ado

Roméo sans Juliette Jean-Paul Nozière Thierry Magnier 2015

Ce livre m’a été conseillé par une collègue et je n’ai pas été déçue. Pourtant, j’appréhendais un peu, au vu du titre, un pastiche édulcoré de la tragédie de Shakespeare.

Roméo sans Juliette_NozièreRoméo a 18 ans. Il sort d’un centre fermé pour mineur et doit se rendre au chevet de son père dans le coma. Commence alors un récit à deux voix, celle de Roméo et celle de Juliette, sa voisine et amour de jeunesse. Ils reviennent sur leur enfance. La mère de Roméo disparaît lorsqu’il a 11 ans. Il est élevé « à la dure » par son père qui profère des théories racistes. Selon lui, d’ailleurs, rien ne sert d’ apprendre, il vaut mieux savoir se défendre avec ses poings. Juliette vit, elle aussi, dans une famille monoparentale mais équilibrée et aisée. Sa mère la pousse à apprendre. Les destins des deux jeunes vont s’éloigner jusqu’au drame… Dans ce roman, ce n’est pas une guerre entre deux familles qui sépare les amoureux, mais des conceptions et des valeurs opposées.

Jean-Paul Nozière montre l’influence des parents, des amis et l’importance de l’éducation dans le rapport à l’autre et le développement personnel. C’est un roman saisissant sur le racisme et ses origines. Sans leçon de morale, l’auteur fait mouche.

15 jours de création !

 

Sophie Rigal-Goulard, auteur de romans jeunesse, nous a fait le plaisir de passer 15 jours en résidence de création littéraire à Altkirch dans le Sundgau. Ce séjour a eu lieu du 27 novembre au 8 décembre. L’objectif était d’une part, d’organiser des ateliers d’écriture animés par un auteur pour des collégiens, et d’autre part, d’organiser des rencontres entre ce même auteur et les publics des médiathèques ainsi que le personnel des bibliothèques du Haut-Rhin.

Au collège d’Altkirch, Sophie a travaillé avec la classe de SEGPA de Mme Farny. Elle a aidé de petits groupes à écrire des romans photos. Les élèves avaient lu plusieurs livres de Sophie et ont apprécié la rencontre avec l’auteure. Ils avaient d’ailleurs préparé des questions à lui poser.

Au collège de Dannemarie, quatre classes de sixième ont profité de la venue de Sophie pour s’intéresser au métier d’écrivain. Une classe de cinquième a pu discuter du thème de l’obésité, abordé dans le titre Isis, 13 ans, 1m60, 82 kg, publié chez Rageot. Les élèves ont composé un portrait chinois.

La classe de 6e B a bénéficié de plusieurs heures avec Sophie. Les élèves se sont penchés sur la réécriture d’un conte, Blanche Neige, qu’ils avaient étudié en cours. S’inspirant des thématiques des livres de Sophie (10 jours sans écran et 15 jours sans réseau, publiés chez Rageot), ils ont actualisé et détourné l’histoire en y ajoutant une bonne dose de nouvelles technologies et d’humour.

La classe Ulis a travaillé, quant à elle, sur le contre des Trois petits cochons. Ces derniers sont devenus les Trois petits connectéchons !

L’expérience est une vraie réussite grâce à la générosité et au professionnalisme de Sophie ! Merci aux enseignants, merci aussi aux bibliothécaires d’Altkirch et de Dannemarie qui ont accueilli les classes et les ont aidées à avancer.

Les deux rencontres « tout public » et les deux formations autour des livres de Sophie et de son travail ont, elles aussi, été appréciées. A chaque fois, il y a eu de nombreux échanges qui ont permis de mieux comprendre le travail de l’écrivain et sa place dans la chaine du livre. A travers les thèmes abordés, ce sont aussi les questions de société autour du numérique qui ont émergé, questions qui interpellent particulièrement les bibliothécaires. Comment, dans un contexte de sollicitation permanente, donner envie de lire ?

Nous avons eu même droit à un scoop ! En avant-première, nous avons pu découvrir la couverture du dernier livre de Sophie !

Sophie Rigal-Goulard_24-heures-sans-jeu-video

 

 

 

 

 

Les ados et le sport suite…

Le Garçon qui courait de François-Guillaume Lorrain Sarbacane 2017

Ce roman a été écrit à partir de l’histoire vraie de Kee-Chung. Ce jeune coréen a 12 ans en 1919. A cette époque, la Corée est sous la coupe du Japon. Après l’arrestation de son grand-frère, Kee-Chung doit parcourir des kilomètres pour le commerce de son père. Sa rapidité est remarquée par son professeur et on lui propose d’intégrer l’équipe de coureurs japonaise.

A travers l’extraordinaire destin de Kee-Chung, ce roman aborde le thème du dépassement de soi. Il est aussi question de l’identité, sujet d’autant plus sensible dans un pays occupé. Kee-Chung, comme son frère, a résisté en utilisant sa notoriété de marathonien.

 

Double faute d’Isabelle Pandazopoulos Gallimard coll. Scripto 2016

Ulysse et son frère Ludo sont des espoirs du tennis. Leur père les entraîne avec dureté. Suite à des blessures, Ulysse décide d’arrêter. Ludo, lui, persévère jusqu’au drame : il tombe en plein match après une rupture d’anévrisme. Le jeune homme sort du coma handicapé. La famille se disloque. Ulysse est envoyé à Paris chez sa grand-mère. Commence alors une double vie pour lui. La semaine, il va au lycée sous un faux PANDAZOPOULOS_Double fautenom et le week-end, il rentre chez sa mère pour voir Ludo.

Un roman très fort sur la place du sport dans la vie, mais aussi sur les dérives. Le père des garçons leur met une pression très grande et laisse peu de place au plaisir de jouer. Il monte les deux frères l’un contre l’autre. On est quasiment dans la maltraitance. Il est question également du dopage et de ses ravages. Un roman foisonnant qui aborde aussi le handicap et la culpabilité. Même si les thèmes sont durs, les personnages des adolescents sont lumineux.

 

Une fille de… Jo Witek Actes Sud Junior coll. d’une seule voix 2017

Hannah aime enchaîner les kilomètres sur la ligne vert, l’ancienne voie de chemin de fer. Ses sentiments lorsqu’elle court alternent avec des passages de sa vie. Comme tous ceux de la collection, ces textes se prêtent à la lecture à voix haute. Hannah a un secret qu’elle ne peut révéler à personne : sa mère, ukrainienne, est prostituée. Ce métier, elle ne l’a pas choisi. Hannah voudrait crier qu’  « elle est une maman comme les autres ». Mais, il faut se cacher, nier la réalité. La course est pour Hannah « la seule façon […] de marcher droit ».WITEK_Fillle de

Un roman fort sur l’envers des réseaux de prostitution. Il redonne un peu d’humanité à ces femmes considérées comme des parias et qui sont des victimes. Cette histoire parle donc de la différence et de la manière de l’assumer. Pour Hannah, le sport est un moyen de se sentir exister. Un moyen aussi de sculpter son corps à sa manière, « un corps qu’on n’avilit pas ».

Les ados et le sport…

La seule chose qui compte vraiment_Nathalie SomersVoici un roman qui m’a beaucoup plu !

La seule chose qui compte vraiment Nathalie Somers Fleurus 2017

Lise, 15 ans, a du mal à s’habituer à son corps d’adolescente. Elle se sent encombrée par sa « silhouette longiligne et dégigandée ». Lorsqu’elle rate les qualifications pour le championnat de gymnastique, elle décide d’arrêter cette activité. Mais que faire quand on ne vit que pour le sport ? C’est le nouvel ami de sa mère, Vincent qui va le lui souffler. Professeur d’escrime, il lui propose de s’y essayer. Et Lise va prendre sa proposition très au sérieux !

Pas facile d’avoir une mère superficielle, égocentrique et qui change souvent de compagnon. Lise a trouvé sa source d’équilibre, le sport. Elle s’y adonne avec passion et détermination. Mais parfois, il faut savoir renoncer, bifurquer…

« Le miroir d’ambre » de Philip PULLMAN ; trad. par Jean ESCH

Sur les conseils d’une amie, cette lectrice de 30 ans, fidèle utilisatrice du TER a tenté cette série. Elle aime le fantastique en général et apprécie l’écriture simple de cet auteur.  Elle trouve également le personnage principal attachant.

Cela montre, une fois de plus, que des adultes lisent des auteurs destinés à la base à la jeunesse.

Ce titre fait partie de la trilogie classique de la littérature jeunesse :  » A la croisée des mondes » à réserver  ici , sur le catalogue de la Médiathèque départementale du Haut-Rhin

Un dernier titre récent (déjà encensé) vient de sortir : « La belle sauvage »,  premier tome d’une série « La trilogie de la poussière »

Deux livres d’ « actualité »

La Carotte et le bâton de Delphine Pessin Talents hauts 2017

Emilie déménage et arrive dans un nouveau collège. Très vite, elle se lie d’amitié avec Cloé. Mais, une redoublante au physique de Barbie, Barbara, la prend en grippe. D’abord, ce sont des réflexions sur ses cheveux roux puis des bousculades. La mécanique du harcèlement est en place. Ce roman fait écho au malaise d’Emilie mais aussi à la situation intenable de Cloé. Celle-ci « jongle » entre la solidarité avec son amie et l’envie de s’intégrer au reste de la classe… Les chapitres alternent les voix des deux jeunes filles. Ce livre, facile à lire, peut être un point de départ pour aborder cette problématique. On peut regretter le bond en avant à la fin du roman. Il occulte une partie de la vie d’Emilie, celle où elle se reconstruit. Est-ce pour laisser le lecteur à son imagination ?La Carotte et le bâton_Delphine Pessin

Ce livre est d’autant plus d’actualité que la journée de lutte contre le harcèlement a eu lieu début novembre…

 

 

Autre thème, celui des commémorations de la guerre 1914/1918 avec :

Celle qui voulait conduire le tram de Catherine Cuenca Talents hauts 2017

Quand la guerre éclate, Agnès est ouvrière à l’usine. Elle doit, seule, subvenir aux besoins de son foyer. Son mari, Célestin, est parti au front. Le jeune femme apprend par le bouche-à-oreille que des places se libèrent à la société du tram. Elle est étonnée lorsqu’on lui propose une place de conductrice, de « wattwoman ». Elle défie alors les regards et s’investit pleinement dans son nouvel emploi. Célestin revient blessé de la guerre. A l’usine, il doit faire face aux quolibets de ses camarades sur le travail d’Agnès. Traumatisé par la guerre et déstabilisé par ces réactions hostiles, il se met à boire. A l’armistice, Agnès est renvoyée, du jour au lendemain, pour laisser la place aux hommes revenus du front. Incitée par une amie, elle décide alors de se joindre aux Suffragettes pour faire entendre sa voix et invente le slogan : « Voter, c’est exister ». Mais lui laissera-t-on une chance de changer sa vie ?

Un roman historique important sur l’évolution du droit des femmes. Quand on pense qu’il faudra encore 25 ans pour que les femmes aient le droit de vote… Se souvient-on encore qu’en 1920, il était interdit aux femmes de porter des pantalons, jugés inconvenants ? Ce livre sonne comme un rappel pour les jeunes d’aujourd’hui.

 

Treize saisons de Jay Asher coll. Wiz Albin Michel 2010

Encore un roman avec un thème d’actualité, le harcèlement et le sexisme.. Et comme pour le livre de Margaret Atwood, son adaptation en série télé a remporté un vif succès, bien que controversé. Il m’a donc incité à revenir au livre d’origine. Et en effet, le roman laisse aussi un sentiment de malaise.

Le narrateur, Clay, fait partie des treize personnes qui ont reçu ou vont recevoir un colis d’Hannah Baker. Cette dernière vient de se suicider en prenant soin d’enregistrer sept cassettes pour expliquer son geste. Elle parle des treize raisons – et autant de personnes – qui l’ont poussée à le faire. Clay écoute le rôle de chacun, sans savoir quel va être le sien. Le début des cassettes commencent par des faits qui pourraient paraître anodins au départ. J’ai d’ailleurs pensé au côté Treize raison de Jay Asherpuritain des mœurs américaines. Ce sont des actes qu’on a tous vécu et qui ne conduisent pas, heureusement, la plupart du temps au suicide. Mais leur enchaînement va précipiter le malaise d’Hannah. Puis, il y a ensuite des évènements plus graves qui ne permettent pas à la jeune fille de se relever. J’ai espéré naïvement une suite plus heureuse, qu’Hannah fasse une réapparition miraculeuse… En effet, le souci de laisser un témoignage sous forme de cassettes est assez étonnant. Cependant, le livre garde son côté sombre de bout en bout.

Pour certains, il ne faut pas le mettre entre toutes les mains car il peut être perçu comme une incitation au suicide ou en tous cas, être déstabilisant. Effectivement, il me semble réservé aux ados de plus de 14 ans. Par contre, il permet de réfléchir aux conséquences des « mauvaises blagues » sexistes, des gestes déplacés et du harcèlement. L’adolescence , période de fragilité et de recherche d’identité est un terreau fertile pour subir ce genre de comportement. Mais, l’actualité de ces jours derniers montre un phénomène plus global et la nécessité de le dénoncer pour changer les mentalités.

Pour réserver, c’est ici.

Un enfant de pauvres de Christophe Honoré et Gwen Le Gac Actes Sud junior 2016

livre de Christophe honoré

Couverture « Un enfant de pauvres »

 

C’est d’abord la couverture de ce livre qui attire le regard. Epaisse, elle montre un enfant de profil sur fonds de billet de banque. La couleur bleu présage du caractère sombre de l’histoire. Enzo, 12 ans  essaie d’écrire ce livre « avec le moins de mots possibles, le strict nécessaire ». Il raconte comment, depuis 4 ans,  il est devenu un « enfant de pauvres ». Il s’en est rendu compte lorsque la maison s’est vidée, que  » les choses » ont disparu… Il faut alors apprendre à dire « non » à presque tout. Le jeune garçon, en colère, se met à voler. Mais d’une rencontre peut surgir la lumière…

Habitué des sujets difficiles, Christophe Honoré propose un roman court mais abordable et surtout percutant. Il permet, en quelques mots choisis, d’ouvrir la discussion sur la pauvreté : la rapidité et la facilité à tomber dans la précarité, comment elle est vécue par un enfant ou un adolescent, comment aider, comment s’en sortir, quel sens donner à sa vie… Les illustrations de Gwen Le Gac contribuent à interpeller le lecteur : photographies découpées, pixellisées, peinture… A ne pas manquer.

Dorothea Lange

 

Compte-rendu du comité adolescent du 2 juin 2017

 

12  documentalistes et bibliothécaires du Haut-Rhin ont débattu autour des livres proposés.

 

Le Merveilleux de Jean-François Chabas Les Grandes personnes 2014

Le personnage principal est un saphir.

En Inde, au XIXème siècle, un forgeron trouve une pierre bleue dans les montagnes indiennes du Cachemire. A l’issue d’un troc, le « Merveilleux » arrive dans les poches d’un marin anglais. Celui-ci le vend. Puis, à la suite d’un meurtre, c’est un policier qui récupère la pierre. Son fils la jette dans l’eau de la Tamise. Un brochet l’avale… Une jeune fille pauvre, May, le pêche et récupère le diamant.

 

Il s’agit d’un récit d’aventures. Son intérêt réside dans la profondeur et la psychologie des personnages. C’est une véritable plongée dans l’âme humaine. Ce récit philosophique interroge sur le sens de la vie.

Le personnage du marin est celui qui évolue le plus. Il a d’abord une vision propre au colonialisme, emprunte de racisme. Il se remet ensuite en question grâce à l’Indien qui l’accompagne.

Ce roman fait écho à l’album « Le vide » d’Anna Lleans

Sur le plan littéraire, les registres de langage sont variés. Il y a une multiplicité des formes. On passe du conte à l’échange épistolaire puis au roman policier.

Un passage a été particulièrement apprécié, celui de la consultation de l’enfant par un médecin. Il y est fait mention des « mystères de l’esprit ». Cet extrait est encore d’actualité à notre époque.

La fin signe une sorte de boucle, un passage de témoin entre le premier détenteur, un pauvre forgeron et le dernier détenteur, une jeune fille pauvre, elle aussi. Ce sont les gens les plus bas dans l’échelle sociale qui ont le plus de noblesse d’âme.

C’est un roman vraiment complet. Plaira-t-il aux adolescents ?

Il change des habitudes littéraires orientées vers le fantastique. Mais on peut le conseiller comme un coup de cœur aux ados dès la 5ème/4ème. En période de construction de soi, ce livre peut être utile. Il montre que tout le monde peut changer. Il présente une réflexion profonde sur le rôle de l’argent et interroge l’âme humaine. Jusqu’où l’homme est-il capable d’aller pour satisfaire sa cupidité ?

 

 

 

Little sister Benoit Séverac Syros 2016

La vie de Léna et de sa famille a complètement changé depuis quatre ans. Yvan, le frère de Léna est parti faire le djihad en Syrie. Il y a commis des exactions. La famille a dû déménager et essayer d’oublier. Mais, un jour, Yvan contacte Léna par l’intermédiaire de Théo, son ancien meilleur ami. Léna et Théo se rendent au rendez-vous, en Espagne. Sur le trajet, ils font la rencontre de Joan, un ancien résistant au franquisme.

 

La couverture n’est pas très parlante mais plaira certainement aux adolescents.

Le thème est particulièrement d’actualité. Il a été traité dans plusieurs livres dont une BD L’Appel de Laurent Galandon et Dominique Mermoux, Et mes yeux se sont fermés de Patrick Bard, Ma meilleure amie s’est fait embrigadée de Dounia Bouzard, le film le Ciel attendra…

Pour plusieurs, c’est une déception de lecture. Le sujet n’est pas assez approfondi. L’auteur a du talent pour l’action mais certains passages sont bâclés. Les références historiques au franquisme, à la guerre d’Algérie, entre autre, ne vont pas parler aux jeunes. Elles ne sont pas claires. D’autres pensent qu’au contraire, le livre va peut-être donner envie d’approfondir les informations.

La romance entre Théo et Léna pourra accrocher le lecteur… On cherche aussi à savoir pourquoi le frère de Léna l’a contactée. Le quotidien d’une ado est bien décrit. Il n’y a pas trop de géopolitique.

Néanmoins, le sauvetage, à la fin du livre, n’est pas très réaliste. Il y a un déséquilibre entre la gravité des faits et l’intervention du « commando des anciens ».

En général, dans les livres sur ce sujet, l’accent est mis sur le processus d’embrigadement. Là, l’auteur s’intéresse à l’entourage. On comprend cependant que le frère de Léna a un désir de rompre avec le capitalisme. Il est déçu par la société de consommation et a une volonté d’absolu.

On a l’impression d’un schéma manichéen avec comme unique choix le capitalisme ou Daesh.

C’est là qu’intervient l’importance de l’éducation.

Autres références évoquées :

Le Copain de la fille du tueur de Vincent Villeminot

A la place du cœur d’Arnaud Cathrine, livre exigeant.

 

Les Petits orages de Marie Chartres Ecole des loisirs 2016

L’auteur est belge.

Moses Laufer Victor Léonard, 16 ans, vit dans le Dakota du Sud. Il essaie de se remettre d’un accident qui l’a rendu boiteux. Moses fait la rencontre au lycée de Ratso, 18 ans, indien originaire du clan des Oglalas. Ils partent ensemble en voiture jusqu’à Pine Ridge, à la rencontre de la sœur de Ratso. C’est l’occasion de faire connaissance, chacun dévoilant le drame qui le ronge.

Il s’agit d’un road-trip. Ce voyage est initiatique, il aide à grandir. C’est aussi un travail de résilience. Il y a beaucoup de non-dits au départ, c’est pour cela qu’il est important d’aller jusqu’au bout du livre. Les deux protagonistes viennent de deux milieux sociaux opposés. C’est la rencontre de deux souffrances. Il y a Moses alias « Tige brisée » et Ratso qui culpabilise concernant la mort de sa sœur. En cassant les bouteilles, il cherche un moyen de transcender l’alcoolisme qui détruit sa tribu.

Le livre traite aussi de l’exclusion.

Les titres des chapitres commençant par « Je suis » sont particulièrement bien trouvés.

La mère de Moses cache sa douleur et cherche à se protéger et protéger son fils. Mais, au final, ce n’est pas une attitude constructive.

L’atmosphère est photographique. Il y a des fulgurances poétiques.

C’est aussi la rencontre de la psychanalyse et du chamanisme (cf danse du soleil). On est au-delà du rationalisme.

Ce livre s’adresse plutôt aux 3èmes/lycéens. Il peut aider un ado en souffrance.

 

Les Ombres de Kerohan de N.M. Zimmermann Ecole des loisirs 2016

Pendant la seconde moitié du XIXème siècle, Viola, 12 ans et son jeune frère Sébastian sont envoyés chez leur oncle après la mort de leur mère. Celui-ci habite un manoir à Kerohan, en Bretagne. Là-bas, les enfants sont accueillis par l’étrange Docteur Vesper. Leur tante et leur cousine Imérie, malades, restent dans leurs chambres. La nuit, il se passe des évènements effrayants. Viola aperçoit des ombres et Sébastian dialogue avec de petits êtres, les korrigans.

 

Ce livres d’adresse à un public plus jeune, à partir de 11 ans.

Le démarrage est un peu lent. On ne sait pas s’il s’agit d’un rêve, comme dans Alice au pays des merveilles.

C’est vraiment un roman d’atmosphère plutôt que d’action. Il se rapproche des romans gothiques anglais. Certains y ont vu un parallèle avec le film Les Autres avec Nicole Kidman ou Sixième sens avec Bruce Willis. On peut le rapprocher aussi du livre Le Passage du diable d’Anne Fine. Le roman est moins noir toutefois que les Contes d’Edgard Allan Poe.

L’angoisse est grandissante. Elle est augmentée par le folklore breton (korrigans, ankou…).

Deux interprétations sont possibles. On peut voir le roman sous l’angle fantastique ou sous l’angle psychologique. Le poids du deuil aurait-il affecté les deux enfants au point de modifier leurs perceptions ?

Viola a d’ailleurs la lourde charge de s’occuper de son petit frère. Celui-ci semble avoir des sensibilités avec l’au-delà. Quant à l’énigmatique Docteur Vesper, qui est-il réellement ? Un messager du diable ?

Il s’agit aussi d’une réflexion sur le deuil. Il faut savoir laisser partir les morts

N. M. Murail a mis une photo sur son site du manoir qui l’inspiré et qui existe réellement. La couverture fait penser au livre Le Manoir de Brissou-Pellen.

La fin laisse augurer une suite possible.

 

 

Aurélie

 

 

L’amour, le Japon, les sushis et moi de N.M. Zimmermann Albin Michel 2016

Lucrèce, 15 ans, déménage au Japon avec sa famille. Elle n’y voit pas d’inconvénients mais l’adaptation est plus difficile que prévue face au choc culturel. Elle peine à trouver sa place et à se faire des amis. Lorsqu’elle découvre dans le local à poubelles de son immeuble un sac rempli de partitions de grande valeur, elle décide d’enquêter pour retrouver son propriétaire.

Critique de Mme Sylvie Wendel, documentaliste

J’ai trouvé le livre d’un abord assez facile, il peut être lu dès la 5è sans problème je pense. Le thème, cette jeune fille obligée de s’expatrier au Japon parce que sa mère y est mutée, fera sans doute rêver les amateurs de cette culture (et ils sont nombreux au collège !). L’auteure connaît visiblement son sujet, et nous fait découvrir toute les subtilités des relations inter-personnelles au Japon, et des coutumes qui peuvent sembler bien étrange à nos yeux. L’aspect le plus plaisant selon moi est ce qui concerne la vie quotidienne d’un lycéen au Japon, et les difficultés qu’on peut avoir à s’intégrer même connaissant la langue. L’intrigue amoureuse m’apparaît bien secondaire, par contre, et cette histoire d’archet qui » tombe des mains » du jeune garçon quand il veut jouer est un peu tirée par les cheveux.

En conclusion : un roman agréable à lire, qui touchera autant les filles que les garçons, et qui cerne sans doute de très près la réalité des jeunes « expats » au Japon.