coups de coeur / de griffe

« Eden springs » de Laura KASISCHKE ; Trad. de Céline LEROY

BIenvenue en enfer !

C’est un roman inspiré de faits réels, une tendance forte dans les romans actuels. A l’origine de ce fait divers du début du XXè siècle, la mort d’une adolescente, au sein de « La Maison de David », une secte autosuffisante, à visée agricole, commerciale et ludique (Disneyland s’en  est inspiré) où la communauté est composée essentiellement de jeunes gens. Benjamin Nutten, le gourou barbu et portant beau, élégant (il arbore souvent un canne) et propre sur lui, propose rien moins que la vie éternelle à ses colocataires non moins barbus et chevelus ( pour les hommes). Les femmes, elles, sont souvent vêtues de robes de soie blanche ainsi que reprendra l’esthétique floue de David Hamilton. Comme tout bon gourou qui se respecte, il a  le goût du pouvoir intellectuel et sexuel sur ces très jeunes filles en fleur. Soit dit en passant : les règles censées être appliquées aux membres de la communauté prônent l’abstinence.

La seule personne âgée présente pendant le récit est Cora, l’intellectuelle qui suscite la méfiance.

Cora rit d’elle-même, de cette pensée, mais cet éclat de rire sembla sec et lointain. Personne ne souhaitait vieillir. Personne ne souhaitait mourir. C’était la religion de Benjamin. Sa vision. Le corps juvénile, la joie de vivre avec. L’idée avait frappé Benjamin un jour, avait-il raconté, comme l’éclair alors qu’il n’était encore qu’un petit garçon : La mort n’existe pas, avait dit l’éclair.

Ce qui est intéressant, c’est que le mystère du pourquoi ?  reste complet. On a pas accès du tout au cerveau de Ben mais tout le roman repose sur des  témoignages avérés présents à chaque début de chapitre ainsi que sur le récit de la vie quotidienne de quelques membres féminins pour la plupart. Seuls quelques indices permettent de se faire son scénario mais sans certitude.

Ici encore,  comme dans les autres romans de L. Kasischke,  mais dans une formule renouvelée, les mondes se côtoient, l’onirique avec le réel, la mort et la vie. Comme dans la vraie vie et dans les autres romans de cette auteure, le danger niche au sein du  cercle des intimes. Un univers qui fait que j’aime cette auteure !

« Et c’est ainsi que le rêve commençait : – par un sentiment de plaisir, voir ces gens avec leurs longs cheveux, vêtus de  blanc, toujours polis et souriants.  Il regardait les jeunes filles dans leurs robes amidonnées, écoutait la musique, respirait la douce odeur des lilas et voyait le Roi Ben se promener parmi eux sous un ciel bleu éblouissant » Puis une impression bizarre le saisissait : Peut être que le ciel était un peu trop bleu. Peut-être que la musique jouée au kiosque était un peu  trop forte. Il y avait là quelque chose qui ressemblait à une dissonance, à un chant funèbre plutôt qu’à une polka…et c’est alors qu’il remarquait qu’une de ce filles, celles avec les nattes défaites d’un blond vénitien, les lèvres entrouvertes et les yeux bleus gris, le regardait de l’autre côté de la mare aux canards.

Je trouve que les fulgurances poétiques de Laura K. (elle écrit de la poésie aussi) sont particulièrement bien amenées cette fois ci. Elles contrastent  avec les bribes de réel que sont les témoignages cités avec entre les deux, le récit, le tout formant un tissu riche et chatoyant. Je l’aime aussi pour ça.

A propos de la ruche : Nous voyons  de logues alvéoles dégoulinantes tenant au plafond et aux murs et au sol par de la cire. Des arches et des piliers de miel, rougeoyants, malgré les ombres de l’obscurité. Rougeoyants. Bourdonnants. Dorés. Dangereux et sucrés. Et au centre, un caillot sombre qui s’élève et retombe et s’élève à nouveau. Un genre de cœur. Un genre de secret….

A noter l’intéressante postface de Lola Lafon.

On peut proposer ce roman à des lecteurs de policier même si l’enquête n’est pas du tout le principal.

Quelques références de romans inspirés de  personnes réelles  : (Edmonde (Charles-Roux) de Dominique de Saint-Pern, La Disparition de Joseph Mengele,de Olivier Guez ; Clara Dupont-Monot sur Aliénor d’Aquitaine),, La goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino ;  Ton histoire, mon histoire de Conie Palmen  inspiré de la vie de Ted Hughes après le suicide de sa première femme, Sylvia Plath,  Après de Nikki Gemmel qui parle de sa vie après le décès de sa mère ; Lincoln au bardo de George Saunders sur Abraham Lincoln et son fils ; Gala-Dali : le roman d’un amour surréaliste de Carmen Domingo ; Un poisson sur la Lune de David Vann sur ses relations avec son père suicidaire.

La goûteuse d’Hitler de Rosella POSTORINO ; Trad. par Dominique VITTOZ

Je n’aurais pas pu lui avouer que je m’étais fiée à un lieutenant nazi …Je n’ai jamais rien dit et je ne dirai jamais rien. Tout ce que j’ai appris dans la vie, c’est à survivre.

Un extrait pour illustrer la dureté du personnage inspiré de celui de Margot Woelk, goûteuse d’Hitler (parmi d’autres) à partir de 1943. Son rôle, manger une partie des plats destinés au Führer terrorisé à l’idée qu’on attente à sa vie et lui éviter l’empoisonnement.

 

D’où son sentiment ambigu envers sa mission (et envers Hitler aussi) qui lui permet de survivre au moment où d’autres allemands n’ont plus rien à manger et en même temps peut causer sa mort. « Depuis des années, nous avions faim et peur.  »

Au confins de la Prusse orientale, dans la « Tanière du loup », au milieu de ses collègues et des personnes qui  travaillent pour Hitler,  elle  va apprendre à louvoyer, se méfier, lâcher prise, trouver des alliés tout en essayant de rester digne.

Wikipédia Façade de la tanière du loup « Wolffschanze »

Car la culpabilité est un poison lent, qui va envahir l’Allemagne en général et certains plus durablement et profondément que d’autres. Rosa (son prénom dans le roman) en fait partie. toute sa vie, l’amour et la culpabilité  seront mêlés. Elle gardera le silence sur sa mission jusqu’à ses 96 ans !

La carapace qu’elle s’est constituée et son attitude rationnelle face aux sentiments, peuvent ne pas plaire  (froideur apparente et écriture sans pathos) mais son cheminement est si précisément raconté et expliqué par l’auteur qu’il nous rend Rosa terriblement humaine, même si elle dit qu’elle a été nazi (au milieu de sa famille qui n’en comptait aucun).

La chute et la désillusion face à l’aveuglement du régime fait aussi partie de son évolution, et jamais elle n’est pas une croyante fanatique partageant l’idéologie morbide du nazisme, contrairement à une partie du personnel du Führer .

Et se pose à nous l’inévitable question : qu’aurions nous fait à sa place ? C’est pour moi le plus intéressant, l’arrière plan historique procurant une chambre d’échos terrible  à cette interrogation à propos des relations humaines.

Mon sentiment de culpabilité s’était étendu à Herta et Joseph parce que Herta et Joseph étaient présents, en chair et en os, alors que Gregor n’était qu’un nom, une pensée au réveil, une photo dans le cadre du miroir, des larmes qui jaillissaient la nuit sans prévenir, un sentiment de honte, de défaite de colère, Gregor n’était qu’une idée il n’était  plus mon mari.

 

T u sais, tu as été inaccessible, dit-il en souriant avec toute la douceur possible. C’est difficile de vivre avec une personne inaccessible

Beaucoup de critiques à voir sur le net, je voulais tout de même partager cette rapide chronique sur ce roman historique profond et marquant.

Vidéo de « La Griffe noire »

Sur Babelio

Sens critique

 

La pitié universelle n’existe pas, seule existe la compassion pour le destin d’un être humain.

Des livres de la rentrée de janvier…

Je n’ai pas lu Sérotonine qui a monopolisé l’attention des médias. En le parcourant, j’ai reconnu le style et le cynisme de l’auteur. Je le lirai plus tard, peut-être…

Je me suis penchée sur trois autres ouvrages :

La Plus précieuse des marchandises de Jean-Claude Grumberg au Seuil.

Il s’agit d’un conte sur la shoah. On peut être étonné, de prime abord, de trouver du merveilleux dans une histoire tragique. Mais finalement, le pire côtoie souvent le meilleur dans les contes et dans la vie…

Il était une fois dans une forêt profonde, un bûcheron et sa femme qui souhaitaient ardemment un enfant. Mais leurs prières n’étaient pas exaucées. La femme regardait souvent les trains et leurs cargaisons passés, pas loin de la forêt. Un jour, un bras, à travers un wagon à bestiaux, se tend. Au bout de ce bras, la femme recueille un bébé.

Un petit ouvrage indispensable, d’un auteur habitué à écrire pour la jeunesse.

La Guerre des pauvres d’Eric Vuillard Actes sud

Le lauréat du prix Goncourt revient avec un court roman historique. Au début du 16ème siècle, la révolte gronde. L’apparition de l’imprimerie, les excès de l’Eglise et les injustices sociales poussent au changement et à la révolte. Thomas Müntzer prendra la tête de ce mouvement qui touchera notre région. La parution de ce texte a été avancée par l’auteur qui le jugeait « en résonance avec l’actualité ». Un récit de passionné érudit.

 

Né d'aucune femme_BouysseNé d’aucune femme Franck Bouysse La Manufacture des livres

Ce livre m’a été conseillé par plusieurs collègues. Je connaissais déjà l’auteur, dont j’ai lu les romans policiers. Ceux-ci s’inscrivent dans ce que l’on appelle le polar noir rural. Ici aussi, l’intrigue se déroule dans le monde rural. L’atmosphère est également très sombre.

Un curé reçoit en confession une femme qui lui demande de récupérer des carnets sur une morte. Dans ces feuillets, Rose y a consignée son histoire. A 14 ans, son père, décide, pour nourrir sa famille, de la vendre comme bonne à tout faire au maître des forges. « Je les maudissais de m’avoir fait naître, vu que tout ce qu’ils avaient à m’offrir, c’était d’être l’esclave de gens qui m’étaient rien et qui avaient tout l’air de vouloir m’en faire baver. » Le destin de Rose et de sa famille vient d’être scellé. C’est elle qui nous le raconte avec ses mots et son style, d’une voix envoûtante et forte. C’est une tragédie ancestrale qui nous plonge au cœur des ténèbres. Il n’y a plus ni lieu ni époque. Seuls restent la misère, le désespoir et l’horreur. Mais si, pour le père de Rose, « c’était sa vie, d’être à la surface de lui-même, de passer sur la terre en l’effleurant à peine », il n’en sera pas de même pour la jeune fille.

Une écriture qui ne se laisse pas oublier…

 

 

 

 

 

Deux livres pour un même thème

A l’instar de l’Irlande et de ses pensionnats catholiques qui ont fait scandale, le Québec a pris conscience des crimes commis contre les Indiens. Il s’agissait de « tuer l’indien » dans l’enfant. Deux livres illustrent cette acculturation forcée, exercée par l’Eglise catholique dans des pensionnat depuis le 19ème siècle jusqu’au années 1990.  Il y a eu de nombreuses victimes.

Sauvages de Nathalie Bernard Thierry Magnier

Jonas est un numéro, le 5. Il a été enlevé à sa mère alors qu’il avait à peine 6 ans. Depuis, il fait le dos rond, supportant l’acculturation et la maltraitance imposée par le prêtre et les sœurs du pensionnat catholique. Parmi les sévices, citons celui-ci, particulièrement terrible : si un enfant est surpris à parler indien, on le punit en lui mettant une lame de rasoir sur la langue. La vie de Jonas est rythmée par les cours et le travail harassant de bûcheronnage. A Sauvages_Nathalie Bernad16 ans, il n’a plus que quelques mois à tenir avant d’être libre, ce qui le rend d’autant plus distant.  D’ailleurs, c’est bien ce que lui reproche Gabriel, le numéro 42, cette froideur, cette indifférence vis à vis de ses congénères… Pourtant face aux abus dont son victime la jeune et souriante Lucy ainsi que Gabriel, Jonas va réagir. Mais, pour un Indien, il n’y a pas de contestation possible…

Un livre terrible et pourtant indispensable… Il est porté par une belle écriture qui se fait poétique pour décrire la nature et la forêt. Un livre pour grands ados et adultes. Un article dans Actualitté permet d’approfondir la connaissance de l’œuvre et du contexte.

Dans le même esprit, Jeu blanc de Richard Wagamese Zoé

Saul, indien ojibwé, a, lui aussi, été enlevé à sa famille,  comme sa sœur et son frère, revenu avec la tuberculose. Ses parents ont tout fait pour empêcher son éloignement mais sans succès. Dans le pensionnat, il se découvre une passion pour le hockey. Ce sport va devenir sa raison de vivre. Encouragé par un Père, il va progresser et pouvoir intégrer un foyer dans une réserve. Lors de tournois entre équipes des réserves indiennes, il est remarqué par un entraîneur. Celui-ci lui propose de jouer dans une équipe professionnelle. Mais, dans les années 60, le racisme est prégnant. La glace, blanche, est réservée aux joueurs blancs… Ces derniers vont pousser Saul à exprimer une rage dont lui-même ne perçoit pas encore toutes les causes..

Là encore, l’écrivain, dont le récit est en partie autobiographique, décrit les coutumes ojibwés et l’omniprésence de la nature dans les rites et croyances. C’est une partie touchante. Mais le lecteur est très vite confronté à la révolte et la tristesse que suscitent le comportement des religieux dans la suite du roman. On suit le parcours de Saul, avec espoir et attention, même sans être fan de hockey. Ce récit est fait de moments d’ascension, de chûtes et de résilience. Un livre qui marque ! L’auteur, décédé en 2017, a écrit un autre roman fort, disponible en français : « Les Etoiles s’éteignent à l’aube ».

 

Réelle de Guillaume Sire Les Editions de l’observatoire

Baignée depuis sa plus tendre enfance par la télévision, Johanna Tapiro est persuadée qu’elle sera un jour remarquée et célèbre. Entourée par sa mère, Sylvie, chargée de clientèle et son père, employé dans une concession automobile, elle se chamaille avec son petit frère et rêve d’une vie « moins beauf » avec sa copine Jennifer. Sa grand-mère est sa plus grande fan. Elle est d’ailleurs sélectionnée pour participer à l’émission Graine de star. Mais son parcours ne va pas plus loin. Sa notoriété lui permet d’avoir une histoire avec Antoine, le garçon en vue du lycée. Histoire qui se passera essentiellement dans les toilettes du collège et qui s’arrêtera dès qu’Antoine aura séduit une « bourge » de son acabit.. Après le lycée, Johanna enchaîne petits boulots et amours sans avenir. Mais, un jour, elle est contactée par le producteur d’une émission. Celui-ci cherche des participants pour une émission, basée sur le concept de Big Brother. Vous l’aurez compris, ce sont les début du Loft. Les candidats sont filmés 24H sur 24. Johanna va vivre une histoire avec Edouard qui deviendra son agent. Elle découvrira l’envers du décors.

En lisant ce livre, je me suis retrouvée propulsée dans les années 1990/2000. L’auteur a repris quasi à l’identique les prénoms des « lofteurs » et des vedettes de l’époque. Je me souviens de l’émoi qu’avait provoqué cette émission. Aujourd’hui, avec le recul, Guillaume Sire nous livre une fable cynique sur les débuts de la téléréalité. L’étoile de la célébrité facile s’est beaucoup ternie depuis. Sans forcer le jugement, l’auteur questionne sur les raisons de cette fascination des téléspectateur. Il met en scène, pour ce faire, la vie d’une famille provinciale pas si éloignée de la nôtre avec le personnage d’une jeune fille, finalement, attachante.

« Regarder l’océan » par Dominique ANE

Une chronique brève  pour un court roman autobiographique qui prend peut-être plus de sens pour les fans du chanteur qu’est Dominique A. Et alors ? Je le suis depuis ses débuts dans les années 90, pour ses textes, la musique qui les accompagne et ses concerts vibrants auxquels j’ai assisté. A tel point que la lecture de ce texte divisé en petit chapitres thématiques s’est faite avec ma petite bande sonore personnelle intime. Pour moi, Impossible de la déconnecter du texte, contrairement à d’autres.

 

Des années durant, je me suis replié sur la musique, comme à l’abri. Puis des enfants m’ont dit : nous ne dansons pas sur ta musique, nous dansons sur tes mots.

 

Ce n’est pas mon cas, et je ne sais pas si le style retenu aux phrases courtes du roman,  m’auraient contentée. La dimension autobiographique est déjà là dans les chansons de même que les récits d’enfance ou les thématiques sur la peur, le courage (des oiseaux), l’amour, les racines, la mer …

Une des plus belles  » Des étendues » ! Dominique Ané Copyright

Comme on parle de réalité augmentée, les mots du livre prennent une autre dimension grâce à la musique et aux bribes de connaissance que l’on a de la personnalité du chanteur. J’ai déjà eu cette impression en lisant les romans de Patti Smith Mister train ou « Just Kids ». Et j’aime ça quand il s’agit d’artistes que j’admire. Petit côté « fan de » que je ne nie pas !

Donc, un texte sensible où l’énergie affleure tout de même et ne demande qu’à jaillir. Beaucoup de choses partagées qui pourront parler à tous les enfants dont nous nous souvenons qui ont grandi dans des villages, à parcourir les champs, puis ont  quitté ces lieux, ont été libérés grâce à la musique et à la révélation de la New Wave en particulier. A cette période,

 « le monde se divise en deux : ceux qui adhère et les autres. Les premiers se reconnaissent vite ».

Puis ont enfin réussi à revenir vers leurs racines.

Pour en savoir plus ou réserver dans une bibliothèque du réseau, c’est ici !

 

 

 

Prix sorcières 2019

Cette année, les nominés étaient :

 

La Combe aux loups / Lauren Wolk – EDL

Le Célèbre catalogue Walker & Dawn / Davide Morosinotto– EDL

Soixante-douze heures / Marie-Sophie Vermot – Th. Magnier

Milly Vodovic / Nastasia Rugani – MeMo

Peppo / Séverine Vidal – Bayard dont j’avais fait la critique que vous pouvez retrouver ici.

Une collègue qui participe au vote m’a proposée de les lire et de lui donner mon avis. J’ai pu tous les lire sauf Le Célèbre catalogue Walker & Dawn.

Soixante-douze heure de Marie-Sophie Vermot Thierry Magnier

Un roman important sur le thème de l’accouchement sous X.

Irène, 17 ans, vient d’accoucher. Elle a 72 heures pour prendre une des décisions les plus importantes de sa vie : garder ou non son fils, Max. Les émotions se bousculent. Irène se remémore sa rencontre avec Alban, le père du bébé, sa grossesse et les moments importants de sa vie. C’est durant les neufs derniers mois qu’elle a découvert des secrets de famille. Elle s’est retrouvée confrontée au monde des adultes où la réalité et les personnes ont différentes facettes.  Ce roman, bouleversant, se lit d’une traite.

 

La Combe aux loups de Lauren Wolk Ecole des loisirs

Ce roman nous plonge dans l’Amérique rurale pendant la Seconde guerre mondiale. Annabelle est une jeune fille de 12 ans. Avec ses deux frères, elle traverse, tous les jours, la combe aux Loups pour se rendre à l’école. Sur le chemin, Betty, une nouvelle, en profite pour la harceler. Leur voisin, Toby, un vétéran marginal de la Première guerre, prend sa défense.  Mais, les évènements s’emballent lorsque Ruth, la meilleur amie d’Annabelle, perd un œil et que Betty disparaît…

Ce roman initiatique porte à la fois sur le harcèlement voir la cruauté et les préjugés que l’on peut avoir face aux personnes au mode de vie différent. Si de prime abord, il semble s’adresser aux jeunes lecteurs, il y a quelques scènes, notamment l’évocation de la guerre, par exemple, qui sont destinées plutôt aux ados (à partir du collège) et adultes. Un livre à suspens qui donne envie de connaître la fin.

Pour finir, j’ai lu Milly Vodovic,de Nastasia Rugani mon préféré, dont je vous parlerai dans un prochain article. C’est lui qui a gagné le prix !

 

 

 

 

 

 

 

« DANS LA VALLEE » de Hannah KENT ; Trad. Karine GUERRE

Dans l’Irlande du 19èsiècle, les superstitions mènent le bal. Mais quelle est  la limite entre connaissances intime de la nature, de sa puissance et croyances ? Un roman mis en tension par le balancier entre ces deux notions. Nance, la vieille guérisseuse vivant en marge du village a-t-elle été trop loin dans la pratique de ses pouvoirs en aidant Nora à tout prix, (même le pire) à faire revenir son petit fils Micheal du côté des vivants ? L’enfant est-il un « changelin » placé là par les fées et qui a pris la place du vrai garçon ? Est-il simplement infirme ? Les habitants du village sont tous traversés par les mêmes questions et se déchirent à ce sujet. Les histoires familiales se construisent aussi autour des prises de positions des habitants au cours des générations : ceux qui ont fait appel à Nance  la chamane qui ont été guéris, ceux qui sont morts après leur traitement, ceux qui ont toujours refusé au nom de leur religion.

 

Il (le prêtre) cherche à nous « ouvrir les yeux sur le monde moderne ».. ».faudrait qu’on renonce aux vieilles coutumes qui nous enlisent et maintiennent l’Irlande au bas de l’échelle »

Nora est au bord de la folie et du désespoir et a choisi de tout tenter.

« Le chagrin et la mauvaise fortune avait rongé le bois dont cette femme était faite »

Reste que le portrait de la vieille Nnace brouille bien les cartes : elle est d’une grande sagesse et bienveillante avec cela, elle est sage-femme et pleureuse lors des funérailles, cela la rend précieuse aux yeux de la plupart des familles. Elle prend en elle la souffrance de qui la sollicite. Comment l’accuser alors que la grand-mère de Micheal la pousse sans le dire clairement à mettre en acte ce qu’elle n’arrive pas à exprimer au sujet des souffrances de l’enfant ? Toute l’ambigüité d’un thriller que l’on pourra proposer aux amateurs de suspens mais aussi de romans de terroir.

 

 

 

CoÏncidence : j’ai commencé un autre roman irlandais « Une rue étrange » et la première phrase parlait aussi de changelin alors je venais de découvrir ce mot avec « Dans la vallée ».

Pour voir le résumé et éventuellement réserver dans une bibliothèque du Haut-Rhin.

 

 

Deux romans Nature writing

J’aime beaucoup ce courant d’écriture qui met la nature au centre du récit, une nature somptueuse et sauvage, nourricière mais aussi menaçante…

Idaho d’Emily Ruskovich Gallmeister

Ce roman commence par un drame particulièrement horrible. Alors qu’une famille est partie ramasser du bois, une des filles, May est tuée par sa mère. Sa sœur s’enfuit dans la forêt. Quelques années plus tard, le père, Wade refait sa vie avec Ann, une professeur de musique. Mais il est atteint de sénilité précoce. Ann essaie alors de rassembler les souvenirs qu’il reste de la famille. Il s’agit parfois de jouets oubliés : « des objets chargés d’une importance qu’ils ne méritaient pas mais qu’ils revêtaient à cause de leur effrayante rareté ; ils grandissaient en elle, se transformant en histoires, en souvenirs dans la tête d’Ann, alors qu’ils auraient dû rester dans celle de Wade. » Mais, même si ce dernier perd la mémoire du drame, il lui reste la sensation de vide et la douleur. De son côté, Jenny, son ancienne femme, est en prison. A son enfermement fait écho l’étendue des montagnes boisées qui isolent le couple d’Ann et Wayde. L’auteur fait des allers-retours dans le temps et dans l’espace. Un premier roman magnétique servit par une belle plume… Intrigué par la psychologie des personnages, on se laisse prendre ensuite par l’ambiance. C’est aussi une réflexion sur l’importance du souvenir et l’oubli.

Idaho_Emily Ruskovich

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles Mick Kitson Métailié

On quitte l’Idaho pour l’Ecosse et encore un premier roman ! Là aussi, l’histoire débute par un drame. Deux jeunes filles, Peppa et Sal sont en fuite. Cette dernière, victime d’abus sexuels, a poignardé son beau-père. Leur mère alcoolique ne leur est d’aucun secours.Avec sa voix d’adolescente, Sal, 13 ans, raconte le plan qu’elle a mis au point. C’est dans une forêt des Highlands que les deux sœurs trouvent refuge et se construisent un abri. Elles vont essayer de survivre sans se faire remarquer. On pourrait être tenté, avec ce résumé, de refermer le livre. Ce serait passé à côté d’une lecture intéressante et touchante. Sal est un personnage attachant, d’une grande force morale. Elle fait partie d’une classe d’élèves en difficulté. Pourtant, elle sait faire preuve d’un sens pratique à toute épreuve. Elle est aussi remplie d’amour pour sa petite sœur, Peppa. Celle-ci a beaucoup d’humour. Leurs rapports illuminent l’histoire. Et puis, il y a l’environnement et la faune qui éveillent la curiosité des deux jeunes filles. Ce roman initiatique est éclairée également par la présence d’une vieille dame, Ingrid, qui leur vient en aide. Pour adulte et (grands) adolescents…

 

 

« Moi, ce que j’aime, c’est les MONSTRES : livre premier » de Emil FERRIS ; Trad. de Jean-Charles KHALIFA

La beauté cachée des laids

Tout juste auréolé du Fauve d’or du meilleur album  au Festival de bande dessinée d’Angoulême, ce roman graphique est une perle noire baroque à multiples facettes.

Un graphisme profond né de hachures multicolores au stylo bille d’un effet très plastique. L’auteur, immobilisée par la maladie a choisi ce mode d’expression pour  la netteté expressive qu’il permet. Les plans naviguent sans arrêt entre le zoom et le général, le tout augmenté des réflexions en direct de Karen, le personnage principal qui nous guide dans son enquête sur la mort d’Anka, sa jeune voisine. Le rendu magnifique et très construit rappelle Crumb. Mais on y croise aussi les lapins de Beatrix Potter, des monstres à la Maurice Sendak, tout l’ univers de l’enfance, sombre et lumineux à la fois. C’est cette même richesse et son expressionnisme qui peut en rebuter certains.

Une histoire à plusieurs niveaux : autobiographique, historique, – à propos des camps de concentration où Anka est emmenée dans son enfance- familiale, fantastique, sans oublier l’ étude de la société américaine des années 1960. Tout cela entremêlé habilement par Emil FERRIS et soutenu par un texte suffisamment présent et de qualité pour que  j’en parle ici.

C’est aussi un hommage à  la culture de l’horreur qui transpire dans  toutes les étapes du récit. Il faut préciser que Karen  est une merveilleuse fille de 10 ans, hyper intelligente et sensible. Baignée dans cette esthétique et armée de ses carnets à dessin tout comme l’a été l’auteure, elle est persuadée d’être un loup garou et préfère cela à l’aveu d’une différence moins acceptée par l’Amérique des années 1960. Les monstres ne sont pas ceux que la société désigne et tout le monde a un côté monstrueux. Les pires étant peut être les nazis souriants qui menaient les enfants au four crématoire. Donc, elle va toujours au delà des apparences et en matière d’enquête, c’st souvent très utile ! Le monde est étrange.

Que dire aussi de la galerie de personnages gravitant autour de Karen qui sont d’une profondeur et donne envie de tous les connaître mieux.

Les amateurs d’images seront ravis de retrouver des chefs-d’œuvres de la peinture, souvent mythologique, croisés et réinterprétés par l’imagination débordante (du cadre) de Karen.  Mais ce n’est pas tout : le récit est rythmé  par des couvertures de magazines d’horreur, du genre de MAD  recopiées au stylo par Karen. Mais ce n’est jamais gratuit, toujours en échos à l’évocation d’un moment, d’une personne.

En somme, j’ai beaucoup aimé  ce livre parce que, moi, ce que j’aime c’est « Moi ce que j’aime, c’est les monstres ! »

D’autres chroniques : https://justaword.fr/moi-ce-que-jaime-c-est-les-monstres-b0829de4195

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