Actu littéraire

De la lecture pour patienter ?

 

En nous rendant en librairie à Mulhouse, nous avons pu tester à la gare le distributeur d’histoires courtes de la société grenobloise « Shortédition ». Il vous suffit de choisir la durée de lecture souhaitée et d’appuyer sur le bouton correspondant. Nous avons eu une histoire de romance, une histoire jeunesse et un extrait de littérature classique. Cette borne existe aussi aux Halls de Strasbourg. En vous rendant sur le site de la société, vous trouverez la localisation en France et en Suisse de ces bornes. Vous pouvez également choisir de lire ou écouter de la littérature « courte » en ligne en fonction de vos envies et de votre temps. Le système des bornes à papier n’est peut-être pas très écologique mais offre une occasion de lecture pour petits et grands. Même Francis Ford Coppola s’est laissé séduire en installant une de ces bornes dans son restaurant de Californie.

Les ados et le sport suite…

Le Garçon qui courait de François-Guillaume Lorrain Sarbacane 2017

Ce roman a été écrit à partir de l’histoire vraie de Kee-Chung. Ce jeune coréen a 12 ans en 1919. A cette époque, la Corée est sous la coupe du Japon. Après l’arrestation de son grand-frère, Kee-Chung doit parcourir des kilomètres pour le commerce de son père. Sa rapidité est remarquée par son professeur et on lui propose d’intégrer l’équipe de coureurs japonaise.

A travers l’extraordinaire destin de Kee-Chung, ce roman aborde le thème du dépassement de soi. Il est aussi question de l’identité, sujet d’autant plus sensible dans un pays occupé. Kee-Chung, comme son frère, a résisté en utilisant sa notoriété de marathonien.

 

Double faute d’Isabelle Pandazopoulos Gallimard coll. Scripto 2016

Ulysse et son frère Ludo sont des espoirs du tennis. Leur père les entraîne avec dureté. Suite à des blessures, Ulysse décide d’arrêter. Ludo, lui, persévère jusqu’au drame : il tombe en plein match après une rupture d’anévrisme. Le jeune homme sort du coma handicapé. La famille se disloque. Ulysse est envoyé à Paris chez sa grand-mère. Commence alors une double vie pour lui. La semaine, il va au lycée sous un faux PANDAZOPOULOS_Double fautenom et le week-end, il rentre chez sa mère pour voir Ludo.

Un roman très fort sur la place du sport dans la vie, mais aussi sur les dérives. Le père des garçons leur met une pression très grande et laisse peu de place au plaisir de jouer. Il monte les deux frères l’un contre l’autre. On est quasiment dans la maltraitance. Il est question également du dopage et de ses ravages. Un roman foisonnant qui aborde aussi le handicap et la culpabilité. Même si les thèmes sont durs, les personnages des adolescents sont lumineux.

 

Une fille de… Jo Witek Actes Sud Junior coll. d’une seule voix 2017

Hannah aime enchaîner les kilomètres sur la ligne vert, l’ancienne voie de chemin de fer. Ses sentiments lorsqu’elle court alternent avec des passages de sa vie. Comme tous ceux de la collection, ces textes se prêtent à la lecture à voix haute. Hannah a un secret qu’elle ne peut révéler à personne : sa mère, ukrainienne, est prostituée. Ce métier, elle ne l’a pas choisi. Hannah voudrait crier qu’  « elle est une maman comme les autres ». Mais, il faut se cacher, nier la réalité. La course est pour Hannah « la seule façon […] de marcher droit ».WITEK_Fillle de

Un roman fort sur l’envers des réseaux de prostitution. Il redonne un peu d’humanité à ces femmes considérées comme des parias et qui sont des victimes. Cette histoire parle donc de la différence et de la manière de l’assumer. Pour Hannah, le sport est un moyen de se sentir exister. Un moyen aussi de sculpter son corps à sa manière, « un corps qu’on n’avilit pas ».

Ces rêves qu’on piétine Sébastien Spitzer Les Editions de l’Observatoire 2017

Un premier roman remarqué de cette rentrée littéraire !

Deux histoires se mêlent puis se rejoignent. Celle de Magda, jeune fille ambitieuse qui se marie avec l’un des dirigeants du Reich, Joseph Goebbels. On la suit jusqu’à la fin, mère et épouse modèle avec ses six enfants, dans le bunkerCes rêves qu'on piétine_Spitzer d’Hitler. En parallèle, un groupe de rescapés des camps essaie de survivre parmi la population hostile. Parmi eux, il y a Féla et  Ava, sa fille, ultimes gardiennes de mystérieux manuscrits.

Ce livre rappelle celui du Prix Femina La Disparition de Josef Mengele, récemment chroniqué. On suit la vie de Magda, qui n’inspire guère la sympathie. On retrouve dans son comportement la froideur et l’égocentrisme du fameux docteur Mengele. Le contraste avec le combat de Féla et sa fille n’en est que plus accentué. Certains passages sont assez dures. Les nombreux personnages du roman donnent une idée des couleurs de l’âme humaine, du noir au blanc, toutes les nuances se retrouvent. Ce roman a le mérite de donner corps à l’histoire sous un angle plutôt original et documenté.

 

 

Trois saisons de l’orage Cécile Coulon Viviane Hamy 2017

Voilà, j’ai enfin pu lire ce roman très réservé ! Et pour cause…

Trois saisons d'orage_Cécile Coulon

Fontaine est un endroit reculé qui ne doit son essor qu’à l’entreprise d’extraction de pierre qui s’y est installée. Les Trois Gueules, d’énormes falaises, écrasent le paysage et semblent imposer leurs règles. André, jeune médecin venu de la ville, tombe amoureux du lieu et s’y installe. Insensible à la sourde menace, il est bientôt rejoint par son fils.

Fresque romanesque sur trois générations, ce livre aborde le thème de la ruralité, opposé au monde de la ville, celui des classes sociales et de l’empreinte de la nature sur l’homme.

Cécile Coulon excelle dans la description des paysages et des sentiments. Les portraits de ses personnages sont bien brossés. Bref, on rentre vite dans l’histoire pour ne plus la quitter. Un livre que l’ont peut conseiller aussi aux amateurs de terroir sensibles à la qualité de l’écriture.

Mes lectures de la rentrée littéraire suite…

Summer de Monique Sabolo Lattès 2017Summer_Monica Sabolo

Une jeune fille de 19 ans, Summer, disparaît lors d’un jeu avec des amies au bord du lac Léman. Vingt cinq ans après, son frère, cherche à connaître la vérité. Qui pouvait bien en vouloir à la jeune femme ? Et si les clés étaient plus proches qu’on ne le suppose ? Un roman bien ficelé, axé sur la psychologie des personnages.

La Disparition de Joseph Mengele Olivier Guez Grasset 2017

Ce roman a été consacré par le Prix Renaudot. Il retrace la fuite du docteur nazi en Argentine puis au Brésil. Les premières années du docteur sont paisibles. L’époque est à la reconstruction de l’Allemagne, pas à la traque des nazis. Puis, les services israéliens commencent à rechercher activement les responsables du génocide. L’enlèvement d’Eichmann signe la fin de la tranquillité.

Un Biopic ou roman biographique bien proche du documentaire. Si j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire au début, le livre se lit bien. Bien sûr, c’est un sentiment étrange que de suivre cet « anti-héros » au caractère égocentrique. Un roman saisissant sur l’impunité dont a bénéficié ce médecin nazi et ses soutiens en Allemagne et à l’étranger.

Un crochet vers les romans étrangers pour parler d’un livre qui m’a touché :

Les Huit montagnes de Paolo Cognetti Stock 2017

Piétro a 11 ans quand ses parents décident de passer leur vacances d’été dans le Val d’Aoste. Ils y reviendront régulièrement pendant plusieurs années, alternant avec leur vie à Milan. Piétro se lie d’amitié avec Bruno, un garçon de ferme. Ce dernier prendra une place particulière dans la vie de la famille. Nous suivrons le destin des deux garçons, comment la montagne a forgé leur destinée. Un roman qui connaît un beau succès. Le cadre magnifique des montagnes n’y est pas pour rien. Les relations père/fils sont aussi au cœur de l’histoire. Enfin, l’auteur aborde la place des montagnards et agriculteurs dans notre société. Comment les amoureux de nature et de solitude peuvent-ils s’intégrer à la société actuelle ? Prix Médicis étranger.

J’attends de découvrir le livre d’Alice Zéniter L’Art de perdre, qui en le feuilletant, me paraissait intéressant, pour vous en parler.

 

 

Présentation du blog littéraire « Et si on bouquinait un peu ? »

Bandeau d’accueil du blog « Et si on bouquinait un peu ?

Cet article : « Création du Grand Prix des blogueurs littéraires » est l’occasion de vous présenter le Blog « Et si on bouquinait un peu ? ».

Animé par deux amateurs de livres passionnés, il publie essentiellement des chroniques sur des romans pour adultes , mais également sur des essais. La majorité sont des titres  francophones et  la nouveauté n’est pas le critère de choix des livres présentés (ça fait du bien aussi).

Les publications d’une bonne longueur sont régulières sont toujours émaillées de citations et illustrées de photos originales.

Ce que j’apprécie aussi, c’est le système d’évaluation en fin de chronique, plus précis et original que les successions de cœurs alignés.

On nous  conseille à propos du livre chroniqué de(par exemple) l’ :

X d’acheter chez votre libraire

X d’emprunter dans votre bibliothèque

X de ne pas lire

Les meilleurs choix faisant l’objet d’une proposition double d’achat en librairie et d’emprunt en bibliothèque ! Les avis plus tièdes étant orientés vers les bibliothèques .

Un très bon outil à mettre en favoris !

L’adresse est là : https://evabouquine.wordpress.com/

 

Mes lectures de la rentrée littéraire

J’ai commencé par les livres francophones, comme il s’agit de mon domaine professionnel.

En le feuilletant, j’ai décidé d’oublier la lecture de « La Chambre des époux » d’Eric Reinhardt. J’avais déjà été déçue par certains de ses précédents romans. L’auteur y met souvent des scènes de sexe assez crues dont je ne vois pas l’intérêt dans l’histoire. Alors que je m’attendais à un roman autobiographique sur la maladie dans le couple, la place de l’art et de la création, il est beaucoup question de l’auteur et de son rapport aux femmes.

J’ai continué par le roman de Philippe Jaenada « La Serpe« , plus de 600 pages. Dans la veine actuelle des romans biographiques, il revient sur la personnalité d’Henri Girard. Ce dernier fut accusé d’avoir tué sauvagement son père, sa tante et leur bonne. Acquitté, il partit en Amérique du Sud. Lorsqu’il revint, il se lança dans l’écriture sous le nom de Georges Arnaud. Il est l’auteur du Salaire de la peur. L’histoire et la personnalité plutôt complexes du personnage ont attiré ma curiosité. Mais autant vous le dire, il faut s’armer de patience… En effet, Philippe Jaenada digresse beaucoup  et revient fréquemment sur l’affaire Pauline Dubuisson. Il y a effectivement des parallèles, puisque l’avocat Maurice Garçon joue un rôle dans les deux affaires. Si le sujet est intéressant, la lecture est restée trop fastidieuse pour moi.

J’ai beaucoup apprécié, par contre, le court texte « Femme à la mobylette » de Jean-Luc Seigle. Dès le départ, on perçoit cependant la fin dramatique. Dans cette fable malheureuse, Reine est mère de 3 enfants. Son mari l’a quittée pour refaire sa vie. Alors, il lui faut retrouver l’énergie pour se battre. Une mobylette bleue oubliée dans le garage pourrait bien être le déclencheur… Un texte court, sensible et touchant sur des situations précaires qui peuvent basculer facilement.

Sorj Chalandon a été injustement, il me semble, oublié des sélections littéraires. Il connaît néanmoins le succès auprès des lecteurs avec son roman « Le Jour d’avant« . Celui-ci se déroule à Liévin, près de Lens, dans le monde des mineurs. Après 40 ans, un homme revient réclamer justice pour son frère, mort après un coup de grisou.jour d'avant_ Chalandon

Bakhita_Véronique OlmiAutre livre qui m’a plu : « Bakhita » de Véronique Olmi. Il retrace l’histoire vraie d’une enfant, née au Soudan et enlevée par des négriers. Elle sera vendue comme esclave à plusieurs maîtres avant d’être rachetée par le consul d’Italie. Elle retrouve sa liberté et devient sœur. Malgré des passages difficiles sur les mauvais traitements subis, ce livre est un hommage au courage de Bakhita. Il est servi par la belle plume de l’auteur.

 

A suivre, des avis sur « Summer » de Monica Sabolo, » La Disparition de Joseph Mengele » d’Olivier Guez et d’autres encore…

Treize saisons de Jay Asher coll. Wiz Albin Michel 2010

Encore un roman avec un thème d’actualité, le harcèlement et le sexisme.. Et comme pour le livre de Margaret Atwood, son adaptation en série télé a remporté un vif succès, bien que controversé. Il m’a donc incité à revenir au livre d’origine. Et en effet, le roman laisse aussi un sentiment de malaise.

Le narrateur, Clay, fait partie des treize personnes qui ont reçu ou vont recevoir un colis d’Hannah Baker. Cette dernière vient de se suicider en prenant soin d’enregistrer sept cassettes pour expliquer son geste. Elle parle des treize raisons – et autant de personnes – qui l’ont poussée à le faire. Clay écoute le rôle de chacun, sans savoir quel va être le sien. Le début des cassettes commencent par des faits qui pourraient paraître anodins au départ. J’ai d’ailleurs pensé au côté Treize raison de Jay Asherpuritain des mœurs américaines. Ce sont des actes qu’on a tous vécu et qui ne conduisent pas, heureusement, la plupart du temps au suicide. Mais leur enchaînement va précipiter le malaise d’Hannah. Puis, il y a ensuite des évènements plus graves qui ne permettent pas à la jeune fille de se relever. J’ai espéré naïvement une suite plus heureuse, qu’Hannah fasse une réapparition miraculeuse… En effet, le souci de laisser un témoignage sous forme de cassettes est assez étonnant. Cependant, le livre garde son côté sombre de bout en bout.

Pour certains, il ne faut pas le mettre entre toutes les mains car il peut être perçu comme une incitation au suicide ou en tous cas, être déstabilisant. Effectivement, il me semble réservé aux ados de plus de 14 ans. Par contre, il permet de réfléchir aux conséquences des « mauvaises blagues » sexistes, des gestes déplacés et du harcèlement. L’adolescence , période de fragilité et de recherche d’identité est un terreau fertile pour subir ce genre de comportement. Mais, l’actualité de ces jours derniers montre un phénomène plus global et la nécessité de le dénoncer pour changer les mentalités.

Pour réserver, c’est ici.

Un été invincible d’Alice Adams Albin Michel 2017

Eté invincible_Alice AdamsRestons encore un peu en été, au moins avec le titre et la couverture de ce roman…

Nous suivons la vie de quatre amis, Eva, Benedict, Sylvie et son frère Lucien depuis leur rencontre en faculté dans les années 90 jusqu’à aujourd’hui. Dans ce quatuor, il y a évidemment un triangle amoureux. Et lorsqu’Eva part en vacances en Grèce rejoindre Benedict, nous supposons la suite. Mais la vie et les relations humaines se montrent parfois compliquées. C’est bien là que réside l’intérêt du roman. Les personnages évoluent au gré de leurs histoires et de l’histoire avec un grand H. Nous les voyons se dépêtrer avec leurs déconvenues et réussites professionnelles et personnelles. Si ce n’est le cadre, Londres, ces quatre-là pourraient très bien être nos amis. Dommage que l’auteur n’ait pas approfondi chaque personnage de la même façon. Néanmoins, cette fable des temps modernes reste un bon moment de lecture.

« On se croyait en marge de la société […]. Bon sang, on aurait été dégoûtés à l’époque si on avait su à quel point on était comme tout le monde, à quel point les gens sont les mêmes partout sur cette terre. C’est drôle, parce que cette idée a quelque chose de réconfortant aujourd’hui ».