ami,  décide de prendre l’enquête en main. Une lettre laissée par Nina lui laisse pressentir qu’elle est vivante. Pourquoi est-elle partie ? Clément raconte ses recherches tandis que Nina nous dévoile les raisons de son départ.Quand-vient-la-vague_Manon Fargetton

L’histoire se lit très bien, malgré quelques longueurs. J’ai deviné assez rapidement le cœur de l’intrigue mais j’ai continué ma lecture, intriguée par la manière dont les auteurs allaient traiter le sujet. Difficile d’en dire plus sans dévoiler la suite. Mais il est question d’adultes et de mensonges, de la vague qui les met au jour et modifie complètement votre vie…

 

 

Les Marvels Brian Selznick Bayard 2017

Quel drôle d’objet ! Ce livre attire d’abord par son aspect : couverture bleue et dorée, parsemée d’étoiles ! Tout inspire au merveilleux et àLes-Marvels_Brian Selznick l’aventure.

Dans la première partie, l’histoire est racontée sous forme de superbes dessins en nuances de gris. Sur un bateau, le Kraken, en 1766, a lieu la représentation d’une pièce de théâtre. Peu après, le navire fait naufrage et le jeune Billy, l’un des acteurs est le seul survivant. Il sera à l’origine de la lignée des Marvels, comédiens célèbres à Londres dont l’histoire s’arrête en 1900.

Les images cèdent alors la place aux mots. En 1990, Joseph s’échappe de son pensionnat pour rejoindre son oncle, Albert Nightingale. Celui-ci vit dans un monde bien étrange où rien ne doit être dérangé. Un mystérieux lien semble l’unir aux Marvels. Joseph et sa voisine Frankie sont bien décidés à en savoir plus.

La fin du roman se clôture en images. Il n’y a pas de mots, que des émotions.

Un livre sous forme de conte, dans la lignée de L’invention d’Hugo Cabret. L’imaginaire et le réel se mélangent. Les thèmes de la place dans la famille, de la vocation, de la maladie et du deuil sont présents. Mais ils sont transcendés par l’univers artistique, présent à travers le théâtre et le dessin.  A ne pas manquer !

Roméo sans Juliette Jean-Paul Nozière Thierry Magnier 2015

Ce livre m’a été conseillé par une collègue et je n’ai pas été déçue. Pourtant, j’appréhendais un peu, au vu du titre, un pastiche édulcoré de la tragédie de Shakespeare.

Roméo sans Juliette_NozièreRoméo a 18 ans. Il sort d’un centre fermé pour mineur et doit se rendre au chevet de son père dans le coma. Commence alors un récit à deux voix, celle de Roméo et celle de Juliette, sa voisine et amour de jeunesse. Ils reviennent sur leur enfance. La mère de Roméo disparaît lorsqu’il a 11 ans. Il est élevé « à la dure » par son père qui profère des théories racistes. Selon lui, d’ailleurs, rien ne sert d’ apprendre, il vaut mieux savoir se défendre avec ses poings. Juliette vit, elle aussi, dans une famille monoparentale mais équilibrée et aisée. Sa mère la pousse à apprendre. Les destins des deux jeunes vont s’éloigner jusqu’au drame… Dans ce roman, ce n’est pas une guerre entre deux familles qui sépare les amoureux, mais des conceptions et des valeurs opposées.

Jean-Paul Nozière montre l’influence des parents, des amis et l’importance de l’éducation dans le rapport à l’autre et le développement personnel. C’est un roman saisissant sur le racisme et ses origines. Sans leçon de morale, l’auteur fait mouche.

15 jours de création !

 

Sophie Rigal-Goulard, auteur de romans jeunesse, nous a fait le plaisir de passer 15 jours en résidence de création littéraire à Altkirch dans le Sundgau. Ce séjour a eu lieu du 27 novembre au 8 décembre. L’objectif était d’une part, d’organiser des ateliers d’écriture animés par un auteur pour des collégiens, et d’autre part, d’organiser des rencontres entre ce même auteur et les publics des médiathèques ainsi que le personnel des bibliothèques du Haut-Rhin.

Au collège d’Altkirch, Sophie a travaillé avec la classe de SEGPA de Mme Farny. Elle a aidé de petits groupes à écrire des romans photos. Les élèves avaient lu plusieurs livres de Sophie et ont apprécié la rencontre avec l’auteure. Ils avaient d’ailleurs préparé des questions à lui poser.

Au collège de Dannemarie, quatre classes de sixième ont profité de la venue de Sophie pour s’intéresser au métier d’écrivain. Une classe de cinquième a pu discuter du thème de l’obésité, abordé dans le titre Isis, 13 ans, 1m60, 82 kg, publié chez Rageot. Les élèves ont composé un portrait chinois.

La classe de 6e B a bénéficié de plusieurs heures avec Sophie. Les élèves se sont penchés sur la réécriture d’un conte, Blanche Neige, qu’ils avaient étudié en cours. S’inspirant des thématiques des livres de Sophie (10 jours sans écran et 15 jours sans réseau, publiés chez Rageot), ils ont actualisé et détourné l’histoire en y ajoutant une bonne dose de nouvelles technologies et d’humour.

La classe Ulis a travaillé, quant à elle, sur le contre des Trois petits cochons. Ces derniers sont devenus les Trois petits connectéchons !

L’expérience est une vraie réussite grâce à la générosité et au professionnalisme de Sophie ! Merci aux enseignants, merci aussi aux bibliothécaires d’Altkirch et de Dannemarie qui ont accueilli les classes et les ont aidées à avancer.

Les deux rencontres « tout public » et les deux formations autour des livres de Sophie et de son travail ont, elles aussi, été appréciées. A chaque fois, il y a eu de nombreux échanges qui ont permis de mieux comprendre le travail de l’écrivain et sa place dans la chaine du livre. A travers les thèmes abordés, ce sont aussi les questions de société autour du numérique qui ont émergé, questions qui interpellent particulièrement les bibliothécaires. Comment, dans un contexte de sollicitation permanente, donner envie de lire ?

Nous avons eu même droit à un scoop ! En avant-première, nous avons pu découvrir la couverture du dernier livre de Sophie !

Sophie Rigal-Goulard_24-heures-sans-jeu-video

 

 

 

 

 

De la lecture pour patienter ?

 

En nous rendant en librairie à Mulhouse, nous avons pu tester à la gare le distributeur d’histoires courtes de la société grenobloise « Shortédition ». Il vous suffit de choisir la durée de lecture souhaitée et d’appuyer sur le bouton correspondant. Nous avons eu une histoire de romance, une histoire jeunesse et un extrait de littérature classique. Cette borne existe aussi aux Halls de Strasbourg. En vous rendant sur le site de la société, vous trouverez la localisation en France et en Suisse de ces bornes. Vous pouvez également choisir de lire ou écouter de la littérature « courte » en ligne en fonction de vos envies et de votre temps. Le système des bornes à papier n’est peut-être pas très écologique mais offre une occasion de lecture pour petits et grands. Même Francis Ford Coppola s’est laissé séduire en installant une de ces bornes dans son restaurant de Californie.

Les ados et le sport suite…

Le Garçon qui courait de François-Guillaume Lorrain Sarbacane 2017

Ce roman a été écrit à partir de l’histoire vraie de Kee-Chung. Ce jeune coréen a 12 ans en 1919. A cette époque, la Corée est sous la coupe du Japon. Après l’arrestation de son grand-frère, Kee-Chung doit parcourir des kilomètres pour le commerce de son père. Sa rapidité est remarquée par son professeur et on lui propose d’intégrer l’équipe de coureurs japonaise.

A travers l’extraordinaire destin de Kee-Chung, ce roman aborde le thème du dépassement de soi. Il est aussi question de l’identité, sujet d’autant plus sensible dans un pays occupé. Kee-Chung, comme son frère, a résisté en utilisant sa notoriété de marathonien.

 

Double faute d’Isabelle Pandazopoulos Gallimard coll. Scripto 2016

Ulysse et son frère Ludo sont des espoirs du tennis. Leur père les entraîne avec dureté. Suite à des blessures, Ulysse décide d’arrêter. Ludo, lui, persévère jusqu’au drame : il tombe en plein match après une rupture d’anévrisme. Le jeune homme sort du coma handicapé. La famille se disloque. Ulysse est envoyé à Paris chez sa grand-mère. Commence alors une double vie pour lui. La semaine, il va au lycée sous un faux PANDAZOPOULOS_Double fautenom et le week-end, il rentre chez sa mère pour voir Ludo.

Un roman très fort sur la place du sport dans la vie, mais aussi sur les dérives. Le père des garçons leur met une pression très grande et laisse peu de place au plaisir de jouer. Il monte les deux frères l’un contre l’autre. On est quasiment dans la maltraitance. Il est question également du dopage et de ses ravages. Un roman foisonnant qui aborde aussi le handicap et la culpabilité. Même si les thèmes sont durs, les personnages des adolescents sont lumineux.

 

Une fille de… Jo Witek Actes Sud Junior coll. d’une seule voix 2017

Hannah aime enchaîner les kilomètres sur la ligne vert, l’ancienne voie de chemin de fer. Ses sentiments lorsqu’elle court alternent avec des passages de sa vie. Comme tous ceux de la collection, ces textes se prêtent à la lecture à voix haute. Hannah a un secret qu’elle ne peut révéler à personne : sa mère, ukrainienne, est prostituée. Ce métier, elle ne l’a pas choisi. Hannah voudrait crier qu’  « elle est une maman comme les autres ». Mais, il faut se cacher, nier la réalité. La course est pour Hannah « la seule façon […] de marcher droit ».WITEK_Fillle de

Un roman fort sur l’envers des réseaux de prostitution. Il redonne un peu d’humanité à ces femmes considérées comme des parias et qui sont des victimes. Cette histoire parle donc de la différence et de la manière de l’assumer. Pour Hannah, le sport est un moyen de se sentir exister. Un moyen aussi de sculpter son corps à sa manière, « un corps qu’on n’avilit pas ».

Les ados et le sport…

La seule chose qui compte vraiment_Nathalie SomersVoici un roman qui m’a beaucoup plu !

La seule chose qui compte vraiment Nathalie Somers Fleurus 2017

Lise, 15 ans, a du mal à s’habituer à son corps d’adolescente. Elle se sent encombrée par sa « silhouette longiligne et dégigandée ». Lorsqu’elle rate les qualifications pour le championnat de gymnastique, elle décide d’arrêter cette activité. Mais que faire quand on ne vit que pour le sport ? C’est le nouvel ami de sa mère, Vincent qui va le lui souffler. Professeur d’escrime, il lui propose de s’y essayer. Et Lise va prendre sa proposition très au sérieux !

Pas facile d’avoir une mère superficielle, égocentrique et qui change souvent de compagnon. Lise a trouvé sa source d’équilibre, le sport. Elle s’y adonne avec passion et détermination. Mais parfois, il faut savoir renoncer, bifurquer…

La Nuit des béguines d’Aline Kiner Liana Levi 2017

Ce livre a bénéficié d’un bouche à oreille favorable. C’est une plongée dans le Moyen-Age à l’époque de Philippe Le Bel. Des femmes pieuses vivent seules ou en communauté, en toute autonomie. Ce statut est soumis à contestation et leur sort précaire. A Paris, dame Ysabel, l’intendante du béguinage royale  veille sur ses condisciples. C’est elle qui recueille une jeune femme rousse, Maheut. Celle-ci s’est soustraite à un mariage forcée. Elle est recherchée par un franciscain dont la mission est double : ramener Maheut à sa famille et trouver un copiste pour un manuscrit interdit, écrit par une béguine.

Ce roman revient sur les évènements du règne de Philippe Le Bel et sur l’existence des béguines, phénomène plus connu en Belgique et aux Pays-Bas. Le roman est bien documenté et l’écriture réussit à faire revivre le Moyen-Age. Les quartiers de Paris ressemblent encore à des gros bourgs entourés de prés. Néanmoins, l’histoire de Maheut et de ses condisciples n’a pas réussi à m’emporter. Il manque de l’épaisseur à l’histoire et aux personnages. Je n’ai pas ressenti d’empathie pour eux. C’est dommage car on était bien près d’un grand roman historique.

Ces rêves qu’on piétine Sébastien Spitzer Les Editions de l’Observatoire 2017

Un premier roman remarqué de cette rentrée littéraire !

Deux histoires se mêlent puis se rejoignent. Celle de Magda, jeune fille ambitieuse qui se marie avec l’un des dirigeants du Reich, Joseph Goebbels. On la suit jusqu’à la fin, mère et épouse modèle avec ses six enfants, dans le bunkerCes rêves qu'on piétine_Spitzer d’Hitler. En parallèle, un groupe de rescapés des camps essaie de survivre parmi la population hostile. Parmi eux, il y a Féla et  Ava, sa fille, ultimes gardiennes de mystérieux manuscrits.

Ce livre rappelle celui du Prix Femina La Disparition de Josef Mengele, récemment chroniqué. On suit la vie de Magda, qui n’inspire guère la sympathie. On retrouve dans son comportement la froideur et l’égocentrisme du fameux docteur Mengele. Le contraste avec le combat de Féla et sa fille n’en est que plus accentué. Certains passages sont assez dures. Les nombreux personnages du roman donnent une idée des couleurs de l’âme humaine, du noir au blanc, toutes les nuances se retrouvent. Ce roman a le mérite de donner corps à l’histoire sous un angle plutôt original et documenté.