Archives par auteur: Bénédicte Wolf-Kiene

« Regarder l’océan » par Dominique ANE

Une chronique brève  pour un court roman autobiographique qui prend peut-être plus de sens pour les fans du chanteur qu’est Dominique A. Et alors ? Je le suis depuis ses débuts dans les années 90, pour ses textes, la musique qui les accompagne et ses concerts vibrants auxquels j’ai assisté. A tel point que la lecture de ce texte divisé en petit chapitres thématiques s’est faite avec ma petite bande sonore personnelle intime. Pour moi, Impossible de la déconnecter du texte, contrairement à d’autres.

 

Des années durant, je me suis replié sur la musique, comme à l’abri. Puis des enfants m’ont dit : nous ne dansons pas sur ta musique, nous dansons sur tes mots.

 

Ce n’est pas mon cas, et je ne sais pas si le style retenu aux phrases courtes du roman,  m’auraient contentée. La dimension autobiographique est déjà là dans les chansons de même que les récits d’enfance ou les thématiques sur la peur, le courage (des oiseaux), l’amour, les racines, la mer …

Une des plus belles  » Des étendues » ! Dominique Ané Copyright

Comme on parle de réalité augmentée, les mots du livre prennent une autre dimension grâce à la musique et aux bribes de connaissance que l’on a de la personnalité du chanteur. J’ai déjà eu cette impression en lisant les romans de Patti Smith Mister train ou « Just Kids ». Et j’aime ça quand il s’agit d’artistes que j’admire. Petit côté « fan de » que je ne nie pas !

Donc, un texte sensible où l’énergie affleure tout de même et ne demande qu’à jaillir. Beaucoup de choses partagées qui pourront parler à tous les enfants dont nous nous souvenons qui ont grandi dans des villages, à parcourir les champs, puis ont  quitté ces lieux, ont été libérés grâce à la musique et à la révélation de la New Wave en particulier. A cette période,

 « le monde se divise en deux : ceux qui adhère et les autres. Les premiers se reconnaissent vite ».

Puis ont enfin réussi à revenir vers leurs racines.

Pour en savoir plus ou réserver dans une bibliothèque du réseau, c’est ici !

 

 

 

« DANS LA VALLEE » de Hannah KENT ; Trad. Karine GUERRE

Dans l’Irlande du 19èsiècle, les superstitions mènent le bal. Mais quelle est  la limite entre connaissances intime de la nature, de sa puissance et croyances ? Un roman mis en tension par le balancier entre ces deux notions. Nance, la vieille guérisseuse vivant en marge du village a-t-elle été trop loin dans la pratique de ses pouvoirs en aidant Nora à tout prix, (même le pire) à faire revenir son petit fils Micheal du côté des vivants ? L’enfant est-il un « changelin » placé là par les fées et qui a pris la place du vrai garçon ? Est-il simplement infirme ? Les habitants du village sont tous traversés par les mêmes questions et se déchirent à ce sujet. Les histoires familiales se construisent aussi autour des prises de positions des habitants au cours des générations : ceux qui ont fait appel à Nance  la chamane qui ont été guéris, ceux qui sont morts après leur traitement, ceux qui ont toujours refusé au nom de leur religion.

 

Il (le prêtre) cherche à nous « ouvrir les yeux sur le monde moderne ».. ».faudrait qu’on renonce aux vieilles coutumes qui nous enlisent et maintiennent l’Irlande au bas de l’échelle »

Nora est au bord de la folie et du désespoir et a choisi de tout tenter.

« Le chagrin et la mauvaise fortune avait rongé le bois dont cette femme était faite »

Reste que le portrait de la vieille Nnace brouille bien les cartes : elle est d’une grande sagesse et bienveillante avec cela, elle est sage-femme et pleureuse lors des funérailles, cela la rend précieuse aux yeux de la plupart des familles. Elle prend en elle la souffrance de qui la sollicite. Comment l’accuser alors que la grand-mère de Micheal la pousse sans le dire clairement à mettre en acte ce qu’elle n’arrive pas à exprimer au sujet des souffrances de l’enfant ? Toute l’ambigüité d’un thriller que l’on pourra proposer aux amateurs de suspens mais aussi de romans de terroir.

 

 

 

CoÏncidence : j’ai commencé un autre roman irlandais « Une rue étrange » et la première phrase parlait aussi de changelin alors je venais de découvrir ce mot avec « Dans la vallée ».

Pour voir le résumé et éventuellement réserver dans une bibliothèque du Haut-Rhin.

 

 

« Moi, ce que j’aime, c’est les MONSTRES : livre premier » de Emil FERRIS ; Trad. de Jean-Charles KHALIFA

La beauté cachée des laids

Tout juste auréolé du Fauve d’or du meilleur album  au Festival de bande dessinée d’Angoulême, ce roman graphique est une perle noire baroque à multiples facettes.

Un graphisme profond né de hachures multicolores au stylo bille d’un effet très plastique. L’auteur, immobilisée par la maladie a choisi ce mode d’expression pour  la netteté expressive qu’il permet. Les plans naviguent sans arrêt entre le zoom et le général, le tout augmenté des réflexions en direct de Karen, le personnage principal qui nous guide dans son enquête sur la mort d’Anka, sa jeune voisine. Le rendu magnifique et très construit rappelle Crumb. Mais on y croise aussi les lapins de Beatrix Potter, des monstres à la Maurice Sendak, tout l’ univers de l’enfance, sombre et lumineux à la fois. C’est cette même richesse et son expressionnisme qui peut en rebuter certains.

Une histoire à plusieurs niveaux : autobiographique, historique, – à propos des camps de concentration où Anka est emmenée dans son enfance- familiale, fantastique, sans oublier l’ étude de la société américaine des années 1960. Tout cela entremêlé habilement par Emil FERRIS et soutenu par un texte suffisamment présent et de qualité pour que  j’en parle ici.

C’est aussi un hommage à  la culture de l’horreur qui transpire dans  toutes les étapes du récit. Il faut préciser que Karen  est une merveilleuse fille de 10 ans, hyper intelligente et sensible. Baignée dans cette esthétique et armée de ses carnets à dessin tout comme l’a été l’auteure, elle est persuadée d’être un loup garou et préfère cela à l’aveu d’une différence moins acceptée par l’Amérique des années 1960. Les monstres ne sont pas ceux que la société désigne et tout le monde a un côté monstrueux. Les pires étant peut être les nazis souriants qui menaient les enfants au four crématoire. Donc, elle va toujours au delà des apparences et en matière d’enquête, c’st souvent très utile ! Le monde est étrange.

Que dire aussi de la galerie de personnages gravitant autour de Karen qui sont d’une profondeur et donne envie de tous les connaître mieux.

Les amateurs d’images seront ravis de retrouver des chefs-d’œuvres de la peinture, souvent mythologique, croisés et réinterprétés par l’imagination débordante (du cadre) de Karen.  Mais ce n’est pas tout : le récit est rythmé  par des couvertures de magazines d’horreur, du genre de MAD  recopiées au stylo par Karen. Mais ce n’est jamais gratuit, toujours en échos à l’évocation d’un moment, d’une personne.

En somme, j’ai beaucoup aimé  ce livre parce que, moi, ce que j’aime c’est « Moi ce que j’aime, c’est les monstres ! »

D’autres chroniques : https://justaword.fr/moi-ce-que-jaime-c-est-les-monstres-b0829de4195

Sur Babelio

 

« LA RELIGION » de Tim WILLOCKS ; Trad ; par Benjamin LEGRAND

Le monde selon Tannhauser

Un roman historique trépidant, plein de fureur, de sang, mais aussi d’amour. Un de ceux qu’on m’a chaudement recommandé et que j’ai enfin pris le temps d’ouvrir !

Première partie de la « Trilogie de Tahnnhauser » (on attend le tome 3 après l’opus 2 : « Les enfants de Paris ») , cet ample roman se déploie autour du personnage complexe de Mattias Tannhauser, arraché à l’âge de 12 ans à sa famille décimée, pour devenir janissaire au service du grand Soliman.

Marqué à jamais par la violence et désabusé, il restera  traversé par des sentiments contraires et refusera de choisir, préférant profiter des opportunités lui permettant de faire prospérer son négoce, de profiter de la vie et de faire évoluer une libre pensée éloignée des partis pris. L’histoire se déroule pendant le siège de Malte par les troupes ottomanes en 1565 et même pendant cette page de l’histoire, Tannhauser trouvera le moyen d’aller vendre son opium sur le marché tenu par l’ennemi. Une des raisons qui m’ont fait aimer ce livre, c’est la richesse des personnages et surtout celle de Tannhauser, qui semble indestructible, tout en étant habité par de nombreuses contradictions.

Parmi celles-ci : Matthias, converti à l’Islam, mais combattant dans les rangs chrétiens de « La Religion » c’est-à-dire, les Hospitaliers, dernier des ordres chevaliers après la disparition des Templiers. Matthias amoureux de deux femmes : Carla la comtesse et Amparo, sa dame de compagnie à demie sauvage et un peu devineresse. Les femmes ici sont libres et sont relativement libres de choisir leur destin bien qu’ayant été des victimes à un moment de leur vie.

Matthias, géant aux yeux clairs carapaçonné dans son armure tranchant les têtes à tour de bras, ne dédaignant pas pratiquer l’éviscération et la torture à l’occasion, mais profondément ému par la viole de gambe que jouent ses deux amoureuses. Les scènes où il est question de musique et des effets qu’elle a sur nous sont magnifiques superbe Akhal Teke doré) et déchiré quand il ne peut s’en occuper (il a tout compris et lui parle).

Matthias, forgeron formé par son père et trouvant la sérénité dans le travail du métal.

Matthias, opportuniste, mais fidèle aux promesses faites à ses amis. Il a une bande d’amis qu’il retrouve à l’occasion de batailles entre Orient et Occident et notamment Bors l’anglais. Matthias, perméable aux influences du cosmos, mais riche de connaissances médicales. A ce sujet, l’auteur est médecin et psychiatre : la grande finesse psychologique des personnages et la description très réaliste des misères du corps humain pendant les guerres sont au rendez-vous.

Siège de Malte par Matteo Perez d’Aleccio 1547_1616
image Wikimedia

Pour d’autres raisons, c’est un livre que j’avais envie de retrouver tous les jours : le style recherché mais pas pédant, poétique même dans les scènes les moments les plus noirs et, cerise sur le gâteau ! dans les scènes érotiques réussies.

Un livre qui tient ses promesses : l’arrière-plan historique est solide, l’homme connaît son sujet. Les techniques de combat au corps à corps ainsi que les plans de batailles, la stratégie nous plongent au cœur de l’action.

L’aventure est là dans une version beaucoup plus trash qu’»Angélique Marquise des Anges » avec des pointes de sentimentalisme éclairant la noirceur des actions humaines. Il est aussi question des relations entre père et fils et d’un garçon à retrouver.

Des personnages attachants et, parmi eux,  même l’Inquisiteur a des doutes !

Un bémol : une tendance à en rajouter dans les fluides corporels et les odeurs qui sont souvent au rendez-vous sur les champs de bataille et ailleurs. J’ai sauté certains passages qui tenaient de la répétition.

J’avais fait une chronique « Le Feu divin » de Robert LYNDON, moins noir et donc, plus accessible.

Pour Réserver dans une bibliothèque du réseau 68 : c’est ici

« L’Installation de la peur » de Rui ZINK . trad. par Maïra MUCHNIK

A parano, parano et demi ! Un roman malin, très bien construit dans l’escalade menant à un dénouement surprenant !

« Madame n’est pas sans savoir que l’installation de la peur est un objectif patriotique »

 

La dame en l’occurrence, est une femme vivant avec son jeune enfant. Donc, un personnage isolé, apparemment sans défense puisque sans mâle pour la protéger et avec tendance à se poser des questions, une victime consentante idéale, donc.  Elle ouvre sa porte à une équipe d’installateurs gouvernementaux de la peur (plutôt un duo au numéro bien rodé, un peu comme les Témoins de Jéhovah ou  les paires de clowns ) ! Le principe est celui des installateurs de réseau électrique ou informatique, sauf que là, il s’agit de la peur. Chaque chapitre est consacré à une peur partagée par beaucoup de personnes : peur des voleurs, des étrangers, de la pauvreté, de perdre un enfant, d’être victime d’une condamnation injuste. Chacune fait l’objet d’une « démonstration  » pseudo -psychologique illustrée d’un exemple et présentée lors de dialogues souvent drôles et vifs entre les deux agents de l’Etat. Le but simple étant de contrôler et rendre les personnes atones et sans plus de désir de réflexion et donc d’action individuelle.

Le suspens est constitué par l’angoisse croissante autour de  l’enfant caché dans la salle de bain pour le protéger du risque d’être enlevé par les gouvernementaux et l’envie plus prosaïque d’utiliser les toilettes qui taraude de plus en plus un des deux installateurs. La femme est aussi envisagée de façon de plus en plus claire comme une potentielle victime des sous entendus sexuels de l’un des deux hommes. Jusqu’au dénouement final ! Et là :  réjouissance ! On s’est bien fait prendre au piège de nos propres peurs de lecteur !

Un roman très original, (pas très épais) et surprenant !

 

 

 

SELECTION DE ROMANS ETRANGERS (pour la plupart) MILLESIME 2018

Parmi les romans croisés cette année, j’en ai lu certains, j’en ai ouvert d’autres, parfois, ils ont été appréciés par des collègues, des lecteurs ou des libraires. J’ai pu les prendre en main ou en découvrir seulement la couverture sur internet, les réseaux sociaux, les blogs. Le principal, c’est qu’ils aient ému, bouleversé, fait rire, cultivé, renforcé, perturbé des personnes, et pas forcément en nombres incalculables, bref, qu’ils aient vécu leur vie de livres.

J’en ai retenu quelques uns pour des raisons différentes.

Commençons par ceux que j’ai lus !

« My absolute Darling » de Gabriel TALLENT ; trad. par Laura DERAJINSKI  chez Gallmeister. Le récit de Turtle dans sa lutte violente pour se libérer de l’emprise malsaine de son père charismatique et pervers.

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« Des jours sans fin » de Sébastian BARRY ; trad. par Laetitia DEVAUX chez Joëlle Losfeld Pour son style à la fois poétique et simple, les aventures extraordinaires  de Thomas et John, la force de leur amour et celui de la famille improbable née pendant la guerre de Sécession où il s’agissait souvent de simplement survivre.

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« Imperium » de Christian KRACHT; Trad. par Corinna GEPNER chez Phébus Pour l’humour, le côté Robinson Crusoé et la description des terres allemandes de Nouvelle Poméranie

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« A l’Orée du verger  » de Tracy CHEVALIER; Trad. de Anouk NEUHOFF Pour l’approche de la psychologie intime des personnages, la description d’une étape de la conquête de l’Amérique et la rudesse des conditions de vie  chez Quai Voltaire Voir la Chronique

Dans les forêts de Sibérie de Sylvain TESSON  chez Gallimard Pour le style de l’écriture poétique et précise, pour l’aventure humaine intime, l’amour de la nature

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« Paysages perdus : de l’enfant à l’écrivain » de Joyce Carol OATES ; trad. par Claude SEBAN chez Philippe Rey Pour l’acuité de l’auteur, son intelligence redoutable mis aus service d’une grande empathie,  l’exploration de son univers et de celui des écrivains en général !

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« Je m’appelle Lucy Barton » de Elizabeth STROUT ; trad. par Pierre BREVIGNON chez Fayard Là aussi, pour la lucidité de l’auteure, la description au plus près  des relations entre les personnages, sa volonté de s’arracher grâce à la littérature, à une vie dont la violence et la dureté  auraient pu l’engloutir. « Tout est possible », la suite est parue il y a peu.

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Les autres, qui m’ont donné envie de les lire ! :

« Manhattan beach » de Jennifer EGAN ; trad. Aline WEILL, chez Robert Laffont Pour le sujet : une femme se bat contre les préjugés dans l’ Amérique des années 1930 pour réaliser son rêve de devenir la première scaphandrière de l’histoire. En toile de fond, le milieu des gangsters, des syndicalistes, des banquiers.

« 33 tours » de David CHARIANDY ; Trad. par Christine RAGUET  chez Zoé Deux frère élevés par une mère dans la banlieue de Toronto. L’appel de la rue à contenir, mais aussi, le racisme, et d’autres obstacles à franchir pour s’en sortir, aidé par l’amour et l’empathie.

« Le monarque des ombres de Javier CERCAS » ; trad.par Aleksandar GRUJICIC et Karine LOUESDON Un roman autobiographique pour éclairer l’histoire familiale de l’auteur et le mystère autour de la mort de son grand oncle à la bataille de l’Ebre (Espagne) en 1938.

 » Les fureurs invisibles du cœur » de John BOYNE; Trad. par Sophie ASLANIDES Pour l’Irlande des années 1950 , le courage nécessaire à Cyril Avery, homosexuel, pour se trouver une place dans ce pays en plein bouleversement mais aussi la puissance de l’amitié, de l’amour.

« La Papeterie Tsubaki » de Ito OGAWA ; Trad. de Myriam DARTOIS-AKO chez Philippe Piquier Comme dans le « Restaurant de l’amour retrouvé », il y a des gens simples qui se transforment grâce à une personne qui les écoute enfin. Ici, c’est  Hatoko, qui, en devenant  écrivain public,  change la vie des autres.

 » L’Arbre monde «  de Richard POWERS; trad. par Dominique FORTIER, aux éditions du Cherche Midi, pour le thème : l’importance de la nature dans l’avenir de l’humanité, les choix que l’on doit faire pour la protéger et les erreurs possibles.

Et encore, à la volée, « Magnifica » de Maria Rosaria VALENTINI ; Asta de Jon KALMAN STEFANSSON ; Un gentleman à Moscou de Amor TOWLES

Sur les centaines de titres parus, la sélection est difficile, mais elle reflète une partie de la variété grandissante des sorties annuelles. Certaines vous accompagneront peut -être dans le passage à la nouvelle année !

« Lune noire » de John Steinbeck ; traduction de Jean Pavans

 

Edité clandestinement en France en 1942, ce court roman-fable nous fait partager les réactions de résistance d’un village isolé scandinave cerné par la neige et envahi brusquement par des soldats nazis. Nous sommes loin de l’Amérique présente dans « Les Raisins de la colère », et là il s’agit plus de colère mais plus que froide, glacée, et qui irradie de la plupart des habitants.

La haine froide s’accentuait avec l’hiver, la haine patiente, la haine morose. La distribution de nourriture était contrôlée-accordée aux obéissants et refusée aux désobéissants. De sorte que la population devint froidement obéissante…Et la haine était profonde dans le regard des gens, sous la surface. Maintenant, c’était le conquérant  qui était encerclé, les hommes du bataillon étaient seuls a milieu d’ennemis silencieux et aucun soldat ne pouvait relâcher sa garde un seul moment.

 

De conquérants, les allemands confrontés à la force des liens entre les habitants, finiront désespérés.Et c’est que je retiens de ce livre : la montée de ce mur constitué des habitants qui agissent chacun à son niveau. Le maire, et son ami le docteur Winter, chargés « d’accueillir »  le colonel Lanser (désabusé) et son état-major y compris dans sa maison réquisitionnée, Annie, une domestique qui sait se rendre invisible, les mineurs organisés.

Maire Orden, vous savez que nos ordres sont inexorables. Il nous  faut du charbon. Si vos concitoyens ne sont pas disciplinés, nous devrons imposer la discipline par la force, déclara Lanser dune voix devenue sévère. Nous devrons fusiller des gens si nécessaire. Si vous désirez protéger vos concitoyens, vous devez nous aider à maintenir l’ordre.

Les nombreux dialogues courts illustrent les états d’âme variables teintés de peur, d’espoir, de doute, d’énergie minutieusement décrits par ailleurs.

C’est un mystère qui a toujours troublé les dirigeants du monde entier…Comment les gens peuvent-ils savoir ? Il trouble maintenant les envahisseurs, m’a t-on dit. Comment les nouvelles peuvent-elles passer à travers les mailles de la censure, comment la vérité peut-elle échapper à tout contrôle?

Un bon roman pour qui s’intéresse à la période, à la thématique de la justice et de la résistance sous toutes ses formes surtout !

Pour plus d’informations et d’autres critiques plus complètes , c’est ici

Pour les réservations dans le réseau des bibliothèques du Haut-Rhin : c’est

SELECTION GUILLAUME APOLLINAIRE

 

 

 Dans ce début de siècle et jusqu’à sa mort en 1918, Apollinaire semble complètement en phase avec le monde qui l’entoure et celui de l’art en particulier. La volonté de se faire reconnaître alors qu’il est étranger, la guerre d’un nouveau genre qu’il vit comme combattant, l’arrivée de la machine dans la vie quotidienne et la société qui en découle, il connaît tout cela. Son parcours si particulier fuyant tout cloisonnement et sa culture autodidacte évoluant sans cesse en feront un homme nourri aux classiques mais avide d’expériences nouvelles dont il sera toujours le témoin combattant et l’acteur en tant que critique d’art, poète central et ami chaleureux. S’ajoute à ces dimensions celle de l’amoureux déçu puisant dans ses désillusions l’inspiration pour ses poèmes les plus populaires et ses romans les plus lubriques !

 

Cette sélection de livres issus pour la plupart des fonds de la Médiathèque départementale du Haut-Rhin est complétée par des liens vers des documents en ligne. Bonnes (re)découvertes !

Apollinaire : contemporain et acteur de l’art moderne

Contrairement à la plupart de ses contemporains, Apollinaire refuse d’emblée, comme non fondée, l’alternative entre tradition et modernité, et perçoit les risques de banalité et de facilité qu’implique le modernisme » Anna BOSCHETTI.

  • Apollinaire : le regard du poète : Musée de l’Orangerie Beaux-arts éditions 11/05/2016

A l’occasion de l’exposition organisée par le musée d’Orsay et le musée de l’Orangerie, un compte rendu de l’activité de critique d’art qu’a menée le poète et de son influence sur l’art moderne.

  • Guillaume Apollinaire Les peintres cubistes Ed. de Paris-Max Chaleil ;2018Cubisme « Art de peindre des ensembles nouveaux avec des éléments empruntés non à la réalité de la vision, mais à la réalité de conception »

    Apollinaire exprime son point de vue sur la peinture cubiste en tant que réalité conçue et non pas art d’imitation. Le poète et critique d’art s’intéresse ici à la naissance et à l’évolution de cette façon de montrer absolument nouvelle défrichée par des peintres comme Pablo Picasso, Albert Gleizes, Fernand Léger, Marcel Duchamp, Georges Braque ou Jean Metzinger.

  • Apollinaire : le regard du poète Gallimard  ; Musée d’Orsay 15/04/2016Catalogue d’une exposition consacrée à l’activité de critique d’art de G. Apollinaire dans le cadre de la revue « L’Intransigeant » notamment. Les nombreuses reproductions et des textes mettent en avant l’importance des critiques du poète et son rôle dans le tournant de l’art moderne. Son regard scrute tout ce qui émerge : le cubisme, les nouveaux artistes, (souvent ses amis) comme H. Matisse, P. Picasso ou G. Braque mais aussi d’autres qu’il a été un des seul à pressentir comme Juan Gris, Chagall, Brancusi, Duchamp. Les arts premiers et les arts populaires font partie de ses inspirations. Ses propres attirances ne masqueront ni les découvertes que sa grande curiosité dénichera ni la volonté de témoigner pours ses lecteurs de cette époque merveilleuse.

 

  • Guillaume Apollinaire /Correspondance avec les artistes : 1903-1918 édition établie, présentée et annotée par Laurence Campa et Peter Read ; Gallimard 26/11/2009

Paris, carrefour des artistes où se tient Apollinaire, sémaphore humain, pour les guider, qu’ils soient français ou étrangers et quel que soit leur mode d’expression … Il leur montre le chemin à travers cette galaxie de l’imagination au moment où beaucoup s’exportent pour disséminer le fruit de toute la révolution de l’art moderne. Beaucoup sont présents ici : Derain, Picasso, Max Jacob, Marie Laurencin, Rousseau, Gleyzes, Signac et d’autres moins connus : Edmond-Marie Poullain, Jean Coraboeuf… Ce sont leur correspondance avec Apollinaire retrouvées, donc parfois incomplètes, que rassemble ce livre. On verra à travers les années le style d’Apollinaire style évoluer vers le professionnalisme, fort de son expérience auprès de tant d’artistes variés et au sein de plusieurs revues d’art très influentes à l’époque. Lui aussi sera l’objet de tentatives de séduction à mesure que grandira son expertise et son aura à son apogée entre 1910 et 1914, date où la guerre va dynamiter ce magnifique élan, mais pas pour longtemps. La créativité reprendra le dessus habitant de nouvelles avant-gardes dont Apollinaire continuera d’être un représentant et un défenseur.

  • Dan Franck /Le temps des bohèmes Grasset 14/10/2015

Divisé en trois parties, ce récit met en scène les artistes, peintres, écrivains, sculpteurs et musiciens qui ont fait de Paris la capitale de l’art moderne au XXe siècle. Le lecteur les suit ainsi les trottoirs de Montmartre et de Montparnasse, puis de Paris à Marseille, New York et Berlin durant l’Occupation. Adapté en vidéo en 2015 sous le titre « Les aventuriers de l’art moderne. « 

  • Franck Balandier/ Le Paris d’Apollinaire Alexandrines 05/10/2018

Consacré à l’attachement d’Apollinaire pour Paris, la ville qui le voit évoluer, entouré de ses amis Picasso, Max Jacob, André Billy, Raoul Dufy, etc., et devenir le chantre et le précurseur d’une formidable épopée littéraire et artistique

Guillaume s’en va en guerre (et il n’est pas le seul)

 

Toujours engagé pour faire reconnaître certains artistes, poètes et lui-même, Guillaume Apollinaire s’est également battu dans les tranchées après avoir acquis difficilement le droit de le faire, étant donné qu’il n’était pas né en France.

  • Guillaume Apollinaire / Calligrammes : poèmes de la paix et de la guerre Flammarion 18/09/2013

Si le mot « Calligramme » a été inventé par le poète, cette forme poétique étonnante mêlant le fond et la forme du texte (calligraphie et idéogramme) existait déjà. Engagé volontaire après sa naturalisation en 1916, Apollinaire y parle de la guerre, avec son corollaire, la paix, symbolisée par la colombe. Sept mois avant sa mort, Apollinaire publie des poèmes « De la paix et de la guerre » écrits entre 1913 et 1916 confiés à des personnes de confiance alors qu’il combat sur le front en attendant la possibilité de les faire publier. Il s’inspire de la peinture de Delaunay et sa décomposition du spectre lumineux –l’« Orphisme »- utilisant la couleur des mots et leurs contrastes. Puis le cubisme lui inspire des poèmes dont il faut embrasser d’un seul regard l’ensemble, composé de fragments réorganisés. Toutes ses recherches ont largement contribué à la libération de la poésie dès 1910.

  • Ecrivains en guerre, 14-18 : nous sommes des machines à oublier Gallimard Historial de la Grande Guerre 26/05/2016

Les parcours d’écrivains français, anglais et allemands (Blaise Cendrars, Ernst Jünger, Guillaume Apollinaire, J.R.R. Tolkien, etc.) qui se sont exprimés sur la Première Guerre mondiale, à travers carnets, lettres, manuscrits, poèmes, livres illustrés, dessins et photographies, revues, journaux de tranchées, affiches, programmes de spectacles, oeuvres graphiques, etc.

  • La Grande Guerre des écrivains : d’Apollinaire à Zweig Gallimard 20/05/2014

Ce livre rassemble des extraits d’œuvres d’écrivains de toutes nationalités portant sur la Première Guerre mondiale. Ils sont présentés sous forme thématique : l’été 14, le front, les échelons, l’arrière, la mémoire et l’oubli. Les textes font tous l’objet d’une préface destinée à situer l’écrivain ou l’œuvre dans leur contexte. Un condensé des écrits les plus marquants…

Poèmes et autres écrits

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  • Guillaume Apollinaire/ Louis Marcoussis Alcools Gallimard Bibliothèque nationale de France 25/10/2018

Poèmes composés par Apollinaire entre 1898 et 1913.

Ce coffret contient le fac-similé de l’exemplaire unique aquarellé par le peintre cubiste Louis Marcoussis, accompagné de 40 eaux-fortes inédites gravées par l’artiste et d’une étude consacrée à l’ouvrage.

  • Guillaume Apollinaire /Tout terriblement : anthologie illustrée de poèmes d’Apollinaire Edition et préface de Laurence Campa Gallimard  25/10/2018

Choix de poèmes illustrés d’oeuvres d’artistes, amis du poète, dont Matisse, Marie Laurencin, Picasso et De Chirico.

  • Guillaume Apollinaire/ Lettres à Madeleine Gallimard 26/04/2013

La rencontre le 1er janvier 1915 d’Apollinaire et de Madeleine dans le train qui ramène le poète de Nice à Marseille fut à l’origine d’une correspondance dans laquelle il se confie sur son art, ses lectures, ses projets d’écriture alors que les combats font rage.

  • Guillaume Apollinaire /Lettres à Lou Gallimard 26/04/2010

Recueil des lettres adressées par le poète, alors mobilisé sur le front, à l’une de ses plus profondes liaisons sentimentales, jusqu’à sa mort.

  • Guillaume Apollinaire /Le flâneur des deux rives Eclat 03/05/2018

Commandé par Cendrars et Cocteau, cet écrit posthume paru en 1919 est un montage réalisé à partir de chroniques parues dans le Mercure de France augmentées de parties inédites. Avec Apollinaire comme guide, on y arpente des quartiers pittoresques, souvent cachés et anciens de Paris et c’est souvent l’occasion de rencontres avec des personnages qui y vivent. Le texte qui annonce le surréalisme a exercé une influence profonde.

 

BIOGRAPHIES

  • Laurence Campa /Apollinaire : la poésie perpétuelle Gallimard 10/09/2009

L’itinéraire d’Apollinaire est retracé, des années italiennes de sa petite enfance à la Grande Guerre, en passant par le Paris cosmopolite des années 1910, au sein duquel les artistes ont inventé l’art du XXe siècle. En parallèle de la présentation des oeuvres majeures du poète, l’univers de la Belle Epoque est évoqué, les avant-gardes, l’Europe en guerre.

  • Jean-Michel Lecat /Guillaume Apollinaire : le poète combattant Encre bleue éditeur 10/04/2014

Dans la tête d’Apollinaire : une chronique vivante de la vie de ce totem de la création parisienne et internationale de la fin de la Belle époque au début des Années folles sans oublier les années de combattant de la Grande Guerre. Ce sont ses amis et relations qui en parlent le mieux et il y en a beaucoup de connus et de moins connus. Une biographie chronologique des années Apollinaire complète le livre.

  • André Parinaud /Apollinaire (1880-1918) Lattès 01/01/1994

Du portrait front bandé par Chirico à la photographie du trépané, l’image d’Apollinaire surplombe ce qu’on allait appeler la modernité. Il fut également un critique d’art ayant reconnu et soutenu Picasso, Braque, Delaunay et bien d’autres.

Julie Birmant, Clément Oubrerie /Pablo Volume 2, Apollinaire Dargaud 07/09/2012

A Paris, en 1905, Guillaume Apollinaire et Max Jacob aident Picasso à reconquérir Fernande. Alors que son art est délaissé par les galeristes, la famille américaine Stein, richissime et cultivée, commence à s’intéresser à lui. Pablo exécute le portrait de Gertrude Stein.

 

ROMANS

  • Franck Balandier / Apo Castor Astral

Dans le Paris de 1911, la Joconde vient d’être dérobée. Apollinaire est accusé du vol. Incarcéré à la prison de la Santé, le poète est en proie au doute. En 2015, Elise, jeune universitaire, demande l’autorisation de visiter la cellule dans laquelle l’artiste a été incarcéré. Elle y fait une étrange découverte.

  • Anne Berest ; Claire Berest /Gabriële Stock 23/08/2017Portrait vivifiant sous forme de dialogues entre Gabriële Buffet Picabia, arrière-grand-mère et les romancières mariée au peintre Francis Picabia. Femme libérée exerçant des métiers comme alpiniste et compositrice, elle influence les artistes de son époque et fait partie des intellectuels qui réfléchissent sur l’art moderne, comme l’a fait Apollinaire. D’ailleurs, ce dernier fait partie d’une bande formée par Picabia, Duchamp et elle–même. Elle vit également une histoire d’amour avec Marcel Duchamp et voyage avec lui et son mari à New-York notamment.

 

  • Raphaël Jerusalmy / Les obus jouaient à pigeon vole Doucey éditions 19/02/2016

17 mars 1916. Apollinaire est atteint par un éclat d’obus dans une tranchée, alors qu’il lit une revue littéraire qui vient, selon l’auteur, d’être retrouvée en Bavière. R. Jérusalmy commente les heures avant l’impact, le drame humain qui se joue et le regard d’Apollinaire sur les hommes, la guerre et la création littéraire.

 

Le document complet sur le site de la Médiathèque du Sundgau

 

 

 

 

 

Calligramme « Saignante flèche » Domaine public

« Le libraire de Wigtown » de Shaun BYTHELL ; traduit par Séverine WEISS

Changement de registre, cette fois, pour changer du drame, et sur les très bons conseils d’une collègue, j’ai choisi un roman plus léger et plein d’humour (en tout cas, selon mes critères).  Enfin, il m’a fait rire dans le train, sur ma banquette, dans mon lit au point où cela devenait gênant. Pour être plus précise, il s’agit d’un humour dans le genre « mauvais esprit » tout british, celui qui tire sa substance de l’observation de ses proches contemporains et du quotidien. Les remarques acerbes sont celles que nous fait partager l’auteur, Shaun Bythell, bouquiniste misanthrope passionné à la tête de la plus grande librairie de livres d’occasion d’Ecosse à propos de  ses collègues, les habitants du village, et surtout de ses clients.

Jeudi 29 janvier Commandes en ligne : 6 livres trouvés : 5

Nicky est venue travailler, aussi enjouée que d’habitude. Une cliente est arrivée juste avant le déjeuner : il a suffit de quelques secondes pour que Nicky et moi soyons sur le point de suffoquer. Elle avait dû s’asperger des pieds à la tête d’un parfum tellement atroce, tellement écoeurant, que je ne peux que supposer qu’il  a été concocté pendant la guerre froide dans un laboratoire d’armes chimiques par un chercheur au sadisme particulièrement développé.

Ce livre a beau être léger (par opposition à certains livres plus noirs que j’aime) il est porteur d’informations très intéressantes sur le métier de bouquiniste : conditions de travail, relations avec Amazon, plate forme de vente en ligne, nombre de ventes et commandes honorées, chiffre d’affaire et nombre de clients au quotidien.

Une autre remarque, ne vous fiez pas à la couverture de ce très bon livre témoignage, il ne s’agit pas d’un « Feel good book », même si, grâce au rire, il a une action bénéfique sur les lecteurs !!

Si vous voulez le réserver dans le réseau des bibliothèques du Haut-Rhin, c’est ici