Sélections…

Des compagnons de route pour l’été

51et5WE8jRL__SL160_Pour les vacances à l’étranger, voici quelques petites idées qui pourraient vous accompagner tout l’été.

« L’Amérique des écrivains » : road trip par Pauline GUENA et Guillaume BINET, 2014

Voilà un livre complet qui donne envie de lire tous les écrivains rencontrés. Le principe adopté par les deux auteurs : Pauline GUENA,  auteur elle même, est partie avec Guillaume BINET (photographe)  et leurs quatre enfants pendant un an à la rencontre de 26 grands auteurs américains et des lieux qui les inspirent – soit un périple de 15 000 km environ, avec comme point de départ et d’arrivée, l’amour des livres.

Les questions posées aux écrivains par P. G. portent aussi bien sur leur cheminement dans le métier que sur leurs méthodes de travail et permettent de se rendre compte de la diversité des parcours et de les rendre tous intéressants. Même si l’organisation du métier est différente aux Etats Unis et que la tradition des ateliers d’écriture est au centre de beaucoup de « démarrages », l’envie de raconter par le livre est commune à tous. Le fait que l’auteur soit un écrivain rend très pertinentes ses interrogations et  provoque en retour les questions de certains de ses collègues américains.

G. Binet photographie les auteurs chez eux, mais aussi ses enfants (toujours de façon très naturelle). Il prend aussi des clichés des habitants et des paysages urbains et de pleine nature. De quoi partager une part de l’inspiration qui alimente l’écriture et d’en donner une interprétation visuelle, très belle.

Donc, un livre multiple, de voyage, de photos, de littérature, de témoignages… pour partir loin.

Et en complément, un voyage  (en anglais) sur les traces d’autres personnages de la littérature américaine offert par Télérama

« L’année des volcans » de François Guillaume LORRAIN, spécialiste du cinéma, est certes un auteur français,  mais les destinations où il nous emmène sont exotiques ! Direction les Îles Eoliennes, mais aussi Hollywood.

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Le livre nous dévoile comment une promesse d’un rôle non tenue par Rosselini à son impétueuse maîtresse Anna Magnani a débouché sur le tournage de Vulcano de William Dieterle, film jumeau  de Stromboli avec la rivale du nord, Ingrid Bergman.

Les deux tournages, explosifs déboucheront sur des films peut être pas indispensables. Ce qui est intéressant, c’est le trio Rosselini et ses deux amours, la façon dont les sentiments prennent part aux projets les plus fous et souvent pour de mauvaises raisons.Toutes ces passions et ces faiblesses font un mélange explosif qui donne vie à des situations et des dialogues souvent drôles et réalistes.

 

Et si vo51y0mlUA7NL._SL160_us aimez les acteurs, l’Italie et Hollywood , De si jolies ruines de Jess WALTER , trad. par Jean HESCH, roman choral, réunit aussi ces trois ingrédients avec également de l’humour : (les scènes de navigation avec Richard BURTON aviné par exemple). Les ruines désignent  les acteurs vieillissants, l’Italie d’après guerre mais aussi les bâtisses qui bordent l’Adriatique dans le petit port déserté de Porto Vergogna.

Une jeune actrice s’y réfugie en 1962, fuyant la maladie alors qu’elle devait débuter le tournage de Cléopâtre, à Rome. Aussitôt, le tenancier de l’unique hôtel du village en tombe amoureux. Elle est rejointe par Richard Burton et le producteur intéressé. S’en suivront des péripéties sur différentes époques, des retrouvailles entre des personnages liés par le cinéma et les sentiments. Avec un style à la fois drôle et poignant.

Pour faire la transition avec le cinéma, voici un recueil de nouvelles rééditées :  « La colline des potences » par Dorothy Marie JOHNSON trad. par Liliane Stzain dont un premier volume « Contrée indienne » avait servi de base à plusieurs westerns.

Pour ceux qui apprécient les voyages sous des températures plus fraîches, Katarina MAZETTI nous emmène avec « Ma vie de pingouin » pour une croisière naturaliste du côté de l’Antarctique . Une nouvelles occasion pour l’auteur de nous faire partager les états d’âme de trois personnages hauts en couleur et à priori incompatibles qui vont apprendre à s’apprécier, coincés qu’ils sont sur ce bateau.

Car,  comme dit l’auteur : « Tous les humains sont des icebergs. Il faut se souvenir que neuf dixièmes de nous sont invisibles sous la surface. C’est ce qui rend l’existence si intéressante. »

imagesEt si vous voulez en savoir plus sur l’auteur Vidéos de K. MAZETTI

 

 

 

 

 

Dans le genre 51enPmHrCBL__SL160_« Famille loufoque » : La vie prodigieuse de Garnet Ferrari par Marie MANILLA, traduit par Sabine PORTE se pose là. Garnet est une jeune fille dotée de pouvoirs surnaturels détectés depuis son plus jeune âge. Le Vatican voulant s’en assurer, il dépêche un émissaire qui sera chargé d’interroger ce mystère. Le roman est constitué de ces entretiens qui nous font voyager dans l’histoire familiale d’une famille peu banale.Il se joue de notre attirance pour le surnaturel et de la volonté de récupération des croyances qu’animent les communautés religieuses.

 

Autre voyage : pour ceux qui aiment les livres qui se passent dans une librairie, comme « La bibliothèque des coeurs cabossés de Katarina BIVALD  » voici  » Le coeur entre les pages » de Shelly KING, trad. par Pascale HAAS.coeur pages

Une trentenaire en reconversion professionnelles forcée, va s’investir dans une librairie en perte de vitesse et victime de la concurrence. Le point de départ de cette aventure sera une correspondance amoureuse trouvée dans un exemplaire de « L’amant de Lady Chatterley » et qui va piquer sa curiosité. Au fil du livre, elle apprendra à (re)découvrir des personnes qu’elle croyait connaître et mettra ses anciennes compétences à profit.

Un livre optimiste avec des livres dedans, de l’amour, de l’humour, et un chat furtif.

A propos de ce livre, si vous voulez des avis complémentaires sur Babélio, en voici quelques uns.

 

Avec « Le paradis des animaux » par David James POISSANT et  Michel LADERER  pour la traduction,51tpIIwIKtL__SL160_ vous ferez le plein d’amour sous toutes ses formes, celui qui nous fait faire des folies (ou pas) mais nous font avancer, avancer toujours. Les personnages attachants de ces nouvelles nous réservent à chaque fois des surprises, comme dans la vie ? et avec un style percutant.

 

 

Avec « Nous » de David NICHOLLS, trad. par Valérie BOURGEOIS, partez en voyage à travers l’Europe du Sud avec un couple en pleine crise et leur fils, adolescent dans toute sa splendeur. Connie (fibre artistique revendiquée) vient d’annoncer sa décision de quitter son scientifique de mari, Douglas. Pourtant, même désespéré, Douglas décide d’essayer de sauver son couple et sa relation avec son fils. Les thèmes : difficultés d’entretenir la flamme, méconnaissance de l’autre due à la paresse et l’usure.Tout ça ne vous rappelle personne ? Si oui, plongez voluptueusement dans leur contradictions,  leurs maladresses que  l’humour « so british » de Douglas et l’écriture de l’auteur rendront émouvants.

Voir aussi : d’autres avis

 

romantisme

 

 

 

 

 

 

 

Valise d’été en littérature francophone

Voilà des livres que j’ai vu passer et que je mettrais bien dans ma valise…

Il s’agit de :

 

Mémé dans les orties d’Aurélie Valognes Michel Lafon 2015mémé_

Ce livre, grand succès du numérique en auto-édition, raconte l’existence bouleversée d’un vieux bougon  bousculé par une fillette de 10 ans et une grand-mère geek. Une littérature humoristique qui donnera des couleurs à votre été !

 

Toujours dans les trios, voici le livre :

JulesJules de Didier Van Cauwelaert Albin Michel 2015

Là, c’est un chien qui joue l’empêcheur de tourner en rond !  Jules, chien d’aveugle, doit changer de maître car Alice a subi, avec succès, une opération des yeux. Il fugue et fait une irruption désastreuse dans la vie de Zibal.

Un livre digne des comédies romantiques…

 

Pour continuer, rajoutons un zeste d’amour et de poésie japonaise, et voicifacteur émotif

Le Facteur émotif de Denis Thériault Anne Carrière 2015.

Ce court roman québecois a été couronné d’un prix littéraire. Une trame originale où un facteur trompe l’ennui en ouvrant les courriers qu’il doit distribuer… Mais qui est pris qui croyait prendre…

 

 

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Et je danse aussi d’Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat Fleuve éditions 2015

Roman à quatre mains, composé d’échanges de courriels, ce livre met en scène la correspondance entre un écrivain connu, en panne d’inspiration et une lectrice. Quand deux grands noms s’associent, la palette des émotions est à l’honneur !

 

Immersion dans l’Angleterre de la Première Guerre mondiale dans

Un Roman anglais de Stéphanie Hochet Rivages 2015.hochet

Un portrait de femme tout en finesse inspiré de la vie de Virginia Woolf. C’est aussi le reflet d’une société en pleine mutation. A lire pour voyager et s’imprégner d’une autre époque…

 

Les Quatre saisons de l’été de Grégoire Delacourt J.-C. Lattès 2015

DelacourtQuatre histoires de couples qui ont 15, 35, 55 et 75 ans… On se retrouvera forcément dans l’un ou l’autre. Les points communs : le 14 juillet 1999 avec la prédiction de fin du monde en vue et la chanson de Cabrel « Hors saison ».

Pour ceux qui avaient aimé le best-seller La liste de nos envies et les autres, à découvrir sans attendre !

 

La vie est facile, ne t’inquiète pas ! Agnès Martin-Lugand Michel Lafon 2015vie-facile-aml

Agnès Martin-Lugand signe là la suite des aventures de son héroïne Diane dans Les gens heureux lisent et boivent du café. Le roman peut néanmoins se lire indépendamment du premier. Diane doit surmonter un deuil et reprendre goût à la vie. Un livre émouvant, malgré quelques clichés,  et qui donne envie de profiter de la vie !

 

Ric-Rac d’Arnaud Le Guilcher Robert Laffont 2015

ricracPrenez un adolescent de 14 ans, Jeanyf, qui passe ses vacances à La Sourle, coin perdu. Rien de bien réjouissant ! D’autant plus que pour intégrer un centre de formation sportif, il doit gagner quelques centimètres pendant l’été. Et pourtant, voici un roman drôle et sensible. Alors vous aussi, essayez les vacances façon Arnaud Le Guilcher !

 

 

 

Encore un dernier livre avec un adolescent pour personnage principal : Venise

Venise n’est pas en Italie d’Ivan Calbérac Flammarion 2015

Voyage initiatique (en caravane) d’un garçon de 15 ans, ce road-movie illustre également, avec humour, les différences de classe, les  relations parents-enfants et les premiers émois.

 

Voilà, la valise est pleine ! Je vous souhaite de bonnes vacances ! Et si vous avez l’occasion de bouquiner ces livres ou d’autres, écrivez-le nous !

Vote pour le Prix « La Plume de Paon » du livre audio

paonCette année encore, trois prix vont être décernés par l’association « La Plume de paon » qui travaille à faire connaître et développer les livres lus. Les sélections proposées dans quatre catégories : jeunesse, littérature contemporaine, classiques et documents font l’objet d’un prix attribué par les professionnels, d’un prix des lycéens et  d’un prix des lecteurs.

Vous pouvez participer à ce dernier sur leur site Prix la Plume de paon

LAURA KASISCHKE : créatrice d’atmosphères (première partie)

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Un oiseau blanc dans le blizzard est un titre relativement ancien (2000) mais qui fait partie de ceux d’un de mes auteurs préférés (pour l’instant) et que j’ai lu après avoir vu récemment le film de Gregg ARAKI qui en a été adapté.

Kat, une adolescente de 17 ans se retrouve confrontée au mystère de la disparition brutale de sa mère, évanouie dans la nature sans laisser de trace. Elle continue de la voir (en rêve ???) au milieu de décors fantomatiques et glacés. Le père semble anéanti, et cela correspond à son caractère effacé « Je suis un homme simple ».

Kat va tenter de vivre avec cette absence et se construire en reconstituant le puzzle au moyen de flash backs (très bien amenés) et en prenant sa vie en main. Elle prend corps « mais quand Phil s’est allongé sur moi, ce qui m’arriva en fait, fut en fait une soudaine prise de conscience de la présence de notre peau. » ou « le fait de désirer Phil me fit soudain désirer tout et tout le monde » La mère, très belle femme folle d’isolement et de frustration (thème récurrent aussi), contrainte à rester au foyer, a humilié le père depuis le début de leur mariage. Elle a tenté de plus en plus désespérément de ne pas perdre sa place de femme dans la famille : achats compulsifs, ivresse, drague du petit ami de sa fille alors que ses relations sexuelles avec son mari sont inexistantes, hypercontrôle des autres. Le parfait modèle familial américain type est descendu en flamme, mais en douceur, à force de petites piques glacées.

L’enquête avance lentement, en second plan. Mais la véritable recherche est celle de Kat pour savoir qui était cette mère.  Où est elle ? et pourquoi est elle partie ?

On s’oriente surtout à la fin vers le thriller alors que les éléments se resserrent autour de la résolution de l’énigme dont la conclusion varie entre le livre et le film.

black-and-white-person-woman-girl-mediumComme dans ses autres livres, les adolescent(e)s sont présents de façon très réalistes, et qu’on a l’impression de les voir fonctionner sans fard. Pourquoi l’adolescence revient elle dans tous ces livres ? « Il s’agit d’un âge propice au drame, qui possède un grand potentiel tragique et métaphorique » -lesinrocks.com 24/08/2013

En général, c’est leur point de vue qui est central et nous sommes confrontés à leurs états d’âme en direct. Les parents et les adultes y sont souvent débordés et au bord de la crise de nerf alors que les jeunes font preuve d’une lucidité lumineuse et salvatrice pour les pauvres adultes que nous sommes.

Donc, dans ce livre, on a tout ces éléments. Dans le film « American beauty » de Sam Mendes, on retrouve aussi cette famille américaine exemplaire qui part en vrille, en proie à la frustration : le père qui tombe amoureux de la copine de sa fille, et qui démissionne du jour au lendemain, se met à fumer, la mère qui le trompe avec un directeur d’agence immobilière, la fille qui les déteste pour leur attitude puérile.

Mais ce qui caractérise Laura KASISCHKE, ce sont les touches de mystère qui tissent un climat différent dans chaque livre et les rapprochements inattendus entre les éléments de la réalité et les sensations.

A propos de l’odeur d’un cadavre animal. «  Une odeur, qui, dès la deuxième semaine, évoquait plus des roses trempant dans de l’eau sucrée que de la viande morte. A la fin du mois, on aurait plutôt pensé au fœtus mort-né d’un ange. Un petit bout de tissu précieux tombé du ciel et qui, à présent, sentait mauvais. La douceur perdue, précisément, au bord du trottoir  »

Ce qui est envoûtant, c’est ce mystère sans explication tranchée qui s’exprime de façon différente dans chaque titre (fantômes réels ou maladie mentale, rêveries avec, comme autre espace flottant, l’adolescence).

L’auteur a débuté comme poétesse et continue dans cette voie d’ailleurs.

Le ressort de l’angoisse tient au fait qu’on ne peut en déterminer la nature : les phénomènes décrits dans le livre sont-ils d’origine psychologique ou supernaturelle ? Kat va chez la psy mais c’est juste pour parler. C’est cette dualité qui rend les choses effrayantes et intéressantes. Les vrais fantômes ne font pas peur !

Extrait : « En vérité, ma mère a disparu vingt ans avant le jour où elle est réellement partie. Elle s’est installée dans la banlieue avec un mari. Elle a eu un enfant. Elle a vieilli un peu plus chaque jour – de cette façon qu’ont les épouses et les mères d’âge moyen d’être de moins en moins visibles à l’œil nu. Vous levez peut-être les yeux de votre magazine quand elle entre dans la salle d’attente du dentiste, mais elle est en fait transparente. »

Pour compléter tout ça, un petit lien vers la page du site Babelio consacrée à Laura Kasischke

Et un article sur le site de Télérama : article Télérama

Interview sur le site les inrocks.com : Interview lesinrocks.com esprit d’hiver

Sans oublier des références présentes dans notre catalogue : Esprit d’hiver ; En un monde parfait ; La couronne verte (voir critique à suivre) ; Les revenants (voir critique à suivre)

Au sujet du film réalisé par Gregg ARAKI, le dialogue avec le livre (à travers la voix off de Kat) correspondait vraiment à des moments que j’avais repérés dans le livre.

Mais, une différence : le personnage de Kat y est mal à l’aise et complexé «SI je pouvais avoir quelque chose de sexuel aux yeux de quiconque, alors, ce ne pouvait être que de la façon dont l’intérieur d’une oreille de chat peut paraître d’ordre sexuel… Obscène parce qu’on ne voulait pas voir ça, parce qu’on ne veux jamais penser à quelque chose d’aussi vulnérable et personnel que la sexualité dévoilée d’une grosse fille » Alors que dans le film, ce n’est pas le cas, elle est belle et à l’aise de ce point de vue.

Autre différence, dans le film, l’empreinte des années 80 (telles que je les ai ressenties) est physiquement présente à travers une bande son tout à fait représentative. D’ailleurs, Laura K estime que, plus que les personnages, c’est l’atmosphère du livre qui compte : Chez moi, l’intrigue et les personnages sont secondaires. Ce qui compte, c’est une certaine qualité d’impression, une atmosphère.” Le personnage de Phil correspondait physiquement aussi à l’époque. La nouvelle copine du père était incarnée par Sheryl LEE, qui tenait le rôle de Laura Palmer dans Twin peaks catalogue MD68

Un site intéressant consacré à Twin Peaks !

Donc, enrichissement de l’atmosphère du livre par le film qui devient moins suave, plus rock and roll.

A titre d’illustration, voir cet article très intéressant sur la musique des années 80. On y retrouve, « Behind the Wheels » des Dépêche Mode présent dans la bande son du film.

 

La couronne verte de Laura KASISCHKE (Laura KASISCHKE, Créatrice d’atmosphères, deuxième partie)

PLUMESVERTESjpgLa couronne verte Récit d’apprentissage à travers une histoire d’amitié entre trois filles découvrant pendant leur Spring Breack,une toute petite partie du Mexique, mais pas la plus innocente : les pyramides de Chichen Itza, lieu de sacrifice des jeunes vierges!!! ). A cette occasion, les élèves de terminale américains se regroupent dans un lieu exotique, en général, et se livrent à des activités diverses et variées comme le bronzage exaspéré sous l’emprise de l’alcool ou d’autres substances, copulation…ou /et découvertes de la culture locale.

Le récit est partagé par trois amies : Terri qui reste au second plan et choisit plutôt la première option, Michelle, que l’auteur choisit de faire parler à la troisième personne et Anne s’exprimant à la première personne (On comprendra plus tard pourquoi ce choix donne plus d’épaisseur au récit). Ces deux dernières optent pour une option mixte. Elles se trouvent seules face à des choix, sans autre arme que leur instinct. Celui-ci les mènera  au devant du drame mais pas de la façon qu’on imaginait.

A mon avis, ce n’est pas le meilleur livre de Laura Kasischke. La question centrale du livre, bien qu’illustrée par une montée en puissance de l’angoisse, est un peu celle qui se pose à tout le monde : en qui peut-on vraiment avoir confiance? Et cela est peut être encore plus partagé lorsqu’on est un jeune adulte, mis devant une multitude de choix plus ou moins menaçants et/ou excitants selon son degré d’imagination et surtout l’orientation de celle-ci ! C’est peut être un livre qui plaira aussi à un public plus large, le style, au service d’une histoire plus basique, est moins poétique. Certaines images redondantes le plombent même un peu (les plumes vertes deviennent un peu lourdes, au bout de plusieurs fois). La psychologie aussi est plus terre à terre et les adultes sont moins présents. Le seul personnage adulte masculin propose et les filles acceptent ou pas (Michelle n’a pas de père officiellement connu). Mais les mères sont présentes à travers leurs conseils. A propos d’Anne et Michelle : « Nous connaissions et respections nos propres limites. En cela, nous avions pris le contre-pied de nos mères qui pouvaient être d’une insistance pesante : Il leur fallait toujours tout savoir, tout comprendre – et lorsqu’elles n’y arrivaient pas, elles tentaient de nous changer pour que l’on corresponde à la vision qu’elles avaient de nous ». Donc, je continue avec « Les revenants » que j’ai largement préféré.

Les Revenants de Laura KASISCHKE (3ème partie de Laura KASISCHKE, créatrice d’atmosphères)

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Encore un très bon ! Les jeunes adultes y sont encore plus mis en avant que dans « Oiseau blanc dans le blizzard » du même auteur.

Là encore, les personnages ont des visions provoquées par des éléments concrets ou non. Par exemple, quand Mira, enfant, voit sa mère transfigurée et comme en pleine métamorphose. « Le soupçon aussi diffus qu’irrationnel qu’elle se régénérait dans cette pièce. Comme des ailes géantes repliées autour du corps Sa peau paraissait humide couverte d’un film de rosée » et « la fillette eut la nette impression que sa mère venait d’éclore ». Dans ce texte, on est plus près du fantastique et des récits de vampires et de zombies caraïbes que de fantômes éthérés. A un moment « il avait été drogué et il était amoureux, ce qui est aussi en soi une forme de drogue du zombie «  !!.

Le roman se déroule sur un campus américain. Une élève meurt dans un accident de voiture alors que son ami s’en tire miraculeusement. « La scène de l’accident était exempte de sang et empreinte d’une grande beauté. » Le témoin arrivé suite à l’accident a « Le sentiment d’être tombée par hasard sur quelque chose de très secret […], quelque rite sacré nullement destiné aux yeux humains « . Dans Sailor et Lula de David LYNCH, (encore !), la scène de l’accident de nuit, illustre également parfaitement, cette douce étrangeté.

Mais il y a un problème : la jeune fille réapparaît régulièrement aux yeux de certains étudiants. Est-ce un problème liée à la drogue, un simple accident, un meurtre ? Il se trouve que la confrérie à laquelle appartenait la victime est assez portée sur les substances illicites de même que son ancien ami.

Une des professeurs de la fac, spécialisée dans les autopsies et les rites autour des morts apporte sa caution rationnelle à l’enquête, mais pour épaissir encore plus le mystère qui ne sera un peu éclairci qu’à la fin du livre.

Une ambiance noire et gothique qui, au passage, vous permettra d’enrichir vos connaissances sur les confréries qui rythment la vie sociale des campus américains et  la thanatopraxie !

A noter que ce livre a reçu le Prix « Lire en Poche »  2015décerné par la ville de GRADIGNAN.

 

Littérature francophone : retour sur ce qu’il ne fallait pas rater en 2014

A commencer par les commémorations, nombreuses :

Celle du début de la guerre 1914/1918 avec la parution de romans sur le sujet (à noter l’écrasante domination de « Collier rouge » de Rufin chez Gallimard et d’ « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaître chez Albin Michel). Les rééditions des œuvres d’écrivains-soldats ont également foisonné. Un hommage particulier a été rendu à Charles Péguy, mort au début de la guerre.

Concernant la guerre 1939/1945, on a pu lire le remarquable « Charlotte » de Foenkinos, roman sur la vie et la déportation du peintre Charlotte Salomon.

Le centenaire de la naissance des écrivains Marguerite Duras et  Romain Gary (nés en 1914) a fait l’objet également de publications et rééditions.

A noter les parutions des auteurs prolixes : Marc Lévy, Guillaume Musso, Amélie Nothomb, Catherine Pancol, Eric-Emmanuel Schmitt… Pour les amateurs de romans optimistes, relevons également les nouveaux titres de  Gilles Legardinier, Agnès Ledig et Frédéric Lenoir…Le centenaire de la naissance des écrivains Marguerite Duras et  Romain Gary Gary(nés en 1914) a fait l’objet également de publications et rééditions.

Côté thématique, ont été abordés la question de l’homosexualité dans le remarquable premier roman « En finir avec Eddy Bellegueule » d’ Edouard Louis, le don d’organe dans « Réparer les vivants » de Maylis de Kerangal, les emplois précaires et difficiles (tel celui d’ouvrier agricole chez Marie-Hélène Lafon « Joseph », « Debout payé » de Gauz),  la vie de consommation et ses temples « Regarde les lumières, mon amour » d’Annie Ernaux. Le microcosme politique est décrypté dans « L’Emprise » de Marc Dugain.debout payé

Lola Lafon rappelle à notre souvenir la vie de Nadia Comaneci « La petite communiste qui ne souriait jamais ».

La religion intéresse deux auteurs « phare » : Emmanuel Carrère parle des débuts du christianisme et de son expérience personnelle dans « Le Royaume ». Marek Halter commence la biographie romancée des femmes de l’islam avec « Khadidja ». Jean d’Ormesson écrit ses réflexions sur l’homme, Dieu et l’univers.

A signaler le presque régional de l’étape, le vosgien Jean-Paul Didier-Laurent qui signe le très remarqué  premier roman « Le Liseur de 6h27 ».

Enfin, pour finir sur LA bonne nouvelle de l’année littéraire francophone, rappelons encore la récompense de  Patrick Modiano, Prix Nobel de littérature 2014.

Voici quelques temps forts de l’année littéraire francophone.

Espérons que l’année 2015 soit aussi riche en surprises littéraires…

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