Archives par auteur: Aurélie

Elle voulait juste marcher tout droit de Sarah Barukh Albin Michel 2017

Elle voulait juste marcher droit_Sarah Barukh

Alice naît en 1938. Très vite, elle est confiée, pour sa sécurité, à une nourrice. Lorsque sa mère revient la chercher, après-guerre, l’enfant ne la reconnaît pas. Alice doit s’habituer à une nouvelle vie à Paris, auprès d’une mère quasi-mutique et malade. Mais, bientôt, un nouveau changement se profile et Alice s’envole vers New-York.

Ce premier roman se lit très bien. La guerre est vue par les yeux d’une enfant qui ne comprend pas tout. Il y a les « Pourquoi ? » auxquels répondent invariablement les « Parce que c’est la guerre ». Alice découvrira au fil du roman les réponses à ses questions et les secrets entourant sa naissance. Les personnages sont touchants. Ils ont chacun des fragilités mais font preuve d’une grande force. L’histoire permet de comprendre le climat d’après-guerre, le retour des prisonniers des camps et la vie qui continue, malgré les drames personnels.**

Compte-rendu du comité adolescent du 2 juin 2017

 

12  documentalistes et bibliothécaires du Haut-Rhin ont débattu autour des livres proposés.

 

Le Merveilleux de Jean-François Chabas Les Grandes personnes 2014

Le personnage principal est un saphir.

En Inde, au XIXème siècle, un forgeron trouve une pierre bleue dans les montagnes indiennes du Cachemire. A l’issue d’un troc, le « Merveilleux » arrive dans les poches d’un marin anglais. Celui-ci le vend. Puis, à la suite d’un meurtre, c’est un policier qui récupère la pierre. Son fils la jette dans l’eau de la Tamise. Un brochet l’avale… Une jeune fille pauvre, May, le pêche et récupère le diamant.

 

Il s’agit d’un récit d’aventures. Son intérêt réside dans la profondeur et la psychologie des personnages. C’est une véritable plongée dans l’âme humaine. Ce récit philosophique interroge sur le sens de la vie.

Le personnage du marin est celui qui évolue le plus. Il a d’abord une vision propre au colonialisme, emprunte de racisme. Il se remet ensuite en question grâce à l’Indien qui l’accompagne.

Ce roman fait écho à l’album « Le vide » d’Anna Lleans

Sur le plan littéraire, les registres de langage sont variés. Il y a une multiplicité des formes. On passe du conte à l’échange épistolaire puis au roman policier.

Un passage a été particulièrement apprécié, celui de la consultation de l’enfant par un médecin. Il y est fait mention des « mystères de l’esprit ». Cet extrait est encore d’actualité à notre époque.

La fin signe une sorte de boucle, un passage de témoin entre le premier détenteur, un pauvre forgeron et le dernier détenteur, une jeune fille pauvre, elle aussi. Ce sont les gens les plus bas dans l’échelle sociale qui ont le plus de noblesse d’âme.

C’est un roman vraiment complet. Plaira-t-il aux adolescents ?

Il change des habitudes littéraires orientées vers le fantastique. Mais on peut le conseiller comme un coup de cœur aux ados dès la 5ème/4ème. En période de construction de soi, ce livre peut être utile. Il montre que tout le monde peut changer. Il présente une réflexion profonde sur le rôle de l’argent et interroge l’âme humaine. Jusqu’où l’homme est-il capable d’aller pour satisfaire sa cupidité ?

 

 

 

Little sister Benoit Séverac Syros 2016

La vie de Léna et de sa famille a complètement changé depuis quatre ans. Yvan, le frère de Léna est parti faire le djihad en Syrie. Il y a commis des exactions. La famille a dû déménager et essayer d’oublier. Mais, un jour, Yvan contacte Léna par l’intermédiaire de Théo, son ancien meilleur ami. Léna et Théo se rendent au rendez-vous, en Espagne. Sur le trajet, ils font la rencontre de Joan, un ancien résistant au franquisme.

 

La couverture n’est pas très parlante mais plaira certainement aux adolescents.

Le thème est particulièrement d’actualité. Il a été traité dans plusieurs livres dont une BD L’Appel de Laurent Galandon et Dominique Mermoux, Et mes yeux se sont fermés de Patrick Bard, Ma meilleure amie s’est fait embrigadée de Dounia Bouzard, le film le Ciel attendra…

Pour plusieurs, c’est une déception de lecture. Le sujet n’est pas assez approfondi. L’auteur a du talent pour l’action mais certains passages sont bâclés. Les références historiques au franquisme, à la guerre d’Algérie, entre autre, ne vont pas parler aux jeunes. Elles ne sont pas claires. D’autres pensent qu’au contraire, le livre va peut-être donner envie d’approfondir les informations.

La romance entre Théo et Léna pourra accrocher le lecteur… On cherche aussi à savoir pourquoi le frère de Léna l’a contactée. Le quotidien d’une ado est bien décrit. Il n’y a pas trop de géopolitique.

Néanmoins, le sauvetage, à la fin du livre, n’est pas très réaliste. Il y a un déséquilibre entre la gravité des faits et l’intervention du « commando des anciens ».

En général, dans les livres sur ce sujet, l’accent est mis sur le processus d’embrigadement. Là, l’auteur s’intéresse à l’entourage. On comprend cependant que le frère de Léna a un désir de rompre avec le capitalisme. Il est déçu par la société de consommation et a une volonté d’absolu.

On a l’impression d’un schéma manichéen avec comme unique choix le capitalisme ou Daesh.

C’est là qu’intervient l’importance de l’éducation.

Autres références évoquées :

Le Copain de la fille du tueur de Vincent Villeminot

A la place du cœur d’Arnaud Cathrine, livre exigeant.

 

Les Petits orages de Marie Chartres Ecole des loisirs 2016

L’auteur est belge.

Moses Laufer Victor Léonard, 16 ans, vit dans le Dakota du Sud. Il essaie de se remettre d’un accident qui l’a rendu boiteux. Moses fait la rencontre au lycée de Ratso, 18 ans, indien originaire du clan des Oglalas. Ils partent ensemble en voiture jusqu’à Pine Ridge, à la rencontre de la sœur de Ratso. C’est l’occasion de faire connaissance, chacun dévoilant le drame qui le ronge.

Il s’agit d’un road-trip. Ce voyage est initiatique, il aide à grandir. C’est aussi un travail de résilience. Il y a beaucoup de non-dits au départ, c’est pour cela qu’il est important d’aller jusqu’au bout du livre. Les deux protagonistes viennent de deux milieux sociaux opposés. C’est la rencontre de deux souffrances. Il y a Moses alias « Tige brisée » et Ratso qui culpabilise concernant la mort de sa sœur. En cassant les bouteilles, il cherche un moyen de transcender l’alcoolisme qui détruit sa tribu.

Le livre traite aussi de l’exclusion.

Les titres des chapitres commençant par « Je suis » sont particulièrement bien trouvés.

La mère de Moses cache sa douleur et cherche à se protéger et protéger son fils. Mais, au final, ce n’est pas une attitude constructive.

L’atmosphère est photographique. Il y a des fulgurances poétiques.

C’est aussi la rencontre de la psychanalyse et du chamanisme (cf danse du soleil). On est au-delà du rationalisme.

Ce livre s’adresse plutôt aux 3èmes/lycéens. Il peut aider un ado en souffrance.

 

Les Ombres de Kerohan de N.M. Zimmermann Ecole des loisirs 2016

Pendant la seconde moitié du XIXème siècle, Viola, 12 ans et son jeune frère Sébastian sont envoyés chez leur oncle après la mort de leur mère. Celui-ci habite un manoir à Kerohan, en Bretagne. Là-bas, les enfants sont accueillis par l’étrange Docteur Vesper. Leur tante et leur cousine Imérie, malades, restent dans leurs chambres. La nuit, il se passe des évènements effrayants. Viola aperçoit des ombres et Sébastian dialogue avec de petits êtres, les korrigans.

 

Ce livres d’adresse à un public plus jeune, à partir de 11 ans.

Le démarrage est un peu lent. On ne sait pas s’il s’agit d’un rêve, comme dans Alice au pays des merveilles.

C’est vraiment un roman d’atmosphère plutôt que d’action. Il se rapproche des romans gothiques anglais. Certains y ont vu un parallèle avec le film Les Autres avec Nicole Kidman ou Sixième sens avec Bruce Willis. On peut le rapprocher aussi du livre Le Passage du diable d’Anne Fine. Le roman est moins noir toutefois que les Contes d’Edgard Allan Poe.

L’angoisse est grandissante. Elle est augmentée par le folklore breton (korrigans, ankou…).

Deux interprétations sont possibles. On peut voir le roman sous l’angle fantastique ou sous l’angle psychologique. Le poids du deuil aurait-il affecté les deux enfants au point de modifier leurs perceptions ?

Viola a d’ailleurs la lourde charge de s’occuper de son petit frère. Celui-ci semble avoir des sensibilités avec l’au-delà. Quant à l’énigmatique Docteur Vesper, qui est-il réellement ? Un messager du diable ?

Il s’agit aussi d’une réflexion sur le deuil. Il faut savoir laisser partir les morts

N. M. Murail a mis une photo sur son site du manoir qui l’inspiré et qui existe réellement. La couverture fait penser au livre Le Manoir de Brissou-Pellen.

La fin laisse augurer une suite possible.

 

 

Aurélie

 

 

L’amour, le Japon, les sushis et moi de N.M. Zimmermann Albin Michel 2016

Lucrèce, 15 ans, déménage au Japon avec sa famille. Elle n’y voit pas d’inconvénients mais l’adaptation est plus difficile que prévue face au choc culturel. Elle peine à trouver sa place et à se faire des amis. Lorsqu’elle découvre dans le local à poubelles de son immeuble un sac rempli de partitions de grande valeur, elle décide d’enquêter pour retrouver son propriétaire.

Critique de Mme Sylvie Wendel, documentaliste

J’ai trouvé le livre d’un abord assez facile, il peut être lu dès la 5è sans problème je pense. Le thème, cette jeune fille obligée de s’expatrier au Japon parce que sa mère y est mutée, fera sans doute rêver les amateurs de cette culture (et ils sont nombreux au collège !). L’auteure connaît visiblement son sujet, et nous fait découvrir toute les subtilités des relations inter-personnelles au Japon, et des coutumes qui peuvent sembler bien étrange à nos yeux. L’aspect le plus plaisant selon moi est ce qui concerne la vie quotidienne d’un lycéen au Japon, et les difficultés qu’on peut avoir à s’intégrer même connaissant la langue. L’intrigue amoureuse m’apparaît bien secondaire, par contre, et cette histoire d’archet qui » tombe des mains » du jeune garçon quand il veut jouer est un peu tirée par les cheveux.

En conclusion : un roman agréable à lire, qui touchera autant les filles que les garçons, et qui cerne sans doute de très près la réalité des jeunes « expats » au Japon.

Un paquebot dans les arbres Valentine Goby Actes sud 2016

 

Mathilde revient à Aincourt, sur les ruines du sanatorium, un lieu qui a pesé sur son enfance. Elle se souvient de ses parents. Dans les années 50, son père, Paulot, tient un café, Le Balto, à La Roche-Guyon. Le samedi soir, il fait danser le village au son de l’harmonica et du pick-up. Annie, l’aînée, valse dans les bras de son père tandis que Mathilde, la cadette, les espionne, cachée. C’est le bonheur… jusqu’à l’accident de Paulot, un dimanche. Son poumon est perforé. Quand il se décide à consulter, la radio indique des bacilles. Il faut faire un séjour au sanatorium. Puis un suivant… Le Balto et l’harmonica sont alors abandonnés. La famille s’enfonce dans les dettes et Mathilde essaie de survivre et d’aider son jeune frère.

Sanatorium d'Aincourt

Sanatorium d’Aincourt

Alors que pendant la période des Trente glorieuses les conditions de vie s’améliorent pour la majorité de la population, ce livre rappelle l’existence des « laissés-pour-compte ». La tuberculose fait encore peur :  « En 1952, depuis des siècles le tubard c’est la mort qui rôde. Un mort-vivant. Un assassin. » Valentine Goby décrit le quotidien des malades et de leur entourage, leur isolement. En plus, les parents de Mathilde n’étant pas salariés, ils ne bénéficient pas de la sécurité sociale. Lorsque Mathilde reçoit sa première fiche de paie, c’est le plus beau jour de sa vie : « elle tient  à distance les spectres de la mort et de la dépendance. Et tu feras quoi avec ta première paie, hein ? S’ils savaient. Ce sera magnifique : elle ira chez le dentiste. »  Valentine Goby donne beaucoup d’humanité à cette histoire, impossible pour le lecteur d’abandonner les personnages avant la fin du roman. C’est aussi une peinture de la misère, de la faim qui tenaille, des expédients qu’il faut trouver pour sauver la face.

 

Des Ames simples de Pierre Adrian Equateurs littérature Paris 2016

Olivier Frébourg, écrivain et ancien journaliste, a créé sa propre maison d’édition en 2003 en Normandie. Cette dernière a publié ce livre remarqué. Le narrateur raconte les quelques jours qu’il a passé auprès de Frère Pierre, curé dans la vallée d’Aspe depuis 50 ans. La vie y est rude, les paysages grandioses mais austères . Très vite, pourtant, on s’y attache. « Depuis une semaine, c’est la première fois que je quitte la vallée. Et naît déjà une impression de manque. Quelques jours, à peine, suffisent pour nouer en moi une intimité avec le relief. Partir, c’est interrompre ce dialogue. je crois que le regard, habitué à de tels éléments […] crée une dépendance. Ainsi en est-il aussi des vies insulaires ou côtières. On se sépare de la mer avec déchirement. On n’accepte plus l’horizon d’une plaine. Ici, comme un enfant quitte, maladroit, les jupes de sa mère, je perds un abri. » Pas d’aventure ni de rebondissement dans ce roman, mais des rencontres et des réflexions sur l’homme, le sens de la vie et la foi. Le monastère fait office de refuge pour les blessés de la vie. Les portes sont ouvertes à tous : drogués, femmes battues… Avec Pierre, il y a Albert, un vieux prêtre et quelques fidèles qui font vivre le monastère. De jour comme de nuit, Pierre, médecin des âmes, répond aussi bien aux pèlerins qu’aux appels au secours des paysans isolés, des êtres dépassés par la modernité ou laissés sur le côté.  C’est un livre que l’on peut lire et relire sans se lasser. Il est servi par la plume magnifique de l’auteur. Je ne résiste pas à vous citer un autre passage où d’aucuns se reconnaitront :  » Ces personnes qui n’élèvent pas la voix, préfèrent se taire plutôt que de se faire entendre à tout prix. Les hâbleurs de comptoir et procureurs d’autobus y voient des « soumis » et des « trop sages ». Des gentils qui tout acceptent. Car aujourd’hui, ne pas ouvrir sa gueule pour aboyer est un aveu de faiblesse. Certains ont pourtant choisi le silence, et leur parole est précieuse. Quand ils parlent, c’est avec leur cœur. Tout est au cœur, à l’organe sensible. Pourtant, il ne faut pas croire que rien ne les atteint. Chez eux, passion et douleur existent. Mais les humeurs se jouent entre eux et un autre. Leur cœur est une grande inconnue. »  Pour réserver ce livre à la Médiathèque départementale du Haut-Rhin, cliquer sur ce lien.

Marx et la poupée de Maryam Madjidi Le Nouvel Attila 2016

Il était une fois une fillette de 6 ans, Maryam qui vivait dans un pays lointain. Elle aimait beaucoup les histoires qu’on lui racontait. Un jour, elle dut partir et donner tous ses jouets aux enfants pauvres. Alors, elle décida de les rassembler une dernière fois et de leur raconter une histoire…

Maryam vit en Iran. Ses parents, communistes, s’opposent au régime et doivent s’enfuir. La famille s’exile à Paris dans un logement de 15m2 où Maryam et ses parents recommencent tant bien que mal leur vie. La jeune femme raconte ses souvenirs en faisant des allers-retours dans le temps. Elle a eu plusieurs naissances : en Iran, en France, après l’exil et pour finir, celle qui a abouti à la coexistence pacifique des deux cultures. Maryam parle des difficultés et des luttes auxquelles contraint l’exil. Sa mère a dû abandonner ses rêves et n’a jamais parlé correctement le français. Maryam, quant à elle, faisait des cauchemars et refusait de s’alimenter à la cantine . Mais de ces difficultés, elle a réussi à faire une force : cosmopolite, elle arrive maintenant à jongler avec ses deux identités.Si elle utilise la poésie persane pour séduire, elle enseigne le français qu’elle maîtrise parfaitement.

Un roman autobiographique raconté par une conteuse hors pair ! Ce livre a reçu le Goncourt du premier roman.

Maryam Madjidi Marx et la poupée

La Voix des vagues de Jackie Copleton Les Escales 2016

La-voix-des-vagues de Jackie Copleton

Amaterasu et son mari ont choisi l’exil en pensant que s’éloigner du lieu de la tragédie serait un baume à leur douleur. Ils ont refait leur vie en Amérique, sans jamais réussir à oublier. Alors, lorsqu’ un homme se présente quarante ans plus tard comme leur petit-fils, rescapé de l’explosion nucléaire de Nagasaki, Amaterasu est perdue. Elle se remémore sa vie et celle de sa famille au Japon avant la catastrophe. Quel rôle les secrets de famille ont-ils joué dans le drame ?

L’auteur anglaise a vécu plusieurs années au Japon. Chaque chapitre est accompagné de la signification d’un mot-clé japonais qui illustre la mentalité et les traditions du pays. Ce roman permet effectivement de mieux connaître le Japon, notamment ce qu’ont vécu ses habitants pendant la seconde guerre mondiale. Il y a d’ailleurs des descriptions terribles après le bombardement atomique.

Ce livre est aussi un roman d’amour qui sonde  les profondeurs de la culpabilité. Il met en scène l’affrontement entre les sentiments et le code de l’honneur japonais.

Toutes les douleurs finissent par disparaître, avec le temps. Nous surmonterons ce mauvais moment. Nous redeviendrons une famille digne de ce nom. Ce que nous avons fait était la seule possibilité, il fallait le faire. Je regrette la douleur que cela a causé mais je n’en regrette pas l’issue.

Un site pour partager « son good feeling » pour un « book »…

logo du site carobookineJe ne sais plus comment je suis tombée sur ce site, Carobookine. Est-ce par le biais du journal ou de Livre-hebdo ? Toujours est-il qu’on parle beaucoup de ce blog dans notre région. Et pour cause, Caroline vit en Alsace, à Mulhouse. Cette trentenaire a deux enfants. Elle participe depuis quelques temps à des apéros littéraires organisés par des librairies, enseignes culturelles ou grandes surfaces. Son blog, s’il comporte beaucoup de critiques de « feel good books », entendez « livres qui font du bien » n’est pas limité à ce genre. J’aime bien le design du site ainsi que le code particulier de notation. Caroline a ajouté, outre ses coups de cœurs, sa wish list (liste de ses envies), ses petits plus (rencontres d’auteurs, interviews…), la rubrique « A plusieurs » et « Presse ». Sachant qu’elle est très active et participe aussi à des prix, concours et comités de lecture, ces deux dernières catégories sont bien remplies. Petit plus, sachez que Caroline et sa famille se fournissent, entre autre, au médiabus de l’agglomération mulhousienne ; ) !

J’ai longtemps eu peur de la nuit Yasmine Ghata Robert Laffont 2016

J'ai longtemps eu peur de la nuit - Yasmine Ghata

Suzanne est écrivain. Elle intervient dans une classe de 3ème. Elle demande aux adolescents d’apporter un objet familial et de raconter son histoire. Pour Suzanne, « regarder les choses revient à se regarder soi-même ». Arsène, originaire du Rwanda, emmène une photographie d’une valise. C’est tout ce qui lui reste de sa vie avant son arrivée en France. Témoin muet du drame vécu par l’enfant, elle fait figure de protectrice. Petit à petit, Arsène confie à Suzanne son importance et en vient à lui révéler son passé. Suzanne, elle aussi, bataille avec ses souvenirs. Elle retourne dans l’ancien appartement de son enfance, là où son père a disparu. Ce roman nous replonge dans le cauchemar rwandais et l’exil des rescapés. Mais c’est surtout une histoire de survie : comment résister dans des conditions extrêmes, mais aussi comment surmonter la perte des proches ? En quoi le souvenir et l’écriture peuvent-ils aider au processus de deuil ?  Dans un style fluide et délicat, l’auteur nous apporte ses réponses. Un livre que les ados peuvent lire également.***

Le Sel de nos larmes de Ruta Sepetys Gallimard coll. Scripto 2016

Le Sel de nos larmes de Ruta SepetyxDéjà remarqué par son précédent livre  » Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre« , également chez Gallimard, en 2011. Ruta Sepetys décrit le périple d’un groupe de fuyards vers le port de Gotenhafen. Des bateaux doivent y appareiller pour évacuer les blessés et les réfugiés vers Kiel et Flensbourg. Le pays, en pleine déroute, est envahi par les troupes russes. Dans le groupe, il y a Joana, une jeune  infirmière lituanienne, Florian, un restaurateur d’œuvres d’art de 18 ans, et Emilia, une Polonaise de 15 ans, qui vient d’être secouru par le jeune homme. En parallèle, sur le bateau Wilhelm Gustloff, Alfred, marin allemand, se persuade qu’il va devenir un héros et scande le nom des ennemis du Reich.  On suit la destinée de ces quatre adolescents. Chacun cache un secret. Pourront-ils se faire confiance ? D’autres personnages se joignent à eux : le Poète de la chaussure, vieil homme bienveillant, ancien cordonnier, Ingrid, une jeune fille aveugle et Klaus, un petit garçon qui a perdu sa grand-mère. On s’attache rapidement à tout ce monde. Ensemble, ils traversent les épreuves que subissent les réfugiés et déplacés : la perte des êtres chers, la précarité et la peur. Quand enfin, l’horizon s’éclaircit et qu’ ils embarquent sur un bateau, le plus terrible reste à venir. A travers le récit initiatique de ces quatre jeunes gens, l’auteur revient sur des pans de l’histoire de l’Allemagne et des pays baltes. Le naufrage du Wilhelm Gustlof est la pire catastrophe maritime. On apprend aussi l’existence du mystérieux cabinet d’Ambre, huitième merveille du monde. ***