« Mio Padre » de Rossana CAMPO ; Traduit par Anaïs Bouteille- Bokobza

La jeune fille au pneu, Valea Plopilor, Jud. Guirgiu, Roumanie, 18 mars 2005

Etre ou ne pas être normal : telle est la question.

Un thème classique mais traité de l’intérieur puisque l’auteur parle d’elle même et de sa relation passionnée avec celui que la plupart considère comme un moins que rien : son père Renato. Et à bien des égards, c’est vrai : lâche, autodestructeur, égoïste, alcoolique, menteur. Bref, un père en dessous de tout à l’aune de la normalité et faisant souffrir sa famille. Elle le traîte de « taré ».

Pourtant, c’est de cette flamboyance héritée de lui qu’elle tirera l’énergie créatrice qui fait d’elle un écrivain et rien d’autre. C’est violent, souvent et parfois avec les éclairs fulgurants de la chaleur irremplaçable entre un père et une fille. Parce qu’après tout, ils s’aiment.

« Voilà, malgré tout, Renato me venait en aide, parce que parmi les vivants qui m’entouraient, il représentait une bouffée d’air, la rébellion, la tentative de vivre pour ce que nous sommes et non pour ce que les autres attendent de nous »

Ce rôle d’écrivain, elle sait que c’est le seul pour lequel elle soit faite et quand elle pense à faire une psychanalyse, le docteur l’en dissuade en lui lisant du Virginia WOOLF parce que, sa place, c’est de ne pas en avoir, (à l’inverse de la majorité) !

« J’ai soudain senti que, excepté les livres, il n’y avait pas d’endroit pour moi dans le monde, pour ce que je suis, pour la façon dont je sens les choses, pour comment je pense à la vie, pour ce que j’ai à l’intérieur. Il n’y a pas d’endroit dans l’univers où je puisse vivre. »

De place, il est encore question ici :  les parents de Rossana viennent du Sud de l’Italie et s’installent au nord. Ils seront toujours considérés comme des « Culs terreux ». Le fait d’avoir des ancêtres gitans du côté de son père attise cette attirance pour le désordre et la liberté qu’elle partage avec lui. Autre point commun : il écrit également et remplit des carnets de poésie depuis ses années en tant que soldat et qu’il a vu littéralement son ami d’enfance exposer à côté de lui.

La mère, évidemment semble  bien plus raisonnable que ces deux là et souffre de la situation, elle qui est plus « normale » et rigide, mais contre le besoin de liberté de son mari incontrôlable, elle ne peut pas grand chose (ça se passe dans les années 60-70, en plus ). On retrouve l’ambiance si bien décrite par Elena Ferrante dans « L’Amie prodigieuse » et ces familles pauvres la plupart du temps qui arrivent à bricoler pour avancer ensemble, finalement mais au prix de grandes souffrances pour certains.

Rossana, nous fait partager sans fard ce lien incomparable et vital qui l’unira à son père.

 « Voilà mon histoire : il y a toujours quelqu’un, un « normal » qui vient me dire à quel point mon père est un salaud, à quel point il est absurde d’avoir un père comme le mien…La vie me rappelle toujours qui je suis, d’où je viens et ce que je porte en moi ».

Les autres, ce ne sont que des « visages pâles « !

Si ça vous a plu, pour réserver, c’est

Il mériterait de figurer dans la bibliographie (sélection de romans, de documentaires, de films…) publiée à l’occasion de Bibliothèques à la Une 2017  « Hors norme : hors jeu ? »

 

 

 

 

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