Archives de mots clés: Albin Michel

Des romans de la rentrée qui remuent…

Voici quelques lectures qui m’ont accrochée, elles ont chacune des aspects sombres, jamais gratuits, et se laissent dévorer rapidement

 

La Vraie vie d’Adeline Dieudonné L’iconoclaste

La narratrice est une jeune fille. Elle raconte la vie de sa famille dans un ensemble pavillonnaire, le Démo. Le père adLa Vraie vie_Adeline Dieudonnéore chasser et  rapporte des trophées qu’il exhibe dans une pièce dédiée. Quand son agressivité ne peut s’exprimer au travers de sa passion, il s’en prend à sa femme. Cette dernière supporte les coups sans réaction. Heureusement, il y a Gilles, le petit frère sur qui la narratrice reporte son amour. Mais un jour, alors que les enfants s’achètent une glace, un terrible faits divers vient rompre leur quotidien. Dès lors, ils ne sont plus deux mais trois. La hyène (- la haine-) a pris possession de l’esprit de Gilles.

Un livre initiatique sur le destin d’une adolescente qui lutte pour sauver son frère. Elle va défier le réel, faire vœu de modifier le passé. Comme dans les rêves, cette vie ne peut être la vraie. Cette enfant surdouée réussira-t-elle à modifier le cours de leur vie ?

Bien sûr, il y a le quotidien bien terne des enfants,  la mère décrite comme une « amibe » par sa fille et le père violent. Mais, le roman n’est pas sombre pour autant car il y a la foi tenace de cette jeune fille. Couronné meilleur premier roman par le prix Fnac, ce livre s’inscrit un peu dans la veine actuelle des histoires où de jeunes ados se battent pour leur survie (My Absolute Darling de Gabriel Tallent, par exemple, mais sans le vocabulaire ordurier).

Plus sombre est le roman d’Inès Bayard Les Malheurs du bas Albin Michel

Marie et Laurent sont un jeune couple à qui tout réussit. Il ne leur manque qu’un enfant. Un soir, Marie est raccompagnée par son patron. Il l’agresse sauvagement. Rien ne sera plus comme avant pour la jeune femme. Puisqu’on ne lui demande rien, elle tait son agression. Lorsqu’elle découvre qu’elle est enceinte, elle s’enfonce un peu plus dans la dépression.  Un roman terrible sur le poids du silence, de la honte et de la solitude.

Autre roman terrible, celui de Frère d’Ame de David Diop au Seuil

Ce livre rappelle l’histoire des tirailleurs sénégalais pendant la première guerre mondiale. Deux amis, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, combattent ensemble. Lorsque Mademba est tué, Alfa perd la raison et devient une caricature sanglante du sauvage. Rapatrié à l’arrière, il raconte sa vie en Afrique, avant le départ. Un livre emprunt de poésie sur ces combattants longtemps méconnus.

Roissy de Tiffany Tavernier Sabine Wespieser

Un lieu de passage, voici ce qui définit l’aéroport. Pourtant, c’est ici, à Roissy qu’évoluent nos deux personnages. Il y a Anna, SDF amnésique, qui s’invente des voyages et des situations . Laurent, lui, vient chaque jour dans l’espoir de retrouver sa femme, disparue sur le vol Rio-Paris. Et si, ensemble, ils réussissaient à alléger leur peine ?

C’est sur cette note d’optimisme que je vous laisse à vos lectures…

 

 

 

 

 

Des livres qui ont la cote…

Couleurs de l’incendie de Pierre Lemaitre Albin Michel 2018

Voilà une suite qui n’en est pas vraiment une…  Au Revoir là-haut, le précédent roman, Prix Goncourt, retraçait le destin funeste d’Edouard Péricourt, fils de bonne famille, devenu Eugène Rivière. Cet ancien soldat et gueule cassée avait monté une arnaque aux monuments aux morts avant de se suicider. Dans « Couleurs de l’incendie », quelques années ont passé. Nous suivons la vie de Madeleine, la sœur d’Edouard. Alors qu’elle enterre le patriarche de la famille, son fils, Paul, se jette par la fenêtre et devient paraplégique. Le sort continue de s’acharner sur elle puisque son oncle et le bras droit de son père, s’allient pour la dépouiller. Mais Madeleine, mue par la vengeance, n’est pas disposée à laisser perdre le patrimoine de son fils…Couleurs-de-l'incendie_Lemaitre

Pierre Lemaitre réussit à nous accrocher avec brio à son histoire qui devient une fresque familiale. Il nous peint l’époque de l’Entre-deux-guerres, ce monde changeant, fragilisé par les crises, où les grands bourgeois cèdent le pas aux industriels. Communistes et fascistes profitent du peu de stabilité politique pour gagner du terrain. C’est dans cette période trouble que se débattent les personnages du roman. Pierre Lemaitre les décrit si bien qu’on imagine déjà le film. Seul point un peu décevant : la trame de l’histoire. Le roman étant axé sur la vengeance de Madeleine, la fin est rapidement devinée dans ses grandes lignes. J’attends tout de même avec impatience la fin de la trilogie.

 

 

 

Autre livre qui a bénéficié d’un large écho :

Les Loyautés de Delphine de Vigan JC Lattès 2018

 

Les loyautés_de Vigan

Un livre qui se lit rapidement mais qui n’en est pas moins profond. C’est l’histoire d’une amitié entre deux adolescents, Mathis et Théo. « Ils n’ont pas eu besoin de parler pour savoir qu’ils pouvaient s’entendre. Il suffisait de se regarder ; communautés tacites – sociales, affectives, émotionnelles-, signes abstraits, fugaces, de reconnaissance mutuelle, qu’ils seraient pourtant incapables de nommer. » C’est aussi une histoire d’adultes et de couples. Céline, la maman de Mathis, vit mal ses origines sociales modestes par rapport à celles de son mari. Quant aux parents de Théo, séparés, accablés de tristesse et de rancœur, ils en oublient leur fils. Où commence la maltraitance ? Elle s’inscrit aussi dans les soins et l’attention qu’on ne donne pas. Théo sait se débrouiller alors il aide, remplace, et pallie les défaillances de ses parents. Pour supporter, il commence à boire et entraîne Mathis à sa suite. Mais Hélène, une professeur au passé abîmé, va déceler les signes d’une catastrophe imminente, au risque de dépasser les limites.

 

Un été invincible d’Alice Adams Albin Michel 2017

Eté invincible_Alice AdamsRestons encore un peu en été, au moins avec le titre et la couverture de ce roman…

Nous suivons la vie de quatre amis, Eva, Benedict, Sylvie et son frère Lucien depuis leur rencontre en faculté dans les années 90 jusqu’à aujourd’hui. Dans ce quatuor, il y a évidemment un triangle amoureux. Et lorsqu’Eva part en vacances en Grèce rejoindre Benedict, nous supposons la suite. Mais la vie et les relations humaines se montrent parfois compliquées. C’est bien là que réside l’intérêt du roman. Les personnages évoluent au gré de leurs histoires et de l’histoire avec un grand H. Nous les voyons se dépêtrer avec leurs déconvenues et réussites professionnelles et personnelles. Si ce n’est le cadre, Londres, ces quatre-là pourraient très bien être nos amis. Dommage que l’auteur n’ait pas approfondi chaque personnage de la même façon. Néanmoins, cette fable des temps modernes reste un bon moment de lecture.

« On se croyait en marge de la société […]. Bon sang, on aurait été dégoûtés à l’époque si on avait su à quel point on était comme tout le monde, à quel point les gens sont les mêmes partout sur cette terre. C’est drôle, parce que cette idée a quelque chose de réconfortant aujourd’hui ».

 

Les Oubliés du dimanche Valérie Perrin Albin Michel

Justine Neige, 20 ans, est aide-soignante dans une maison de retraite. Elle aime s’occuper des résidents et recueillir leurs histoires, en particulier celle d’Hélène. Cette dernière a souffert de ne pas savoir lire. Devenue couturière, elle rencontre Lucien qui lui apprend le braille. C’est le début d’un amour exceptionnel. De son côté, Justine s’efforce de ne pas s’attacher. Ses rencontres en discothèque sont en général sans lendemain.  Elle et son cousin sont orphelins depuis l’accident de voiture de leurs parents. Ils vivent avec leurs grands-parents. Depuis quelques temps, un mystérieux corbeau appelle les proches des résidents pour leur annoncer leur mort. Les personnes âgées reçoivent alors des visites et ne sont plus ces « Oubliés » du dimanche. Mais l’enquête pour démasquer le corbeau va faire resurgir des éléments troublants concernant la famille Neige.oubliés

Un premier roman vraiment réussi !

Le deux histoires, celle d’Hélène et de Justine, s’entremêlent et réussissent à nous captiver jusqu’à la fin.

Le livre aborde aussi des sujets délicats, celui de la vieillesse notamment. Il met en avant la richesse des relations intergénérationnelles, pas toujours préservées. Il y a aussi les secrets de famille qui sommeillent, même dans les familles les plus banales en apparence.

C’est un livre pour les grands enfants qui aiment encore qu’on leur raconte des histoires !