coups de coeur / de griffe

Bureau des spéculations de Jenny OFFILL, trad. de l’américain par Edith OCHS

Bureau des spéculations , un livre vraiment attachant. On y avance au rythme des réflexions, hésitations, interprétations qu’une femme nous livre, par petites bribes bruts de décoffrage, suite à un adultère. Mais, ce n’est jamais mièvre, c’est parfois cruel, drôle et ironique. De plus,  pour s’en sortir, elle nous fait profiter de l’aide de nombreux auteurs et poètes qu’elle cite très souvent et c’est tant mieux.

bureau_

 » Comment est-elle devenue une de ces femmes qui portent un pantalon de yoga toute la journée ? Elle qui se moquait tant de ces gens -là…Cela dit, en vieillissant, on se rend compte qu’il y a de moins en moins de choses dont on peut se moquer car, en définitive, on ne sait jamais ce qui nous attend. »

MUDWOMAN de Joyce Carol OATES ; traduit de l’américain par Claude SEBAN

maraisMudwoman , paru en 2013 est un roman puissant et sans concession qui nous donne à voir le portrait d’une femme arrivée au sommet, absolument seule, mais au prix de sa santé mentale.

On part de ce sommet atteint par l’adulte et on descend vers ses origines pour comprendre par des va-et -vient les rapports entre les deux personnages.Mais la rechute n’est pas loin, la boue colle au personnage qui perd contrôle.

Mudgirl a été abandonnée dans les marais par une mère délirante, corsetée par des concepts religieux très rigides et une immense pauvreté. Celle qui a été engloutie et recrachée par les marécages se fera rebaptiser du prénom de sa soeur, disparue en même temps qu’elle, par des services sociaux débordés. Malgré cela, elle n’aura de cesse de gravir les échelons qui pourraient l’éloigner de cette espèce de soupe primitive. Les marécages sont les mêmes que ceux ayant servi  de toile de fond à la saison1 de la série TRUE DETECTIVE et du film MUD , c’est dire le mystère qui baigne le roman.

Il y est question de volonté, de contrôle, de solitude, d’intellectuels qui se construisent loin de toute sentimentalité « gluante ».

Le style est au service d’ une introspection de tous les sentiments ressentis par le personnage principal, même les plus inavouables !!

 

Les Oubliés du dimanche Valérie Perrin Albin Michel

Justine Neige, 20 ans, est aide-soignante dans une maison de retraite. Elle aime s’occuper des résidents et recueillir leurs histoires, en particulier celle d’Hélène. Cette dernière a souffert de ne pas savoir lire. Devenue couturière, elle rencontre Lucien qui lui apprend le braille. C’est le début d’un amour exceptionnel. De son côté, Justine s’efforce de ne pas s’attacher. Ses rencontres en discothèque sont en général sans lendemain.  Elle et son cousin sont orphelins depuis l’accident de voiture de leurs parents. Ils vivent avec leurs grands-parents. Depuis quelques temps, un mystérieux corbeau appelle les proches des résidents pour leur annoncer leur mort. Les personnes âgées reçoivent alors des visites et ne sont plus ces « Oubliés » du dimanche. Mais l’enquête pour démasquer le corbeau va faire resurgir des éléments troublants concernant la famille Neige.oubliés

Un premier roman vraiment réussi !

Le deux histoires, celle d’Hélène et de Justine, s’entremêlent et réussissent à nous captiver jusqu’à la fin.

Le livre aborde aussi des sujets délicats, celui de la vieillesse notamment. Il met en avant la richesse des relations intergénérationnelles, pas toujours préservées. Il y a aussi les secrets de famille qui sommeillent, même dans les familles les plus banales en apparence.

C’est un livre pour les grands enfants qui aiment encore qu’on leur raconte des histoires !

SAN MIGUEL T. Coraghessan BOYLE ; Traduit de l’américain par Bernard TURLE

ileSan Miguel : sur cette île hostile viennent se fracasser deux familles portées par l’espoir d’une vie meilleure : les Waters dont la mère est atteinte de tuberculose et dont le mari espère refaire sa vie dans l’élevage de moutons en même temps qu’elle guérirait. Et, plusieurs décennies et une guerre plus tard, les Lester, jeune couple porteur d’un projet de société idéale. Jimmy, journalier de son état, fait le lien entre ces deux périodes et ces familles que tout oppose, à part la lutte contre les éléments. Ambiance intemporelle, (proche des Hauts de Hurlevents, parfois) avec ces sentiments et ces sensations exarcerbés par l’isolement et le relief bouleversé de l’île inhospitalière qu’o a du mal à situer, du coup. Amateurs de descriptions psychologiques tout en finesse, prenez ce livre en main et embarquez sur l’île aux phoques (très présents) qui abrite aussi pas mal de moutons.

La maison dans l’arbre de Mitsuyo KAKUTA ; traduit par Isabelle SAKAI

Ca aurait pû s’appeler le voyage de Yoshitsugu, puisque c’est par lui que tout commence lorsqu’il prend conscience, suite à la mort de son grand-père, de son ignorance du passé de sa famille. Lorsque sa grand-mère déclare qu’elle veux « rentrer chez elle »,  iI décide de l’accompagner sur les traces du passé de ses ancêtres, en Mandchourie, là où tout a commencé.

Ramen_museum

Travail personnel de Douglas P Perkins

Avec « La maison dans l’arbre », nous plongeons donc dans la vie dans trois générations de cette famille de Tokyo à propos de laquelle Yoshi se pose beaucoup de questions  Est-normal que tous ses membres pratiquent la fuite d’une façon ou d’une autre ? Pourquoi ne mange-t-on jamais ensemble ? Au delà de l’inconfort psychologique que cette situation procure, c’est cela , finalement qui les rend si attachants. Individuellement, ça se débrouille, et ça trace sa route avec des retours vers le nid : la maison dans le même bâtiment que le restaurant familial Jade qui, lui aussi, se développe au cours du temps, parfois augmenté d’appendices provisoires (caravane, cabane).

« Chacun vit sa vie, mais il y a lien, on dirait. »

Un très beau livre où se mèlent les  époques de façon très libre dans un style très fluide. En prime, une vision du Japon au cours du 20ème siècle.

Academy Street Mary Costello ed. Seuil

Tess vit dans un domaine irlandais lorsqu’elle perd sa mère à 7 ans. Elle surmonte progressivement le deuil tout en gardant une part de solitude profondément ancrée dans son caractère. Sa sœur l’encourage à la suivre aux Etats-Unis. Elle y mènera une vie discrète de mère célibataire, désavouée par les siens . L’auteur réussit à nous faire partager ses joies mais aussi la frustration des occasions manquées, la nostalgie et l’isolement.marycostello

Faut-il un personnage haut en couleurs avec une vie tumultueuse pour faire un bon roman ? Pas forcément, Mary Costello nous le prouve. Tess est un personnage marquant dans lequel on s’identifie facilement, qu’on a parfois envie de bousculer ou de réconforter et qui ne laisse pas indifférent.Le livre a reçu l’Irish Book of the Year Award 2014. Un auteur à suivre…

La Part des flammes Gaëlle Nohant éd. Héloïse d’Ormesson

Il s’agit de l’histoire de trois femmes de la haute société parisienne.  Au mois de mai 1897, la duchesse d’Alençon tient un comptoir au Bazar de la Charité avec la comtesse de Raezal et la jeune Constance d’Estingel. Elles viennent de se rencontrer et de se lier d’amitié au service des malades tuberculeux. Violaine de Raezal est veuve. Sa réputation entachée, nohantjpgelle doit se battre pour conserver son rang. Constance, quant à elle, a été élevée chez les sœurs et entretient une foi authentique. Elle vient de rompre ses fiançailles. Un terrible incendie meurtrier se déclenche au Bazar de la Charité. Il bouleverse la destinée des trois femmes.

Ce roman historique nous plonge entièrement dans l’ambiance du Paris de la fin du XIXe siècle. C’est encore un monde de classe, habité par les convenances. L’indépendance des femmes n’en est qu’à ses balbutiements, de même que les innovations technologiques et la recherche médicale. On suit avec passion ce monde en pleine mutation, emporté par le souffle romanesque de l’oeuvre !

Ric-Rac d’Arnaud Le Guilcher éd. Robert Laffont

Dans ma valise d’été, j’avais mis Ric-Rac. Eh bien, ça y est : je l’ai lu ! Je m’attendais à un roman avec un adolescent pour adolescents. En effet, il s’agit de l’histoire de Jeanyf, 14 ans, en vacances chez lui à La Sourle. Il doit gagner quelques centimètres pour intégrer un centre de formation professionnel de football. Arrivent de nouveaux voisins tout de cuir moulés, au look quelque peu détonnant. Voilà pour la trame. Après, Arnaud Le Guilcher se lâche ! Les personnages sont truculents : Soubirou le cousin « illuminé », l’oncle guérisseur Jackyf et le père, touchant, en veuf éploré qui peint partout des portraits de sa femme.Ricrac

Il y a bien longtemps qu’un livre ne m’avait pas autant fait sourire. Je ne le classerais pas dans la catégorie « Ado » car les réflexions de Jeanyf ne correspondent pas à celle d’un jeune garçon. Je n’ai pas trop aimé la fin non plus qui part dans un délire fantastique total. Mais pour le reste… quel humour !

Wilderness de Lance WELLER, chez Gallmeister

Ancien soldat, le vieil Abel est hanté par ce qu’il a vécu pendant la guerre civile lors de la bataille de la Wilderness. Mais il a d’autres blessures, encore plus profondes celles là, datant de sa vie en couple et l’engluant de culpabilité. Il vit dans une cabane isolée en pleine nature avec pour seul compagnon, un chien, et décide de se lancer dans un dernier voyage solitaire. wild._SL160_Mais après s’être fait agressé par deux vagabonds aussi démunis que lui, il décide de se venger. Il ne trouvera la rédemption et le repos qu’à l’issue de sa quête, après avoir traversé des étendues glacées, tiraillé par le doute. « Wilderness » est encore une belle production de l’éditeur breton Gallmeister  et sa collection « Nature writing ».

Amateur de grands espaces mettant à rude épreuve toute humanité, ne passe pas ton chemin et poursuis ta route avec comme repère la lueur lointaine d’une fin magnifique !!

 

Le fils de Philipp MEYER ; trad. par Sarah GURCEL, 2014

ciel désert-cloudy-4607-525x350Même si ce roman se déroule sous le soleil du Texas, il est profondément sombre. Ses personnages dont les histoires se déroulent en se croisant et en s’alimentant les unes des autres espèrent une vie meilleure à chaque fois, mais l’histoire (la grande et celle de leur famille) les rattrappe et il vaut mieux faire partie du groupe dominant à ce moment là. Ce récit nous conte la vie de trois personnages membres d’une puissante famille texane, les MacCullough à plusieurs époques : du milieu du 19è (après que le Texas ait quitté le giron du Mexique) jusqu’à nos jours.

Le premier, Eli se fait enlever par un clan apache pour en devenir un membre à part entière durant trois années. Il restera marqué par leur culture d’où un hédonisme revendiqué et un goût pour les activités solitaires et/ou de pleine nature. Là, le rapprochement avec « « Danse avec les loups » (le film) mais aussi le  livre ou avec  « Little Big Man » (le ‘film) ou le livre  est tentant. Mais, dans le roman de Meyer, certaines tribus indiennes sont présentées comme pouvant être très cruelles envers des clans différents et envers les américains également (massacres de famille, scalps). Au passage, les coutumes et l’organisation sociale des apaches sont très documentées et on est loin des westerns classiques puisque la cruauté n’est pas seulement le fait des indiens. D’ailleurs, tout au long du livre, elle change de camp selon les époques et les biens à s’accaparer : chevaux, terres, têtes de bétail, puis pétrole. Donc, pas d’angélisme,  » la seule différence, entre les blancs, les mexicains et les indiens : les premiers agissent pour leur intérêt individuel, les deuxièmes dans celui de leur clan et sans hypocrisie.  On pouvait bien massacrer et piller : du moment que c’était pour ceux qu’on aimait, c’était sans importance. Pas de psychose traumatique et de regard vide, chez les Comanches – tout ce qu’ils faisaient visaient à protéger leurs amis, leur famille, leur bande. La « fatigue du combat » était une maladie de Blancs, eux qui combattaient dans des armées lointaines pour des hommes qu’ils ne connaissaient pas. » Les mexicains sont, après les indiens, les victimes des américains. Le deuxième personnage dont l’histoire nous est compté, le fils d’Eli, sera un homme doux droit et révolté contre un père sans aucune morale. Sa petite fille, perpétuera la tradition familiale à la tête d’un empire pétrolier qui participera, après les ranchs monstrueux, véritables royaumes des plaines, à dilapider la terre à laquelle les indiens étaient si attachés. Donc, c’est brutal, poussiéreux, sensuel et c’est l’histoire de cette partie des Etats-Unis qui vous attend et vous empêchera de lâcher ce grand livre.

Lien vers la Notice sur notre catalogue

Une critique sur un autre site : le fils de philipp meyer