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L’Eveil Stade 1 Jean-Baptiste de Panafieu Gulf Stream

Eveil_Jean-Baptiste de PanafieuQui n’a rêvé de voir son chat ou son chien lui répondre ? Laura, spécialiste en neuro-génétique, a inoculé un virus à une souris. Celle-ci réussit à s’échapper du laboratoire et à transmettre le virus à d’autres animaux. Progressivement, ces derniers voient leurs facultés se développer. Ils s' »éveillent ». Dans le quartier, Gabriel, le frère de Laura et ses amis Alya et Clément assistent à l’éveil du perroquet Montaigne, du chat Chou-K et du chien Cabosse. Grâce à un logiciel, ils arrivent à communiquer entre eux. Sommée par la multinationale agro-alimentaire WOFF de créer un « contre-virus », Laura s’enfuit avec les adolescents et leurs animaux. Progressivement, différentes espèces de mammifères prennent conscience de leur situation et s’organisent. Des leaders émergent ainsi que des groupes d’opinion. C’est toute la société, créée par les hommes, qui est remise en cause.

Un premier tome intéressant qui questionne l’homme sur son rapport à l’animal. L’auteur prend le temps de montrer l’éveil de plusieurs mammifères. C’est vraiment une mise en place de l’intrigue. Du coup, le rythme m’a paru lent mais il est contrebalancé par l’originalité du thème et son traitement.

Qui ment ? Karen M. McManus Nathan 2018

Cinq jeunes du lycée de Bayview sont collés. Un des élèves meurt. Qui reste ? quatre suspects. Parmi eux, il y a Nate, le rebelle, Cooper le beau sportif, Addy, la potiche  et Bronwy, l’intello. Simon, la victime, était aussi l’auteur de l’appli à scandale Askip. A la manière de la série Gossip girl, il y dévoilait les secrets les plus inavouables des lycéens. Il jouait le rôle du narrateur omniscient et tous avait une raison de lui en vouloir. D’autant que l’appli n’a pas cessé de fonctionner avec la mort de son créateur…Qui-ment-_McManus

Qui tire les ficelles ? De révélations en révélations, les personnalités s’affinent et dévoilent leur part d’ombre et de complexité. Derrière les stéréotypes, il y a des sujets plus profonds sur l’homosexualité, la dépersonnalisation, la fraude… Une réflexion est menée également sur les raisons qui poussent des élèves à se sentir exclus. Le suspens est maintenu jusqu’à la fin. Un thriller accrocheur !

 

Mon Traître d’après le roman de Sorj Chalandon Pierre Allary Rue de Sèvres

Mon traître_Sorj ChalandoIl y a des livres qui vous tentent et qui vous intimident à la fois. J’avais commencé Le Quatrième mur pour lequel Sorj Chalandon a reçu le Prix Goncourt des lycéens. Il m’était tombé des mains. J’aurais dû persister, persuadée que je me serais laissée happer par l’histoire. Mais il n’en a pas été ainsi. J’appréhendais donc cette lecture dont le sujet, le conflit en Irlande du nord, me semblait un peu difficile. Quand j’ai vu l’adaptation en bande-dessinée, j’ai compris qu’une occasion s’offrait à moi. Le rendu artistique de Pierre Allary attire l’œil. Les traits sombres et le monochromatisme, tantôt vert, jaune ou bleu, collent à l’histoire.  A quelques milliers de kilomètres de Paris, c’est la guerre. Les Irlandais du nord se déchirent et l’armée britannique, censée apaisée le conflit, y prend part. C’est dans ce contexte qu’Antoine, un luthier français, se lie d’amitié avec un couple d’Irlandais. Par leur intermédiaire, il fait la connaissance d’une figure emblématique de l’IRA, Tyrone Meehan. Le récit décrit cette amitié profonde qui donnera envie à Antoine de s’engager pour la cause. Mais au fil de la bande-dessinée, apparaissent les interrogatoires de Tyrone par l’Ira.

Au final, l’histoire d’amitié trahie, sur fonds de guerre civile, est bien retranscrite. On ne peut rester insensible. Pierre Allary a pris des libertés dans le dessin (notamment pour les personnages) mais reste fidèle au roman.Je me suis aussi replongée dans le conflit, avec l’envie d’en savoir plus. J’attends l’adaptation de la suite Retour à Killybegs qui est annoncée. Je crois que je vais m’en tenir, pour cette fois encore, à la bande-dessinée. Elle a le mérite de permettre un accès facile et rapide à l’histoire et de proposer un visuel de qualité !

 

Quelques livres « légers » pour l’été…

Voici quelques idées de lectures pour ensoleiller votre été :

Le Jour où maman m’a présenté Shakespeare de Julien Aranda Eyrolles

L’histoire d’un jeune garçon, élevé par sa mère, comédienne et fantasque. Baignés de poésie et de théâtres, ils réussiront à surmonter les ennuis. Un roman plein d’optimisme !

Rêver n’est pas un vilain défaut Carole Cerruti City éditions

Une comédie romantique à la Bridget Jones ! Une jeune femme rêve de terminer son premier roman, de maigrir et de trouver un amoureux. Rêver_CerrutiInvitée à une soirée de retrouvailles d’anciens étudiants, elle décide de louer les services d’un acteur. Mais celui-ci n’est pas à son goût…

Reste aussi longtemps que tu voudras de Mélanie Taquet Editions d’organisation

Nina part retrouver son amie, Hannah qui tient un bed&breakfast à Florence. La vie des deux femmes est compliquée. Hannah doit composer avec sa sorcière de belle-mère qui s’ingère dans son couple. Quant à Nina, il semble qu’elle porte un terrible secret.

Poste restante Lorraine Fouchet à Locmaria Héloïse d’Ormesson

Chiara, une jeune italienne, apprend que son père n’est pas mort. Il vit en Bretagne sur l’île de Groix. La jeune femme décide alors de partir travailler sur l’île. Elle va alors de rencontres en rencontres…

Viens on s’aime  Morgane Moncomble Hugo et Cie

Une romance addictive autour d’un trio amoureux et d’une amitié qui bascule.

L’Aile des vierges Laurence Peyrin Calmann-Lévy

Maggie, une jeune anglaise, issue d’une famille de féministe, doit renoncer à ses ambitions. En avril 1946, elle rentre au service des riches Lyon-Thorpe. Elle y fait la rencontre de l’héritier qui, contre toute-attente, est également pris aux pièges des conventions.

 

GABRIËLE de Anne et Claire BEREST

Francis Picabia, Marcel Duchamp, Apollinaire, Igor Stravinsky , mais aussi Calder, Arp, Brancusi. j’allais oublier Elsa Schiaparelli et Samuel Beckett  pour les plus connus. Le dénominateur commun (mais pas commune du tout car tout à fait particulière), c’est Gabriële Buffet, tête chercheuse  dans cette période de bouillonnement créatif, musicienne et penseuse de l’avant garde.  Ce roman biographique écrit à quatre mains par ses deux arrière petites filles nous fait partager sa vie tumultueuse avec le peintre poète Francis Picabia entre 1908 et 1919, date de leur séparation et de la naissance de leur dernier enfant. Elle incarne à merveille cette époque d’expérimentations et de volonté de liberté et de  rupture avec le 19è siècle tant  au niveau artistique qu’ intime. Pourtant, elle a toujours continué à aimer et protéger Picabia sujet à de fréquents accès de dépression suivis d’épisodes d »exaltation aventureuse en automobile alors que Marcel Duchamp, et Apollinaire se consumaient pour elle. Ils vivaient  plus ou moins en communauté et leurs relations furent entretenues par une correspondance poétique et passionnée.

Au delà des discussions enflammées parcourant le dadaïsme, les avant gardes et les voyages qui ont mené le couple terrible des capitales européennes jusqu’à New York en passant par le petit village d’Etival où elle avait ses racines, nous découvrons la puissance de l’attachement qui liait Gaby à Picabia « Funny guy » avec leurs zones d’ombre. C’est ce qui fait un des intérêts de ce roman très bien documenté qui peut intéresser les amateurs d’histoire de l’art, du féminisme, des relations amoureuses. Des références biographiques correspondant à chaque chapitre se retrouvent à la fin de l’ouvrage pour les plus curieux !

Et le côté très attachant de ce livre réside aussi dans l’échange qui est retranscrit entre les deux sœurs dialoguant dans l’écriture avec leur ancêtre flamboyante. Car c’est aussi une tentative  de reconstruction de leur famille qu’on voit se retisser peu à peu pour expliquer à leur mère à toute les deux pourquoi le fils de Gabriële, ( leur grand-père)  s’est suicidé à 27 ans.

 

 

Glaise Franck Bouysse La Manufacture de livres 2017

Un hameau dans le Cantal, pendant la guerre 14/18… Les familles ont vu partir leurs fils, maris et pères. Les femmes et les enfants les remplacent aux travaux des champs. Une longue attente commence. Chez les Landry, Mathilde et son fils Joseph, 15 ans, s’épaulent pour les tâches domestiques, aidés du vieux Léonard. Plus loin, il y a les Valette : l’homme, mutilé, et  sa femme. Ils accueillent, de mauvaise grâce, Irène, leur belle-sœur et Anna, la nièce. Les deux femmes, venueGlaise_Bouysses de la ville, vont bouleverser involontairement l’équilibre du hameau.

La glaise est une terre qui englue les soldats, les garde loin de chez eux. C’est cette même substance qui retient aussi les paysans à leur terre. On imagine facilement les personnages, tels de minuscules fourmis, essayant de s’y dépêtrer, luttant contre les éléments. Franck Bouysse excelle dans la peinture sombre des campagnes, le « noir rural », mélange d’angoisse et de solitude. On lit l’auteur autant pour l’atmosphère que l’histoire de ses romans.

Des jours sans fin de Sebastian BARRY ; Trad. de Laetitia DEVAUX

« Des jours avec faim  » aurait pu être un sous titre. Car il en est beaucoup question, de la faim : celle qui a poussé des paquets entiers de population à fuir l’Europe, traverser l’océan et plus encore pour avoir une chance de vivre ailleurs, celle qui tenaille le ventre des pionniers, des soldats… Et Thomas McNulty en sait quelque chose, lui qui l’a croisée dans tous les costumes qu’il a endossés au cours de sa nouvelle vie qu’il nous raconte ici.

« Je suis en train de vous raconter la fin de mon premier engagement dans le commerce de la guerre. Sans doute vers 1851. La fraicheur de l’enfance m’avait quitté, et je m’étais engagé au Missouri…La pire paie de toutes les pires paies en Amérique, c’était celle de l’armée. Et puis on vous donnait des choses tellement bizarres à manger que votre merde était une puanteur. Mais vous étiez contents d’avoir un boulot, parce qu’en Amérique, sans quelques dollars en poche, on crève de faim. Et j’en pouvais plus d’avoir faim.

Et quoi de meilleur dans ces conditions extrêmes qu’un ami pour la vie ? Il va le rencontrer dans la personne de John Cole, descendant d’indien et avec lequel il va bâtir une famille atypique composée de leur couple, d’une jeune indienne brillante et volontaire et un vieux poète noir en guise de grand-père. Cette structure constituera le point d’ancrage puissant et lumineux au milieu de toute la violence omniprésente. J’ai bien apprécié que la dimension homosexuelle des deux personnages, soit abordée de façon naturelle, comme faisant partie de leur vie privée se déroulant derrière un paravent bien que leur amour soit très fort. Le contraire du tape à l’œil.

John Cole avait que douze ans quand il est parti sur les routes. Dès que je l’ai vu, je me suis dit, un camarade. Et quel camarade. je trouvais ce garçon élégant, même avec son visage pincé par la faim…Notre rencontre s’est produite grâce au ciel qui s’est déchiré sous le poids du déluge. Loin de tout, dans les marais,, après cette bonne vieille Saint-Louis. A l’abri sous une haie, on s’attendrait plus à croiser un canard qu’un humain. le ciel se craquelle, je trouve un abri, et il est là…un ami pour la vie

Et il en faudra de l’amour et de la sagesse pour s’adapter pour survivre dans ces conditions. Bon, Thomas sait lire, ce qui n’est pas évident à l’époque. Les métamorphoses débutent avec le premier petit boulot, alors qu’ils étaient prêts à nettoyer les latrines de la ville, ils se retrouvent à faire danser des mineurs dans un saloon fraîchement ouvert. Thomas découvre le plaisir de porter des robes pour le spectacle. Ca le change de ses guenilles.

J’étais en tout et pour tout vêtu d’un vieux sac de blé attaché à la taille.. John Cole était mieux loti, avec un curieux costume noir qui devait avoir trois cent ans. Il était aéré à l’entrejambe… Alors, on entre, les yeux écarquillés. il y a là une ragée de vêtements comme un alignement de pendus. Des vêtements de femme. Des robes. On a regardé partout, je vous promets, il y avait rien d’autre.

La fréquentation des mineurs les révèlent en général moins terribles une fois qu’on les fréquente malgré leurs conditions de vie et leur solitude atroces. Eux aussi ont eu une vie avant celle là. Puis vient la période de l’engagement dans l’armée avec la chasse  aux indiens avec qui la lutte pour le territoire va être continuelle à coup de promesses non tenues, de vengeances au nom du groupe, des deux côtés, même si les indiens étaient considérés comme des saletés à nettoyer à tout prix pour faire place nette, quitte à mettre le feu à leurs campements et à perdre une part de son âme à chaque fois. Seul le caractère de certains gradés fera la différence à cette période dans la spirale où les milices agissant pour les colons joueront aussi un rôle dans le génocide.Thomas doutera souvent et réussira malgré tout à repérer ces nuances dans la violence générale.

Tout à coup, nous sommes pris d’une intense nervosité, on a presque senti nos os se crisper et se recroqueviller, notre cœur rester prisonnier de notre poitrine, alors qu’il avait envie de fuir… On était pas là, on était disloqués, on était devenus des fantômes.

Même si parfois une chasse au bison les rassemble, la mortelle mission reprend le dessus.

Les hommes étaient penchés vers le feu, ils discutaient avec la gaieté d’individus qui s’apprêtent à manger à leur faim au milieu de ces terres désertes, un curieux voile de givre et de vent glacial sur leur épaules… Les Shawnees ont chanté toute la nuit jusqu’à ce que le sergent Wellington rejette sa couverture et veuille les abattre d’un coup de fusil.

La guerre de Sécession fera ensuite partie de ce  tableau de genre autour de la guerre. Le fil conducteur restera la famille et le point d’honneur à éduquer Winona.

On s’est construit un petit royaume contre les ténèbres

Cerise sur la ration, j’aime beaucoup le style d’écriture, mélange de bon sens assez proche de l’oralité et traversé de notes pleines de poésie.

Pour repérer le livre dans Calice68, le catalogue des bibliothèques du Haut-Rhin, c’est

 

Les Bourgeois d’Alice Ferney Actes sud 2017

Ce livre a bénéficié d’un bon « bouche à oreille ». J’attendais donc de pouvoir le lire et quand je l’ai eu entre les mains, je m’y suis accrochée…

Alice Ferney nous raconte l’histoire d’une famille parisienne qui porte bien son nom, les Bourgeois. Elle en est d’ailleurs une descendante. Henri, le patriarche, né en 1895, va avoir huit garçons et deux filles. Leurs vies et celle d’Henry vont se confondre avec les grands évènements du siècle. Trois fils feront une carrière militaire. Tous les enfants seront élevés dans le respect de la patrie, de la religion et de la famille. L’évolution des mœurs débutera dans les années soixante avec la troisième génération. Mai 68 sera passé par là.Les-bourgeois_Ferney

J’ai mis du temps à m’emparer l’histoire. Il n’est pas facile, dans les premières pages, de retenir les nombreux personnages et leurs liens. L’ouvrage fait la part belle à l’Histoire, ce qui le place à mi-chemin entre le roman et le documentaire. Il rejoint le genre biographique, en vogue actuellement mais version « famille nombreuse ». Le livre est TRES dense. Si vous n’aimez pas l’histoire, il risque de vous tomber des mains. Le rôle des femmes, ici, est en totale conformité avec la classe et l’époque. Il s’agit de s’occuper des enfants. Nulle bluette ne viendra pimenter le récit. Ajoutons encore que le travail historique et l’écriture de l’auteur ont été soulignés.

« La Forteresse impossible » de Jason REKULAK ; Trad. par HéloÏse ESQUIE

 

La première forteresse, c’est les filles ! En la matière, Billy et ses deux amis surnagent en pleine adolescence et sont totalement innocents. Leur quête du Graal, c’est le dernier numéro de Play Boy que défend, de l’intérieur de sa boutique, le père de Mary, jeune fille un peu atypique dans le tableau des jeunes filles arborant les brushing impeccables des années 80. Elle partage avec Will la passion pour les jeux vidéo et va lui proposer au jeune garçon sensible de l’aider à développer le sien . Autres  forteresses à prendre, donc (la création du  jeu et la fille). Quelle sera la priorité de Will ?

Un roman très agréable, plein de l’ambiance des films américains des années 80 avec leurs bandes d’ados en pleine mutation plus ou moins monstrueuse (revus à l’occasion de la série  Stranger things., par exemple). Donc, replongée dans la culture populaire où je barbotais il y a quelques dizaines d’années. La montée en puissance de l’informatique , encore réservée à des initiés, donc peu pris en considération par le système scolaire (ce n’est pas un métier) et les parents est bien vue,

 

 

Will , le narrateur, n’hésite pas à prendre des risques pour arriver à ses fins, avec déceptions, râteaux, victoires, on avance par niveau et mondes différents.L’histoire manque peut-être de suspens (on perçoit que sa quête va aboutir ce qui risque d’en décevoir quelques uns, mais on se laisse aller agréablement sur la pente optimiste du récit (pour les autres) en suivant notre héros. Le roman emprunte la structure d’un jeu ou d’un récit de fantasy transposé au 20è siècle et, c’est bien fait. Chaque chapitre s’ouvre sur des lignes de code correspondant au contenu de ce qui va suivre.

Souris sur le gâteau, le jeu crée par Will et Mary « La forteresse impossible »est jouable en ligne, en vrai !

Pour voir le résumé et , peut être, le réserver : c’est ici, Calice, le catalogue des médiathèques du Haut-Rhin