Archives par auteur: Bénédicte Wolf-Kiene

« Demande à la Nuit » de Anne-Laure JAEGLé ; La Ville Brûle 2016

 

 

 

 

Sur la techno berlinoise des 90’s il y a « Der Klang der Familie » chez Alia et sur la tek berlinoise de maintenant il y a « Demande à la nuit ». Ces 2 ouvrages sont complètement complémentaires pour avoir un regard historique sur l’histoire du mouvement à Berlin.

J’ai eu la chance de rencontrer Anne-Laure Jaeglé 1 mois avant la parution de son ouvrage : j’avais hâte de lire ce bouquin. Elle a une connaissance vraiment approfondie de Berlin et du milieux Tekno dans lequel elle a beaucoup tourné : organisatrice de teufs, pilier du Berghain, tenancière du WG Bar et j’en passe.

Ouvrage à mettre entre toutes les mains des touristes, des teknoïdes, des Erasmus et autre…

Pour aller plus loin :

http://durevie.paris/city-tour-guide-berlin-by-demandealanuit/

https://www.youtube.com/channel/UCfsae9mfmuXdvwPYjxwq8jg/playlists

https://www.lavillebrule.com/

Arnaud Bib (chroniqueur invité)

 

Pour le réserver, c’est par  ici (le livre, pas l’invité!)

Et oui, si vous avez des chroniques de romans à nous proposer, c’est possible et même recommandé . Envoyez – les à bouleau@haut-rhin.fr ou wolf-kiene@haut-rhin.fr, nous sommes preneuses !!!

 

Mes vrais enfants de Jo WALTON ; Trad. de l’anglais par la grande Florence DOLISI

 

Tout le monde a déjà eu l’impression d’avoir vécu plusieurs vies. En tout cas, c’est le cas de beaucoup de personnes).  Et bien, ce livre va nous faire participer de l’intérieur aux deux vies que Patricia Cowan a vécues, ou pas .. On ne saura pas de façon tranchée si c’est est le résultat de la confusion liée à ses  troubles de la mémoire ou bien la réalité ou bien… Cette femme passionnée pour qui « tout est possible » a vu sa vie bifurquer en même temps que l’histoire mondiale après qu’elle a pris une décision capitale. Le livre très bien construit va emprunter ces deux chemins de vie qui s’interpénètreront à certains moments et surtout à  la fin du parcours de la vieille femme. Comme on passe alternativement de l’une à l’autre, même s’il y a un petit décalage dans les époques, on s’y retrouve très bien. Ses enfants constituent le fil rouge de ses deux identités et elle ne cessera des les aimer et se demandera lesquels parmi eux sont les « vrais » et dans quelle vie. Une des caractéristique de Patricia (ou Pat ou Trish, c’est selon), c’ est la bienveillance. D’ailleurs, ça en est parfois énervant : comment arrive(nt)-elle(s) à comprendre presque toujours ses enfants? Pas de colère, elle mène sa barque malgré les écueils et les accidents de sa vie.  Au passage, l’Histoire du 20e subit des modifications, comme dans toute uchronie, mais elles seront plus flagrante dans la vie de Pat qui va vivre dans un monde dominé par la puissance nucléaire et les guerres, leurs conséquences sur la santé,  l’environnement et le patrimoine architectural. Trish vivra dans un monde plus tolérant – envers les homosexuels, par exemple- et elle sera actrice et témoin de la libération des femmes.

C’est donc un livre très riche abordant de nombreux thèmes :  les relations au sein du couple, les carcans dans lesquels la sexualité peut être maintenue et la violence qui en découle, le pacifisme, la lutte pour préserver l’environnement et  le rôle potentiel  de nos choix. Il peut convenir à des amateurs de littérature blanche ou de science fiction. Un petit bémol : l’énumération des événements frise un peu le catalogue parfois.

 « Rien ne vous empêche de faire ce que vous voulez, de devenir celle que vous voulez ».

 

Parfois, elle rêvait que Bee était morte. Quand elle se réveillait, elle était soulagée parce que n’était qu’un rêve, puis la vérité lui sautait au visage. Elle tapait sa tête contre l’oreiller, se mordait la lèvre jusqu’au sang, suppliait Bee de revenir. Elle savait pourtant que Bee ne reviendrait pas.

Une chronique vidéo pour compléter celle -ci  https://www.bibliosurf.com/Mes-vrais-enfants.html

Et comme toujours, le lien pour réserver sur le catalogue de la Médiathèque Départementale 68 !

 

Mausolée de Antoine TRACQUI

Hier, cette lectrice presque trentenaire et  fort sympathique m’a laissée la questionner avant de débuter sa lecture. Le fait que l’auteur soit originaire de Strasbourg n’a pas été étranger dans son choix lors de son premier achat. Le titre qu’elle lit actuellement reprend donc les mêmes personnages qu’elle voulait retrouver. Elle a donc acheté celui-ci aussi dans une librairie qu’elle fréquente car c’est une lectrice régulière. Le style lui plaît et elle aime son ambiance de livre d’espionnage futuriste et ésotérique.

Je l’ai laissée continuer le trajet qu’elle effectue quotidiennement pour son travail vers Mulhouse en bonne compagnie.

Pour le réserver dans votre bibliothèque du réseau 68 : http://urlz.fr/5lJp

 

« Les larmes  » de Pascal Quignard (l’homme qui parle aux forêts)

Poursuivons l’exploration de la période précédant le moyen-âge  avec un roman de Pascal Quignard. Je l’avais laissé en compagnie de Sainte-Colombe, il y a longtemps avec « Tous les matins du monde »  puis retrouvé à l’occasion de lectures d’extraits. L’envie de lire celui-là en entier est revenue quand j’ y ai vu une approche fantastique des animaux, de la forêt, la même qui est parfois présente dans la fantasy, ce lien entre les humains, la puissance et le mystère de la nature et de ses esprits.

« Jadis, dans le commencement, la parole n’était pas. Il n’y avait pas d’hommes encore. tous les animaux étaient des bêtes et les hommes aussi étaient des bêtes »

J’ai voulu en savoir plus aussi quand j’ai vu qu’il s’agissait de la naissance de la langue française et surtout ses premières traces écrites . C’est sûr,  comme cet événement s’est déroulé près de Strasbourg, ça m’a encore plus intriguée.

« La première trace écrite de la langue française date du vendredi 14 février 842, à Strasbourg, sur les bords du Rhin »

Beaucoup des personnages croisés dont ont connaît la vie au fur et à mesure, ont réellement existé (Charlemagne, par exemple) et toutes les informations qui, au début semblent sans rapport, convergent en prenant vie, et,  du coup perdent leur caractère seulement érudit. Donc, cette lecture n’est pas seulement une mine de connaissances, c’est un roman qui nous raconte une histoire avec un style qui reflète parfaitement la simplicité profonde de la nature.

En parlant des lichens : Leurs croissances sont infiniment lentes. Ils avancent d’un millimètre par an. Les lièvres les grignotent et les rennes les broutent. Les oiseaux s’en servent pour faire leur nids. Ils forment des landes où s’avancent les escargots qui sont autant de petits cavaliers francs aux carapaçons entortillés…

Laissez vous donc glisser sur cette pente tracée par les escargots et les autres bêtes de la forêt.

Et pour réserver c’est

« Mio Padre » de Rossana CAMPO ; Traduit par Anaïs Bouteille- Bokobza

La jeune fille au pneu, Valea Plopilor, Jud. Guirgiu, Roumanie, 18 mars 2005

Etre ou ne pas être normal : telle est la question.

Un thème classique mais traité de l’intérieur puisque l’auteur parle d’elle même et de sa relation passionnée avec celui que la plupart considère comme un moins que rien : son père Renato. Et à bien des égards, c’est vrai : lâche, autodestructeur, égoïste, alcoolique, menteur. Bref, un père en dessous de tout à l’aune de la normalité et faisant souffrir sa famille. Elle le traîte de « taré ».

Pourtant, c’est de cette flamboyance héritée de lui qu’elle tirera l’énergie créatrice qui fait d’elle un écrivain et rien d’autre. C’est violent, souvent et parfois avec les éclairs fulgurants de la chaleur irremplaçable entre un père et une fille. Parce qu’après tout, ils s’aiment.

« Voilà, malgré tout, Renato me venait en aide, parce que parmi les vivants qui m’entouraient, il représentait une bouffée d’air, la rébellion, la tentative de vivre pour ce que nous sommes et non pour ce que les autres attendent de nous »

Ce rôle d’écrivain, elle sait que c’est le seul pour lequel elle soit faite et quand elle pense à faire une psychanalyse, le docteur l’en dissuade en lui lisant du Virginia WOOLF parce que, sa place, c’est de ne pas en avoir, (à l’inverse de la majorité) !

« J’ai soudain senti que, excepté les livres, il n’y avait pas d’endroit pour moi dans le monde, pour ce que je suis, pour la façon dont je sens les choses, pour comment je pense à la vie, pour ce que j’ai à l’intérieur. Il n’y a pas d’endroit dans l’univers où je puisse vivre. »

De place, il est encore question ici :  les parents de Rossana viennent du Sud de l’Italie et s’installent au nord. Ils seront toujours considérés comme des « Culs terreux ». Le fait d’avoir des ancêtres gitans du côté de son père attise cette attirance pour le désordre et la liberté qu’elle partage avec lui. Autre point commun : il écrit également et remplit des carnets de poésie depuis ses années en tant que soldat et qu’il a vu littéralement son ami d’enfance exposer à côté de lui.

La mère, évidemment semble  bien plus raisonnable que ces deux là et souffre de la situation, elle qui est plus « normale » et rigide, mais contre le besoin de liberté de son mari incontrôlable, elle ne peut pas grand chose (ça se passe dans les années 60-70, en plus ). On retrouve l’ambiance si bien décrite par Elena Ferrante dans « L’Amie prodigieuse » et ces familles pauvres la plupart du temps qui arrivent à bricoler pour avancer ensemble, finalement mais au prix de grandes souffrances pour certains.

Rossana, nous fait partager sans fard ce lien incomparable et vital qui l’unira à son père.

 « Voilà mon histoire : il y a toujours quelqu’un, un « normal » qui vient me dire à quel point mon père est un salaud, à quel point il est absurde d’avoir un père comme le mien…La vie me rappelle toujours qui je suis, d’où je viens et ce que je porte en moi ».

Les autres, ce ne sont que des « visages pâles « !

Si ça vous a plu, pour réserver, c’est

Il mériterait de figurer dans la bibliographie (sélection de romans, de documentaires, de films…) publiée à l’occasion de Bibliothèques à la Une 2017  « Hors norme : hors jeu ? »

 

 

 

 

La terre qui penche de Carole MARTINEZ

Un conte fantastique planté dans la terre du Doubs : on y croise la Vouivre régnant sur les eaux et des fantômes. Le personnage principal est une fillette qui a deux cent ans et son cheval lui est dévoué corps et âme (chaque fois qu’un livre parle du pouvoir des chevaux, je me fais un plaisir de le souligner). Les humains et leurs malheurs ne sont pas oubliés : hommes qui contraignent les femmes, femmes qui jalousent le désir de leurs rivales, peste. Le style y est un mélange de poésie dans un langage inspiré des chansons médiévales et de mots beaucoup plus crus ancrés dans les corps. Une lecture recommandée, donc, pour amateurs de romans historiques, de terroir aussi et les autres !

 

Pour réserver : c’est ici

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les bienveillantes de Jonathan LITTELL


La rubrique en vacances s’est faite en direct du RER dans les environs d’Antony. Notre lecteur acharné s’est mis en tête de lire tous les Goncourt en partant des plus récents !!! Celui ci est assez ardu par sa thématique : bienvenue dans la tête d’un colonel SS : vaste programme, donc ! Les pires exactions décrites sont atténuées par des moments oniriques très bien écrites. Le lecteur d’environ 60 ans pratique la lecture ferroviaire quasi quotidiennement. Il a acheté son livre dans une librairie

Pour réserver dans notre catalogue, c’est ici

 

Aquarium de David VANN ; Trad. de Silvie DERAJINSKI : A 20000 lieux de la mère

Allez plus loin que la quatrième de couverture, et ne craignez pas les secousses de ce grand huit émotionnel ! Plongez dans le passé le plus noir d’une famille pour en ressortir grâce à la force de la jeunesse et de son amour. Un livre obsédant.

 

Je développe pour ceux qui aiment les formats plus longs ! Surtout ne vous limitez pas à la 4ème de couverture . Elle fait s’attendre à un Feel Good books ou un roman sentimental . Le résumé factuel est juste, mais l’interprétation (comme en musique) qui en est donnée par l’auteur ne correspond pas du tout à ces deux genres. Et ça correspond justement au style de l’éditeur Gallmeister, plutôt noir, donc.

Dès le début, cette relation entre le petit vieux et Caitlin, la fillette, est étrange et pour que cela soit plausible,  on opte pour des liens inconnus de la fille ou un truc de pervers. Ils se voient tous les jours à l’aquarium et échangent sur les poissons, les anémones, la vie…

Poisson grenouille

 

Rapidement, on sait que se sera compliqué, en tout cas. Alors, quand on apprend la vérité, le suspens tourne autour de la réussite du projet de ces deux là : la réconciliation impossible.

Dans le deuxième tiers du livre, la mère veut faire comprendre à sa fille ce qu’elle a elle même enduré avec la sienne en en rejouant des scènes et lui faire payer pour la jeunesse et la vie d’adulte qu’elle n’a pas eue et parce que son propre père l’a abandonnée.

Et chaque fois, on se demande jusqu’où elle va aller dans cette monstruosité pour se faire justice.  Même si et que effectivement, sa vie a été terrible, il n’empêche que ce qu’elle fait endurer à sa fille est  d’un sadisme hallucinant.

« Elle était violente et terrifiante, ce n’était pas le hasard, c’était partiellement inéluctable »

La question toujours en suspens : faut-il  faire payer éternellement aux nouvelles générations ce qu’on a soi même vécu au risque de perpétuer et d’amplifier encore toute cette violence ? Question souvent abordée lors du traitement de l’Holocauste ou  ce genre de catastrophe mais à l’échelle familiale de certains, c’est la même chose. Où commence le témoignage  de l’horreur et jusqu’où aller pour s’assurer que l’autre a réellement compris ce qu’on a voulu lui décrire. Est-ce qu’on doit le faire à tout prix ?

« Tu n’as rien écouté de ce que je t’ai raconté sur le passé. Tu te contrefous de ce qu’il m’a fait. Et ne commence pas à pleurer. J’en ai ras le bol de te voir t’apitoyer sur ton sort. Tu as la vie facile, toi …On part aussi tôt parce que ta mère est une esclave toute sa vie afin que la petite princesse puisse avoir une existence meilleure. » C’est le rôle des parents

Je n’ai jamais rien lu d’équivalent sur la façon de faire ressentir le paroxysme des crises familiales et comment elles ôtent  leur liberté aux enfants. Et l’énergie et l’imagination qu’il leur faut pour sortir de certaines relations pour se construire.

« J’essayais de m’enfouir et de me changer en pierre. Pas un trou de boue séchée me laissant réapparaître aux premières pluies, mais juste mon corps changé en roche »

Pourtant, ce  livre n’est pas désespérant, grâce à Caitlin qui se bat non seulement pour elle mais aussi pour libérer sa mère de son passé même si elle sait que le pardon total n’est pas possible, ça s’en approche.

« Rien n’est défait, mais une volonté dans le présent, une reconnaissance, une étreinte, un ralentissement ».

C’est donc un coup de cœur, et un à l’estomac par la même occasion, mais il atteint sa cible en profondeur .

Pour se laisser entraîner au fond de la piscine, et réserver ce livre, c’est ici

La Plume et le crayon : exposition du Frac Picardie

Relayée par Actualitté.com, via un article, une exposition du  FRAC Picardie 26 janvier – 16 juin 2017

Ecrire ou dessiner Frac Picardie  a proposé en 2016 une exposition mettant en lumière les liens entre écriture et dessin. Des collèges et lycées ont également été associés à ce projet  au travers de rencontres et en tant que lieux d’exposition.

Voir Les œuvres proposées dans différents lieux.

Et en lien avec la thématique et   toujours disponible , notre  Dossier en ligne Poésie, peinture et dessin -Paris 1900-1950 visible sur Calice68, le catalogue en ligne des Bibliothèques municipales du Haut-Rhin.