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Etrange littérature étrangère…

J’ai eu l’occasion de sortir un peu de mon domaine de prédilection (la littérature francophone). Et j’ai été assez dépaysé !

Une Histoire de loups d’Emily Fridlung Gallmeister 2017Une histoire de loups_Fridlung

En général, j’aime bien les romans « nature writing » dont cet éditeur s’est fait le spécialiste. Souvent, il s’agit de survivre, isolé, dans un milieu sauvage, au fin fond des Etats-Unis. Ce premier roman nous emmène au Minnesota, près d’un lac. Une adolescente, Madeline (Linda) y vit seule avec ses parents, à la suite d’une expérience communautaire qu’on suppose ratée. La jeune fille se lie d’amitié avec ses plus proches voisins, un couple et leur jeune fils, Paul. Le père étant souvent absent, elle devient vite la baby-sitter attitrée et s’immisce dans la vie de la famille. Dès le départ, le drame est annoncé, ce qui n’empêche l’atmosphère de gagner en tension. De fréquents allers-retours dans le passé et une histoire de pédophilie au sein du lycée, viennent étayer l’histoire sans vraiment qu’elle gagne en profondeur. L’ambiance funeste du roman a failli avoir raison de ma lecture. La psychologie des personnages, telle que présentée par l’auteur, n’a pas suffi à me les rendre attachants ou tout le moins, compréhensibles. Dommage car l’écriture est intéressante.

Ambiance différente pour cet autre titre :

Zouleikha ouvre les yeux Gouzel Iakhina Les Editions Noir sur blanc 2017Zouleikha ouvre les yeux_Gouzel Lakhina

Dans la Russie des années 30, Zouleikha est marié à un paysan tatar. Sa vie se résume à trimer pour son mari et sa belle-mère qu’elle surnomme la Goule. Bien que musulmane, elle invoque régulièrement les esprits. En pleine période de dékoulakisation, son mari est assassiné et Zouleikha déportée en Sibérie. Une longue lutte pour la survie commence alors pour la jeune femme qui est enceinte. Le commandant du convoi, Ignatov, semble s’intéresser à elle. Arrivés près d’une rivière, les déportés vont devoir créer leur propre village. Ce roman offre une fresque de la Russie sous Staline avec un éclairage sur les coutumes tatars.  Les personnages évoluent et s’affranchissent de leurs croyances. On se laisse porter par l’écriture et par l’histoire, bien qu’un peu longue. L’auteur de ce premier roman, tatare, a été récompensée et traduite dans plusieurs pays. A suivre.

 

Des livres qui ont la cote…

Couleurs de l’incendie de Pierre Lemaitre Albin Michel 2018

Voilà une suite qui n’en est pas vraiment une…  Au Revoir là-haut, le précédent roman, Prix Goncourt, retraçait le destin funeste d’Edouard Péricourt, fils de bonne famille, devenu Eugène Rivière. Cet ancien soldat et gueule cassée avait monté une arnaque aux monuments aux morts avant de se suicider. Dans « Couleurs de l’incendie », quelques années ont passé. Nous suivons la vie de Madeleine, la sœur d’Edouard. Alors qu’elle enterre le patriarche de la famille, son fils, Paul, se jette par la fenêtre et devient paraplégique. Le sort continue de s’acharner sur elle puisque son oncle et le bras droit de son père, s’allient pour la dépouiller. Mais Madeleine, mue par la vengeance, n’est pas disposée à laisser perdre le patrimoine de son fils…Couleurs-de-l'incendie_Lemaitre

Pierre Lemaitre réussit à nous accrocher avec brio à son histoire qui devient une fresque familiale. Il nous peint l’époque de l’Entre-deux-guerres, ce monde changeant, fragilisé par les crises, où les grands bourgeois cèdent le pas aux industriels. Communistes et fascistes profitent du peu de stabilité politique pour gagner du terrain. C’est dans cette période trouble que se débattent les personnages du roman. Pierre Lemaitre les décrit si bien qu’on imagine déjà le film. Seul point un peu décevant : la trame de l’histoire. Le roman étant axé sur la vengeance de Madeleine, la fin est rapidement devinée dans ses grandes lignes. J’attends tout de même avec impatience la fin de la trilogie.

 

 

 

Autre livre qui a bénéficié d’un large écho :

Les Loyautés de Delphine de Vigan JC Lattès 2018

 

Les loyautés_de Vigan

Un livre qui se lit rapidement mais qui n’en est pas moins profond. C’est l’histoire d’une amitié entre deux adolescents, Mathis et Théo. « Ils n’ont pas eu besoin de parler pour savoir qu’ils pouvaient s’entendre. Il suffisait de se regarder ; communautés tacites – sociales, affectives, émotionnelles-, signes abstraits, fugaces, de reconnaissance mutuelle, qu’ils seraient pourtant incapables de nommer. » C’est aussi une histoire d’adultes et de couples. Céline, la maman de Mathis, vit mal ses origines sociales modestes par rapport à celles de son mari. Quant aux parents de Théo, séparés, accablés de tristesse et de rancœur, ils en oublient leur fils. Où commence la maltraitance ? Elle s’inscrit aussi dans les soins et l’attention qu’on ne donne pas. Théo sait se débrouiller alors il aide, remplace, et pallie les défaillances de ses parents. Pour supporter, il commence à boire et entraîne Mathis à sa suite. Mais Hélène, une professeur au passé abîmé, va déceler les signes d’une catastrophe imminente, au risque de dépasser les limites.

 

15 jours de création !

 

Sophie Rigal-Goulard, auteur de romans jeunesse, nous a fait le plaisir de passer 15 jours en résidence de création littéraire à Altkirch dans le Sundgau. Ce séjour a eu lieu du 27 novembre au 8 décembre. L’objectif était d’une part, d’organiser des ateliers d’écriture animés par un auteur pour des collégiens, et d’autre part, d’organiser des rencontres entre ce même auteur et les publics des médiathèques ainsi que le personnel des bibliothèques du Haut-Rhin.

Au collège d’Altkirch, Sophie a travaillé avec la classe de SEGPA de Mme Farny. Elle a aidé de petits groupes à écrire des romans photos. Les élèves avaient lu plusieurs livres de Sophie et ont apprécié la rencontre avec l’auteure. Ils avaient d’ailleurs préparé des questions à lui poser.

Au collège de Dannemarie, quatre classes de sixième ont profité de la venue de Sophie pour s’intéresser au métier d’écrivain. Une classe de cinquième a pu discuter du thème de l’obésité, abordé dans le titre Isis, 13 ans, 1m60, 82 kg, publié chez Rageot. Les élèves ont composé un portrait chinois.

La classe de 6e B a bénéficié de plusieurs heures avec Sophie. Les élèves se sont penchés sur la réécriture d’un conte, Blanche Neige, qu’ils avaient étudié en cours. S’inspirant des thématiques des livres de Sophie (10 jours sans écran et 15 jours sans réseau, publiés chez Rageot), ils ont actualisé et détourné l’histoire en y ajoutant une bonne dose de nouvelles technologies et d’humour.

La classe Ulis a travaillé, quant à elle, sur le contre des Trois petits cochons. Ces derniers sont devenus les Trois petits connectéchons !

L’expérience est une vraie réussite grâce à la générosité et au professionnalisme de Sophie ! Merci aux enseignants, merci aussi aux bibliothécaires d’Altkirch et de Dannemarie qui ont accueilli les classes et les ont aidées à avancer.

Les deux rencontres « tout public » et les deux formations autour des livres de Sophie et de son travail ont, elles aussi, été appréciées. A chaque fois, il y a eu de nombreux échanges qui ont permis de mieux comprendre le travail de l’écrivain et sa place dans la chaine du livre. A travers les thèmes abordés, ce sont aussi les questions de société autour du numérique qui ont émergé, questions qui interpellent particulièrement les bibliothécaires. Comment, dans un contexte de sollicitation permanente, donner envie de lire ?

Nous avons eu même droit à un scoop ! En avant-première, nous avons pu découvrir la couverture du dernier livre de Sophie !

Sophie Rigal-Goulard_24-heures-sans-jeu-video

 

 

 

 

 

Trois saisons de l’orage Cécile Coulon Viviane Hamy 2017

Voilà, j’ai enfin pu lire ce roman très réservé ! Et pour cause…

Trois saisons d'orage_Cécile Coulon

Fontaine est un endroit reculé qui ne doit son essor qu’à l’entreprise d’extraction de pierre qui s’y est installée. Les Trois Gueules, d’énormes falaises, écrasent le paysage et semblent imposer leurs règles. André, jeune médecin venu de la ville, tombe amoureux du lieu et s’y installe. Insensible à la sourde menace, il est bientôt rejoint par son fils.

Fresque romanesque sur trois générations, ce livre aborde le thème de la ruralité, opposé au monde de la ville, celui des classes sociales et de l’empreinte de la nature sur l’homme.

Cécile Coulon excelle dans la description des paysages et des sentiments. Les portraits de ses personnages sont bien brossés. Bref, on rentre vite dans l’histoire pour ne plus la quitter. Un livre que l’ont peut conseiller aussi aux amateurs de terroir sensibles à la qualité de l’écriture.

Le Garçon Marcus Malte Zulma 2016

Le livre s’ouvre sur la mort de la mère du Garçon. Alors qu’ils ont toujours vécu seuls, dans la forêt, le jeune homme, muet décide de retourner à la civilisation. Dans un village isolé, il loue ses bras contre le gîte et le couvert. A la suite d’un ale-garcon_marcus-malteccident, il est contraint de s’enfuir. Errant sur les routes, il va de rencontres en rencontres. Frôlant la mort, il est hébergé par Auguste et sa fille Emma. Il découvre avec elle l’amour jusqu’à ce que la guerre l’arrache à sa nouvelle famille. Roman d’apprentissage, la vie du Garçon fait figure de fresque de ce début du 20ème siècle.

Marcus Malte a une plume superbe. Il a d’ailleurs été fort justement récompensé par le prix Fémina. Dommage que certains chapitres, comme un trop-plein, ne sont qu’une succession de mots et de listes. Un livre dense. **

Sauver et fils Saison 1 Marie-Aude Murail Ecole des loisirs 2016

Sauveur et fils saison 1

Sauveur est psychologue. Originaire de Martinique, il élève seul son fils, Lazare, 8 ans. Dans son cabinet défilent des familles recomposées, une ado qui se scarifie, une phobique scolaire, un enfant énurétique… Il y a aussi Gabin, un jeune homme que Sauveur héberge car sa mère est internée. Du coup, Lazare est souvent livré à lui-même et profite d’une porte entre-ouverte pour écouter les patients. Dehors, une ombre menaçante espionne le père et le fils.

Un psychologue comme personnage principal, c’est assez rare dans les romans pour être souligné. Il y a une volonté de dédramatiser les problèmes psychiques et le fait de consulter. Sauveur reçoit des patients de tout âge avec des problèmes différents. Dès lors, les thèmes abordés sont très riches : l’homosexualité, les victimes de pédophiles, le racisme, la quête d’identité… Même le psychologue, un père comme les autres, peut être dépassé. Les personnages notamment adolescents, sont sympathiques. Ce sont plutôt les adultes qui dérapent. Le justesse du ton  rend le roman convaincant.L’humour contrebalance habilement le côté sérieux. Une suite est déjà parue.**

J’ai toujours ton coeur avec moi de Soffia BJARNADOTTIR : ne plus perdre le nord

tormenta-solar

 

Les auteurs venus du nord ne se limitent pas au genre policier et les éditeurs se tournent vers ce vivier prêt à être traduit ! Zulma et ses couvertures reconnaissables proches du design nordique l’a fait, justement.

coeur

Bienvenue dans la vraie vie, et les relations humaines partagées par la plupart des personnes. En l’occurrence, il s’agit de celles qui étaient censées unir Hildur à Siggy, dans le rôle de la mère excentrique toujours absente et actrice de ses fausses mises en scènes macabres .

Un petit exemple de scénario maternel :

Quand je suis revenu de l’école, elle était allongée tout habillée dans la baignoire, une Winston light aux lèvres. Johnny Cash hoquetait sur la platine. Ce genre de comédie ne me perturbait pas. Au fil du temps les mises en scène théâtrales de ma mère avait fini par m’ôter toute réaction. J’avais appris depuis l’enfance à ne plus trop ressentir.

Après la mort définitive de sa mère, elle s’aperçoit, justement, qu’elle ressent des choses et c’est toutes ces impressions venues de l’au delà que l’auteur va décrire avec minutie sans avoir peur du grotesque et du fantastique. Le récit sera illuminé parfois de douceur bienveillante au milieu de l’opération de reconstruction à base de souvenirs revisités.

Je la vénère et je la crains comme Shiva qui façonne et défait toute chose.

Hildur va réussir à survivre à Siggy malgré tout et emménage dans la petite maison jaune sur l’île de Flatey, la seule ayant été habitée par sa mère et qu’elle lui a léguée.

Les termites,les lombrics, les araignées, les sauterelles, les phoques et les cerfs. Ils rampent et vagabondent avec moi à travers le monde et se font des messes basses à propos de ce fragile retour à la vie. Ensemble, nous avons soif de vie.

Donc, un très beau petit roman intense qui remue et soulage à la fois. A réserver ici