« Eden springs » de Laura KASISCHKE ; Trad. de Céline LEROY

BIenvenue en enfer !

C’est un roman inspiré de faits réels, une tendance forte dans les romans actuels. A l’origine de ce fait divers du début du XXè siècle, la mort d’une adolescente, au sein de « La Maison de David », une secte autosuffisante, à visée agricole, commerciale et ludique (Disneyland s’en  est inspiré) où la communauté est composée essentiellement de jeunes gens. Benjamin Nutten, le gourou barbu et portant beau, élégant (il arbore souvent un canne) et propre sur lui, propose rien moins que la vie éternelle à ses colocataires non moins barbus et chevelus ( pour les hommes). Les femmes, elles, sont souvent vêtues de robes de soie blanche ainsi que reprendra l’esthétique floue de David Hamilton. Comme tout bon gourou qui se respecte, il a  le goût du pouvoir intellectuel et sexuel sur ces très jeunes filles en fleur. Soit dit en passant : les règles censées être appliquées aux membres de la communauté prônent l’abstinence.

La seule personne âgée présente pendant le récit est Cora, l’intellectuelle qui suscite la méfiance.

Cora rit d’elle-même, de cette pensée, mais cet éclat de rire sembla sec et lointain. Personne ne souhaitait vieillir. Personne ne souhaitait mourir. C’était la religion de Benjamin. Sa vision. Le corps juvénile, la joie de vivre avec. L’idée avait frappé Benjamin un jour, avait-il raconté, comme l’éclair alors qu’il n’était encore qu’un petit garçon : La mort n’existe pas, avait dit l’éclair.

Ce qui est intéressant, c’est que le mystère du pourquoi ?  reste complet. On a pas accès du tout au cerveau de Ben mais tout le roman repose sur des  témoignages avérés présents à chaque début de chapitre ainsi que sur le récit de la vie quotidienne de quelques membres féminins pour la plupart. Seuls quelques indices permettent de se faire son scénario mais sans certitude.

Ici encore,  comme dans les autres romans de L. Kasischke,  mais dans une formule renouvelée, les mondes se côtoient, l’onirique avec le réel, la mort et la vie. Comme dans la vraie vie et dans les autres romans de cette auteure, le danger niche au sein du  cercle des intimes. Un univers qui fait que j’aime cette auteure !

« Et c’est ainsi que le rêve commençait : – par un sentiment de plaisir, voir ces gens avec leurs longs cheveux, vêtus de  blanc, toujours polis et souriants.  Il regardait les jeunes filles dans leurs robes amidonnées, écoutait la musique, respirait la douce odeur des lilas et voyait le Roi Ben se promener parmi eux sous un ciel bleu éblouissant » Puis une impression bizarre le saisissait : Peut être que le ciel était un peu trop bleu. Peut-être que la musique jouée au kiosque était un peu  trop forte. Il y avait là quelque chose qui ressemblait à une dissonance, à un chant funèbre plutôt qu’à une polka…et c’est alors qu’il remarquait qu’une de ce filles, celles avec les nattes défaites d’un blond vénitien, les lèvres entrouvertes et les yeux bleus gris, le regardait de l’autre côté de la mare aux canards.

Je trouve que les fulgurances poétiques de Laura K. (elle écrit de la poésie aussi) sont particulièrement bien amenées cette fois ci. Elles contrastent  avec les bribes de réel que sont les témoignages cités avec entre les deux, le récit, le tout formant un tissu riche et chatoyant. Je l’aime aussi pour ça.

A propos de la ruche : Nous voyons  de logues alvéoles dégoulinantes tenant au plafond et aux murs et au sol par de la cire. Des arches et des piliers de miel, rougeoyants, malgré les ombres de l’obscurité. Rougeoyants. Bourdonnants. Dorés. Dangereux et sucrés. Et au centre, un caillot sombre qui s’élève et retombe et s’élève à nouveau. Un genre de cœur. Un genre de secret….

A noter l’intéressante postface de Lola Lafon.

On peut proposer ce roman à des lecteurs de policier même si l’enquête n’est pas du tout le principal.

Quelques références de romans inspirés de  personnes réelles  : (Edmonde (Charles-Roux) de Dominique de Saint-Pern, La Disparition de Joseph Mengele,de Olivier Guez ; Clara Dupont-Monot sur Aliénor d’Aquitaine),, La goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino ;  Ton histoire, mon histoire de Conie Palmen  inspiré de la vie de Ted Hughes après le suicide de sa première femme, Sylvia Plath,  Après de Nikki Gemmel qui parle de sa vie après le décès de sa mère ; Lincoln au bardo de George Saunders sur Abraham Lincoln et son fils ; Gala-Dali : le roman d’un amour surréaliste de Carmen Domingo ; Un poisson sur la Lune de David Vann sur ses relations avec son père suicidaire.

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