Dans les jardins du Malabar de Anita NAIR, trad. par Dominique Vitalyos

Eternel voyageur qui cherche la mesure de la terre et de l’homme

Voici comment se présente Idris, originaire de Djibouti, voyageur, commerçant, philosophe, interprète, scientifique, et père. C’est le besoin de mouvement et la liberté qui le fait s’embarquer vers Kozhicode, sur la cote du Malabar. Après la rencontre avec son fils, il nous entraîne au gré de ses rencontres dans des voyages portés par des objectifs parfois commerciaux (commerce des pierres précieuses) mais en fait, surtout motivés par la soif de connaissance, y compris celle de son fils.

malabar

A ce titre, sa première quête « officielle » est la découverte de l’endroit -Serendip- où est situé le conte à l’origine du concept de « sérendipité« . Et là, il faut absolument que j’en parle, même si le nom, traduit directement de l’anglais est un peu barbare. Il désigne une expérience quotidienne partagée par tous ! Un exemple : je cherche un livre précis, et, miracle, au cours de cette recherche et de ses dérives, je trouve quelque chose qui me sera encore plus précieux ! C’est un peu l’anti algorithme de recommandation en littérature. Gavarneur en parle aussi dans sa belle critique dans Babelio.

Un jour, j’ai perdu quelque chose dans les environs. Peut être suis-je revenu sur mes pas pour le retrouver

J’ai beaucoup aimé l’ambiance générale se dégageant de ce livre, proche de celle d’un conte philosophique du côté de Zadig de Voltaire. Idris emporte avec lui un savoir accumulé lors de ses voyages et rencontres, qui alimentent sa tolérance pour les peuples qu’il découvre en les laissant venir à lui. Quand on l’interroge sur le Jihad (il est musulman) et qu’on lui demande en quoi il a foi, il s’aperçoit simplement qu’il ne s’était jamais posé la question. Le livre distille certains points bienvenus sur des aspects du Coran ou des pratiques liées à l’hindouisme.

Mais la paternité va amener des bouleversements dans son fonctionnement.

A quelques croyances que l’on s’attachât, tout changeait dès lors que sa progéniture était en jeu

C’est donc un roman d’apprentissage aussi bien du point de vue de Kandavar (le fils), que de celui d’Idris. Il dit de son fils qu’il est la lumière de son âme et leur belle relation évolue au cours du livre.

La rigueur et la dureté  des coutumes rencontrées en Inde ainsi que l’injustice du système des castes est tout de même soulignée ainsi que le sort peu enviable des femmes, même si certaines arrivent à être libre. D’ailleurs, on voit bien que les principes dictés par la coutume et les textes sont appliqués de façon très variable une fois les portes fermées. Idris, au cours de son existence rencontrera plusieurs femmes qui le marqueront.

Le contexte historique est en arrière plan avec la présence des néerlandais, commerçants implantés  (on est dans les années 1660) . A ce sujet, à la fin du livre, une liste des sites sur l’histoire de cette partie de l’Inde est proposée (en anglais).

Les annotations auraient effectivement été plus pratiques en bas de page, mais peut être est-ce dû à la  » version épreuves non corrigées ».

Je remercie Babelio et Albin Michel pour l’envoi de ce livre dans le cadre de Masse Critique. Cette rencontre m’a permis d’aborder ce genre de littérature vers lequel je ne vais pas spontanément. Encore un bel exemple de sérendipité au quotidien.

En cette période où les pensées peuvent peu à peu se tourner vers le voyage, c’est un très bon livre qui saura vous accompagner, je crois.

Il connaissait la valeur des histoires, il savait qu’elles pouvaient nourrir un affamé et soigner un malade

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