coups de coeur / de griffe

La Nuit des béguines d’Aline Kiner Liana Levi 2017

Ce livre a bénéficié d’un bouche à oreille favorable. C’est une plongée dans le Moyen-Age à l’époque de Philippe Le Bel. Des femmes pieuses vivent seules ou en communauté, en toute autonomie. Ce statut est soumis à contestation et leur sort précaire. A Paris, dame Ysabel, l’intendante du béguinage royale  veille sur ses condisciples. C’est elle qui recueille une jeune femme rousse, Maheut. Celle-ci s’est soustraite à un mariage forcée. Elle est recherchée par un franciscain dont la mission est double : ramener Maheut à sa famille et trouver un copiste pour un manuscrit interdit, écrit par une béguine.

Ce roman revient sur les évènements du règne de Philippe Le Bel et sur l’existence des béguines, phénomène plus connu en Belgique et aux Pays-Bas. Le roman est bien documenté et l’écriture réussit à faire revivre le Moyen-Age. Les quartiers de Paris ressemblent encore à des gros bourgs entourés de prés. Néanmoins, l’histoire de Maheut et de ses condisciples n’a pas réussi à m’emporter. Il manque de l’épaisseur à l’histoire et aux personnages. Je n’ai pas ressenti d’empathie pour eux. C’est dommage car on était bien près d’un grand roman historique.

Cox ou la course du temps de Christoph RANSMAYR ; Trad. de Bernard KREISS

 

La Chine du 18è siècle , les voyages au long cours, les inventions merveilleuses du plus célèbre horloger d’Occident, Alistair Cox, voilà pour l’ambiance générale de ce roman au style très soigné.  Prenez votre temps, au gré de son long phrasé, car il en est question,  (de temps) : de ses différentes qualités selon les âges de la vie, des façons de le suspendre grâce aux mots, de le capturer grâce aux machines. Et justement, l’empereur Quianlong, souhaite élargir la palette de ses pouvoirs en en devenant le maître. Il missionne donc Cox et ses collègues anglais afin qu’ils lui fournissent l’horloge ultime, celle qui mesurera et domptera la course du temps dans toutes ses nuances mais qui lui restera réservée.

Prétexte à réflexion sur le pouvoir, ce livre se déroule sans grands fracas et son rythme est conditionné par les décisions du souverain, laissant l’esprit des horlogers reprendre le dessus et se laisser envahir par la mélancolie, les doutes sur le projet les éloignant de  l’instant présent.

En mettant leurs talents en commun, les trois maîtres en leur domaine, qui veillaient à présent leur compagnon défunt, demeuraient parfaitement capables de transformer  en mécanismes les souhaits d’un empereur.

Giuseppe Castiglione « Portrait équestre de Quianlong lors de la grande inspection de 1739 »

Ce roman hors du temps peut donc plaire à différents publics, j’ai même senti un frisson de fantastique à la Mary Shelley à un moment.

L’auteur s’est inspiré de l’ empereur Qianlong, souverain omnipotent, cultivé, poète et amateur d’Œuvres d’art. Cox a également existé mais sous un autre prénom.

A conseiller, donc , et pour le réserver et /ou voir une interview de l’auteur c’est ici !!

 

 

 

Ces rêves qu’on piétine Sébastien Spitzer Les Editions de l’Observatoire 2017

Un premier roman remarqué de cette rentrée littéraire !

Deux histoires se mêlent puis se rejoignent. Celle de Magda, jeune fille ambitieuse qui se marie avec l’un des dirigeants du Reich, Joseph Goebbels. On la suit jusqu’à la fin, mère et épouse modèle avec ses six enfants, dans le bunkerCes rêves qu'on piétine_Spitzer d’Hitler. En parallèle, un groupe de rescapés des camps essaie de survivre parmi la population hostile. Parmi eux, il y a Féla et  Ava, sa fille, ultimes gardiennes de mystérieux manuscrits.

Ce livre rappelle celui du Prix Femina La Disparition de Josef Mengele, récemment chroniqué. On suit la vie de Magda, qui n’inspire guère la sympathie. On retrouve dans son comportement la froideur et l’égocentrisme du fameux docteur Mengele. Le contraste avec le combat de Féla et sa fille n’en est que plus accentué. Certains passages sont assez dures. Les nombreux personnages du roman donnent une idée des couleurs de l’âme humaine, du noir au blanc, toutes les nuances se retrouvent. Ce roman a le mérite de donner corps à l’histoire sous un angle plutôt original et documenté.

 

 

Nos romans préférés en 2017 : sélection d’Aurélie , Bénédicte et de quelques collègues de la Médiathèque départementale 68

L’année s’achève et souvent, cela signifie : bilan. Et bien, pas de chiffres ici, mais des coups de cœur lus et plus qu’appréciés par les deux blogueuses de Larges Visions. Ceux qu’on conseille autour de soi en espérant qu’ils bouleverseront, transporteront, feront du bien, résonneront avec les pensées les plus profondes des lecteurs qui les découvriront en se disant : « c’est tout à fait ça !! »

Et les mêmes qui, parfois, n’ayant  rien provoqué de tout cela à leurs lecteurs nous feront nous poser des questions avant de se dire que, ce ne sont « que » des livres et ils sont chaque fois différents selon leur lecteur. Ouf !

Donc, il s’agit de romans qui ont été chroniqués pour la plupart sur le blog.

Pour les étrangers traduits, je propose :

Margaret Atwood : La servante écarlate. Editions Robert Laffont chroniquée ici
Jean Hegland : Dans la forêt. Éditions Gallmeister. voir ici
Lauren Groff : Les Furies. Editions de l’Olivier ici
Colson Whitehead : Underground Railroad. Prix Pulitzer. Éditions Albin Michel  ici
Naomi Wood : Mrs Hemingway. Quai Voltaire (édition) ici

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour les francophones, Aurélie a particulièrement aimé :

Monica Sabolo : Summer. Éditions JC Lattès / Le Masque c’est ici
Cécile Coulon : Trois saisons d’orage. Éditions Viviane Hamy , ici
Sébastien Spitzer : Ces rêves qu’on piétine. Éditions de l’Observatoire.

Ces rêves qu'on piétine_SpitzerTrois saisons d'orage_Cécile Coulon

 

 

Pour compléter l’offre, voici les choix de plusieurs collègues :

Paolo Cognetti : Le Garçon sauvage. Editions Zoé Du même auteur : « Les huit montagnes » avait été chroniqué ici

Andrus Kivirähk : L’Homme qui savait la langue des serpents. Éditions Attila

 

Michel Le Bris : Kong. Editions Grasset et Fasquelle

Olivier Norek Officiel : Entre deux mondes. Editions Michel Lafon
Erwan Larher : Le livre que je ne voulais pas écrire. Quidam Editeur.
Naomi Ragen : Le Silence de Tamar. Editions Yodea.
Craig Johnson : La Dent du serpent. Éditions Gallmeister

Stéphane Bataillon : Où nos ombres s’épousent. Éditions Bruno Doucey (Poésie)


Jeanne Benameur : L’Enfant qui. Actes Sud.

Pour le rédacteur du blog Alsace et  alsatiques de la MD68 :

Barbara Honigmann : L’Agent recruteur. Éditions Denoël.
Régine Robin : Un roman d’Allemagne. Editions Stock
En VO / Barbara Honigmann : Chronik meiner strasse. Hanser Literaturverlage. Voir la chronique

Nathan Hill : Les Fantômes du vieux pays. Gallimard
Kate Atkinson : L’Homme est un dieu en ruine. Éditions JC Lattès / Le Masque.
Douglas Coupland : Miss Wyoming. Au diable vauvert.
Virginie Despentes : Vernon Subutex 3. Editions Grasset et Fasquelle.
James Runcie : Sidney Chambers et les périls de la nuit. Actes noirs / Actes Sud.

Et, aimons nous les uns les autres, ne boudons pas les polars ni la Science fiction :

Sir Arthur Conan Doyle : Le Chien des Baskerville
Fred Vargas : Quand sort la recluse. Flammarion
Pierre Lemaitre : Travail soigné. Le Livre de Poche.

En direct du blog  Mauvais Genres 68 
Jo Walton : Mes vrais enfants. Éditions Denoël Chroniqué également ici
Christelle Dabos : La Passe-Miroir. Gallimard Jeunesse
Erika Johansen : La Reine du Tearling. Éditions JC Lattès / Le Masque
Becky Chambers : L’espace d’un an. Éditions L’Atalante

Sur la page Face Book de la MD68, il y aussi quelques références  de séries,  BD et de musique

ET si vous aimez ça, des sélections faites par des revues suivront !

Donc, arrive le temps des bonnes résolutions du style : je ne lirai pas forcément jusqu’au bout les livres  que j’ai repérés et qui ne me plaisent pas vraiment, ou/et : je ne serai pas trop optimiste quand je sauterai sur tous les romans qui m’attirent mais que je sais pertinemment que n’aurai pas le temps de lire.

En attendant de les mettre en application, je vous souhaite une bonne transition vers l’année 2018 et la rentrée littéraire de janvier !!

« LES FURIES » de Lauren GROFF; Trad. de Carine CHICHEREAU

Le titre original  « Fates and Furies » (Fortunes et Furies) n’a rien à voir avec « Fast and furious », à part qu’il illustre l’humour dont peuvent faire preuve les deux personnages et leur amour des formules (1). Ou alors le caractère irrésistible et furieux de leur destinées.  

 

Ces deux là : Lotto et Mathilde forment un couple glamour et brillant envié de tous qui, lorsqu’il ne suscite pas de jalousie, provoque les questions. Comment font-ils pour être si parfaits, si beaux, si amoureux, pour réussir professionnellement ?  Mathilde est dévouée à son mari habité par Shakespeare et devenu dramaturge à succès. Et c’est étrange lorsqu’on est intelligente et lucide comme elle.

 

Il y a certainement des failles, il y en a dans tous les couples. L‘auteure va se faire un malin plaisir à démonter la superbe mécanique pour nous et à remonter vers les origines de la création de ces deux personnalités façonnées par leur volonté de s’extirper d’eux mêmes. Parce que même s’ils semblent bénis des dieux, ils ont baignés dans le drame et la souffrance originels.

Après une lecture par le professeur de littérature :

Une pièce inconnue s’illumina à l’intérieur de Lotto. Voilà la réponse à toutes ses questions. On pouvait laisser son moi de côté et se transformer en quelqu’un d’autre. On pouvait réduire au silence la chose la plus effrayante du monde.- une classe d’adolescents. Lotto errait dans le vague depuis la mort de son père. En cet instant, il retrouva toute son acuité.

La mère abusive de Lotto  participe activement à cette ambiance tragique et désespérée dont on veut se libérer à tout prix.

Les fêtes avec leurs amis « fidèles » se succèdent à toutes les époques et les masques tombent pour notre plus grand plaisir  au cours de ce superbe thriller psychologique dont la victime est le couple.

Couverture de l’édition US

Pour voir le résumé ou réserver , c’est ici

Trois saisons de l’orage Cécile Coulon Viviane Hamy 2017

Voilà, j’ai enfin pu lire ce roman très réservé ! Et pour cause…

Trois saisons d'orage_Cécile Coulon

Fontaine est un endroit reculé qui ne doit son essor qu’à l’entreprise d’extraction de pierre qui s’y est installée. Les Trois Gueules, d’énormes falaises, écrasent le paysage et semblent imposer leurs règles. André, jeune médecin venu de la ville, tombe amoureux du lieu et s’y installe. Insensible à la sourde menace, il est bientôt rejoint par son fils.

Fresque romanesque sur trois générations, ce livre aborde le thème de la ruralité, opposé au monde de la ville, celui des classes sociales et de l’empreinte de la nature sur l’homme.

Cécile Coulon excelle dans la description des paysages et des sentiments. Les portraits de ses personnages sont bien brossés. Bref, on rentre vite dans l’histoire pour ne plus la quitter. Un livre que l’ont peut conseiller aussi aux amateurs de terroir sensibles à la qualité de l’écriture.

« Underground Railroad » de Colson WHITEHEAD ; trad. de Serge CHAUVIN

VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE D’AMERIQUE

© CHIP SOMODEVILLA/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP

Première phrase : « La première fois que Caesar proposa à Cora de s’enfuir vers le Nord, elle dit non »

Dernière phrase : « Elle se demanda d’où il avait fui, quel enfer c’était, et quel long chemin il avait dû parcourir avant de pouvoir laisser tout ça derrière lui »

Une plongée dans les racines économiques et humaines du racisme aux Etats-Unis, c’est ce que propose ce livre.  Et notre guide sera Cora, esclave qui va fuir sa plantation de coton en Géorgie en traversant  les Etats-Unis en plein bouleversement . Du sud esclavagiste au nord abolitionniste, elle fera tout (et même le pire) pour accéder à sa liberté via le légendaire réseau d’entraide multicolore L’UNDERGROUND RAILROAD. Le coup de maître de l’auteur, c’est d’avoir donné corps à ce réseau clandestin  humain et routier matérialisé dans le livre par un maillage complet de voies de chemin de fer souterrain.

 

Mais ce n’est pas le seul point remarquable de ce livre ( qui fera partie de ma liste de préférés de 2017 ) . En plus d’être un plaidoyer contre l’esclavagisme d’un point de vue moral, il explique les rouages de sa « justification » économique dans la création du système économique des Etats-Unis. Les plantations de coton doivent être rentables et nécessitent leur chair fraîche venue d’Afrique, puis ensuite,  (dans des conditions moins inhumaines venant de pays « pauvres  » comme l’Irlande, l’Allemagne).

« Des corps volés qui travaillaient une terre volée » (aux indiens). « C’était une locomotive  qui ne s’arrêtait jamais dont la chaudière avide se nourrissait de sang ».

L’histoire des USA  et la période trouble avant la guerre de Sécession entraînera une chasse aux sorcières souvent  à base de vengeances personnelles dont seront victimes beaucoup de citoyens américains un peu comme en France pendant l’occupation.  Cet aspect pourrait intéresser certains lecteurs friands de fond historique.

Pour les africains, le système était basé sur un refus de leur accorder le statut d’humain. Ils n’avaient pas les droits inclus dans la Déclaration d’indépendance concernant les hommes qui « Naissent égaux en droits » ce qui laissait le champ libre à toutes sortes de défoulements sadiques. Et, on a beau savoir et avoir vu des images, la descriptions de la violence des plantations reste terrifiante. Pour avoir une idée de l’ambiance du livre, j’ai retrouvé une sorte de  « Django Unchained » sans le côté grand guignol  furioso de Quentin TARANTINO mais avec cette même volonté obstinée de se libérer.

Couverture de l’édition US

Cora sera prise en chasse par un implacable mercenaire à la solde des esclavagistes.  Même enragée, cela ne l’empêchera pas de se rendre compte de la prise de risques venant de certains américains blancs et de l’égoïsme de certains noirs. Elle se posera sans cesse des questions et évoluera au gré de ses rencontres malveillantes et bienveillantes pour aboutir à des conclusions lucides parfois complexes.

« Etre libre, ce n’est pas une question de chaînes, ni d’espace disponible. Sur la plantation, elle n’était pas libre, mais évoluait sans restriction, elle goûtait l’air frais et suivait la course du soleil l’été ».

 

 

 

Mrs HEMINGWAY de Naomi WOOD ; Trad. de Karine DEGLIANE O’KEEFFE

Kurt HUTTON STRINGER

Le vieil homme et le père

1ère phase du livre : Tout, désormais , se fait à trois. Dernière phrase : Nous y sommes, . Le monde n’existe plus.

Entre les deux, ses quatre femmes feront le récit de leur vie plus ou moins commune avec Hemingway, se croiseront et apprendront à se connaître. Chaque chapitre correspond à une de ces femmes et les allers-retours non chronologiques  à l’intérieur de  chaque partie se font très naturellement. En effet, chacune ayant connu au moins la précédente directement pendant une période de vie à trois, les approches sont très diverses et complémentaires.

On apprend à connaître le  monument dans tous les sens du terme. Excessif dans son besoin maladif de compagnie, dans son alcoolisme, sa vitalité, sa violence et son besoin vital d’écriture, il l’était. Ce n’était visiblement pas un cliché parlant de cette personnalité énorme aux multiples facettes qu’on a envie d’insulter parfois tant il a une conduite déplacée et infantile. Dans la bande d’amis partageant  fêtes et gueules de bois, des années folles aux années 60, de Paris à Cuba, on croise Scott Fitzgerald et sa femme Zelda qui, on l’ apprend,  n’appréciait pas Ernest. Au passage, les noms d’animaux dont certaines l’ont affublé semblaient un peu mal taillés pour lui : Et vas y « mon agneau » . Un peu  décalé pour  l’homme, même dans son rôle de mari ! Le livre fait le portrait de quatre femmes très différentes les une des autres, même si l’attention se tourne toujours vers Ernest.

 

Par exemple, Martha, la plus indépendante n’a pas supporté sa phobie de la solitude et son besoin de se faire materner.

« Ses mariages ne se finissent jamais à deux. Il faut toujours qu’ils se terminent par un jeu a  trois, pense t- elle avec amertume »

Couverture originale

La tragique page blanche

Et cette fragilité s’est aussi  manifestée par des pannes d’écriture. Cela constitue un des moments les plus poignants du livre, au moment où le Président Washington lui écrit . Ernest doit lui faire une simple réponse. Et il est au plus profond de son désespoir. Il n’y arrive plus alors qu’il en a un besoin vital.

Pour lui,  perdre sa capacité à écrire, c’était perdre sa capacité à libérer son esprit de ses angoisses . Écrire, c’était comme entrer dans une maison magnifique : un lieu propre éclairé où la lumière tombait en de grands faisceaux blancs sur de  beaux parquets en bois. Écrire, c’était se sentir chez soi, c’était y voir clair. « 

Son père se serait suicidé et il luttait pour ne pas sombrer avec lui, entrainé par le poids de  ce mystère dans une dépression récurrente qui l’a mené à faire le choix de mettre fin à ses jours.

Donc, voici un livre que je conseille aux lecteurs amateurs d’histoires d’amour, d’histoire du 20è siècle, d’Hemingway et d’écriture. Si vous voulez réserver, c’est ici

Dans ses romans, je vais commencer par « Le soleil se lève aussi » à réserver ici

En début d’année, nous avions chroniqué un livre consacré à Fitzgerald et sa femme « Derniers feux sur Sunset »  de Stewart O’NAN

Bénédicte WK

Les mémoires d’un chat de Hiro Arikawa; trad. par Jean-Louis de la Couronne

Mont Fuji par Richard Kumtanom

A la manière d’un conte, l’auteur nous emmène en  voyage à travers le Japon et dans le passé de Satoru, maître du très bavard chat Nana. L’animal a été sorti du caniveau par le jeune homme qui doit s’en séparer pour une raison que l’on devine au fur et à mesure. C’est le prétexte pour faire connaissance avec ses amis, sa famille au détours de réflexions sensibles. Satoru n’a pas eu la vie facile et cependant, il reste d’une douceur sans faille. Par contre, la partie critique est assurée par Nana. Loin d’être bête, il se permet commentaires et digressions humoristiques sur la société des humains, celle des animaux et sur son pays. Le principe est le même que dans les mémoires d’un âne de la comtesse de Ségur mais le chat s’exprime de façon un peu simpliste parfois, dommage,  et il est assez râleur, dans le genre Garfield ou dans le genre chat, tout simplement !

Cela constitue le seul coup de griffe de cette chronique sur ce livre  très agréable, qui fera voyager les amateurs de chat, de Japon contemporain et de personnages délicats pour la plupart.

Pour réserver, c’est par ici : http://urlz.fr/68JP

 

 

 

 

 

« La servante écarlate » de Margaret ATWOOD; Trad. de Sylviane RUE

 « Nous dormions dans ce qui fût autrefois le gymnase » (première phrase)

« Et donc je me hisse, vers l’obscurité qui m’attend à l’intérieur ; ou peut être la lumière » (dernière phrase)

Image extraite de la série « The Handmaid’s tale », 2017 produite par Hulu

Pourquoi ce livre en particulier ? Il fait partie de ceux  dont je n’avais absolument jamais entendu parler avant de travailler en médiathèque et que j’ai dans la PAL des classiques.  Parce que c’est une magnifique  dystopie du niveau de  « 1984″ avec lequel elle partage des thèmes communs. Ajoutez à cela le coup de projecteur dû à l’adaptation en série cette année avec l’excellente Elizabeth MOSS et, coup de massue, le prix que l’auteure Margaret ATWOOD a récolté cette année et voilà, je l’ai enfin lu.

Defred (comme « de Fred »)  décrit sa vie dans une société post catastrophe nucléaire . A Gilead règne la dépersonnalisation et le contrôle généralisé en réaction  à la frivolité de la société précédente, aux déréglements de l’indépendance, de l’amour et  de la lecture . Mais Defred n’a pas oublié sa vie d’avant, son mari et sa fille dont elle n’a plus de nouvelles.  Elle y pense quand elle regagne la chambre de servante qu’elle occupe dans la maison de ses maîtres où elle vit. La société régie par les préceptes rigoureux qui la divise,  lui a imposé de prêter son ventre pour donner porter les enfants des castes supérieures stériles. Mais le ver est dans le fruit , venu du passé et de son goût de liberté individuelle. Va -t-elle se révolter et si oui, jusqu’où ?

The Royal Winnipeg Ballet interprète La Servante écarlate

Comme dans les autres récits dystopiques, le personnage principal, privé de son identité se fait le messager de nos envies de révolte et parfois, on lui reproche de ne pas aller assez loin. Justement, Defred se montre assez nuancée à cause de son passé et elle n’a pas repris le flambeau de la lutte féministe de sa mère. Elle essaie de comprendre les personnes et les hommes y compris et les considère avant tout comme des humains. Ces nuances dans les personnages font que ce n’est pas seulement un livre féministe et c’est pour cela qu’il est complexe.  L’auteur a puisé dans le réel : un régime où  des femmes perdent les premières leur indépendance, et une partie des hommes en profitent mais au même titre que des régimes politiques ou des pouvoirs religieux ayant existé  (nazisme, communisme…)

Le Jardin des délices env1495-1505 Jérôme Bosch

 

Pas étonnant que l’actualité récente (aux Etats-Unis notamment) ait fait penser à ce livre qui se pose là en matière de classique ! Encore un coup de cœur !

A ce sujet : un article supplémentaire du site Usbek et Rica

Sur Actualitté.com  un article publié à l’occasion du Salon du Livre de Francfort où  Margaret ATWOOD a reçu le Prix de la Paix des Editeurs et libraires allemands)

Pour voir le résumé ou/et réserver sur le catalogue de la MD68, c’est