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La couronne verte de Laura KASISCHKE (Laura KASISCHKE, Créatrice d’atmosphères, deuxième partie)

PLUMESVERTESjpgLa couronne verte Récit d’apprentissage à travers une histoire d’amitié entre trois filles découvrant pendant leur Spring Breack,une toute petite partie du Mexique, mais pas la plus innocente : les pyramides de Chichen Itza, lieu de sacrifice des jeunes vierges!!! ). A cette occasion, les élèves de terminale américains se regroupent dans un lieu exotique, en général, et se livrent à des activités diverses et variées comme le bronzage exaspéré sous l’emprise de l’alcool ou d’autres substances, copulation…ou /et découvertes de la culture locale.

Le récit est partagé par trois amies : Terri qui reste au second plan et choisit plutôt la première option, Michelle, que l’auteur choisit de faire parler à la troisième personne et Anne s’exprimant à la première personne (On comprendra plus tard pourquoi ce choix donne plus d’épaisseur au récit). Ces deux dernières optent pour une option mixte. Elles se trouvent seules face à des choix, sans autre arme que leur instinct. Celui-ci les mènera  au devant du drame mais pas de la façon qu’on imaginait.

A mon avis, ce n’est pas le meilleur livre de Laura Kasischke. La question centrale du livre, bien qu’illustrée par une montée en puissance de l’angoisse, est un peu celle qui se pose à tout le monde : en qui peut-on vraiment avoir confiance? Et cela est peut être encore plus partagé lorsqu’on est un jeune adulte, mis devant une multitude de choix plus ou moins menaçants et/ou excitants selon son degré d’imagination et surtout l’orientation de celle-ci ! C’est peut être un livre qui plaira aussi à un public plus large, le style, au service d’une histoire plus basique, est moins poétique. Certaines images redondantes le plombent même un peu (les plumes vertes deviennent un peu lourdes, au bout de plusieurs fois). La psychologie aussi est plus terre à terre et les adultes sont moins présents. Le seul personnage adulte masculin propose et les filles acceptent ou pas (Michelle n’a pas de père officiellement connu). Mais les mères sont présentes à travers leurs conseils. A propos d’Anne et Michelle : « Nous connaissions et respections nos propres limites. En cela, nous avions pris le contre-pied de nos mères qui pouvaient être d’une insistance pesante : Il leur fallait toujours tout savoir, tout comprendre – et lorsqu’elles n’y arrivaient pas, elles tentaient de nous changer pour que l’on corresponde à la vision qu’elles avaient de nous ». Donc, je continue avec « Les revenants » que j’ai largement préféré.

Les Revenants de Laura KASISCHKE (3ème partie de Laura KASISCHKE, créatrice d’atmosphères)

revenantsLes revenants

Encore un très bon ! Les jeunes adultes y sont encore plus mis en avant que dans « Oiseau blanc dans le blizzard » du même auteur.

Là encore, les personnages ont des visions provoquées par des éléments concrets ou non. Par exemple, quand Mira, enfant, voit sa mère transfigurée et comme en pleine métamorphose. « Le soupçon aussi diffus qu’irrationnel qu’elle se régénérait dans cette pièce. Comme des ailes géantes repliées autour du corps Sa peau paraissait humide couverte d’un film de rosée » et « la fillette eut la nette impression que sa mère venait d’éclore ». Dans ce texte, on est plus près du fantastique et des récits de vampires et de zombies caraïbes que de fantômes éthérés. A un moment « il avait été drogué et il était amoureux, ce qui est aussi en soi une forme de drogue du zombie «  !!.

Le roman se déroule sur un campus américain. Une élève meurt dans un accident de voiture alors que son ami s’en tire miraculeusement. « La scène de l’accident était exempte de sang et empreinte d’une grande beauté. » Le témoin arrivé suite à l’accident a « Le sentiment d’être tombée par hasard sur quelque chose de très secret […], quelque rite sacré nullement destiné aux yeux humains « . Dans Sailor et Lula de David LYNCH, (encore !), la scène de l’accident de nuit, illustre également parfaitement, cette douce étrangeté.

Mais il y a un problème : la jeune fille réapparaît régulièrement aux yeux de certains étudiants. Est-ce un problème liée à la drogue, un simple accident, un meurtre ? Il se trouve que la confrérie à laquelle appartenait la victime est assez portée sur les substances illicites de même que son ancien ami.

Une des professeurs de la fac, spécialisée dans les autopsies et les rites autour des morts apporte sa caution rationnelle à l’enquête, mais pour épaissir encore plus le mystère qui ne sera un peu éclairci qu’à la fin du livre.

Une ambiance noire et gothique qui, au passage, vous permettra d’enrichir vos connaissances sur les confréries qui rythment la vie sociale des campus américains et  la thanatopraxie !

A noter que ce livre a reçu le Prix « Lire en Poche »  2015décerné par la ville de GRADIGNAN.

 

Les livres présentés au comité ado du 20 mars 2015

Une à deux fois par an, à l’initiative de Joëlle Poulet, un comité adolescent composé de bibliothécaires et de documentalistes alsaciens se réunit à la Médiathèque Départementale du Haut-Rhin. Voici les livres qui ont été proposés au débat :

Trois femmes et un fantôme de Roddy Doyle, coll. Tribal, Flammarion

Mary, une jeune fille, rencontre une dame qui est en fait le fantôme de son arrière-grand-mère. Celle-ci revient pour aider sa fille, Emer, à mourir.

Le sujet du lien intergénérationnel est assez peu traité dans les livres pour adolescents.

Roddy

Le style est fluide hormis la répétition agaçante du mot « genre ». Dommage qu’il y ait des maladresses. L’abondance de dialogues peut dérouter le lecteur.

Le thème de l’accompagnement dans la mort est très actuel. Il s’agit de l’euthanasie mais aussi de la présence physique auprès des malades. Le personnage de la grand-mère a beaucoup d’humour. De même, le fantôme adoucit l’histoire.

Le roman est ciblé « filles ». Il peut intéresser également les mères et grand-mères.

Après la vague d’Orianne Charpentier, coll. Scripto, Gallimard

La famille de Maxime et de sa sœur jumelle Jade est en vacances en Thaïlande. Maxime choisit d’aller à la plage plutôt que de visiter un temple. Jade décide de lui tenir compagnie. Une fois sur la plage, la mer se retire soudainement. C’est un tsunami. Maxime et Jade doivent s’enfuir rapidement. Mais Jade lâche la main de son frère pour aider un bébé. Quand Maxime se réveille, sa sœur est portée disparue. Déscolarisé, ce dernier vit une descente aux enfers.

A noter le très beau prologue.

Il s’agit d’un roman initiatique dont le sujet est, là aussi, la mort.Charpentier

C’est une réflexion sur la souffrance indicible. On ne peut guérir quelqu’un. C’est à celui qui souffre de trouver son chemin. Maxime le fait sans l’aide de ses parents.

La couverture est belle.

Orianne Charpentier a écrit également « Mauvaise Graine », l’histoire d’un adolescent mal dans sa peau, en conflit avec ses parents, qui apprend le cancer de son père.

Elle posait pour Picasso de Béatrice Egemar, coll. Courant noir, Gulf Stream

Dans le Montmartre du début du siècle, Emile, poète et écrivain côtoie les artistes de la butte : Max Jacob, Pablo Picasso, Henri de la Puisaye. Il est marqué par le suicide de la bouquetière Linda. Lors d’une séance de divination avec son ami Max, la jeune fille lui demande de l’aide. Emile se lance alors dans une enquête auprès de l’entourage de Linda. Il fait la connaissance de Virginie qui habite le même immeuble.

Ce roman combine le genre policier et historique ainsi que le thème artistique.picasso

L’enquête classique est presque reléguée au second plan. On entre dans l’univers du Bateau-Lavoir et du Lapin Agile, toujours en activité aujourd’hui. La vie de bohême avec sa rudesse, le village de « Montmartre » et les petits métiers sont restitués avec bonheur et fidélité. Il faut néanmoins une sensibilité à l’art. Le livre donne d’ailleurs envie de connaître le tableau de Picasso dont il est question. Sur la forme, il rappelle les romans-feuilletons de l’époque.

Les romans policiers, plus rares, sont aussi moins demandés que la fantasy et la science-fiction. Pour les plus jeunes, on peut recommander « L’Enigme Vermeer » de Blue Balliett.

Bleue de Florence Hinckel, coll. Soon, Syros

Astrid et Silas sont deux jeunes gens amoureux. Mais Astrid décède des suites d’un accident. Silas, désespéré, est oblitéré par la cellule d’éradication de la douleur (CEDE). On lui « enlève » les émotions ressenties. Mais celles-ci lui reviennent progressivement en mémoire d’autant plus qu’il croit voir Astrid. hinckel

Florence Hinckel dépeint un monde où l’on a mis fin à la douleur psychique. La première partie décrit une société séduisante. Elle ressemble au livre « Le Passeur » de Loïs Lowry. La deuxième partie questionne autour d’une société hypersurveillée, totalitaire. Le thème des réseaux sociaux et de l’hyperconnexion prédomine. Quelle est la valeur de la vie ? Comment reconnaître les moments de bonheur si on perd les sentiments ?

Le rôle de la grand-mère d’Astrid, résistante à l’oblitération, est important. L’histoire d’amour est magnifique. Les personnages des adolescents et des adultes sont travaillés.Ce roman permet de développer un esprit critique. La fin reste ouverte.

En espérant que ces résumés et critiques vous donneront envie de découvrir ces romans…