« Lila » de Marilynne ROBINSON ; trad. de Simon BARIL

Si elle devait conserver  de tout ça qu’un seul souvenir, se serait ce qu’elle ressentait en marchant à ses côtés

NOAA George E. Marsh Album, theb1365, Historic C&GS Collection CC

NOAA George E. Marsh Album, theb1365, Historic C&GS Collection CC

Et Lila a beaucoup marché, d’abord accompagnée de Doll, journalière travaillant vaguement pour la meute lui servant de famille, qui la kidnappe, la sauve du même coup ? et lui permet d’apprendre à lire et compter..

Elles se retrouveront sur les routes de la Grande dépression des années 30 aux Etats-Unis, à chercher de quoi tenir debout avec d’autres miséreux, puis Lila restera seule pour atterrir dans une maison close.

Vu comme ça, il pourrait s’agir d’un roman seulement âpre, et violent, mais le réconfort est là, sous différentes formes. Y compris son couteau.

Tout ce qu’elle avait, elle, c’était son couteau. Assorti de l’angoisse, de la solitude et du regret

C’est le seul repère dans toute ses existences, il lui sert de boussole,  et il cohabite avec la possibilité d’avoir un enfant (volé ou à soi).

Et il y a la Bible et la bienveillance du vieux révérend Ames qui partira à sa découverte. Il entamera un dialogue enrichi de l’expérience de Lila, lui qui apprécie ses questions simples auxquelles le livre d’Ezechiel devrait apporter une réponse.

Il ne s’agit pas de dire que la joie est là pour compenser la perte, mais que l’une et l’autre existent individuellement. La souffrance est très réelle, et la perte nous semble définitive.

Il a peut être aussi réussi ce que certains films de Terrence MALICK avait réussi à faire. Je pense à « La ligne rouge «  ou « The tree of life » par exemple où les citations bibliques  en voix off alimentent les questions existentielles des personnages.

Toujours assaillie par ses anciennes vies sur la route, à fuir la misère et la violence en mélangeant tout ça avec les réflexions sur son fragile futur, elle se laisse peu à peu adoucir par son nouveau compagnon.

Elle retournerait à cette solitude terrible comme on pénètre dans l’eau froide, le corps s’engourdissant  afin de se protéger, afin de ne pas sentir ce que le corps savait.

J’ai tellement de vie derrière moi. – Je sais. – Rien ne ressemble à cette vie-là. -Je sais. – Ca me manque parfois

Le rythme des phrases lent et précis est celui de la progression de Lila dans la vie. On participe à son éclosion intellectuelle et sociale à travers ses dialogues intérieurs avec son enfant à naître et Doll.  Les va et vient entre passé, présent et futur. Avant qu’elle ne trouve à qui parler dans la personne du révérend Ames

Ce livre n’est pas de tout repos mais il nous renvoie à la mythologie américaine, l’exode, la rédemption, l’auto défense. J’ai pensé aussi au sublime  La nuit du chasseur, pour la période où il se déroule, l’obsession de la fuite, le réconfort apporté par la vieille femme, Rachel Cooper, recueillant les enfants errants et la nature omniprésente. Un autre roman paru en  2016 reprend ce fait divers : « Tous les vivants » de Jayne Anne PHILIPPS : Réserver

Lila clot une trilogie que l’on peut lire séparément. Réserver « Home » ou  réserver « Giléad »

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