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« La Forteresse impossible » de Jason REKULAK ; Trad. par HéloÏse ESQUIE

 

La première forteresse, c’est les filles ! En la matière, Billy et ses deux amis surnagent en pleine adolescence et sont totalement innocents. Leur quête du Graal, c’est le dernier numéro de Play Boy que défend, de l’intérieur de sa boutique, le père de Mary, jeune fille un peu atypique dans le tableau des jeunes filles arborant les brushing impeccables des années 80. Elle partage avec Will la passion pour les jeux vidéo et va lui proposer au jeune garçon sensible de l’aider à développer le sien . Autres  forteresses à prendre, donc (la création du  jeu et la fille). Quelle sera la priorité de Will ?

Un roman très agréable, plein de l’ambiance des films américains des années 80 avec leurs bandes d’ados en pleine mutation plus ou moins monstrueuse (revus à l’occasion de la série  Stranger things., par exemple). Donc, replongée dans la culture populaire où je barbotais il y a quelques dizaines d’années. La montée en puissance de l’informatique , encore réservée à des initiés, donc peu pris en considération par le système scolaire (ce n’est pas un métier) et les parents est bien vue,

 

 

Will , le narrateur, n’hésite pas à prendre des risques pour arriver à ses fins, avec déceptions, râteaux, victoires, on avance par niveau et mondes différents.L’histoire manque peut-être de suspens (on perçoit que sa quête va aboutir ce qui risque d’en décevoir quelques uns, mais on se laisse aller agréablement sur la pente optimiste du récit (pour les autres) en suivant notre héros. Le roman emprunte la structure d’un jeu ou d’un récit de fantasy transposé au 20è siècle et, c’est bien fait. Chaque chapitre s’ouvre sur des lignes de code correspondant au contenu de ce qui va suivre.

Souris sur le gâteau, le jeu crée par Will et Mary « La forteresse impossible »est jouable en ligne, en vrai !

Pour voir le résumé et , peut être, le réserver : c’est ici, Calice, le catalogue des médiathèques du Haut-Rhin

« Je m’appelle Lucy Barton » de Elizabeth STROUT ; trad. par Pierre BREVIGNON

« Tout dans la vie m’éblouit » .

C’est avec cette phrase que s’achève ce merveilleux roman qui vous fera explorer la solitude la plus désespérée remplie par l’amour le plus inconditionnel.Pourtant Lucy, la narratrice, pourrait ne pas avoir fait tout ce chemin pour arriver à cette déclaration. Son départ dans la vie dans une famille  meute vaguement constituée dans une petite ville des Etats-Unis aurait pu infléchir son parcours vers une violence répétitive. Mais non, elle a choisi de ne pas faire de ce handicap le prétexte d’une aigreur facile. Elle ne fait pas la morale aux autres parce qu’elle connaît ses faiblesses et elle avance vers sa liberté, forte de sa carapace personnelle.

 

 

Au centre du livre, le déclencheur, c’est la visite surprise de sa mère à l’hôpital où Lucy fait un séjour assez long. Elle apparaît alors qu’elles ne se sont pas vues depuis longtemps. Des choses graves sur le passé, mais aussi des choses frivoles vont être prononcées par les deux femmes sans que cela soit dramatisé à aucun moment. Cela se fait parce que cela doit être fait maintenant entre une mère et sa fille dans une approche très bouddhiste. On fait les choses sans ressentir leur poids, loin d’un sacrifice à faire payer. C’est ce qui donne au roman sa richesse, la tension entre ce qui pourrait faire l’objet d’un déluge de bons sentiments et la retenue des phrases simples. Un peu comme une sculpture de Giacometti.

« Je crois que je n’oublierai jamais cette vision : ma mère assise dans l’obscurité, les épaules légèrement ployées par la fatigue, mais assise là, avec toute la patience du monde. – Maman…, ai-je murmuré, et elle a agité les doigts. Comment as-tu fais pour me trouver ? Ca n’a pas été facile, m’ais j’ai une langue dans la bouche et je m’en suis servie »

La vie dans la famille n’a pas été comme un long fleuve tranquille. Le doute est permis, les souvenirs flous, mais certains sont précis et déterminant qui feront la force de Lucy

 » j’ai retrouvé ma mère , qui m’a expliqué que mon frère avait été surpris vêtu d’une robe à elle, et que c’était dégoûtant, et que mon père lui donnait une bonne leçon, et que Vicky avait intérêt d’arrêter de hurler. Je ne me souviens plus Alors je suis partie avec Vicky dans les champs jusqu’ à ce que la nuit tombe et que nous ayons davantage peur du noir que rentrer chez nous. Je ne suis toujours pas certaine que ce soit un souvenir réel, mais je le sais, je crois. » suivi de  » Ce soir là, mon père se trouvait à côté de mon frère dans la pénombre et le tenait comme on tient un bébé, le berçant doucement sur ses genoux. et je ne distinguais pas lequel pleurait et lequel chuchotait. »

Puis, quand elle a commencé à écrire, elle a reçu des conseils d’écrivains à propos de son roman parlant de son enfance dans des conditions matérielles et psychologiques dures.

« Les gens vous reprocherons de parler à la fois de la pauvreté et de la violence domestique. quelle formule stupide « violence domestique » Quelle banalité, quelle stupidité. On peut très bien être pauvre sans être violent et vous ne leur répondrez jamais rien. Ne défendez jamais votre travail. Votre histoire parle d’amour, vous le savez bien »

Le jour où Sarah Payne nous a conseillé de nous présenter devant la page blanche dépouillés de tout jugement, elle nous rappelait qu’on ne sait jamais, qu’on ne saura amais ce que ça peut être de comprendre pleinement une autre personne.

A l’heure de l’explosion du secteur du bien être dans les rayonnages des libraires et bibliothèques, ce livre, peut très bien être proposé dans la catégorie « feel good books », en tout cas, c’est ce qu’il fait à sa manière avec ce personnage magnifique qui m’a fait penser à celui du livre de Carrie Snyder « Invisible sous la lumière ».

Elizabeth STROUT a également écrit « Olive Kitteridge », (Prix Pulitzer 2009),  autre personnage remarquable mais moins dans la compréhension adapté en série avec la fantastique Frances McDormand !

Réservation et résumé ici

« Le dimanche des mères » de Graham SWIFT ; Trad. par Marie-Odile FORTIER-MASEK

MENSONGES DANS UN JARDIN ANGLAIS

Que les amateurs des « Vestiges du jour » ou de « Downtown Abbey » se rapprochent, ils pourraient être intéressés. Et tant qu’on y est, ceux de l’amant de Lady Chatterley, sauf que dans ce livre, c’est la bonne anglaise qui raconte l’histoire. Dans le cadre verdoyant d’une demeure bourgeoise entourée du parc qui va avec, Jane a comme amant  un jeune homme de bonne famille. Jeune orpheline, elle a été placée dans une famille et, le jour de congé spécial où les domestiques peuvent rendre visite à leur mère, elle se trouve doublement libérée. Elle va prendre à bras le corps cette liberté et en jouir à sa guise et investissant totalement ce jour. A l’occasion de ce jour charnière,  toutes les relations habituellement rigidifiées par les codes vont voler en éclat.

Elle est très intelligente et observatrice de la comédie sociale qui se joue au quotidien. Douée d’imagination, elle arrive à jouer des mensonges et prendre sa part du gâteau en utilisant cette facilité ainsi que son amour pour la littérature enrichissant son parcours qui aurait pu s’arrêter au stade de simple domestique.

La société anglaise avec ses classes cloisonnées est bien dépeinte également dans cette période d’après la première guerre dévastée par les morts de jeunes garçons morts au combat en France. La transition technologique en marche  est peuplée  par les premières voitures chassant des écuries ancestrales les équipages de chevaux.

Dans ce roman court, l’auteur décortique (surtout au début du livre), le moindre haussement de sourcil et ses conséquences à travers le tamis des convenances sociales. J’ai failli arrêter ma lecture pour cause d’étouffement, (c’est donc réussi) mais ce côté corseté peut plaire à d’autres lecteurs. J’ai continué et donc apprécié plus le fond et le profond sentiment de liberté découvert par Jane, malgré tout.

 

 

Mrs HEMINGWAY de Naomi WOOD ; Trad. de Karine DEGLIANE O’KEEFFE

Kurt HUTTON STRINGER

Le vieil homme et le père

1ère phase du livre : Tout, désormais , se fait à trois. Dernière phrase : Nous y sommes, . Le monde n’existe plus.

Entre les deux, ses quatre femmes feront le récit de leur vie plus ou moins commune avec Hemingway, se croiseront et apprendront à se connaître. Chaque chapitre correspond à une de ces femmes et les allers-retours non chronologiques  à l’intérieur de  chaque partie se font très naturellement. En effet, chacune ayant connu au moins la précédente directement pendant une période de vie à trois, les approches sont très diverses et complémentaires.

On apprend à connaître le  monument dans tous les sens du terme. Excessif dans son besoin maladif de compagnie, dans son alcoolisme, sa vitalité, sa violence et son besoin vital d’écriture, il l’était. Ce n’était visiblement pas un cliché parlant de cette personnalité énorme aux multiples facettes qu’on a envie d’insulter parfois tant il a une conduite déplacée et infantile. Dans la bande d’amis partageant  fêtes et gueules de bois, des années folles aux années 60, de Paris à Cuba, on croise Scott Fitzgerald et sa femme Zelda qui, on l’ apprend,  n’appréciait pas Ernest. Au passage, les noms d’animaux dont certaines l’ont affublé semblaient un peu mal taillés pour lui : Et vas y « mon agneau » . Un peu  décalé pour  l’homme, même dans son rôle de mari ! Le livre fait le portrait de quatre femmes très différentes les une des autres, même si l’attention se tourne toujours vers Ernest.

 

Par exemple, Martha, la plus indépendante n’a pas supporté sa phobie de la solitude et son besoin de se faire materner.

« Ses mariages ne se finissent jamais à deux. Il faut toujours qu’ils se terminent par un jeu a  trois, pense t- elle avec amertume »

Couverture originale

La tragique page blanche

Et cette fragilité s’est aussi  manifestée par des pannes d’écriture. Cela constitue un des moments les plus poignants du livre, au moment où le Président Washington lui écrit . Ernest doit lui faire une simple réponse. Et il est au plus profond de son désespoir. Il n’y arrive plus alors qu’il en a un besoin vital.

Pour lui,  perdre sa capacité à écrire, c’était perdre sa capacité à libérer son esprit de ses angoisses . Écrire, c’était comme entrer dans une maison magnifique : un lieu propre éclairé où la lumière tombait en de grands faisceaux blancs sur de  beaux parquets en bois. Écrire, c’était se sentir chez soi, c’était y voir clair. « 

Son père se serait suicidé et il luttait pour ne pas sombrer avec lui, entrainé par le poids de  ce mystère dans une dépression récurrente qui l’a mené à faire le choix de mettre fin à ses jours.

Donc, voici un livre que je conseille aux lecteurs amateurs d’histoires d’amour, d’histoire du 20è siècle, d’Hemingway et d’écriture. Si vous voulez réserver, c’est ici

Dans ses romans, je vais commencer par « Le soleil se lève aussi » à réserver ici

En début d’année, nous avions chroniqué un livre consacré à Fitzgerald et sa femme « Derniers feux sur Sunset »  de Stewart O’NAN

Bénédicte WK

« La servante écarlate » de Margaret ATWOOD; Trad. de Sylviane RUE

 « Nous dormions dans ce qui fût autrefois le gymnase » (première phrase)

« Et donc je me hisse, vers l’obscurité qui m’attend à l’intérieur ; ou peut être la lumière » (dernière phrase)

Image extraite de la série « The Handmaid’s tale », 2017 produite par Hulu

Pourquoi ce livre en particulier ? Il fait partie de ceux  dont je n’avais absolument jamais entendu parler avant de travailler en médiathèque et que j’ai dans la PAL des classiques.  Parce que c’est une magnifique  dystopie du niveau de  « 1984″ avec lequel elle partage des thèmes communs. Ajoutez à cela le coup de projecteur dû à l’adaptation en série cette année avec l’excellente Elizabeth MOSS et, coup de massue, le prix que l’auteure Margaret ATWOOD a récolté cette année et voilà, je l’ai enfin lu.

Defred (comme « de Fred »)  décrit sa vie dans une société post catastrophe nucléaire . A Gilead règne la dépersonnalisation et le contrôle généralisé en réaction  à la frivolité de la société précédente, aux déréglements de l’indépendance, de l’amour et  de la lecture . Mais Defred n’a pas oublié sa vie d’avant, son mari et sa fille dont elle n’a plus de nouvelles.  Elle y pense quand elle regagne la chambre de servante qu’elle occupe dans la maison de ses maîtres où elle vit. La société régie par les préceptes rigoureux qui la divise,  lui a imposé de prêter son ventre pour donner porter les enfants des castes supérieures stériles. Mais le ver est dans le fruit , venu du passé et de son goût de liberté individuelle. Va -t-elle se révolter et si oui, jusqu’où ?

The Royal Winnipeg Ballet interprète La Servante écarlate

Comme dans les autres récits dystopiques, le personnage principal, privé de son identité se fait le messager de nos envies de révolte et parfois, on lui reproche de ne pas aller assez loin. Justement, Defred se montre assez nuancée à cause de son passé et elle n’a pas repris le flambeau de la lutte féministe de sa mère. Elle essaie de comprendre les personnes et les hommes y compris et les considère avant tout comme des humains. Ces nuances dans les personnages font que ce n’est pas seulement un livre féministe et c’est pour cela qu’il est complexe.  L’auteur a puisé dans le réel : un régime où  des femmes perdent les premières leur indépendance, et une partie des hommes en profitent mais au même titre que des régimes politiques ou des pouvoirs religieux ayant existé  (nazisme, communisme…)

Le Jardin des délices env1495-1505 Jérôme Bosch

 

Pas étonnant que l’actualité récente (aux Etats-Unis notamment) ait fait penser à ce livre qui se pose là en matière de classique ! Encore un coup de cœur !

A ce sujet : un article supplémentaire du site Usbek et Rica

Sur Actualitté.com  un article publié à l’occasion du Salon du Livre de Francfort où  Margaret ATWOOD a reçu le Prix de la Paix des Editeurs et libraires allemands)

Pour voir le résumé ou/et réserver sur le catalogue de la MD68, c’est

 

 

Une comédie des erreurs de Nell ZINK; Trad. par Charles RECOURSE

Mais qu’est ce que c’est que ce livre ? Je m’attendais à de l’humour  (vu le titre en français, on peut s’y attendre), et c’était ce que je recherchais.  Comme d’habitude avec l’humour, j’espérais que ça colle avec le mien, (d’humour) ! D’emblée, le titre en anglais laisse  place à une interprétation plus dramatique du contenu :  « Dislaid » veut dire Egaré, paumé, donc, pas forcément hilarant comme scénario. La couverture laisse entrevoir des grincements. Donc, suspens … Finalement, double réussite : en plus d’être souvent très drôle, l’écriture inventive et précise fait mouche, les dialogues aussi ! Pourtant, comme souvent, l’air de pas y toucher, les péripéties traversées par les membres de  cette famille éclatée et dysfonctionelle pourraient les mener à  finir dans un désespoir complet. Ils pourraient subir de plein fouet la discrimination ambiante (raciale, antifemme, anti homo).

Ce qui fait avancer les choses, ce n’est pas que les homos ou les noirs puissent ouvrir un bar à jus d’herbe frais bio, mais qu’ils puissent proposer des choses de première nécessité

Mais ils choisissent, même mal, et assument leurs choix en tordant la réalité s’il le faut ! La mère usurpe l’identité d’une fillette noire décédée pour pouvoir démarrer une nouvelle vie avec sa propre fille alors qu’elle n’est absolument pas noire. Et ça passe,, parce qu’aux USA, à une période, une seule goutte de sang noir pouvaient vous faire classer comme tel vis à vis de l’administration !

Pourtant, comme chez John IRVING,  les personnages sont animés par une vitalité et un amour infini qui les fait avancer jusqu’au dénouement.

Et l’ humour détaché utilisé par l’auteur  permet de dédramatiser toute sorte de situations « sérieuses » (y compris les scènes de sexe.)

Le modèle de famille « classique » est froissé, mais celle qui est montrée ici fait bien partie des familles !

Un roman qui fait du bien, donc. Drôle et profond en même temps !

Pour voir le résumé et réserver, c’est ici

 

L’amour, le Japon, les sushis et moi de N.M. Zimmermann Albin Michel 2016

Lucrèce, 15 ans, déménage au Japon avec sa famille. Elle n’y voit pas d’inconvénients mais l’adaptation est plus difficile que prévue face au choc culturel. Elle peine à trouver sa place et à se faire des amis. Lorsqu’elle découvre dans le local à poubelles de son immeuble un sac rempli de partitions de grande valeur, elle décide d’enquêter pour retrouver son propriétaire.

Critique de Mme Sylvie Wendel, documentaliste

J’ai trouvé le livre d’un abord assez facile, il peut être lu dès la 5è sans problème je pense. Le thème, cette jeune fille obligée de s’expatrier au Japon parce que sa mère y est mutée, fera sans doute rêver les amateurs de cette culture (et ils sont nombreux au collège !). L’auteure connaît visiblement son sujet, et nous fait découvrir toute les subtilités des relations inter-personnelles au Japon, et des coutumes qui peuvent sembler bien étrange à nos yeux. L’aspect le plus plaisant selon moi est ce qui concerne la vie quotidienne d’un lycéen au Japon, et les difficultés qu’on peut avoir à s’intégrer même connaissant la langue. L’intrigue amoureuse m’apparaît bien secondaire, par contre, et cette histoire d’archet qui » tombe des mains » du jeune garçon quand il veut jouer est un peu tirée par les cheveux.

En conclusion : un roman agréable à lire, qui touchera autant les filles que les garçons, et qui cerne sans doute de très près la réalité des jeunes « expats » au Japon.

Une vie entière de Robert SEETHALER : pourtant, que la montagne est belle !!

 

 

Marche ou crève : Egger, le personnage principal de ce roman peu bavard, traverse la vie en avançant coûte que coûte. Même dans les moments les plus tragiques de son histoire personnelle et celle de son pays, l’Autriche des années 30 à 60,  il continue son chemin, inlassablement. Car, s’il est ancré à sa montagne, il compte bien élever son regard au delà des sommets qu’il arpente et participer à l’avancée du progrès.

Les montagnes, il les connaît et leur ressemble : ses émotions restent souterraines et  jaillissent comme d’ un volcan, parfois.  Au moment où il déclare sa flamme à la seule  femme qu’il aimera, il le fait au propre et au figuré et c’est magnifique !

Même si la vie des montagnards décrite par l’auteur semble terre à terre, des éléments de contes populaires fantastiques viennent  troubler le récit et rendre un peu plus fragile la carapace d’Egger. Pour lui, la montagne est animée d’une vie propre.

Il y lit comme on lit un livre : ses paysages lui fournissent les clés de sa sagesse intime.

Un livre loin du bruit et de la fureur, mais qui m’a beaucoup plu.

J’ai choisi ce livre en pensant que je pourrai le proposer à des lecteurs amateurs de roman de terroir et c’est ce que je vais faire.

Pour réserver, c’est ici .

 

Le Garçon Marcus Malte Zulma 2016

Le livre s’ouvre sur la mort de la mère du Garçon. Alors qu’ils ont toujours vécu seuls, dans la forêt, le jeune homme, muet décide de retourner à la civilisation. Dans un village isolé, il loue ses bras contre le gîte et le couvert. A la suite d’un ale-garcon_marcus-malteccident, il est contraint de s’enfuir. Errant sur les routes, il va de rencontres en rencontres. Frôlant la mort, il est hébergé par Auguste et sa fille Emma. Il découvre avec elle l’amour jusqu’à ce que la guerre l’arrache à sa nouvelle famille. Roman d’apprentissage, la vie du Garçon fait figure de fresque de ce début du 20ème siècle.

Marcus Malte a une plume superbe. Il a d’ailleurs été fort justement récompensé par le prix Fémina. Dommage que certains chapitres, comme un trop-plein, ne sont qu’une succession de mots et de listes. Un livre dense. **

Au début de l’amour de Judith Hermann : les fantômes du passé

Un quartier vert très tranquille à la périphérie d’une petite ville, une vie normale avec une charmante petite fille et un mari aimant mais peu présent :  Stella, infirmière à domicile, un peu sauvage, est la proie idéale  pour les états d’âme. Le déclencheur : Mister Pfister, un jeune homme habitant dans ses parages qui tente d’entrer en contact avec elle de façon de plus en plus insistante et malsaine.

L’emploi de la troisième personne et le style rêche attaché à la description des apparences accentue encore le côté voyeur du lecteur qui attend qu’il se passe quelque chose parce qu’il y a un potentiel anxiogène dans cet amorce de relations et toutes les possibilités qu’elle offre : histoire d’amour torride pour certains lecteurs, thriller avec psychopathe (l’un empêchant pas l’autre hé hé !). De ce point de vue, c’est une réussite, Stella se pose suffisamment de questions sur le vide de sa vie et ses sentiments pour son mari pour qu’on puisse lui fournir des réponses par le biais de cette rencontre. D’un autre côté, Mister Pfister a une part d’ombre qui recouvre le roman au fur et à mesure :  ses messages déposés dans la boîte à lettres sont étranges et quand il en vient à écrire son nom sur cette boîte, on sent la bascule possible. Mais, au risque d’énerver certains lecteurs, le mystère ne sera pas vraiment éclairci ni sur les motivations du harceleur (resurgi du passé ?) et sa vie, ni sur les sentiments de Stella qui restent  ambigus.  L’ambiance m’a rappelé « Lost highway » de David Lynch et ce couple solitaire recevant des vidéos dans leur boîte à lettre, leur solitude et le dépouillement de leur appartement.

C’est une boucle temporelle ici, tu as déjà remarqué ? Ici, le temps s’est arrêté et chacun de ceux qui y vivent reste dans sa bulle ».

J’ai pris  ça comme une histoire de fantômes, Stella n’habite pas sa vie et  n’arrive pas à se détacher de son passé avec lequel elle communique encore à travers les conversations qu’elle a avec son amie, seul lien avec son adolescence regrettée.  Mister Pfister aimerait lui faire rejoindre cette rive ancienne. Mais sa vie présente l’appelle à travers les activités obstinées et les réflexions arrêtées de sa petite fille de 4 ans, Ava. Quel chemin d’adulte va t’elle choisir ?

Pour répondre à cette question, c’est avec la réservation au bout du lien !