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La Formule de Dieu de José Rodrigues DOS SANTOS

Tout est parti d’une discussion à propos de Da Vinci Code. De là, ce lecteur trentenaire a été conseillé et un un collègue lui a prêté « La Formule de Dieu » . En général, il aime bien se faire conseiller et se laisser guider par sa curiosité.  Le genre est  semblable à celui du roman célèbre de de Dan Brown : le thriller ésotérique.  Ici, il s’agit d’une enquête mêlant l’univers des sciences  à celui de la religion avec une pointe d’espionnage. En prime, les décryptages des plus fameuses théories d’Einstein. Ca tombe bien !

 

Pour réserver

LITTERATURES EUROPEENNES CONTEMPORAINES : une sélection

Programme un peu impressionnant, vu le titre, mais non ! Tout va bien..Il s’agit juste, suite à une formation suivie la semaine dernière,  de partager les découvertes et les auteurs européens remarqués pendant  une formation.  Les commentaires de lecture qu’en ont fait les stagiaires et le formateur me donnent assez de matière pour en faire une sélection à partager sans modération.

Voici donc des pistes de lectures qui vont vous faire voyager à travers l’Europe, le rire, l’amour, le drame, la solidarité, le combat …

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Marie-Hélène LAFON et ses romans paysans qui peuvent être proposés aux lecteurs de romans de terroir où beaucoup de personnes peuvent se retrouver avec un style tout à fait remarquable.

« Grace » de Paul LYNCH, Traduit de l’anglais (Irlande) par Marina BORASO.  Autre roman de terroir mais aussi de terreur se déroulant pendant la famine qui a ravagé les campagnes irlandaises sept années au milieu du 19è siècle. Les campagnes étaient alors peuplées de mendiants plus proches des fantômes que des vivants, les autres ayant fuit vers l’Amérique souvent. Grace, une jeune fille de 14 ans fait partie de ceux qui errent, expulsée de chez elle pour la protéger du pire. Amateurs de fantastique bienvenus !

Autre parcours de femme qui va conquérir sa liberté morceau par morceau :  » Zouleïka Ouvre les yeux » de la russe  Gouzel IAKHINA.  Zouleïka une jeune fille, débute mal sa vie d’adulte, mariée de force et quasi esclave domestique de sa belle-mère et de son mari. Dans les années 30, dans le Tatarstan, au cœur de la Russie, l’heure de la confiscation des maigres terres possédées par les paysans a sonné. Elle va devoir partir, et conquérir son  indépendance en se dépouillant de ses anciens dogmes religieux.

Pour les amateurs de plantes cultivées, Lucien SUEL propose « Mort d’un jardinier » ou le regard plein d’acuité et de sensibilité d’un jardinier victime d’un malaise sur la terre qu’il va peut être quitter.

La magnifique  poésie de François CHENG aborde aussi ces thèmes  : vie, mort, nature…

Petit aperçu des textes cités en formation « Littératures européennes »

Quittons la campagne pour aborder la patrie et sa défense dan sun roman issu de la littérature punk : « Noirs paradis » de Rosa LIKSOM nouvelles traduites par Anne PAPART. L’intérêt, en dehors d’un style assez sauvage et de l’humour au deuxième degré, c’est la revendication féministe dans les années 90 à travers la conquête d’un territoire réservé aux hommes : la guerre et le fascisme. Ce genre de procédé est courant aujourd’hui, mais pas à l’époque . Peut être Virginie DESPENTES avec « Baise moi »  ?

Dans le genre littérature déjantée (parue après la chute du mur de Berlin, une exploration de la liberté), on a cité « Métal »  de Janis JONEVS ; Traduit par Nicolas Auzanneau Prix du premier roman en Lettonie, 2014. En plein cour des années 90, c’est une plongée dans l’univers urbain  déserté par la conscience politique et la religion.  Le rock métal et la culture alternative occupent cette place laissée vide chez une partie de la jeunesse. Un éclairage  sur la vie quotidienne en Lettonie, jeune nation européenne encore méconnue en France.

Toujours au sujet du régime communiste et ses conséquences sur la société, les familles, même après sa défaite.  Dans « Revu et  corrigé »,  traduit du hongrois par Agnès JARFAS, Peter ESTERAZY, découvre après l’ouverture des archives de l’Etat, que son père, torturé par les services secrets soviétiques, est un agent au service de l’État de terreur. C’est donc une énorme rupture qu’il doit assumer puisque  après cette trahison. De plus,, son père étant mort, il ne peux plus rien lui demander. 

L’Europe a été traversée par la violence brutale et les romans qui y font référence sont nombreux . La première guerre mondiale est abordée avec succès par Pierre LEMAITRE en France avec « Au revoir là-haut », mais aussi  par « Guerre et térébenthine » par Stefan HERTMANS traduit par Isabelle ROSSELIN en ce qui concerne la Belgique. L’auteur nous parle de son grand-père marqué par la guerre qu’il appelait  « son épouvante » et du tournant qu’a pris sa vie après sa retraite, quand il devient peintre. Mais il s’agit aussi de la bascule de la société dans l’industrialisation et de la grandeur des petites gens apparemment inintéressants mais qui ont une vie immensément riche.

La violence extrême se retrouve aussi dans les romans ou récits inspirés par les camps de concentration. Là, un livre de témoignage tout juste paru en avril : « Et si c’était à refaire » de Boris PAHOR. Ici, ce sont des entretiens avec l’auteur, un centenaire italien écrivant en slovène, rescapé de plusieurs camps de concentration.  Séminariste déserté par la foi, il a cependant réussi à pardonner aux allemands et aux italiens qui ne représentent, selon lui, qu’un des visages de l’horreur humaine. Un livre qui fait du bien à mettre en regard du classique « Et si c’était un homme » de

Pour l’humour libérateur, on peut se tourner vers Slavomir MROZEK dans « l’Eléphant »; où l’auteur polonais, sous couvert d’un style faussement naïf, à réussi à passer à travers les mailles de la censure en 1957.

Akli TADJER, algérien d’origine, utilise aussi l’humour pour parler du racisme et de l’intolérance dans « Qui n’et pas raciste ici ? » Récit d’une rencontre qu’il a faite dans un lycée où il a été confronté lors d’une rencontre avec des élèves, à leur lâcheté  mais aussi à leur magnifique potentiel humain face au racisme et à  la peur des autres.

Pour rester en territoire humoristique, vous pourrez tenter de percer le secret de la « 7è fonction du langage » de Laurent BINET. Quel est le pouvoir qu’elle offre à celui qui a décrypté cette énigme ?  Ici, pas de drame, mais les conflits qui déchirérent le monde feutré des universités dans les années 1980. A cette période, un des gardiens de  la sémiologie, (une  partie de la linguistique) était Roland Barthes. Le grand homme se fait renverser et l’énigme de sa mort,(peut être le résultat d’un complot lié aux cercles du pouvoir), est confiée aux Renseignements Généraux. Ce roman, basé sur des faits réels est l’occasion d’un exercice qui peut paraître un peu artificiel pour certains mais au passage, on apprend beaucoup sur cette matière passionnante qu’est la sémiologie qui s’intéresse à toute forme de langage, tout objet qui a une signification dans notre société de communication. L’humour vient du décalage entre des langages, des personnages, des situations bien terre à terre confrontés à la grandeur d’un personnage comme Roland Barthes, signifiant beaucoup pour certaines personnes et rien du tout pour la plupart d’entre nous.

Le formateur, Guy FONTAINE, nous a aussi parlé de la maison d’écrivain et du musée Marguerite YOURCENAR  qui surplombe la plaine picarde. Elle est située sur le  « Mont Noir » où a grandi l’auteure de l »Oeuvre au noir » qui nous plonge dans le Bruges du 16è siècle où sévit l’Inquisition.et les alchimistes.  Autre titre phare :  » Les « Mémoires d’Adrien » reconstituent le récit de la vie de cet empereur qui les adresse à  Mac Aurèle, dans l ‘Antiquité finissante du 4è siècle.

Il y aurait encore des titres à rajouter, évidemment, mais voilà déjà de quoi capter une petite part de cette diversité littéraire qui vient de territoires qui ont connu des drames et dont les frontières, parfois mouvantes donnent lieu à des frictions très fertiles.

Beaucoup de ces titres à réserver  sont présents au catalogue des bibliothèques municipales du Haut-Rhin.

 

« LA RELIGION » de Tim WILLOCKS ; Trad ; par Benjamin LEGRAND

Le monde selon Tannhauser

Un roman historique trépidant, plein de fureur, de sang, mais aussi d’amour. Un de ceux qu’on m’a chaudement recommandé et que j’ai enfin pris le temps d’ouvrir !

Première partie de la « Trilogie de Tahnnhauser » (on attend le tome 3 après l’opus 2 : « Les enfants de Paris ») , cet ample roman se déploie autour du personnage complexe de Mattias Tannhauser, arraché à l’âge de 12 ans à sa famille décimée, pour devenir janissaire au service du grand Soliman.

Marqué à jamais par la violence et désabusé, il restera  traversé par des sentiments contraires et refusera de choisir, préférant profiter des opportunités lui permettant de faire prospérer son négoce, de profiter de la vie et de faire évoluer une libre pensée éloignée des partis pris. L’histoire se déroule pendant le siège de Malte par les troupes ottomanes en 1565 et même pendant cette page de l’histoire, Tannhauser trouvera le moyen d’aller vendre son opium sur le marché tenu par l’ennemi. Une des raisons qui m’ont fait aimer ce livre, c’est la richesse des personnages et surtout celle de Tannhauser, qui semble indestructible, tout en étant habité par de nombreuses contradictions.

Parmi celles-ci : Matthias, converti à l’Islam, mais combattant dans les rangs chrétiens de « La Religion » c’est-à-dire, les Hospitaliers, dernier des ordres chevaliers après la disparition des Templiers. Matthias amoureux de deux femmes : Carla la comtesse et Amparo, sa dame de compagnie à demie sauvage et un peu devineresse. Les femmes ici sont libres et sont relativement libres de choisir leur destin bien qu’ayant été des victimes à un moment de leur vie.

Matthias, géant aux yeux clairs carapaçonné dans son armure tranchant les têtes à tour de bras, ne dédaignant pas pratiquer l’éviscération et la torture à l’occasion, mais profondément ému par la viole de gambe que jouent ses deux amoureuses. Les scènes où il est question de musique et des effets qu’elle a sur nous sont magnifiques superbe Akhal Teke doré) et déchiré quand il ne peut s’en occuper (il a tout compris et lui parle).

Matthias, forgeron formé par son père et trouvant la sérénité dans le travail du métal.

Matthias, opportuniste, mais fidèle aux promesses faites à ses amis. Il a une bande d’amis qu’il retrouve à l’occasion de batailles entre Orient et Occident et notamment Bors l’anglais. Matthias, perméable aux influences du cosmos, mais riche de connaissances médicales. A ce sujet, l’auteur est médecin et psychiatre : la grande finesse psychologique des personnages et la description très réaliste des misères du corps humain pendant les guerres sont au rendez-vous.

Siège de Malte par Matteo Perez d’Aleccio 1547_1616
image Wikimedia

Pour d’autres raisons, c’est un livre que j’avais envie de retrouver tous les jours : le style recherché mais pas pédant, poétique même dans les scènes les moments les plus noirs et, cerise sur le gâteau ! dans les scènes érotiques réussies.

Un livre qui tient ses promesses : l’arrière-plan historique est solide, l’homme connaît son sujet. Les techniques de combat au corps à corps ainsi que les plans de batailles, la stratégie nous plongent au cœur de l’action.

L’aventure est là dans une version beaucoup plus trash qu’»Angélique Marquise des Anges » avec des pointes de sentimentalisme éclairant la noirceur des actions humaines. Il est aussi question des relations entre père et fils et d’un garçon à retrouver.

Des personnages attachants et, parmi eux,  même l’Inquisiteur a des doutes !

Un bémol : une tendance à en rajouter dans les fluides corporels et les odeurs qui sont souvent au rendez-vous sur les champs de bataille et ailleurs. J’ai sauté certains passages qui tenaient de la répétition.

J’avais fait une chronique « Le Feu divin » de Robert LYNDON, moins noir et donc, plus accessible.

Pour Réserver dans une bibliothèque du réseau 68 : c’est ici

« My absolute Darling » Gabriel TALLENT ; Trad. de Laura DERAJINSKI

L’amour monstre : c’est ce qui m’est venu à l’esprit tout au long de la lecture de ce livre dérangeant qui faisait partie de ma PAL d’été. Car, selon Martin,  il s’agit d’amour pour sa fille Turtle. En anglais, cela donne »Tortue », parce qu’elle a une magnifique carapace, cette ado de 14 ans  qui se parle à elle même pour tenter de démêler le vrai du faux. Forcément, elle n’a pas d’ami et les seules bribes de communication  qu’elle a au collège se limitent à un mot ou deux, concédé à la vie en commun. En général c’est plutôt . « Espèce de salope, assise là, avec ton vernis à ongle, à te passer la main dans les cheveux ». Langage qui peut gêner certains lecteurs, mais qui, à mon avis,  n’est pas artificiel et correspond vraiment à une violence qu’elle porte en elle.

Elle entretient une relation plus normale avec son grand-père vétérant du Vietnam, vivant un peu à l’écart,dans une caravane. En même temps, et c’est cela qui est terriblement malsain, son père est cultivé, grand lecteur et cette ambiguïté dont Turtle essaie de sortir à tout prix. Cela ne vous rappelle pas quelqu’un ? Une autre figure du mal : le révérent dans la « Nuit du chasseur », qui utilisait le discours biblique comme couverture pour mieux masquer ses intentions maléfiques.

 

Robert Mitchum dans »La nuit du chasseur » de Charles Laughton 1955

En père exclusif et charismatique, il « élève »? ? seul son adolescente dans le culte de la nature et la méfiance systématique vis à vis de ses congénères dans une maison  rudimentaire pénétrée par une nature sauvage encerclant le huis-clos du père et de la fille. Martin apprend la survie à sa fille, qui a comme occupation le tir au fusil, l’entretien scrupuleux des ses armes. Il la maintient « pour son bien » sous sa coupe terrifiante mêlant réflexion apocalyptique bien argumentée, déclarations d’amour passionnées accompagnant les abus sexuels et la violence crescendo qu’il lui fait subir à mesure qu’elle essaie de lui échapper. Le tout agrémenté d’intimidation et de poison distillé dans l’esprit de sa fille rendu captif jour après jour.

Mais, après deux rencontres bénéfiques : une professeure, puis un garçon, la fuite peut être programmée. Au nom de sa liberté, de sa survie et celle d’une autre proie capturée par Martin, la jeune fille va défier son père et prendre des risques difficilement calculables, et toujours remis en questions par l’amour tordu et la culpabilité qu’il a semés en elle.

Turtle reste là, et elle pense Tu peux tourner les talons maintenant car tu n’as aucun plan, tu ne peux rien faire, tu ne peux emmener cette gamine nulle part. Penser autrement serait un aveuglement total. Pense à  qui il est. A quel point il est plus grand que toi. A quel point il est plus fort et plus intelligent que toi. Elle pense Tu vas mourir… Et pourquoi ? A l’instant même où tu sortiras de la maison avec la gamine, il roulera jusqu’à la maison de la côte et il te tuera.

Le thème du mal a déjà été traité en littérature et ailleurs, mais la puissance de ce livre, proche du thriller m’a bouleversée et je me garderai bien d’en révèler l’issue !!

Pour se renseigner ou le réserver sur Calice68, c’est ici

Voir d’autres ciritiques : https://www.telerama.fr/livres/my-absolute-darling,n5514901.php ou  là

 

 

 

« La Forteresse impossible » de Jason REKULAK ; Trad. par HéloÏse ESQUIE

 

La première forteresse, c’est les filles ! En la matière, Billy et ses deux amis surnagent en pleine adolescence et sont totalement innocents. Leur quête du Graal, c’est le dernier numéro de Play Boy que défend, de l’intérieur de sa boutique, le père de Mary, jeune fille un peu atypique dans le tableau des jeunes filles arborant les brushing impeccables des années 80. Elle partage avec Will la passion pour les jeux vidéo et va lui proposer au jeune garçon sensible de l’aider à développer le sien . Autres  forteresses à prendre, donc (la création du  jeu et la fille). Quelle sera la priorité de Will ?

Un roman très agréable, plein de l’ambiance des films américains des années 80 avec leurs bandes d’ados en pleine mutation plus ou moins monstrueuse (revus à l’occasion de la série  Stranger things., par exemple). Donc, replongée dans la culture populaire où je barbotais il y a quelques dizaines d’années. La montée en puissance de l’informatique , encore réservée à des initiés, donc peu pris en considération par le système scolaire (ce n’est pas un métier) et les parents est bien vue,

 

 

Will , le narrateur, n’hésite pas à prendre des risques pour arriver à ses fins, avec déceptions, râteaux, victoires, on avance par niveau et mondes différents.L’histoire manque peut-être de suspens (on perçoit que sa quête va aboutir ce qui risque d’en décevoir quelques uns, mais on se laisse aller agréablement sur la pente optimiste du récit (pour les autres) en suivant notre héros. Le roman emprunte la structure d’un jeu ou d’un récit de fantasy transposé au 20è siècle et, c’est bien fait. Chaque chapitre s’ouvre sur des lignes de code correspondant au contenu de ce qui va suivre.

Souris sur le gâteau, le jeu crée par Will et Mary « La forteresse impossible »est jouable en ligne, en vrai !

Pour voir le résumé et , peut être, le réserver : c’est ici, Calice, le catalogue des médiathèques du Haut-Rhin

« Je m’appelle Lucy Barton » de Elizabeth STROUT ; trad. par Pierre BREVIGNON

« Tout dans la vie m’éblouit » .

C’est avec cette phrase que s’achève ce merveilleux roman qui vous fera explorer la solitude la plus désespérée remplie par l’amour le plus inconditionnel.Pourtant Lucy, la narratrice, pourrait ne pas avoir fait tout ce chemin pour arriver à cette déclaration. Son départ dans la vie dans une famille  meute vaguement constituée dans une petite ville des Etats-Unis aurait pu infléchir son parcours vers une violence répétitive. Mais non, elle a choisi de ne pas faire de ce handicap le prétexte d’une aigreur facile. Elle ne fait pas la morale aux autres parce qu’elle connaît ses faiblesses et elle avance vers sa liberté, forte de sa carapace personnelle.

 

 

Au centre du livre, le déclencheur, c’est la visite surprise de sa mère à l’hôpital où Lucy fait un séjour assez long. Elle apparaît alors qu’elles ne se sont pas vues depuis longtemps. Des choses graves sur le passé, mais aussi des choses frivoles vont être prononcées par les deux femmes sans que cela soit dramatisé à aucun moment. Cela se fait parce que cela doit être fait maintenant entre une mère et sa fille dans une approche très bouddhiste. On fait les choses sans ressentir leur poids, loin d’un sacrifice à faire payer. C’est ce qui donne au roman sa richesse, la tension entre ce qui pourrait faire l’objet d’un déluge de bons sentiments et la retenue des phrases simples. Un peu comme une sculpture de Giacometti.

« Je crois que je n’oublierai jamais cette vision : ma mère assise dans l’obscurité, les épaules légèrement ployées par la fatigue, mais assise là, avec toute la patience du monde. – Maman…, ai-je murmuré, et elle a agité les doigts. Comment as-tu fais pour me trouver ? Ca n’a pas été facile, m’ais j’ai une langue dans la bouche et je m’en suis servie »

La vie dans la famille n’a pas été comme un long fleuve tranquille. Le doute est permis, les souvenirs flous, mais certains sont précis et déterminant qui feront la force de Lucy

 » j’ai retrouvé ma mère , qui m’a expliqué que mon frère avait été surpris vêtu d’une robe à elle, et que c’était dégoûtant, et que mon père lui donnait une bonne leçon, et que Vicky avait intérêt d’arrêter de hurler. Je ne me souviens plus Alors je suis partie avec Vicky dans les champs jusqu’ à ce que la nuit tombe et que nous ayons davantage peur du noir que rentrer chez nous. Je ne suis toujours pas certaine que ce soit un souvenir réel, mais je le sais, je crois. » suivi de  » Ce soir là, mon père se trouvait à côté de mon frère dans la pénombre et le tenait comme on tient un bébé, le berçant doucement sur ses genoux. et je ne distinguais pas lequel pleurait et lequel chuchotait. »

Puis, quand elle a commencé à écrire, elle a reçu des conseils d’écrivains à propos de son roman parlant de son enfance dans des conditions matérielles et psychologiques dures.

« Les gens vous reprocherons de parler à la fois de la pauvreté et de la violence domestique. quelle formule stupide « violence domestique » Quelle banalité, quelle stupidité. On peut très bien être pauvre sans être violent et vous ne leur répondrez jamais rien. Ne défendez jamais votre travail. Votre histoire parle d’amour, vous le savez bien »

Le jour où Sarah Payne nous a conseillé de nous présenter devant la page blanche dépouillés de tout jugement, elle nous rappelait qu’on ne sait jamais, qu’on ne saura amais ce que ça peut être de comprendre pleinement une autre personne.

A l’heure de l’explosion du secteur du bien être dans les rayonnages des libraires et bibliothèques, ce livre, peut très bien être proposé dans la catégorie « feel good books », en tout cas, c’est ce qu’il fait à sa manière avec ce personnage magnifique qui m’a fait penser à celui du livre de Carrie Snyder « Invisible sous la lumière ».

Elizabeth STROUT a également écrit « Olive Kitteridge », (Prix Pulitzer 2009),  autre personnage remarquable mais moins dans la compréhension adapté en série avec la fantastique Frances McDormand !

Réservation et résumé ici

« Le dimanche des mères » de Graham SWIFT ; Trad. par Marie-Odile FORTIER-MASEK

MENSONGES DANS UN JARDIN ANGLAIS

Que les amateurs des « Vestiges du jour » ou de « Downtown Abbey » se rapprochent, ils pourraient être intéressés. Et tant qu’on y est, ceux de l’amant de Lady Chatterley, sauf que dans ce livre, c’est la bonne anglaise qui raconte l’histoire. Dans le cadre verdoyant d’une demeure bourgeoise entourée du parc qui va avec, Jane a comme amant  un jeune homme de bonne famille. Jeune orpheline, elle a été placée dans une famille et, le jour de congé spécial où les domestiques peuvent rendre visite à leur mère, elle se trouve doublement libérée. Elle va prendre à bras le corps cette liberté et en jouir à sa guise et investissant totalement ce jour. A l’occasion de ce jour charnière,  toutes les relations habituellement rigidifiées par les codes vont voler en éclat.

Elle est très intelligente et observatrice de la comédie sociale qui se joue au quotidien. Douée d’imagination, elle arrive à jouer des mensonges et prendre sa part du gâteau en utilisant cette facilité ainsi que son amour pour la littérature enrichissant son parcours qui aurait pu s’arrêter au stade de simple domestique.

La société anglaise avec ses classes cloisonnées est bien dépeinte également dans cette période d’après la première guerre dévastée par les morts de jeunes garçons morts au combat en France. La transition technologique en marche  est peuplée  par les premières voitures chassant des écuries ancestrales les équipages de chevaux.

Dans ce roman court, l’auteur décortique (surtout au début du livre), le moindre haussement de sourcil et ses conséquences à travers le tamis des convenances sociales. J’ai failli arrêter ma lecture pour cause d’étouffement, (c’est donc réussi) mais ce côté corseté peut plaire à d’autres lecteurs. J’ai continué et donc apprécié plus le fond et le profond sentiment de liberté découvert par Jane, malgré tout.

 

 

Mrs HEMINGWAY de Naomi WOOD ; Trad. de Karine DEGLIANE O’KEEFFE

Kurt HUTTON STRINGER

Le vieil homme et le père

1ère phase du livre : Tout, désormais , se fait à trois. Dernière phrase : Nous y sommes, . Le monde n’existe plus.

Entre les deux, ses quatre femmes feront le récit de leur vie plus ou moins commune avec Hemingway, se croiseront et apprendront à se connaître. Chaque chapitre correspond à une de ces femmes et les allers-retours non chronologiques  à l’intérieur de  chaque partie se font très naturellement. En effet, chacune ayant connu au moins la précédente directement pendant une période de vie à trois, les approches sont très diverses et complémentaires.

On apprend à connaître le  monument dans tous les sens du terme. Excessif dans son besoin maladif de compagnie, dans son alcoolisme, sa vitalité, sa violence et son besoin vital d’écriture, il l’était. Ce n’était visiblement pas un cliché parlant de cette personnalité énorme aux multiples facettes qu’on a envie d’insulter parfois tant il a une conduite déplacée et infantile. Dans la bande d’amis partageant  fêtes et gueules de bois, des années folles aux années 60, de Paris à Cuba, on croise Scott Fitzgerald et sa femme Zelda qui, on l’ apprend,  n’appréciait pas Ernest. Au passage, les noms d’animaux dont certaines l’ont affublé semblaient un peu mal taillés pour lui : Et vas y « mon agneau » . Un peu  décalé pour  l’homme, même dans son rôle de mari ! Le livre fait le portrait de quatre femmes très différentes les une des autres, même si l’attention se tourne toujours vers Ernest.

 

Par exemple, Martha, la plus indépendante n’a pas supporté sa phobie de la solitude et son besoin de se faire materner.

« Ses mariages ne se finissent jamais à deux. Il faut toujours qu’ils se terminent par un jeu a  trois, pense t- elle avec amertume »

Couverture originale

La tragique page blanche

Et cette fragilité s’est aussi  manifestée par des pannes d’écriture. Cela constitue un des moments les plus poignants du livre, au moment où le Président Washington lui écrit . Ernest doit lui faire une simple réponse. Et il est au plus profond de son désespoir. Il n’y arrive plus alors qu’il en a un besoin vital.

Pour lui,  perdre sa capacité à écrire, c’était perdre sa capacité à libérer son esprit de ses angoisses . Écrire, c’était comme entrer dans une maison magnifique : un lieu propre éclairé où la lumière tombait en de grands faisceaux blancs sur de  beaux parquets en bois. Écrire, c’était se sentir chez soi, c’était y voir clair. « 

Son père se serait suicidé et il luttait pour ne pas sombrer avec lui, entrainé par le poids de  ce mystère dans une dépression récurrente qui l’a mené à faire le choix de mettre fin à ses jours.

Donc, voici un livre que je conseille aux lecteurs amateurs d’histoires d’amour, d’histoire du 20è siècle, d’Hemingway et d’écriture. Si vous voulez réserver, c’est ici

Dans ses romans, je vais commencer par « Le soleil se lève aussi » à réserver ici

En début d’année, nous avions chroniqué un livre consacré à Fitzgerald et sa femme « Derniers feux sur Sunset »  de Stewart O’NAN

Bénédicte WK

« La servante écarlate » de Margaret ATWOOD; Trad. de Sylviane RUE

 « Nous dormions dans ce qui fût autrefois le gymnase » (première phrase)

« Et donc je me hisse, vers l’obscurité qui m’attend à l’intérieur ; ou peut être la lumière » (dernière phrase)

Image extraite de la série « The Handmaid’s tale », 2017 produite par Hulu

Pourquoi ce livre en particulier ? Il fait partie de ceux  dont je n’avais absolument jamais entendu parler avant de travailler en médiathèque et que j’ai dans la PAL des classiques.  Parce que c’est une magnifique  dystopie du niveau de  « 1984″ avec lequel elle partage des thèmes communs. Ajoutez à cela le coup de projecteur dû à l’adaptation en série cette année avec l’excellente Elizabeth MOSS et, coup de massue, le prix que l’auteure Margaret ATWOOD a récolté cette année et voilà, je l’ai enfin lu.

Defred (comme « de Fred »)  décrit sa vie dans une société post catastrophe nucléaire . A Gilead règne la dépersonnalisation et le contrôle généralisé en réaction  à la frivolité de la société précédente, aux déréglements de l’indépendance, de l’amour et  de la lecture . Mais Defred n’a pas oublié sa vie d’avant, son mari et sa fille dont elle n’a plus de nouvelles.  Elle y pense quand elle regagne la chambre de servante qu’elle occupe dans la maison de ses maîtres où elle vit. La société régie par les préceptes rigoureux qui la divise,  lui a imposé de prêter son ventre pour donner porter les enfants des castes supérieures stériles. Mais le ver est dans le fruit , venu du passé et de son goût de liberté individuelle. Va -t-elle se révolter et si oui, jusqu’où ?

The Royal Winnipeg Ballet interprète La Servante écarlate

Comme dans les autres récits dystopiques, le personnage principal, privé de son identité se fait le messager de nos envies de révolte et parfois, on lui reproche de ne pas aller assez loin. Justement, Defred se montre assez nuancée à cause de son passé et elle n’a pas repris le flambeau de la lutte féministe de sa mère. Elle essaie de comprendre les personnes et les hommes y compris et les considère avant tout comme des humains. Ces nuances dans les personnages font que ce n’est pas seulement un livre féministe et c’est pour cela qu’il est complexe.  L’auteur a puisé dans le réel : un régime où  des femmes perdent les premières leur indépendance, et une partie des hommes en profitent mais au même titre que des régimes politiques ou des pouvoirs religieux ayant existé  (nazisme, communisme…)

Le Jardin des délices env1495-1505 Jérôme Bosch

 

Pas étonnant que l’actualité récente (aux Etats-Unis notamment) ait fait penser à ce livre qui se pose là en matière de classique ! Encore un coup de cœur !

A ce sujet : un article supplémentaire du site Usbek et Rica

Sur Actualitté.com  un article publié à l’occasion du Salon du Livre de Francfort où  Margaret ATWOOD a reçu le Prix de la Paix des Editeurs et libraires allemands)

Pour voir le résumé ou/et réserver sur le catalogue de la MD68, c’est

 

 

Une comédie des erreurs de Nell ZINK; Trad. par Charles RECOURSE

Mais qu’est ce que c’est que ce livre ? Je m’attendais à de l’humour  (vu le titre en français, on peut s’y attendre), et c’était ce que je recherchais.  Comme d’habitude avec l’humour, j’espérais que ça colle avec le mien, (d’humour) ! D’emblée, le titre en anglais laisse  place à une interprétation plus dramatique du contenu :  « Dislaid » veut dire Egaré, paumé, donc, pas forcément hilarant comme scénario. La couverture laisse entrevoir des grincements. Donc, suspens … Finalement, double réussite : en plus d’être souvent très drôle, l’écriture inventive et précise fait mouche, les dialogues aussi ! Pourtant, comme souvent, l’air de pas y toucher, les péripéties traversées par les membres de  cette famille éclatée et dysfonctionelle pourraient les mener à  finir dans un désespoir complet. Ils pourraient subir de plein fouet la discrimination ambiante (raciale, antifemme, anti homo).

Ce qui fait avancer les choses, ce n’est pas que les homos ou les noirs puissent ouvrir un bar à jus d’herbe frais bio, mais qu’ils puissent proposer des choses de première nécessité

Mais ils choisissent, même mal, et assument leurs choix en tordant la réalité s’il le faut ! La mère usurpe l’identité d’une fillette noire décédée pour pouvoir démarrer une nouvelle vie avec sa propre fille alors qu’elle n’est absolument pas noire. Et ça passe,, parce qu’aux USA, à une période, une seule goutte de sang noir pouvaient vous faire classer comme tel vis à vis de l’administration !

Pourtant, comme chez John IRVING,  les personnages sont animés par une vitalité et un amour infini qui les fait avancer jusqu’au dénouement.

Et l’ humour détaché utilisé par l’auteur  permet de dédramatiser toute sorte de situations « sérieuses » (y compris les scènes de sexe.)

Le modèle de famille « classique » est froissé, mais celle qui est montrée ici fait bien partie des familles !

Un roman qui fait du bien, donc. Drôle et profond en même temps !

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