Archives de mots clés: 2014

SAN MIGUEL T. Coraghessan BOYLE ; Traduit de l’américain par Bernard TURLE

ileSan Miguel : sur cette île hostile viennent se fracasser deux familles portées par l’espoir d’une vie meilleure : les Waters dont la mère est atteinte de tuberculose et dont le mari espère refaire sa vie dans l’élevage de moutons en même temps qu’elle guérirait. Et, plusieurs décennies et une guerre plus tard, les Lester, jeune couple porteur d’un projet de société idéale. Jimmy, journalier de son état, fait le lien entre ces deux périodes et ces familles que tout oppose, à part la lutte contre les éléments. Ambiance intemporelle, (proche des Hauts de Hurlevents, parfois) avec ces sentiments et ces sensations exarcerbés par l’isolement et le relief bouleversé de l’île inhospitalière qu’o a du mal à situer, du coup. Amateurs de descriptions psychologiques tout en finesse, prenez ce livre en main et embarquez sur l’île aux phoques (très présents) qui abrite aussi pas mal de moutons.

La maison dans l’arbre de Mitsuyo KAKUTA ; traduit par Isabelle SAKAI

Ca aurait pû s’appeler le voyage de Yoshitsugu, puisque c’est par lui que tout commence lorsqu’il prend conscience, suite à la mort de son grand-père, de son ignorance du passé de sa famille. Lorsque sa grand-mère déclare qu’elle veux « rentrer chez elle »,  iI décide de l’accompagner sur les traces du passé de ses ancêtres, en Mandchourie, là où tout a commencé.

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Travail personnel de Douglas P Perkins

Avec « La maison dans l’arbre », nous plongeons donc dans la vie dans trois générations de cette famille de Tokyo à propos de laquelle Yoshi se pose beaucoup de questions  Est-normal que tous ses membres pratiquent la fuite d’une façon ou d’une autre ? Pourquoi ne mange-t-on jamais ensemble ? Au delà de l’inconfort psychologique que cette situation procure, c’est cela , finalement qui les rend si attachants. Individuellement, ça se débrouille, et ça trace sa route avec des retours vers le nid : la maison dans le même bâtiment que le restaurant familial Jade qui, lui aussi, se développe au cours du temps, parfois augmenté d’appendices provisoires (caravane, cabane).

« Chacun vit sa vie, mais il y a lien, on dirait. »

Un très beau livre où se mèlent les  époques de façon très libre dans un style très fluide. En prime, une vision du Japon au cours du 20ème siècle.

Des compagnons de route pour l’été

51et5WE8jRL__SL160_Pour les vacances à l’étranger, voici quelques petites idées qui pourraient vous accompagner tout l’été.

« L’Amérique des écrivains » : road trip par Pauline GUENA et Guillaume BINET, 2014

Voilà un livre complet qui donne envie de lire tous les écrivains rencontrés. Le principe adopté par les deux auteurs : Pauline GUENA,  auteur elle même, est partie avec Guillaume BINET (photographe)  et leurs quatre enfants pendant un an à la rencontre de 26 grands auteurs américains et des lieux qui les inspirent – soit un périple de 15 000 km environ, avec comme point de départ et d’arrivée, l’amour des livres.

Les questions posées aux écrivains par P. G. portent aussi bien sur leur cheminement dans le métier que sur leurs méthodes de travail et permettent de se rendre compte de la diversité des parcours et de les rendre tous intéressants. Même si l’organisation du métier est différente aux Etats Unis et que la tradition des ateliers d’écriture est au centre de beaucoup de « démarrages », l’envie de raconter par le livre est commune à tous. Le fait que l’auteur soit un écrivain rend très pertinentes ses interrogations et  provoque en retour les questions de certains de ses collègues américains.

G. Binet photographie les auteurs chez eux, mais aussi ses enfants (toujours de façon très naturelle). Il prend aussi des clichés des habitants et des paysages urbains et de pleine nature. De quoi partager une part de l’inspiration qui alimente l’écriture et d’en donner une interprétation visuelle, très belle.

Donc, un livre multiple, de voyage, de photos, de littérature, de témoignages… pour partir loin.

Et en complément, un voyage  (en anglais) sur les traces d’autres personnages de la littérature américaine offert par Télérama

« L’année des volcans » de François Guillaume LORRAIN, spécialiste du cinéma, est certes un auteur français,  mais les destinations où il nous emmène sont exotiques ! Direction les Îles Eoliennes, mais aussi Hollywood.

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Le livre nous dévoile comment une promesse d’un rôle non tenue par Rosselini à son impétueuse maîtresse Anna Magnani a débouché sur le tournage de Vulcano de William Dieterle, film jumeau  de Stromboli avec la rivale du nord, Ingrid Bergman.

Les deux tournages, explosifs déboucheront sur des films peut être pas indispensables. Ce qui est intéressant, c’est le trio Rosselini et ses deux amours, la façon dont les sentiments prennent part aux projets les plus fous et souvent pour de mauvaises raisons.Toutes ces passions et ces faiblesses font un mélange explosif qui donne vie à des situations et des dialogues souvent drôles et réalistes.

 

Et si vo51y0mlUA7NL._SL160_us aimez les acteurs, l’Italie et Hollywood , De si jolies ruines de Jess WALTER , trad. par Jean HESCH, roman choral, réunit aussi ces trois ingrédients avec également de l’humour : (les scènes de navigation avec Richard BURTON aviné par exemple). Les ruines désignent  les acteurs vieillissants, l’Italie d’après guerre mais aussi les bâtisses qui bordent l’Adriatique dans le petit port déserté de Porto Vergogna.

Une jeune actrice s’y réfugie en 1962, fuyant la maladie alors qu’elle devait débuter le tournage de Cléopâtre, à Rome. Aussitôt, le tenancier de l’unique hôtel du village en tombe amoureux. Elle est rejointe par Richard Burton et le producteur intéressé. S’en suivront des péripéties sur différentes époques, des retrouvailles entre des personnages liés par le cinéma et les sentiments. Avec un style à la fois drôle et poignant.

Pour faire la transition avec le cinéma, voici un recueil de nouvelles rééditées :  « La colline des potences » par Dorothy Marie JOHNSON trad. par Liliane Stzain dont un premier volume « Contrée indienne » avait servi de base à plusieurs westerns.

Pour ceux qui apprécient les voyages sous des températures plus fraîches, Katarina MAZETTI nous emmène avec « Ma vie de pingouin » pour une croisière naturaliste du côté de l’Antarctique . Une nouvelles occasion pour l’auteur de nous faire partager les états d’âme de trois personnages hauts en couleur et à priori incompatibles qui vont apprendre à s’apprécier, coincés qu’ils sont sur ce bateau.

Car,  comme dit l’auteur : « Tous les humains sont des icebergs. Il faut se souvenir que neuf dixièmes de nous sont invisibles sous la surface. C’est ce qui rend l’existence si intéressante. »

imagesEt si vous voulez en savoir plus sur l’auteur Vidéos de K. MAZETTI

 

 

 

 

 

Dans le genre 51enPmHrCBL__SL160_« Famille loufoque » : La vie prodigieuse de Garnet Ferrari par Marie MANILLA, traduit par Sabine PORTE se pose là. Garnet est une jeune fille dotée de pouvoirs surnaturels détectés depuis son plus jeune âge. Le Vatican voulant s’en assurer, il dépêche un émissaire qui sera chargé d’interroger ce mystère. Le roman est constitué de ces entretiens qui nous font voyager dans l’histoire familiale d’une famille peu banale.Il se joue de notre attirance pour le surnaturel et de la volonté de récupération des croyances qu’animent les communautés religieuses.

 

Autre voyage : pour ceux qui aiment les livres qui se passent dans une librairie, comme « La bibliothèque des coeurs cabossés de Katarina BIVALD  » voici  » Le coeur entre les pages » de Shelly KING, trad. par Pascale HAAS.coeur pages

Une trentenaire en reconversion professionnelles forcée, va s’investir dans une librairie en perte de vitesse et victime de la concurrence. Le point de départ de cette aventure sera une correspondance amoureuse trouvée dans un exemplaire de « L’amant de Lady Chatterley » et qui va piquer sa curiosité. Au fil du livre, elle apprendra à (re)découvrir des personnes qu’elle croyait connaître et mettra ses anciennes compétences à profit.

Un livre optimiste avec des livres dedans, de l’amour, de l’humour, et un chat furtif.

A propos de ce livre, si vous voulez des avis complémentaires sur Babélio, en voici quelques uns.

 

Avec « Le paradis des animaux » par David James POISSANT et  Michel LADERER  pour la traduction,51tpIIwIKtL__SL160_ vous ferez le plein d’amour sous toutes ses formes, celui qui nous fait faire des folies (ou pas) mais nous font avancer, avancer toujours. Les personnages attachants de ces nouvelles nous réservent à chaque fois des surprises, comme dans la vie ? et avec un style percutant.

 

 

Avec « Nous » de David NICHOLLS, trad. par Valérie BOURGEOIS, partez en voyage à travers l’Europe du Sud avec un couple en pleine crise et leur fils, adolescent dans toute sa splendeur. Connie (fibre artistique revendiquée) vient d’annoncer sa décision de quitter son scientifique de mari, Douglas. Pourtant, même désespéré, Douglas décide d’essayer de sauver son couple et sa relation avec son fils. Les thèmes : difficultés d’entretenir la flamme, méconnaissance de l’autre due à la paresse et l’usure.Tout ça ne vous rappelle personne ? Si oui, plongez voluptueusement dans leur contradictions,  leurs maladresses que  l’humour « so british » de Douglas et l’écriture de l’auteur rendront émouvants.

Voir aussi : d’autres avis

 

romantisme

 

 

 

 

 

 

 

Le fils de Philipp MEYER ; trad. par Sarah GURCEL, 2014

ciel désert-cloudy-4607-525x350Même si ce roman se déroule sous le soleil du Texas, il est profondément sombre. Ses personnages dont les histoires se déroulent en se croisant et en s’alimentant les unes des autres espèrent une vie meilleure à chaque fois, mais l’histoire (la grande et celle de leur famille) les rattrappe et il vaut mieux faire partie du groupe dominant à ce moment là. Ce récit nous conte la vie de trois personnages membres d’une puissante famille texane, les MacCullough à plusieurs époques : du milieu du 19è (après que le Texas ait quitté le giron du Mexique) jusqu’à nos jours.

Le premier, Eli se fait enlever par un clan apache pour en devenir un membre à part entière durant trois années. Il restera marqué par leur culture d’où un hédonisme revendiqué et un goût pour les activités solitaires et/ou de pleine nature. Là, le rapprochement avec « « Danse avec les loups » (le film) mais aussi le  livre ou avec  « Little Big Man » (le ‘film) ou le livre  est tentant. Mais, dans le roman de Meyer, certaines tribus indiennes sont présentées comme pouvant être très cruelles envers des clans différents et envers les américains également (massacres de famille, scalps). Au passage, les coutumes et l’organisation sociale des apaches sont très documentées et on est loin des westerns classiques puisque la cruauté n’est pas seulement le fait des indiens. D’ailleurs, tout au long du livre, elle change de camp selon les époques et les biens à s’accaparer : chevaux, terres, têtes de bétail, puis pétrole. Donc, pas d’angélisme,  » la seule différence, entre les blancs, les mexicains et les indiens : les premiers agissent pour leur intérêt individuel, les deuxièmes dans celui de leur clan et sans hypocrisie.  On pouvait bien massacrer et piller : du moment que c’était pour ceux qu’on aimait, c’était sans importance. Pas de psychose traumatique et de regard vide, chez les Comanches – tout ce qu’ils faisaient visaient à protéger leurs amis, leur famille, leur bande. La « fatigue du combat » était une maladie de Blancs, eux qui combattaient dans des armées lointaines pour des hommes qu’ils ne connaissaient pas. » Les mexicains sont, après les indiens, les victimes des américains. Le deuxième personnage dont l’histoire nous est compté, le fils d’Eli, sera un homme doux droit et révolté contre un père sans aucune morale. Sa petite fille, perpétuera la tradition familiale à la tête d’un empire pétrolier qui participera, après les ranchs monstrueux, véritables royaumes des plaines, à dilapider la terre à laquelle les indiens étaient si attachés. Donc, c’est brutal, poussiéreux, sensuel et c’est l’histoire de cette partie des Etats-Unis qui vous attend et vous empêchera de lâcher ce grand livre.

Lien vers la Notice sur notre catalogue

Une critique sur un autre site : le fils de philipp meyer

Le Météorologue d’Olivier Rolin Seuil 2014

Alexeï Feodossiévitch est un communiste convaincu. La tête dans les étoiles, à sonder le ciel, il rêve du meilleur pour son pays. Il  redescend soudainement sur terre lors de son arrestation pour sabotage. Est-ce une méprise, de la jalousie ? Il ne saura jamais. imagesCA0P4JBIPendant ses 3 ans d’emprisonnement au goulag des Solovki, Alexeï va écrire des lettres à sa femme et à sa fille, qu’il ne verra jamais.  Ce roman, proche du documentaire, à la fois dans la forme et le fonds, dénonce l’absurdité et la cruauté du système communiste soviétique. Il rappelle les vies oubliées, derrière les noms des victimes.

Avec maman d’Alban Orsini Chiflet&Cie 2014

OrsiniCe livre est un bel exemple du passage de la version numérique au papier. En une série de SMS à l’humour ravageur, nous apprenons à connaître les rapports, via smartphone, entre un fils et sa mère. Lui est célibataire, toujours à cours d’argent et elle, une mère (sur)protectrice trouvant tous les défauts à sa belle-fille potentielle. Eloignés l’un de l’autre, ils communiquent par SMS. Mais cela ne va pas sans mal pour la plus âgée des deux… Laissez traîner ce livre, vous verrez : il attire indéniablement les lecteurs, jeunes ou seniors ! Comme le miel et les abeilles, on vous dit !

Littérature francophone : retour sur ce qu’il ne fallait pas rater en 2014

A commencer par les commémorations, nombreuses :

Celle du début de la guerre 1914/1918 avec la parution de romans sur le sujet (à noter l’écrasante domination de « Collier rouge » de Rufin chez Gallimard et d’ « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaître chez Albin Michel). Les rééditions des œuvres d’écrivains-soldats ont également foisonné. Un hommage particulier a été rendu à Charles Péguy, mort au début de la guerre.

Concernant la guerre 1939/1945, on a pu lire le remarquable « Charlotte » de Foenkinos, roman sur la vie et la déportation du peintre Charlotte Salomon.

Le centenaire de la naissance des écrivains Marguerite Duras et  Romain Gary (nés en 1914) a fait l’objet également de publications et rééditions.

A noter les parutions des auteurs prolixes : Marc Lévy, Guillaume Musso, Amélie Nothomb, Catherine Pancol, Eric-Emmanuel Schmitt… Pour les amateurs de romans optimistes, relevons également les nouveaux titres de  Gilles Legardinier, Agnès Ledig et Frédéric Lenoir…Le centenaire de la naissance des écrivains Marguerite Duras et  Romain Gary Gary(nés en 1914) a fait l’objet également de publications et rééditions.

Côté thématique, ont été abordés la question de l’homosexualité dans le remarquable premier roman « En finir avec Eddy Bellegueule » d’ Edouard Louis, le don d’organe dans « Réparer les vivants » de Maylis de Kerangal, les emplois précaires et difficiles (tel celui d’ouvrier agricole chez Marie-Hélène Lafon « Joseph », « Debout payé » de Gauz),  la vie de consommation et ses temples « Regarde les lumières, mon amour » d’Annie Ernaux. Le microcosme politique est décrypté dans « L’Emprise » de Marc Dugain.debout payé

Lola Lafon rappelle à notre souvenir la vie de Nadia Comaneci « La petite communiste qui ne souriait jamais ».

La religion intéresse deux auteurs « phare » : Emmanuel Carrère parle des débuts du christianisme et de son expérience personnelle dans « Le Royaume ». Marek Halter commence la biographie romancée des femmes de l’islam avec « Khadidja ». Jean d’Ormesson écrit ses réflexions sur l’homme, Dieu et l’univers.

A signaler le presque régional de l’étape, le vosgien Jean-Paul Didier-Laurent qui signe le très remarqué  premier roman « Le Liseur de 6h27 ».

Enfin, pour finir sur LA bonne nouvelle de l’année littéraire francophone, rappelons encore la récompense de  Patrick Modiano, Prix Nobel de littérature 2014.

Voici quelques temps forts de l’année littéraire francophone.

Espérons que l’année 2015 soit aussi riche en surprises littéraires…

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