coups de coeur / de griffe

« Paysages perdu : de l’enfant à l’écrivain » de Joyce Carol OATES ; trad. par Claude SEBAN

Un récit autobiographique passionnant qui met les lecteurs à hauteur de l’écrivain immense qu’est Joyce Carol OATES. En fait, elle descend en elle même  en nous  invitant à visiter les lieux où elle a grandi. Elle nous explique comment ils ont été déterminants dans sa vision du monde en tant qu’individu et dans son parcours en tant qu’écrivain ( dans son besoin irrépressible et très précoce d’écrire aussi).  Tout ce voyage à partir des images qu’elle en a conservées, puisque ceux-ci n’existent plus tels quels.

Au commencement, nous sommes des enfants imaginant des fantômes qui nous effraient. Peu à peu, au cours de nos longues vies, nous devenons nous-mêmes ces fantômes, hantant des paysages perdus de notre enfance.

Grandie à la campagne dans les années 30, avec des parents aimants et une famille dont une partie était issue de l’immigration Hongroise, elle a été confrontée à la violence comme à l’amour, les deux restant présents dans son œuvre.

Elle nous parle de ses rapports aux livres : l’amour qu’elle a pour Alice au pays des merveilles à laquelle elle s’identifie dans la mesure où, comme Alice, elle analyse les situations de sa vie et ne se laisse pas envahir par les sentiments.  Mais aussi de ses études en littérature, après avoir obtenu une bourse de 500 dollars (car sa famille était pauvre).

Et on s’aperçoit que les thèmes ou les ambiances qu’elle arrive si bien à nous faire partager dans ses livres, se retrouvent dans son enfance. Cela paraît évident, mais elle en fait la démonstration. Mais en même temps, elle nous fait partager les difficultés de rendre compte de certains aspects du passé. Lorsqu’elle veut écrire sur sa relation avec son mari après le décès de celui-ci : elle l’a fait dans « J’ai réussi à rester en vie » , cela est trop douloureux pour elle. Elle nous confie la difficulté d’écrire pour saisir les impressions fugitives qui unissent deux personnes, « essentiellement des tics de comportements » et   » Il y a le mystère du toucher. Impossible à rendre. »

« Les mots sont comme des oiseaux sauvages-Ils viennent quand ils veulent, non quand on les appelle »

Le hasard, la violence, une certaine noirceur,  les difficultés à communiquer avec les proches, la famille, le mystère des enfants et des adolescents, les campagnes sauvages, les villes qu’on retrouve dans ses œuvres, la différence, tout est là !

Son goût pour la solitude volontaire, les insomnies, tout ça la caractérise aussi et lui a permis de développer tout son puissant imaginaire ! Dans le documentaire sur David Lynch,  » The art life »  j’ai eu la même impression à propos de l’influence de certaines scènes vécues qui infusent toute sa créativité très liée à sa personnalité originale. Mais dans « Paysage perdu », c’est elle qui contrôle entièrement  la visite, posant les questions et y répondant.

Pour moi, la chanson de Dominique A « Le corps de ferme abandonné » résonne tout à fait avec le chapitre correspondant à l’incendie de la maison maudite habitée par une famille encore plus pauvre que la sienne et bien plus sauvage où elle avait une amie. Il s’y est passé des choses dramatiques.

Mais c’était les maisons abandonnées qui m’attiraient le plus. Marcher des kilomètres dans un air brûlant et lourd à travers des champs d’herbes épineuses et de ronciers, sur des affleurements d’ardoise s’étageant en degrés abrupts, était une partie de plaisir s’il y avait au bout…une maison vide.

Souvent, dans une maison vide, je surprenais l’ombre d’un mouvement au coin de mon œil : une silhouette ouvrant une porte. Il l’avait brutalisée, nous le savions. Et les enfants. Car ils étaient siens, c’était son droit. Nous avions tout en ne sachant pas, car personne ne nous l’avait dit.

Mais cette part cachée qui habite ses romans et ce qui les a inspirés font partie d’elle et cohabitent avec un sentiment et une chaleur humaine profonde.

Je ne souhaiterais certainement pas les revivre, mais paradoxalement, je ne voudrais pas ne pas les avoir vécus car j’aurais le sentiment que ma vie est moins complète ; ma vie d’écrivain surtout, pour qui la qualité de personnalité la plus essentielle est l’empathie.

Un livre témoignage riche et précieux pour tous les admirateurs de cette grande auteure et les autres !

Les titres de Joyce C Oates présents sur Calice68  le catalogue collectif des bibliothèques du Haut-Rhin

 

L’Eveil Stade 1 Jean-Baptiste de Panafieu Gulf Stream

Eveil_Jean-Baptiste de PanafieuQui n’a rêvé de voir son chat ou son chien lui répondre ? Laura, spécialiste en neuro-génétique, a inoculé un virus à une souris. Celle-ci réussit à s’échapper du laboratoire et à transmettre le virus à d’autres animaux. Progressivement, ces derniers voient leurs facultés se développer. Ils s' »éveillent ». Dans le quartier, Gabriel, le frère de Laura et ses amis Alya et Clément assistent à l’éveil du perroquet Montaigne, du chat Chou-K et du chien Cabosse. Grâce à un logiciel, ils arrivent à communiquer entre eux. Sommée par la multinationale agro-alimentaire WOFF de créer un « contre-virus », Laura s’enfuit avec les adolescents et leurs animaux. Progressivement, différentes espèces de mammifères prennent conscience de leur situation et s’organisent. Des leaders émergent ainsi que des groupes d’opinion. C’est toute la société, créée par les hommes, qui est remise en cause.

Un premier tome intéressant qui questionne l’homme sur son rapport à l’animal. L’auteur prend le temps de montrer l’éveil de plusieurs mammifères. C’est vraiment une mise en place de l’intrigue. Du coup, le rythme m’a paru lent mais il est contrebalancé par l’originalité du thème et son traitement.

Mon Traître d’après le roman de Sorj Chalandon Pierre Allary Rue de Sèvres

Mon traître_Sorj ChalandoIl y a des livres qui vous tentent et qui vous intimident à la fois. J’avais commencé Le Quatrième mur pour lequel Sorj Chalandon a reçu le Prix Goncourt des lycéens. Il m’était tombé des mains. J’aurais dû persister, persuadée que je me serais laissée happer par l’histoire. Mais il n’en a pas été ainsi. J’appréhendais donc cette lecture dont le sujet, le conflit en Irlande du nord, me semblait un peu difficile. Quand j’ai vu l’adaptation en bande-dessinée, j’ai compris qu’une occasion s’offrait à moi. Le rendu artistique de Pierre Allary attire l’œil. Les traits sombres et le monochromatisme, tantôt vert, jaune ou bleu, collent à l’histoire.  A quelques milliers de kilomètres de Paris, c’est la guerre. Les Irlandais du nord se déchirent et l’armée britannique, censée apaisée le conflit, y prend part. C’est dans ce contexte qu’Antoine, un luthier français, se lie d’amitié avec un couple d’Irlandais. Par leur intermédiaire, il fait la connaissance d’une figure emblématique de l’IRA, Tyrone Meehan. Le récit décrit cette amitié profonde qui donnera envie à Antoine de s’engager pour la cause. Mais au fil de la bande-dessinée, apparaissent les interrogatoires de Tyrone par l’Ira.

Au final, l’histoire d’amitié trahie, sur fonds de guerre civile, est bien retranscrite. On ne peut rester insensible. Pierre Allary a pris des libertés dans le dessin (notamment pour les personnages) mais reste fidèle au roman.Je me suis aussi replongée dans le conflit, avec l’envie d’en savoir plus. J’attends l’adaptation de la suite Retour à Killybegs qui est annoncée. Je crois que je vais m’en tenir, pour cette fois encore, à la bande-dessinée. Elle a le mérite de permettre un accès facile et rapide à l’histoire et de proposer un visuel de qualité !

 

GABRIËLE de Anne et Claire BEREST

Francis Picabia, Marcel Duchamp, Apollinaire, Igor Stravinsky , mais aussi Calder, Arp, Brancusi. j’allais oublier Elsa Schiaparelli et Samuel Beckett  pour les plus connus. Le dénominateur commun (mais pas commune du tout car tout à fait particulière), c’est Gabriële Buffet, tête chercheuse  dans cette période de bouillonnement créatif, musicienne et penseuse de l’avant garde.  Ce roman biographique écrit à quatre mains par ses deux arrière petites filles nous fait partager sa vie tumultueuse avec le peintre poète Francis Picabia entre 1908 et 1919, date de leur séparation et de la naissance de leur dernier enfant. Elle incarne à merveille cette époque d’expérimentations et de volonté de liberté et de  rupture avec le 19è siècle tant  au niveau artistique qu’ intime. Pourtant, elle a toujours continué à aimer et protéger Picabia sujet à de fréquents accès de dépression suivis d’épisodes d »exaltation aventureuse en automobile alors que Marcel Duchamp, et Apollinaire se consumaient pour elle. Ils vivaient  plus ou moins en communauté et leurs relations furent entretenues par une correspondance poétique et passionnée.

Au delà des discussions enflammées parcourant le dadaïsme, les avant gardes et les voyages qui ont mené le couple terrible des capitales européennes jusqu’à New York en passant par le petit village d’Etival où elle avait ses racines, nous découvrons la puissance de l’attachement qui liait Gaby à Picabia « Funny guy » avec leurs zones d’ombre. C’est ce qui fait un des intérêts de ce roman très bien documenté qui peut intéresser les amateurs d’histoire de l’art, du féminisme, des relations amoureuses. Des références biographiques correspondant à chaque chapitre se retrouvent à la fin de l’ouvrage pour les plus curieux !

Et le côté très attachant de ce livre réside aussi dans l’échange qui est retranscrit entre les deux sœurs dialoguant dans l’écriture avec leur ancêtre flamboyante. Car c’est aussi une tentative  de reconstruction de leur famille qu’on voit se retisser peu à peu pour expliquer à leur mère à toute les deux pourquoi le fils de Gabriële, ( leur grand-père)  s’est suicidé à 27 ans.

 

 

Glaise Franck Bouysse La Manufacture de livres 2017

Un hameau dans le Cantal, pendant la guerre 14/18… Les familles ont vu partir leurs fils, maris et pères. Les femmes et les enfants les remplacent aux travaux des champs. Une longue attente commence. Chez les Landry, Mathilde et son fils Joseph, 15 ans, s’épaulent pour les tâches domestiques, aidés du vieux Léonard. Plus loin, il y a les Valette : l’homme, mutilé, et  sa femme. Ils accueillent, de mauvaise grâce, Irène, leur belle-sœur et Anna, la nièce. Les deux femmes, venueGlaise_Bouysses de la ville, vont bouleverser involontairement l’équilibre du hameau.

La glaise est une terre qui englue les soldats, les garde loin de chez eux. C’est cette même substance qui retient aussi les paysans à leur terre. On imagine facilement les personnages, tels de minuscules fourmis, essayant de s’y dépêtrer, luttant contre les éléments. Franck Bouysse excelle dans la peinture sombre des campagnes, le « noir rural », mélange d’angoisse et de solitude. On lit l’auteur autant pour l’atmosphère que l’histoire de ses romans.

Des jours sans fin de Sebastian BARRY ; Trad. de Laetitia DEVAUX

« Des jours avec faim  » aurait pu être un sous titre. Car il en est beaucoup question, de la faim : celle qui a poussé des paquets entiers de population à fuir l’Europe, traverser l’océan et plus encore pour avoir une chance de vivre ailleurs, celle qui tenaille le ventre des pionniers, des soldats… Et Thomas McNulty en sait quelque chose, lui qui l’a croisée dans tous les costumes qu’il a endossés au cours de sa nouvelle vie qu’il nous raconte ici.

« Je suis en train de vous raconter la fin de mon premier engagement dans le commerce de la guerre. Sans doute vers 1851. La fraicheur de l’enfance m’avait quitté, et je m’étais engagé au Missouri…La pire paie de toutes les pires paies en Amérique, c’était celle de l’armée. Et puis on vous donnait des choses tellement bizarres à manger que votre merde était une puanteur. Mais vous étiez contents d’avoir un boulot, parce qu’en Amérique, sans quelques dollars en poche, on crève de faim. Et j’en pouvais plus d’avoir faim.

Et quoi de meilleur dans ces conditions extrêmes qu’un ami pour la vie ? Il va le rencontrer dans la personne de John Cole, descendant d’indien et avec lequel il va bâtir une famille atypique composée de leur couple, d’une jeune indienne brillante et volontaire et un vieux poète noir en guise de grand-père. Cette structure constituera le point d’ancrage puissant et lumineux au milieu de toute la violence omniprésente. J’ai bien apprécié que la dimension homosexuelle des deux personnages, soit abordée de façon naturelle, comme faisant partie de leur vie privée se déroulant derrière un paravent bien que leur amour soit très fort. Le contraire du tape à l’œil.

John Cole avait que douze ans quand il est parti sur les routes. Dès que je l’ai vu, je me suis dit, un camarade. Et quel camarade. je trouvais ce garçon élégant, même avec son visage pincé par la faim…Notre rencontre s’est produite grâce au ciel qui s’est déchiré sous le poids du déluge. Loin de tout, dans les marais,, après cette bonne vieille Saint-Louis. A l’abri sous une haie, on s’attendrait plus à croiser un canard qu’un humain. le ciel se craquelle, je trouve un abri, et il est là…un ami pour la vie

Et il en faudra de l’amour et de la sagesse pour s’adapter pour survivre dans ces conditions. Bon, Thomas sait lire, ce qui n’est pas évident à l’époque. Les métamorphoses débutent avec le premier petit boulot, alors qu’ils étaient prêts à nettoyer les latrines de la ville, ils se retrouvent à faire danser des mineurs dans un saloon fraîchement ouvert. Thomas découvre le plaisir de porter des robes pour le spectacle. Ca le change de ses guenilles.

J’étais en tout et pour tout vêtu d’un vieux sac de blé attaché à la taille.. John Cole était mieux loti, avec un curieux costume noir qui devait avoir trois cent ans. Il était aéré à l’entrejambe… Alors, on entre, les yeux écarquillés. il y a là une ragée de vêtements comme un alignement de pendus. Des vêtements de femme. Des robes. On a regardé partout, je vous promets, il y avait rien d’autre.

La fréquentation des mineurs les révèlent en général moins terribles une fois qu’on les fréquente malgré leurs conditions de vie et leur solitude atroces. Eux aussi ont eu une vie avant celle là. Puis vient la période de l’engagement dans l’armée avec la chasse  aux indiens avec qui la lutte pour le territoire va être continuelle à coup de promesses non tenues, de vengeances au nom du groupe, des deux côtés, même si les indiens étaient considérés comme des saletés à nettoyer à tout prix pour faire place nette, quitte à mettre le feu à leurs campements et à perdre une part de son âme à chaque fois. Seul le caractère de certains gradés fera la différence à cette période dans la spirale où les milices agissant pour les colons joueront aussi un rôle dans le génocide.Thomas doutera souvent et réussira malgré tout à repérer ces nuances dans la violence générale.

Tout à coup, nous sommes pris d’une intense nervosité, on a presque senti nos os se crisper et se recroqueviller, notre cœur rester prisonnier de notre poitrine, alors qu’il avait envie de fuir… On était pas là, on était disloqués, on était devenus des fantômes.

Même si parfois une chasse au bison les rassemble, la mortelle mission reprend le dessus.

Les hommes étaient penchés vers le feu, ils discutaient avec la gaieté d’individus qui s’apprêtent à manger à leur faim au milieu de ces terres désertes, un curieux voile de givre et de vent glacial sur leur épaules… Les Shawnees ont chanté toute la nuit jusqu’à ce que le sergent Wellington rejette sa couverture et veuille les abattre d’un coup de fusil.

La guerre de Sécession fera ensuite partie de ce  tableau de genre autour de la guerre. Le fil conducteur restera la famille et le point d’honneur à éduquer Winona.

On s’est construit un petit royaume contre les ténèbres

Cerise sur la ration, j’aime beaucoup le style d’écriture, mélange de bon sens assez proche de l’oralité et traversé de notes pleines de poésie.

Pour repérer le livre dans Calice68, le catalogue des bibliothèques du Haut-Rhin, c’est

 

Les Bourgeois d’Alice Ferney Actes sud 2017

Ce livre a bénéficié d’un bon « bouche à oreille ». J’attendais donc de pouvoir le lire et quand je l’ai eu entre les mains, je m’y suis accrochée…

Alice Ferney nous raconte l’histoire d’une famille parisienne qui porte bien son nom, les Bourgeois. Elle en est d’ailleurs une descendante. Henri, le patriarche, né en 1895, va avoir huit garçons et deux filles. Leurs vies et celle d’Henry vont se confondre avec les grands évènements du siècle. Trois fils feront une carrière militaire. Tous les enfants seront élevés dans le respect de la patrie, de la religion et de la famille. L’évolution des mœurs débutera dans les années soixante avec la troisième génération. Mai 68 sera passé par là.Les-bourgeois_Ferney

J’ai mis du temps à m’emparer l’histoire. Il n’est pas facile, dans les premières pages, de retenir les nombreux personnages et leurs liens. L’ouvrage fait la part belle à l’Histoire, ce qui le place à mi-chemin entre le roman et le documentaire. Il rejoint le genre biographique, en vogue actuellement mais version « famille nombreuse ». Le livre est TRES dense. Si vous n’aimez pas l’histoire, il risque de vous tomber des mains. Le rôle des femmes, ici, est en totale conformité avec la classe et l’époque. Il s’agit de s’occuper des enfants. Nulle bluette ne viendra pimenter le récit. Ajoutons encore que le travail historique et l’écriture de l’auteur ont été soulignés.

« La Forteresse impossible » de Jason REKULAK ; Trad. par HéloÏse ESQUIE

 

La première forteresse, c’est les filles ! En la matière, Billy et ses deux amis surnagent en pleine adolescence et sont totalement innocents. Leur quête du Graal, c’est le dernier numéro de Play Boy que défend, de l’intérieur de sa boutique, le père de Mary, jeune fille un peu atypique dans le tableau des jeunes filles arborant les brushing impeccables des années 80. Elle partage avec Will la passion pour les jeux vidéo et va lui proposer au jeune garçon sensible de l’aider à développer le sien . Autres  forteresses à prendre, donc (la création du  jeu et la fille). Quelle sera la priorité de Will ?

Un roman très agréable, plein de l’ambiance des films américains des années 80 avec leurs bandes d’ados en pleine mutation plus ou moins monstrueuse (revus à l’occasion de la série  Stranger things., par exemple). Donc, replongée dans la culture populaire où je barbotais il y a quelques dizaines d’années. La montée en puissance de l’informatique , encore réservée à des initiés, donc peu pris en considération par le système scolaire (ce n’est pas un métier) et les parents est bien vue,

 

 

Will , le narrateur, n’hésite pas à prendre des risques pour arriver à ses fins, avec déceptions, râteaux, victoires, on avance par niveau et mondes différents.L’histoire manque peut-être de suspens (on perçoit que sa quête va aboutir ce qui risque d’en décevoir quelques uns, mais on se laisse aller agréablement sur la pente optimiste du récit (pour les autres) en suivant notre héros. Le roman emprunte la structure d’un jeu ou d’un récit de fantasy transposé au 20è siècle et, c’est bien fait. Chaque chapitre s’ouvre sur des lignes de code correspondant au contenu de ce qui va suivre.

Souris sur le gâteau, le jeu crée par Will et Mary « La forteresse impossible »est jouable en ligne, en vrai !

Pour voir le résumé et , peut être, le réserver : c’est ici, Calice, le catalogue des médiathèques du Haut-Rhin

Du noir…

 

La Noirceur des couleurs de Martin Blasco Ecole des loisirs 2017

A la fin du 19ème siècle, en Argentine, cinq bébés sont enlevés. Dans le même temps, un chercheur met au point un projet aussi ambitieux que cruel. Il le consigne dans son journal. Vingt cinq ans plus tard, une des familles voit revenir leur enfant. Il s’agit d’Amira, une jeune femme amnésique. Alejandro, journaliste, est chargé de l’aider à retrouver son passé.La-Noirceur-des-Couleurs_Martin Blasco

Voilà un thriller original sur bien des points. La littérature argentine est plutôt rare en rayon ado. La question des expériences scientifiques et des premiers tâtonnements sur les comportements humains au 19ème siècle l’est également. Le récit alterne entre le journal du savant et la progression de l’enquête. L’intrigue est finement menée et ne se laisse dévoiler qu’à la fin.

 

Les Chiens d’Allan Stratton Milan 2015

Cameron et sa mère sont habitués à déménager. Ils fuient un père et un mari violent. C’est dans une ferme isolée, au Creux du Loup, qu’ils trouvent refuge. Mais cet endroit a une sinistre réputation. Son propriétaire aurait été tué par ses chiens après Les Chiens_Allan Strattonla mystérieuse disparition de sa femme et de son fils. Cameron retrouve des objets ayant appartenu à un enfant et entend une voix, celle de Jacky, qui a vécu dans la ferme. Que s’est-il vraiment passé dans ce lieu ? Cameron mène l’enquête mais n’est-il pas en train de perdre pied avec la réalité ?

Un thriller accrocheur teinté de fantastique qui entremêle deux histoires aux correspondances troublantes.

« Les rêveurs » d’Isabelle CARRE

Cette fois, c’est moi qui m’aventure en terrain étranger, puisque voilà un roman français. Comme beaucoup de lecteurs, je suppose, j’ai été attirée par ce livre parce que j’aime bien Isabelle Carré, l’actrice, et je voulais, puisqu’elle était d’accord, en savoir plus sur elle et sa façon d’écrire. Et j’ai trouvé sa petite musique à mon goût. Pas un grand coup de cœur stylistique, mais plutôt quelque chose de fort et délicat à la fois, qui ne fait pas dans le grandiloquent mais vous laisse en sa compagnie chuchotée. Un roman plus autobiographique que romanesque, même si son histoire personnelle soit digne d’un roman. C’est cette richesse qui fait, à mon avis qu’on suit jusqu’au bout le récit de son combat contre tous les obstacles que sa vie familiale complexe a semé autour d’elle. On évite ainsi un nombrilisme vain.

Issue d’une famille atypique : une mère vacillante et un père designer, elle grandit dans les années 70 avec ses frères dans un appartement où la couleur rouge domine un écosystème riche . Au passage, des chansons émaillent le paysage comme celle de Sting « Fragile »

Elle nous raconte sa vie et pas forcément dans l’ordre : de la petite fille jusquà la mère qu’elle est devenue, finalement. La solitude et la peur de la vie omniprésents et la liberté arrachée à la mélancolie, et à cette famille de rêveurs inadaptés à la société ambiante, instable mais touchante. Le réconfort du cinéma des autres, puis du sien et de l’écriture, enfin. Les carnets de la fin sont-ils réels ou pas, on ne le saura pas .

Mais comment ? Comment  font les gens ? Pourquoi personne n’a encore écrit une vraie « Vie : mode d’emploi » ?…je cherche des heures dans les librairies.

C’est toujours vrai, je fais du cinéma pour qu’on me rencontre ou plutôt pour rencontrer des gens… Comme la Camille de Musset, je m’exerçais à travers d’autres vies à ne plus avoir peur de la mienne.

Je n’ai jamais trouvé simple de rencontrer des gens…Alors je m’offre une seconde chance, j’écris pour qu’on me rencontre.

Et c’est une belle rencontre que celle -ci !

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