Le nuage d’obsidienne d’Eric MCCORMACK

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Nous qui vivons aujourd’hui, dans un monde aussi troublant qu’inconstant, nous sommes comme le vieil Archimède : nous manquons de tout fondement solide pour dissocier l’illusion du réel.

Couverture du livre :

 

La rencontre entre un livre mystérieux et Harry Steen le met en mouvement, à travers plusieurs pays et à l’intérieur de lui-même. Le mystère contenu dans ce livre est de l’ordre de la science fiction et ce nuage d’obsidienne pourrait bien ressembler au monolithe de « 2001 l’odyssée de l’espace« . Tout au long du livre, des éléments fleurtent avec le fantastique ou les récits horrifiques mais le mystère n’est jamais résolu entièrement.

Cette ambiance est entretenue par un style d’écriture un peu suranné qui fait qu’on se demande si on est dans un livre écrit de nos jours ou à la fin du 19è siècle : les Hauts de Hurlevents  pour Duncairn Manor, la maison isolée dans les landes et l’histoire d’amour tragique,   Frankenstein pour les créatures issues des expériences menées par le professeur Dupont . Il y a là un mélange de réalisme et de fantastique à l’image du personnage principal qui essaie de se raisonner mais n’y arrive pas toujours.

Voilà ce qu’il est lorsque je suis calme et objectif. Mais quand je quitte cet état d’esprit, le catalogue des explications rationnelles me paraît vain et vide. Il n’y a plus rien que l’aveuglement, une manière pour moi d’éviter de reconnaître ce qui me terrifie réellement, à tel point que j’ai presque peur de le formuler par des mots, de peur que ces mots ne s’avèrent prophétiques.

Les personnages gardent aussi leur part d’ombre et c’est très bien ainsi.

Une fois de plus, je me rendais compte que, si j’avais été proche de lui (Gordon), je le connaissais à peine. Ce qui n’aurait pas dû me surprendre, évidemment. Quand nous prenons un tel soin de déguiser nos vrais sentiments, aux autres, pourquoi devrions-nous espérer lire en eux ?

A bien des égards, elle était pour moi un si complet mystère que face à elle,  je me sentais désarçonné.

Pour les amateurs d’histoire d’amour tragique, les motivations de la femme qui lui a brisé le coeur ne seront révélées qu’à la fin du livre.

Les livres occupent une grande place dans ce roman. Ils ont des pouvoirs comparables à celui des êtres vivants et à travers eux se créent des liens. Le fils de Harry va ouvrir une librairie – cabinet de curiosités propre à rassasier les amateurs de livre rares. J’ai vérifié certains titres, ils existent : « The Poor Man and the Lady (1867) (Le pauvre homme et la Dame) de Thomas Hardy.

Quand j’avais ouvert ce vieux quarto pour la première fois et vu là, sur la page de titre le mot « Duncairn » imprimé, j’aurais presque pu croire que le livre m’attendait, qu’il m’avait en quelque sorte choisi… Naturellement, j’ai conscience que l’idée même d’un livre détenant de pareils pouvoirs n’est que pure absurdité romantique.

C’est un roman très divertissant (on y découvre des coutumes érotiques exotiques pratiqués autrefois au détour d’un des différents séjours de Harry !).

C’est léger et grave à la fois et la couverture donne une bonne idée du contenu touffu. Des pistes sont ouvertes qui permettraient même une suite !

Si ça vous a donné envie, la réservation se fait là, sur le catalogue de la MD68.

J’avais chroniqué un autre livre qui pourrait intéresser le même lectorat : « Corps mémorables » de Marcel Théroux .

En bonus, « Wuthering heights » de Kate Bush  vidéo expressive version 1978 que j’ai revue avec beaucoup de plaisir à l’occasion.

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