Archives de mots clés: adolescents

L’amour, le Japon, les sushis et moi de N.M. Zimmermann Albin Michel 2016

Lucrèce, 15 ans, déménage au Japon avec sa famille. Elle n’y voit pas d’inconvénients mais l’adaptation est plus difficile que prévue face au choc culturel. Elle peine à trouver sa place et à se faire des amis. Lorsqu’elle découvre dans le local à poubelles de son immeuble un sac rempli de partitions de grande valeur, elle décide d’enquêter pour retrouver son propriétaire.

Critique de Mme Sylvie Wendel, documentaliste

J’ai trouvé le livre d’un abord assez facile, il peut être lu dès la 5è sans problème je pense. Le thème, cette jeune fille obligée de s’expatrier au Japon parce que sa mère y est mutée, fera sans doute rêver les amateurs de cette culture (et ils sont nombreux au collège !). L’auteure connaît visiblement son sujet, et nous fait découvrir toute les subtilités des relations inter-personnelles au Japon, et des coutumes qui peuvent sembler bien étrange à nos yeux. L’aspect le plus plaisant selon moi est ce qui concerne la vie quotidienne d’un lycéen au Japon, et les difficultés qu’on peut avoir à s’intégrer même connaissant la langue. L’intrigue amoureuse m’apparaît bien secondaire, par contre, et cette histoire d’archet qui » tombe des mains » du jeune garçon quand il veut jouer est un peu tirée par les cheveux.

En conclusion : un roman agréable à lire, qui touchera autant les filles que les garçons, et qui cerne sans doute de très près la réalité des jeunes « expats » au Japon.

Sauver et fils Saison 1 Marie-Aude Murail Ecole des loisirs 2016

Sauveur et fils saison 1

Sauveur est psychologue. Originaire de Martinique, il élève seul son fils, Lazare, 8 ans. Dans son cabinet défilent des familles recomposées, une ado qui se scarifie, une phobique scolaire, un enfant énurétique… Il y a aussi Gabin, un jeune homme que Sauveur héberge car sa mère est internée. Du coup, Lazare est souvent livré à lui-même et profite d’une porte entre-ouverte pour écouter les patients. Dehors, une ombre menaçante espionne le père et le fils.

Un psychologue comme personnage principal, c’est assez rare dans les romans pour être souligné. Il y a une volonté de dédramatiser les problèmes psychiques et le fait de consulter. Sauveur reçoit des patients de tout âge avec des problèmes différents. Dès lors, les thèmes abordés sont très riches : l’homosexualité, les victimes de pédophiles, le racisme, la quête d’identité… Même le psychologue, un père comme les autres, peut être dépassé. Les personnages notamment adolescents, sont sympathiques. Ce sont plutôt les adultes qui dérapent. Le justesse du ton  rend le roman convaincant.L’humour contrebalance habilement le côté sérieux. Une suite est déjà parue.**

Le Garçon au sommet de la montagne Gallimard jeunesse 2016

Ce livre étonnant est destiné aux adolescents et aux adultes. Pierre vit à Paris. A 7 ans, il perd son père, vétéran allemand de la Première Guerre mondiale. Peu après, c’est sa mère, française, qui meurt de tuberculose. Hébergé un temps chez son ami Anshel, d’origine juive, il est adopté par sa tante Beatrix. Celle-ci est la gouvernante d’Adolf Hitler au Berghof. C’est là que Pierre va grandir, au milieu des adultes. Sa vie est rythmée par l’école et les visites du Führer.le-garcon-au-sommet-de-la-montagne

Il fallait oser écrire un roman sur un sujet aussi sensible ! Bien sûr, Pierre et Beatrix sont des personnages de fiction. Pour des adultes, cet aspect de l’histoire peut manquer de véracité. Mais le roman se lit bien. Il apporte également des éléments concernant la construction de l’adolescence, l’importance du comportements des adultes sur la formation du caractère. C’est, en partie, parce que Pierre est le seul enfant au Berghof que les attentions d’ Hitler pour lui flattent son ego. Ce livre véhicule des messages forts. Il m’a donné envie de lire « Le garçon en pyjama rayé« , best-seller précédent de l’auteur et destiné aux enfants. On y suit le déménagement d’une famille dans une maison isolée. De la fenêtre de sa chambre, Bruno, le fils, voit des êtres étranges parqués comme des animaux. Il se lie d’amitié avec l’un d’eux. Le terrible événement de la shoah est vu à travers ses yeux d’enfants.

Il me semble important de parler de ces périodes sombres de l’histoire, avec des mots choisis, aux enfants et adolescents. John Boyne le fait avec habileté et talent. Ces livres sont déjà des « classiques ».

Deux livres avec des adolescents sur le thème de la disparition

A demain, Lou de Marie-Claude Vincent Robert Laffont 2016téléchargement

Lou a douze ans quand sa sœur aînée disparaît, sans préavis. La famille qu’elle formait avec ses parents, Elisabeth et Laura, la petite dernière, n’existe plus. Alors, Lou attend désespérément le retour d’ Elisabeth. Outre la grande charge émotionnelle inhérente à ce thème, ce sont surtout les conséquences du silence et des non-dits qui rendent ce livre intéressant. On comprend aussi que certaines personnes peuvent être des relais lorsque les proches sont dépassés. Les réactions de Lou permettent d’ouvrir la discussion sur la façon de traverser les épreuves. Un livre d’apprentissage et de réflexion qui peut donner des clés.

Tomber d’Eric Genetet Héloïse d’Ormesson 2016

couverture de TomberA Wissembourg, Mariano vit seul avec son père. Celui-ci se laisse aller depuis le départ de sa femme. Alors Mariano est livré à lui-même. Il s’interroge sur ce qui a pu entraîner le départ de sa mère : est-ce l’annonce de sa dyslexie ? Heureusement, il y a les copains et le sport. Mariano décide qu’après la finale de Roland Garros, il parlera à son père et lui dira ce qu’il a sur le cœur. Mais rien ne se passe comme prévu… Peut-être avez-vous déjà entendu parler de l’alsacien Eric Genetet, en tant que journaliste …  Pour ma part, je l’ai écouté sur les ondes radio. Ce roman, en partie autobiographique, nous laisse entrer dans les pensées caustiques d’un jeune ado qui se débrouille, continue sa vie malgré les difficultés et décide de s’en sortir.

Nous les menteurs E. Lockhart Gallimard jeunesse

Un gros coup de cœur pour ce roman pour adolescents ! La famille Sinclair passe ses étés sur leur île privée de Beechwood. Il y a le patriarche Harris, ses trois filles et leurs enfants. Parmi eux, Cadence, Mirren et Johnny se sont téléchargementsurnommés « Les menteurs ». Au petit groupe se joint Gat, un ami. L’année de ses 15 ans, Cadence est retrouvée en sous-vêtement sur la plage. Elle ne se souvient de rien. Souffrant de maux de tête invalidants, elle va passer deux ans sans nouvelle de ses cousins. Elle retourne finalement sur l’île à la recherche de souvenirs de cet été. Elle se remémore la relation amoureuse avec Gat et l’amitié indéfectible des trois cousins… Que s’est-il passé ? Comment vont se dérouler ces nouvelles vacances ? Pourquoi la jeune fille se dépouille-t-elle des objets de son enfance ? L’atmosphère devient vite étrange sur l’île. Quelque chose nous échappe, échappe à Cadence…  Je me suis vraiment laissée portée par l’écriture et surtout surprendre par l’originalité du scénario.Les personnages sont particulièrement attachants. Difficile de parler des thématiques sans dévoiler l’intrigue. On découvre la face cachée des familles aisées et leurs secrets. L’injonction de la mère de Cadence reflète ce souci d’afficher une image toujours lisse : « Sois normale. Immédiatement. Parce que tu l’es. Parce que tu peux l’être ». Ce roman a été inscrit sur la liste des meilleurs livres pour adolescents aux Etats-Unis en 2015 et certains critiques le voient déjà, à juste titre, comme un classique.

Ma cabane au Canada

Photo de Craigsteffan CC public Domain

Photo de Craigsteffan CC (Public Domain)

C comme Canada , pays proche des Etats-Unis mais tellement , tellement différent ! Vastes étendues où se cacher, abandonnées par la civilisation qui a préféré se réfugier en ville.

A comme Apprentissage : le narrateur nous raconte la perte de ses illusions qui tombent au fur et à mesure des rencontres avec des personnages qui sont sensés lui procurer la sécurité après que ses parents aient été emprisonnés.

N comme Normalité : les parents de Dell, 15 ans ont l’air normaux mais ils se lancent tout de même dans un braquage de banque suite à un trafic qui tourne mal et qui les a mis dans une situation financière délicate (un peu comme dans la série Breaking Bad .). La famille américaine type qui peut s’écrouler comme dans les livres de Laura KASISCHKE.

Mais aussi comme  comme Nature : le Sud Ouest du Canada, particulièrement sauvage lui sert de refuge. Dell atterrit dans une sorte de no man’s land qui m’a fait penser à Fargo des frères (à l’époque) COHEN. ou à la série du même nom réalisée par Noah HAWLEY. D’ailleurs, le schéma y est un peu le même : des gens normaux qui se font dépasser par les évènements en se frottant à l’univers très codifié des gangsters et qui pensent s’en sortir intacts.

A comme adolescents : Dell, le narrateur, raconte tout ce qui précède la catastrophe qu’a constitué le hold up mal organisé par ses parents et qu’il a vécu avec sa soeur. Mais la plupart du récit couvre la longue période où il est adolescent et confronte son éducation à ses expériences. « Et, tout en croyant ce que me disait mon père, sur la prépondérance du concret, j’en étais arrivé à penser, que ce qui comptait d’avantage, c’était le vécu. Ce qu’on tenait pour juste, ce qu’on pensait, ce qu’on redoutait, ce qui restait dans la mémoire ».

D comme Danger « Il a donné un coup de menton. Il m’a regardé . Il tenait à ce que je sois d’accord. Sous son chapeau, ses traits se perdaient dans l’obscurité. » Remlinger, l’adulte à qui il est « confié », dirige un hôtel et est à la tête d’une bande d’hommes de main un peu louches. Il est intrigant, charismatique même si Dell, au fur et à mesure sera de moins en moins dupe de son jeu. « Ce qui m’intéresse le plus, c’est comment les mensonges tiennent ensemble », S’ils tiennent toute une vie, alors…où est la différence ? » Remlinger.

A comme Adulte : il sera professeur de littérature et gardera en mémoire ce grand saut vers l’inconnu.« Ma métaphore première, c’est le franchissement de frontière ; l’adaptation, le passage d’un mode  de vie inopérant à un autre, fonctionnel, celui-là. Il s’agit parfois d’une frontière qui ne se repasse pas » .

Canada de Richard Ford ; Trad. de l’américain par Josée KAMOUN

Annabel de Kathleen WINTER . trad par Claudine VIVIER

Un thème très américain : la maîtrise de son destin traité ici avec beaucoup de sensibilité. A sa naissance, Wayne est hermaphrodite. Son père décide d’en faire un homme en optant pour une opération. Mais en secret, et dans sa relation avec sa mère et la meilleure amie de celle-ci, il agit « comme une fille ». Les longues absences de son père, trappeur, lui laissent la possibilité de se laisser envahir par cette « nappe souterraine »   qui va prendre toute sa place à l’adolescence. C’est à ce moment qu’il prend la décision d’arrêter complètement son traitement . Parallèlement, son amie d’enfance se fraie également son chemin pour concrétiser ses rêves. Tout au long du livre, le poids de la société se fait ressentir et le père en est aussi la victime, dans sa poursuite de son idéal d’homme à transmettre à son fils. J’ai beaucoup aimé les moments où il doit agir en fonction de cet impératif écrasant et qu’il laisse les animaux sauvages lui dicter la voie la meilleure pour son enfant. Ca a l’air un peu allumé, mais n’oublions pas qu’il est trappeur, le gars !  Le personnage de la mère est moins intéressant car moins paradoxal, mais il l’est tout de même, intéressant !  Au final, un livre d’apprentissage dont la musique est encore présente un an après la lecture.

 

Roman d'apprentissage ado hermaphrodisme nature relation père fils mère

Auteur Joshua EARLE Creative Common

Nummer de Frédéric Staniland Scrinéo

En septembre 1939, Toni, un jeune autrichien, fuit les nazis. Il trouve refuge à Algolsheim chez Auguste et sa fille Cathel. Un jeune journaliste et une réfugiée alsacienne se joignent au groupe. Bientôt, celui-ci doit évacuer le village. En parallèle, à notre époque, Séraphin, un octogénaire, est appelé à trier les affaires d’un ancien ami. Il découvre un livre étrange intitulé Nummer, qui le ramène aux années de guerre.Staniland

Ce roman permet une meilleure connaissance de la Seconde guerre mondiale, notamment en Alsace. L’auteur a eu le souci de joindre des informations complémentaires à la fin de son livre. L’intrigue est prenante jusqu’aux dernières pages. Les personnages, d’âges différents, sont attachants et leurs réflexions souvent pleines d’humour. Un bon roman historique basé sur des faits méconnus.

 

Des compagnons de route pour l’été

51et5WE8jRL__SL160_Pour les vacances à l’étranger, voici quelques petites idées qui pourraient vous accompagner tout l’été.

« L’Amérique des écrivains » : road trip par Pauline GUENA et Guillaume BINET, 2014

Voilà un livre complet qui donne envie de lire tous les écrivains rencontrés. Le principe adopté par les deux auteurs : Pauline GUENA,  auteur elle même, est partie avec Guillaume BINET (photographe)  et leurs quatre enfants pendant un an à la rencontre de 26 grands auteurs américains et des lieux qui les inspirent – soit un périple de 15 000 km environ, avec comme point de départ et d’arrivée, l’amour des livres.

Les questions posées aux écrivains par P. G. portent aussi bien sur leur cheminement dans le métier que sur leurs méthodes de travail et permettent de se rendre compte de la diversité des parcours et de les rendre tous intéressants. Même si l’organisation du métier est différente aux Etats Unis et que la tradition des ateliers d’écriture est au centre de beaucoup de « démarrages », l’envie de raconter par le livre est commune à tous. Le fait que l’auteur soit un écrivain rend très pertinentes ses interrogations et  provoque en retour les questions de certains de ses collègues américains.

G. Binet photographie les auteurs chez eux, mais aussi ses enfants (toujours de façon très naturelle). Il prend aussi des clichés des habitants et des paysages urbains et de pleine nature. De quoi partager une part de l’inspiration qui alimente l’écriture et d’en donner une interprétation visuelle, très belle.

Donc, un livre multiple, de voyage, de photos, de littérature, de témoignages… pour partir loin.

Et en complément, un voyage  (en anglais) sur les traces d’autres personnages de la littérature américaine offert par Télérama

« L’année des volcans » de François Guillaume LORRAIN, spécialiste du cinéma, est certes un auteur français,  mais les destinations où il nous emmène sont exotiques ! Direction les Îles Eoliennes, mais aussi Hollywood.

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Le livre nous dévoile comment une promesse d’un rôle non tenue par Rosselini à son impétueuse maîtresse Anna Magnani a débouché sur le tournage de Vulcano de William Dieterle, film jumeau  de Stromboli avec la rivale du nord, Ingrid Bergman.

Les deux tournages, explosifs déboucheront sur des films peut être pas indispensables. Ce qui est intéressant, c’est le trio Rosselini et ses deux amours, la façon dont les sentiments prennent part aux projets les plus fous et souvent pour de mauvaises raisons.Toutes ces passions et ces faiblesses font un mélange explosif qui donne vie à des situations et des dialogues souvent drôles et réalistes.

 

Et si vo51y0mlUA7NL._SL160_us aimez les acteurs, l’Italie et Hollywood , De si jolies ruines de Jess WALTER , trad. par Jean HESCH, roman choral, réunit aussi ces trois ingrédients avec également de l’humour : (les scènes de navigation avec Richard BURTON aviné par exemple). Les ruines désignent  les acteurs vieillissants, l’Italie d’après guerre mais aussi les bâtisses qui bordent l’Adriatique dans le petit port déserté de Porto Vergogna.

Une jeune actrice s’y réfugie en 1962, fuyant la maladie alors qu’elle devait débuter le tournage de Cléopâtre, à Rome. Aussitôt, le tenancier de l’unique hôtel du village en tombe amoureux. Elle est rejointe par Richard Burton et le producteur intéressé. S’en suivront des péripéties sur différentes époques, des retrouvailles entre des personnages liés par le cinéma et les sentiments. Avec un style à la fois drôle et poignant.

Pour faire la transition avec le cinéma, voici un recueil de nouvelles rééditées :  « La colline des potences » par Dorothy Marie JOHNSON trad. par Liliane Stzain dont un premier volume « Contrée indienne » avait servi de base à plusieurs westerns.

Pour ceux qui apprécient les voyages sous des températures plus fraîches, Katarina MAZETTI nous emmène avec « Ma vie de pingouin » pour une croisière naturaliste du côté de l’Antarctique . Une nouvelles occasion pour l’auteur de nous faire partager les états d’âme de trois personnages hauts en couleur et à priori incompatibles qui vont apprendre à s’apprécier, coincés qu’ils sont sur ce bateau.

Car,  comme dit l’auteur : « Tous les humains sont des icebergs. Il faut se souvenir que neuf dixièmes de nous sont invisibles sous la surface. C’est ce qui rend l’existence si intéressante. »

imagesEt si vous voulez en savoir plus sur l’auteur Vidéos de K. MAZETTI

 

 

 

 

 

Dans le genre 51enPmHrCBL__SL160_« Famille loufoque » : La vie prodigieuse de Garnet Ferrari par Marie MANILLA, traduit par Sabine PORTE se pose là. Garnet est une jeune fille dotée de pouvoirs surnaturels détectés depuis son plus jeune âge. Le Vatican voulant s’en assurer, il dépêche un émissaire qui sera chargé d’interroger ce mystère. Le roman est constitué de ces entretiens qui nous font voyager dans l’histoire familiale d’une famille peu banale.Il se joue de notre attirance pour le surnaturel et de la volonté de récupération des croyances qu’animent les communautés religieuses.

 

Autre voyage : pour ceux qui aiment les livres qui se passent dans une librairie, comme « La bibliothèque des coeurs cabossés de Katarina BIVALD  » voici  » Le coeur entre les pages » de Shelly KING, trad. par Pascale HAAS.coeur pages

Une trentenaire en reconversion professionnelles forcée, va s’investir dans une librairie en perte de vitesse et victime de la concurrence. Le point de départ de cette aventure sera une correspondance amoureuse trouvée dans un exemplaire de « L’amant de Lady Chatterley » et qui va piquer sa curiosité. Au fil du livre, elle apprendra à (re)découvrir des personnes qu’elle croyait connaître et mettra ses anciennes compétences à profit.

Un livre optimiste avec des livres dedans, de l’amour, de l’humour, et un chat furtif.

A propos de ce livre, si vous voulez des avis complémentaires sur Babélio, en voici quelques uns.

 

Avec « Le paradis des animaux » par David James POISSANT et  Michel LADERER  pour la traduction,51tpIIwIKtL__SL160_ vous ferez le plein d’amour sous toutes ses formes, celui qui nous fait faire des folies (ou pas) mais nous font avancer, avancer toujours. Les personnages attachants de ces nouvelles nous réservent à chaque fois des surprises, comme dans la vie ? et avec un style percutant.

 

 

Avec « Nous » de David NICHOLLS, trad. par Valérie BOURGEOIS, partez en voyage à travers l’Europe du Sud avec un couple en pleine crise et leur fils, adolescent dans toute sa splendeur. Connie (fibre artistique revendiquée) vient d’annoncer sa décision de quitter son scientifique de mari, Douglas. Pourtant, même désespéré, Douglas décide d’essayer de sauver son couple et sa relation avec son fils. Les thèmes : difficultés d’entretenir la flamme, méconnaissance de l’autre due à la paresse et l’usure.Tout ça ne vous rappelle personne ? Si oui, plongez voluptueusement dans leur contradictions,  leurs maladresses que  l’humour « so british » de Douglas et l’écriture de l’auteur rendront émouvants.

Voir aussi : d’autres avis

 

romantisme

 

 

 

 

 

 

 

LAURA KASISCHKE : créatrice d’atmosphères (première partie)

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Un oiseau blanc dans le blizzard est un titre relativement ancien (2000) mais qui fait partie de ceux d’un de mes auteurs préférés (pour l’instant) et que j’ai lu après avoir vu récemment le film de Gregg ARAKI qui en a été adapté.

Kat, une adolescente de 17 ans se retrouve confrontée au mystère de la disparition brutale de sa mère, évanouie dans la nature sans laisser de trace. Elle continue de la voir (en rêve ???) au milieu de décors fantomatiques et glacés. Le père semble anéanti, et cela correspond à son caractère effacé « Je suis un homme simple ».

Kat va tenter de vivre avec cette absence et se construire en reconstituant le puzzle au moyen de flash backs (très bien amenés) et en prenant sa vie en main. Elle prend corps « mais quand Phil s’est allongé sur moi, ce qui m’arriva en fait, fut en fait une soudaine prise de conscience de la présence de notre peau. » ou « le fait de désirer Phil me fit soudain désirer tout et tout le monde » La mère, très belle femme folle d’isolement et de frustration (thème récurrent aussi), contrainte à rester au foyer, a humilié le père depuis le début de leur mariage. Elle a tenté de plus en plus désespérément de ne pas perdre sa place de femme dans la famille : achats compulsifs, ivresse, drague du petit ami de sa fille alors que ses relations sexuelles avec son mari sont inexistantes, hypercontrôle des autres. Le parfait modèle familial américain type est descendu en flamme, mais en douceur, à force de petites piques glacées.

L’enquête avance lentement, en second plan. Mais la véritable recherche est celle de Kat pour savoir qui était cette mère.  Où est elle ? et pourquoi est elle partie ?

On s’oriente surtout à la fin vers le thriller alors que les éléments se resserrent autour de la résolution de l’énigme dont la conclusion varie entre le livre et le film.

black-and-white-person-woman-girl-mediumComme dans ses autres livres, les adolescent(e)s sont présents de façon très réalistes, et qu’on a l’impression de les voir fonctionner sans fard. Pourquoi l’adolescence revient elle dans tous ces livres ? « Il s’agit d’un âge propice au drame, qui possède un grand potentiel tragique et métaphorique » -lesinrocks.com 24/08/2013

En général, c’est leur point de vue qui est central et nous sommes confrontés à leurs états d’âme en direct. Les parents et les adultes y sont souvent débordés et au bord de la crise de nerf alors que les jeunes font preuve d’une lucidité lumineuse et salvatrice pour les pauvres adultes que nous sommes.

Donc, dans ce livre, on a tout ces éléments. Dans le film « American beauty » de Sam Mendes, on retrouve aussi cette famille américaine exemplaire qui part en vrille, en proie à la frustration : le père qui tombe amoureux de la copine de sa fille, et qui démissionne du jour au lendemain, se met à fumer, la mère qui le trompe avec un directeur d’agence immobilière, la fille qui les déteste pour leur attitude puérile.

Mais ce qui caractérise Laura KASISCHKE, ce sont les touches de mystère qui tissent un climat différent dans chaque livre et les rapprochements inattendus entre les éléments de la réalité et les sensations.

A propos de l’odeur d’un cadavre animal. «  Une odeur, qui, dès la deuxième semaine, évoquait plus des roses trempant dans de l’eau sucrée que de la viande morte. A la fin du mois, on aurait plutôt pensé au fœtus mort-né d’un ange. Un petit bout de tissu précieux tombé du ciel et qui, à présent, sentait mauvais. La douceur perdue, précisément, au bord du trottoir  »

Ce qui est envoûtant, c’est ce mystère sans explication tranchée qui s’exprime de façon différente dans chaque titre (fantômes réels ou maladie mentale, rêveries avec, comme autre espace flottant, l’adolescence).

L’auteur a débuté comme poétesse et continue dans cette voie d’ailleurs.

Le ressort de l’angoisse tient au fait qu’on ne peut en déterminer la nature : les phénomènes décrits dans le livre sont-ils d’origine psychologique ou supernaturelle ? Kat va chez la psy mais c’est juste pour parler. C’est cette dualité qui rend les choses effrayantes et intéressantes. Les vrais fantômes ne font pas peur !

Extrait : « En vérité, ma mère a disparu vingt ans avant le jour où elle est réellement partie. Elle s’est installée dans la banlieue avec un mari. Elle a eu un enfant. Elle a vieilli un peu plus chaque jour – de cette façon qu’ont les épouses et les mères d’âge moyen d’être de moins en moins visibles à l’œil nu. Vous levez peut-être les yeux de votre magazine quand elle entre dans la salle d’attente du dentiste, mais elle est en fait transparente. »

Pour compléter tout ça, un petit lien vers la page du site Babelio consacrée à Laura Kasischke

Et un article sur le site de Télérama : article Télérama

Interview sur le site les inrocks.com : Interview lesinrocks.com esprit d’hiver

Sans oublier des références présentes dans notre catalogue : Esprit d’hiver ; En un monde parfait ; La couronne verte (voir critique à suivre) ; Les revenants (voir critique à suivre)

Au sujet du film réalisé par Gregg ARAKI, le dialogue avec le livre (à travers la voix off de Kat) correspondait vraiment à des moments que j’avais repérés dans le livre.

Mais, une différence : le personnage de Kat y est mal à l’aise et complexé «SI je pouvais avoir quelque chose de sexuel aux yeux de quiconque, alors, ce ne pouvait être que de la façon dont l’intérieur d’une oreille de chat peut paraître d’ordre sexuel… Obscène parce qu’on ne voulait pas voir ça, parce qu’on ne veux jamais penser à quelque chose d’aussi vulnérable et personnel que la sexualité dévoilée d’une grosse fille » Alors que dans le film, ce n’est pas le cas, elle est belle et à l’aise de ce point de vue.

Autre différence, dans le film, l’empreinte des années 80 (telles que je les ai ressenties) est physiquement présente à travers une bande son tout à fait représentative. D’ailleurs, Laura K estime que, plus que les personnages, c’est l’atmosphère du livre qui compte : Chez moi, l’intrigue et les personnages sont secondaires. Ce qui compte, c’est une certaine qualité d’impression, une atmosphère.” Le personnage de Phil correspondait physiquement aussi à l’époque. La nouvelle copine du père était incarnée par Sheryl LEE, qui tenait le rôle de Laura Palmer dans Twin peaks catalogue MD68

Un site intéressant consacré à Twin Peaks !

Donc, enrichissement de l’atmosphère du livre par le film qui devient moins suave, plus rock and roll.

A titre d’illustration, voir cet article très intéressant sur la musique des années 80. On y retrouve, « Behind the Wheels » des Dépêche Mode présent dans la bande son du film.