Archives par auteur: Bénédicte Wolf-Kiene

La sélection maison « Eté 2019 » : les romans étrangers

Pour vous, que signifient l’été et les vacances ? Presque autant de réponses que de personnes ! Mais on peut déceler  des tendances : on se regroupe, plus ou moins nombreux sur d’une étendue sableuse ourlée par l’océan et on se laisse bercer par le bruit des vagues, le soleil, les cris d’enfants selon son degré d’aptitude à vivre ces instants entourés de ses semblables. Un autre groupe se retrouvera à grimper, tôt dans la journée, pour atteindre un sommet lui offrant une vue à 36 degrés sans l’ombre d’un humain et si possible, là aussi accompagné par le frôlement du vent,  les cris des choucas et des marmottes. Un autre encore, restera chez lui à s’occuper de son jardin, (ou pas) à voir des amis qu’il ne prend pas le temps de voir de toute l’année. Et c’est sans compter les adeptes des villes désertées. En commun, ils ont ce moment où ils s »installeront dans un endroit choisi, s’isoleront ou non, attraperont un roman pour enfin, lire !

Donc, autant de profils de vacanciers, autant de genres à proposer. Dans cette sélection, j’ai choisi des genres différents parce qu’été ne signifie pas forcément avachissement de l’esprit. Pas mal d’émotions, de l’amour, des grands espaces, pas forcément de repos, mais souvent une dose d’optimisme malgré les remous. Je tiens à préciser que je ne les ai pas tous lus mais que d’autres personnes l’ont fait et m’on donné envie de vous en parler après les avoir achetés pour la Médiathèque départementale du Haut-Rhin.

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Bonnes découvertes !!

 

 

 

La Formule de Dieu de José Rodrigues DOS SANTOS

Tout est parti d’une discussion à propos de Da Vinci Code. De là, ce lecteur trentenaire a été conseillé et un un collègue lui a prêté « La Formule de Dieu » . En général, il aime bien se faire conseiller et se laisser guider par sa curiosité.  Le genre est  semblable à celui du roman célèbre de de Dan Brown : le thriller ésotérique.  Ici, il s’agit d’une enquête mêlant l’univers des sciences  à celui de la religion avec une pointe d’espionnage. En prime, les décryptages des plus fameuses théories d’Einstein. Ca tombe bien !

 

Pour réserver

« Good omens » par Neil GAIMAN et Terry PRATCHETT

Cette lectrice voyageuse de 30 ans environ, utilise le TER depuis plusieurs années pour aller au travail. Comme elle lit beaucoup et notamment dans le train, elle s’est procuré une liseuse. Et ce livre, elle l’a acheté.  Elle l’a choisi à cause de la série TV « De bons présages » qui en a été adaptée récemment. Mais il s’agit d’une relecture qu’elle fait cette fois-ci en anglais. Et c’est là que réside aussi son plaisir : réussir à relire ce texte dans sa forme originale ! Au départ, elle connaissait Neil GAIMAN et Terry PRATCHETT, ces deux pointures du genre fantasy et fantastique et elle voulait tester leur collaboration à deux mains.  (à moins que cela ne soit à trois ou quatre s’ils sont ambidextres !).

Elle trouve ce roman drôle, bien écrit et plein de références.

 

Emprunter, voir le résumé (versions papier)

Une sélection estivale spéciale « Livres numériques »

Souvent, on associe les livres numériques aux  lecteurs qui, l’été venu, ramènent les objets de leur envie de lire à bord d’une liseuse. Ca tombe bien, à la Médiathèque départementale du Haut-Rhin, nous développons un fonds de livres numériques accessibles aux lecteurs du bibliobus et aux lecteurs du réseau des bibliothèques municipales du 68.

Voilà donc une sélection de romans concoctée par plusieurs bibliothécaires avec leurs commentaires,  pour accompagner votre été, qu’il soit numérique ou pas ! Car ces livres se dévorent aussi en version papier … Voir la sélection

Découvrir l’offre complète sur notre site.

Canicule et transports en commun

A la faveur de la canicule, j’ai un peu décalé les horaires du train que j’emprunte d’habitude. Celui que j’ai pris, Oh, Miracle !, n’était pas bondé. J’ai donc pu entamer mes courts échanges autour des lectures de deux voyageuses. Aujourd’hui, un titre de Agnès Martin-Lugand :  J’ai toujours cette musique dans la tête

Couverture du livre d'AGnès Martin Lugan

Cette lectrice d’environs quarante ans a lu quasiment tous les autres romans de l’auteure et l’apprécie pour sa légèreté, c’est un roman facile à lire. Elle l’a acheté et après lecture, et l’incluera dans son cercle de lecture familial. Intéressant, non ? A la base, trois membres de la famille qui se passent les livres qu’ils ont lus, et il y a une pile à lire commune ! Donc, les lectures se font beaucoup par hasard. De plus, pas question d’arrêter un livre commencé.  Le cercle a tendance a s’élargir.

Elle prend le train pour se rendre au travail.

Petit détail : elle a pris le virus de la lecture dans le bibliobus car habitait loin d’un bibliothèque.

Réserver dans le réseau des bibliothèques du Haut-Rhin

 

 

LITTERATURES EUROPEENNES CONTEMPORAINES : une sélection

Programme un peu impressionnant, vu le titre, mais non ! Tout va bien..Il s’agit juste, suite à une formation suivie la semaine dernière,  de partager les découvertes et les auteurs européens remarqués pendant  une formation.  Les commentaires de lecture qu’en ont fait les stagiaires et le formateur me donnent assez de matière pour en faire une sélection à partager sans modération.

Voici donc des pistes de lectures qui vont vous faire voyager à travers l’Europe, le rire, l’amour, le drame, la solidarité, le combat …

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Marie-Hélène LAFON et ses romans paysans qui peuvent être proposés aux lecteurs de romans de terroir où beaucoup de personnes peuvent se retrouver avec un style tout à fait remarquable.

« Grace » de Paul LYNCH, Traduit de l’anglais (Irlande) par Marina BORASO.  Autre roman de terroir mais aussi de terreur se déroulant pendant la famine qui a ravagé les campagnes irlandaises sept années au milieu du 19è siècle. Les campagnes étaient alors peuplées de mendiants plus proches des fantômes que des vivants, les autres ayant fuit vers l’Amérique souvent. Grace, une jeune fille de 14 ans fait partie de ceux qui errent, expulsée de chez elle pour la protéger du pire. Amateurs de fantastique bienvenus !

Autre parcours de femme qui va conquérir sa liberté morceau par morceau :  » Zouleïka Ouvre les yeux » de la russe  Gouzel IAKHINA.  Zouleïka une jeune fille, débute mal sa vie d’adulte, mariée de force et quasi esclave domestique de sa belle-mère et de son mari. Dans les années 30, dans le Tatarstan, au cœur de la Russie, l’heure de la confiscation des maigres terres possédées par les paysans a sonné. Elle va devoir partir, et conquérir son  indépendance en se dépouillant de ses anciens dogmes religieux.

Pour les amateurs de plantes cultivées, Lucien SUEL propose « Mort d’un jardinier » ou le regard plein d’acuité et de sensibilité d’un jardinier victime d’un malaise sur la terre qu’il va peut être quitter.

La magnifique  poésie de François CHENG aborde aussi ces thèmes  : vie, mort, nature…

Petit aperçu des textes cités en formation « Littératures européennes »

Quittons la campagne pour aborder la patrie et sa défense dan sun roman issu de la littérature punk : « Noirs paradis » de Rosa LIKSOM nouvelles traduites par Anne PAPART. L’intérêt, en dehors d’un style assez sauvage et de l’humour au deuxième degré, c’est la revendication féministe dans les années 90 à travers la conquête d’un territoire réservé aux hommes : la guerre et le fascisme. Ce genre de procédé est courant aujourd’hui, mais pas à l’époque . Peut être Virginie DESPENTES avec « Baise moi »  ?

Dans le genre littérature déjantée (parue après la chute du mur de Berlin, une exploration de la liberté), on a cité « Métal »  de Janis JONEVS ; Traduit par Nicolas Auzanneau Prix du premier roman en Lettonie, 2014. En plein cour des années 90, c’est une plongée dans l’univers urbain  déserté par la conscience politique et la religion.  Le rock métal et la culture alternative occupent cette place laissée vide chez une partie de la jeunesse. Un éclairage  sur la vie quotidienne en Lettonie, jeune nation européenne encore méconnue en France.

Toujours au sujet du régime communiste et ses conséquences sur la société, les familles, même après sa défaite.  Dans « Revu et  corrigé »,  traduit du hongrois par Agnès JARFAS, Peter ESTERAZY, découvre après l’ouverture des archives de l’Etat, que son père, torturé par les services secrets soviétiques, est un agent au service de l’État de terreur. C’est donc une énorme rupture qu’il doit assumer puisque  après cette trahison. De plus,, son père étant mort, il ne peux plus rien lui demander. 

L’Europe a été traversée par la violence brutale et les romans qui y font référence sont nombreux . La première guerre mondiale est abordée avec succès par Pierre LEMAITRE en France avec « Au revoir là-haut », mais aussi  par « Guerre et térébenthine » par Stefan HERTMANS traduit par Isabelle ROSSELIN en ce qui concerne la Belgique. L’auteur nous parle de son grand-père marqué par la guerre qu’il appelait  « son épouvante » et du tournant qu’a pris sa vie après sa retraite, quand il devient peintre. Mais il s’agit aussi de la bascule de la société dans l’industrialisation et de la grandeur des petites gens apparemment inintéressants mais qui ont une vie immensément riche.

La violence extrême se retrouve aussi dans les romans ou récits inspirés par les camps de concentration. Là, un livre de témoignage tout juste paru en avril : « Et si c’était à refaire » de Boris PAHOR. Ici, ce sont des entretiens avec l’auteur, un centenaire italien écrivant en slovène, rescapé de plusieurs camps de concentration.  Séminariste déserté par la foi, il a cependant réussi à pardonner aux allemands et aux italiens qui ne représentent, selon lui, qu’un des visages de l’horreur humaine. Un livre qui fait du bien à mettre en regard du classique « Et si c’était un homme » de

Pour l’humour libérateur, on peut se tourner vers Slavomir MROZEK dans « l’Eléphant »; où l’auteur polonais, sous couvert d’un style faussement naïf, à réussi à passer à travers les mailles de la censure en 1957.

Akli TADJER, algérien d’origine, utilise aussi l’humour pour parler du racisme et de l’intolérance dans « Qui n’et pas raciste ici ? » Récit d’une rencontre qu’il a faite dans un lycée où il a été confronté lors d’une rencontre avec des élèves, à leur lâcheté  mais aussi à leur magnifique potentiel humain face au racisme et à  la peur des autres.

Pour rester en territoire humoristique, vous pourrez tenter de percer le secret de la « 7è fonction du langage » de Laurent BINET. Quel est le pouvoir qu’elle offre à celui qui a décrypté cette énigme ?  Ici, pas de drame, mais les conflits qui déchirérent le monde feutré des universités dans les années 1980. A cette période, un des gardiens de  la sémiologie, (une  partie de la linguistique) était Roland Barthes. Le grand homme se fait renverser et l’énigme de sa mort,(peut être le résultat d’un complot lié aux cercles du pouvoir), est confiée aux Renseignements Généraux. Ce roman, basé sur des faits réels est l’occasion d’un exercice qui peut paraître un peu artificiel pour certains mais au passage, on apprend beaucoup sur cette matière passionnante qu’est la sémiologie qui s’intéresse à toute forme de langage, tout objet qui a une signification dans notre société de communication. L’humour vient du décalage entre des langages, des personnages, des situations bien terre à terre confrontés à la grandeur d’un personnage comme Roland Barthes, signifiant beaucoup pour certaines personnes et rien du tout pour la plupart d’entre nous.

Le formateur, Guy FONTAINE, nous a aussi parlé de la maison d’écrivain et du musée Marguerite YOURCENAR  qui surplombe la plaine picarde. Elle est située sur le  « Mont Noir » où a grandi l’auteure de l »Oeuvre au noir » qui nous plonge dans le Bruges du 16è siècle où sévit l’Inquisition.et les alchimistes.  Autre titre phare :  » Les « Mémoires d’Adrien » reconstituent le récit de la vie de cet empereur qui les adresse à  Mac Aurèle, dans l ‘Antiquité finissante du 4è siècle.

Il y aurait encore des titres à rajouter, évidemment, mais voilà déjà de quoi capter une petite part de cette diversité littéraire qui vient de territoires qui ont connu des drames et dont les frontières, parfois mouvantes donnent lieu à des frictions très fertiles.

Beaucoup de ces titres à réserver  sont présents au catalogue des bibliothèques municipales du Haut-Rhin.

 

17 raisons de perdre pied. A propos de « I am, I am, I am : dix-sept rencontres avec la mort » de Maggie O’FARRELL ; Trad. de Sarah TARDY

Les 17 rencontres de ce livre organique correspondent aux 17 parties du corps de l’auteure ou de sa fille qui ont été la cible de la  mort.  Pas de ton larmoyant, des données médicales et le compte-rendu non aseptisé des faits quotidiens et de leurs effets sur l’auteure. Au final, pas d’amertume, une énergie vitale décuplée, une lucidité et une impatience face à la bêtise et le manque de compassion.

Contrairement à Sylvia Plath dont le poème « La cloche de détresse » a inspiré le titre, l’auteure ne s’est pas suicidée.Pourtant, Maggie O’FARELL aurait tellement eu de raisons de le faire face à la dureté de certaines épreuves qu’elle a traversées.

Une des fonctions du roman, le partage des expériences et l’identification marchent d’autant plus ici que ce roman parle de ce que nous partageons tous : la mort, de près ou de loin.

Il existait une autre date, [ ..] celle de sa propre mort [ ..] : jour caché , invisible et sournois parmi  tous ceux de l’année, qui passait devant elle sans donner de signe, mais n’en était pas moins sûrement là. Quel était-il ? Tess d’Urberville Thomas HARDY

La majorité d’entre nous a déjà pris des risques plus ou moins volontairement : est monté dans une voiture avec un conducteur ivre, a nagé sans avoir pied dans un océan agité, a eu des rapports non protégés, a continué à fumer malgré les conseils de son médecin, a fait du stop…

Le danger a le goût  reconnaissable entre tous, celui de sa mort. Il est présent lorsqu’on se fait suivre en  pleine nuit de retour d’une fête sur une route par une voiture, lorsqu’un proche souffre d’une maladie chronique, lorsqu’on accompagne un enfant blessé aux urgences. Peut-être qu ‘actuellement, on cherche à éliminer toutes ces sources supplémentaires et irrationnelles de prise de risque, mais la maladie reste présente et ses manifestations resteront toujours en partie une (mauvaise) surprise.

Prise de risque

Evidemment, certains moments de la vie sont plus propices à la prise de risque, comme l’adolescence. Et l’auteur l’a expérimenté. Peut-être à cause de la maladie qui l’a clouée dans un fauteuil d’où elle a réussi à sortir malgré tous les pronostics.

A seize ans, on peut bouillir si fort, être si énervée, si dégoûtée par tout ce qui nous entoure que l’on se sent capable de sauter d’un mur de quinze mètres de haut, peut être, dans le noir, en pleine mer.

Maternité

Le problème, évidemment, c’est qu’elle ne pense à rien d’autre. […] Le désir, le besoin, le chagrin, la frustration sont omniprésents, forment un contre -courant perpétuel dans tout ce qu’elle entreprend. Elle veut un bébé, n’importe lequel. Elle vit avec l’impression de porter une paire de lunettes impossible à retirer.

 

A l’heure où il est plus facile d’assumer de ne pas vouloir d’enfant, elle ne peut faire autrement que de s’acharner. Les obstacles, une fois de plus sont légions et elle parle sans détour d’un autre sujet tabou : les fausses-couches.

Danger

La parentalité rajoute une couche à ce partage d’expérience avec les lecteurs. En général, lorsqu’on devient parent, on essaie de se calmer pour procurer à son enfant une sécurité propre à sa sérénité et son développement.Mais, l’auteure continue parfois à prendre certains risques jusqu’à ce que la maladie de sa fille l’oblige à contrôler quasiment tout ce qui entre en contact avec elle. Et cette fois, ce contrôle vital est totalement disproportionné avec les précautions habituellement prises par les parents.

 

Il me semble primordial de ne pas craquer, de ne pas lui montrer que nous sommes en danger, que nous risquons de ne pas nous en sortir.

 

Parce que,  je me suis dit, parce que je ne peux pas en parler, pas même commencer. Parce que je ne peux pas mettre de mots sur les dangers qui te guettent au détour des rues, des sentiers, des rochers, dans l’épaisseur des forêts. Parce que tu as six ans; …Parce que je ne sais pas encore comment t’expliquer ces choses là. Mais je trouverai.

Courage

Soutenue par son amie médecin, par son mari, elle fait face

Je n’avais plus rien dans le corps. L’amibe était en train de gagner. Je voulais qu’on me laisse tranquille, mais cela voulait dire  en réalité, que je baissais les bras : que j’étais prête à mourir, à abandonner le combat. Cette solution était plus facile que de rester en vie.

Le recul

Forcément, quand on voit tout ce à quoi elle  a été confrontée,  aussi bien directement qu’à  travers ses enfants, on ne peut que se dire que les incidents que l’on peut rencontrer ne semblent que des contrariétés et que tout est affaire d’échelle de valeur. Chacun a la sienne, en fonction de son passé, sa situation actuelle.

Vous ne cédez pas à la panique devant une crise d’appendicite, devant un enfant trempé jusqu’aux os dès le début d’une longue marche, […] des cheveux plaqués par du yaourt alors que vous êtes sur le point d’embarquer pour un vol long courrier […] Tout cela n’est rien ; la vie, c’est autre chose.

Humanité

Les pages de remerciements sont là pour  témoigner de la reconnaissance et de la nécessité d’empathie qui ont permit à l’auteure  de s’en sortir et de continuer à soutenir sa fille atteinte d’hyperallergies. Toutes les personnes qui l’ont aidées, que cela soit dans le personnel médical, scolaire, les chercheurs sont cités.  Les autres sont présents anonymement : les toxiques, les sans cœur, les harceleurs du collège alors qu’elle devait ramper pour se déplacer d’un étage à l’autre de son collège et n’arrivait plus à écrire, en proie aux séquelles de sa maladie neurologique.

Ces souffrances traversées paraissent tellement inhumaines ou trop humaines. Ce qui est humain, c’est d’en avoir fait un magnifique, profond roman autobiographique pas du tout narcissique. c’est un miroir pour chacun,  construit comme un corps avec tous ses organes qui communiquent entre eux et se nourrissent les uns les autres.

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Pour réserver dans une bibliothèque du Haut-Rhin

 

 

 

 

 

 

 

ARBRES REMARQUABLES à propos de « Arbres en liberté » de Mario RIGONI-STERN ; trad. de Monique BACELLI

Les arbres ne finiront jamais de nous fasciner et d’engendrer des liens forts avec certains humains. Ces derniers, sans (h)être des illuminés,  n’ont pas attendu les découvertes scientifiques partagées récemment sur les modes  de communication entre les végétaux pour tisser des relations intimes avec les arbres. Mario Rigoni-Stern en fait partie et nous présente dans ce livre autobiographique, des individus particuliers, représentants d’une vingtaine d’espèces sauvages ou non, habitants de sa chère région autour d’Asiago, en Italie

Ecorce de chêne

Il s’agit de spécimens choisis par l’auteur et qui tous, ont eu une importance dans sa vie. Il nous fait partager leur histoire commune, comment ils se sont rencontrés, comment ils ont vécu ensemble, comment, parfois, ils ont disparu.

Chaque espèce est décrite comme dans tout guide naturaliste auquel le roman emprunte le petit format léger et vagabond : aspect extérieur, taille, couleur de l’écorce au fil des années, forme et coloris des feuilles, habitats. Leurs aides thérapeutiques et culinaires ne sont pas oubliés : l’auteur nous fait partager des recettes traditionnelles à base d’écorces, de feuilles, de fleurs.

Un vrai bain de jouvence que ce livre ! Et c’est comme si  Mario Rigoni Stern nous invitait dans sa famille puissante et secrète.

La vie secrète des arbres  de Peter Wohlleben. le livre qui a fait découvrir  au grand public les réseaux de communication existant entre les arbres.

Réserver ce livre sur le réseau des bibliothèques du Haut-Rhin

 

 

33 Tours de David CHARIANDY ; Trad. par Christine RAGUET

Scarborouh, dans la banlieue défavorisée de Toronto n’a rien a voir avec la ville du même nom, popularisée par Simon and Garfunkel dans Scarborough Fair   Ici, dans les années 80, (et de nos jours aussi), les habitants sont souvent des immigrés dont la vie s’apparente plus à de la survie  à base de petits boulots, de sacrifices pour que les enfants aient une vie meilleure, le tout teinté de racisme, de courage et de violence.  Michaël. nous y  fait partager son quotidien au plus près.

Tableau de Jean-Michel Basquiat « Sans titre(Boxer) », 1982 Collection particulière

Ici, on a pas affaire à une violence romanesque ou issue du cerveau d’un sadique comme dans un thriller. C’est celle où baignent les habitants de cette banlieue  qui semblent perpétuellement sur le qui -vive, affutés par la fatigue et qui est susceptible de s’enflammer si quelqu’un dérape du côté des jeunes ou de la police. Et à plusieurs reprises, c’est ce qui arrive, structurant le récit et laissant des cicatrices inguérissables chez certains.

Nous étions les enfants du personnel de service, sans avenir. Aucun de nous n’était ce que nos parents voulaient que nous soyons. Nous n’étions pas ce que tous les autres adultes voulaient que nous soyons. Nous étions des rien du tout, ou peut être, d’une certaine façon, une ville entière.

Mais, les oasis de repos et de tendresse EXISTENT :  auprès de Francis, son grand frère protecteur  qui semble perpétuellement en colère, auprès de sa mère les élevant seule, avec sa bande, dans des petits bouts de nature cachés, dans des lieux comme le Desirea’s où commencent  à bouillonner les mixes des premiers rappeurs. La bibliothèque est aussi un endroit de calme que fréquent Michaël et Aisha, son amie (la fille la plus intelligente du lycée). Bon, c’est souvent le cas dans les romans ou films américains soit dit en passant !

Toujours pour notre mère, il y avait une vie cachée à nous faire découvrir dans la Rouge. L’oiseau de proie qu’elle repéra, le lendemain du jour où elle et ses collègues avaient été licenciés sans préavis, une buse à épaulettes, était pure férocité et fierté…Elle nous montrait des saules pleureurs et des érables, ce grand-père des arbres avec son écorce à côtes de velours, libérant sa sève, une mer de délice collant pour les insectes.

Ici, la musique est clairement une opportunité si on à la chance d’être repéré par un producteur et certains rappeurs font de la magie des échantillons. On est 3 ans après la mort de Jean-Michel Basquiat, en 1988 et toute cette énergie commune est palpable dans le livre.

J’imaginais Francis assis avec un père, même si ce n’était pas son père à lui, en train d’écouter Nina SImone et peut être Otis Redding et Sam Cooke. J’imaginais aussi, au cours d’une autre visite, plus tard, quand l’humeur et la musique était bonnes, Francis en train de raconter quelque chose à son père qui n’était pas son père; lui, mon frère, déclarant qu’il comprenait la vieille musique, cet héritage d’amour, parce que justement il la ressentait.

Pas déçue d’être sortie de mes romans situés en pleine nature ! Très bon livre, très humain. A rapprocher de « La veuve Basquiat » de Jennifer CLEMENT pour l’époque et de « Just Kids » de Patti Smith.

D’autres avis à voir ici

« Au loin » de Hernan DIAZ ; Traduction par Christine BARBASTE

LA CONQUETE DE L’EST

Karl BODMER Vue des montagnes rocheuses

Si pour vous, l’Amérique signifie Western, convois  de colons, grands espaces, nature indomptée, solitude et survie au milieu des hommes, ce livre vous marquera certainement par son parti pris original.

 

 

Entre ces deux pages, ce roman nous fait partager la vie de Hakan, jeune immigré lorsqu’il débarque de Suède pendant la conquête de l’Ouest. Il va entreprendre la traversée des Etats-Unis à la recherche de son frère dont il a été séparé.

Précédé par sa stature de géant, véritable mythe insensible à la douleur car maîtrisant la science médicale des indiens et ayant pratiquement perdu l’usage de la parole après avoir fui les hommes, il se fait tout de même conteur  de sa vie. Et des choses à raconter à ses compagnons d’aventure, il en a, lui qui a rencontré la plupart des espèces d’hommes peuplant ce continent : femme (je ne préciserai pas quel genre de pouvoir elle a sur lui ), bonimenteur, prédicateurs, savant, chercheurs d’or, indiens, soldats errants…bref, toute une galerie de portraits tout à fait crédibles. Tout comme le personnage principal dans « un jour sans fin » de Sebastian BARRY, au fil de son périple, ces personnes seront plus ou moins bien intentionnées ou bienveillantes mais, la plupart du temps n’auront qu’un seul but, faire leur trou à tout prix dans ce pays parfois totalement vide.

Les paysages sont grandioses et terribles, même pour cet homme redevenu sauvage qui s’affute et apprend au contact du froid, du soleil, des bêtes, de certains hommes. Ses connaissances  l’aideront à se  dissoudre dans les paysages pour fuir les récits terribles qui l’accompagnent depuis qu’il est intervenu pour régler un confit entre colons.

Rapprochement avec notre époque :  l’économie et de la finance à ses débuts,  la soif de réussite individuelle ainsi que la nécessité de l’ attention à la nature.

Un magnifique roman à proposer aux amateurs de western, de récits de survie…

Pour réserver dans le réseau des Bibliothèques du Haut-Rhin : c’est ici.