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« Les larmes  » de Pascal Quignard (l’homme qui parle aux forêts)

Poursuivons l’exploration de la période précédant le moyen-âge  avec un roman de Pascal Quignard. Je l’avais laissé en compagnie de Sainte-Colombe, il y a longtemps avec « Tous les matins du monde »  puis retrouvé à l’occasion de lectures d’extraits. L’envie de lire celui-là en entier est revenue quand j’ y ai vu une approche fantastique des animaux, de la forêt, la même qui est parfois présente dans la fantasy, ce lien entre les humains, la puissance et le mystère de la nature et de ses esprits.

« Jadis, dans le commencement, la parole n’était pas. Il n’y avait pas d’hommes encore. tous les animaux étaient des bêtes et les hommes aussi étaient des bêtes »

J’ai voulu en savoir plus aussi quand j’ai vu qu’il s’agissait de la naissance de la langue française et surtout ses premières traces écrites . C’est sûr,  comme cet événement s’est déroulé près de Strasbourg, ça m’a encore plus intriguée.

« La première trace écrite de la langue française date du vendredi 14 février 842, à Strasbourg, sur les bords du Rhin »

Beaucoup des personnages croisés dont ont connaît la vie au fur et à mesure, ont réellement existé (Charlemagne, par exemple) et toutes les informations qui, au début semblent sans rapport, convergent en prenant vie, et,  du coup perdent leur caractère seulement érudit. Donc, cette lecture n’est pas seulement une mine de connaissances, c’est un roman qui nous raconte une histoire avec un style qui reflète parfaitement la simplicité profonde de la nature.

En parlant des lichens : Leurs croissances sont infiniment lentes. Ils avancent d’un millimètre par an. Les lièvres les grignotent et les rennes les broutent. Les oiseaux s’en servent pour faire leur nids. Ils forment des landes où s’avancent les escargots qui sont autant de petits cavaliers francs aux carapaçons entortillés…

Laissez vous donc glisser sur cette pente tracée par les escargots et les autres bêtes de la forêt.

Et pour réserver c’est

Des nouvelles des hommes : Le paradis des animaux de David James POISSANT

 

Enfin, une occasion de parler d’un recueil de nouvelles. Format  pour voyageurs et autres lecteurs ne tenant pas en place.

C’est le genre de livre plein de personnages attachants qu’on a envie de retrouver tous les jours.

On veut savoir  si nos intuitions étaient les bonnes et comment leurs décisions ou leurs indécisions vont modifier leur vie.

Il y a partout des animaux qui partagent leur vie ou qui sont des personnages vitaux dont ils prennent soin également.

Le paradis des animaux n’est pas forcément celui des humains embourbés dans des couches d’ erreurs et de lâchetés. La vie que mènent les hommes et les femmes que l’on côtoie ici est souvent rude, leurs manières aussi qui vont parfois jusqu’à la violence quand la communication leur fait défaut et qu’ils ne savent plus comment exister. Ils sont souvent prisonniers d’une relation puissante qu’ils essaient de réparer en agissant. Parfois, ça fonctionne, la libération est au bout du voyage, mais parfois non, ils perdent tout. La mort ou la maladie fait également partie des choses de leur vie, qu’elle soit choisie ou pas.

Mais c’est dit avec tellement de simplicité lumineuse comme celle que dégage un amour adolescent avant sa rencontre avec la vraie vie.

Réservation  et résumé sur le portail Calice68 ici ; ou sur le catalogue de la Médiathèque départementale 68

 

CORBEAU = OISEAU DE BONHEUR : La Douleur porte un costume de plumes de Max PORTER ; Trad. de Charles RECOURSE

Un homme se retrouve seul avec ses enfants après la mort de sa femme. Un corbeau un peu grande gueule et pas gêné du tout va les aider à traverser leur deuil pour repartir de plus belle, armés de leur amour.

La Douleur porte un costume de plumes est un gros coup de coeur pouvant convenir aux amateurs de famille pas sage où règne le merveilleux de l’enfance.

porter

Même la couverture est belle !

Un oeil de jais brillant et gros comme mon visage, qui cillait lentement dans un orbite de cuir fripé, un renflement au milieu d’un testicule taille ballon de football.

Le récit de cette renaissance est fait par tous les personnages, y compris le corbeau qui y apporte souvent une touche d’humour vachard. Le tout est servi pas une langue que je trouve très belle et proche de la poésie dans son rythme, mais sans pleurnicherie.

Dernière phrase :

Et les garçons étaient derrière moi, une digue de rires et de cris qui s’accrochait à mes jambes, trébuchant et se rattrapait, sautait, virevoltait, chavirait, rugissait, brillait, et les garçons ont crié

JE T’AIME JE T’AIME JE T’AIME

et leurs voix était la vie et le chant de leur mère.

Inachevé, magnifique, l’univers.

Voir le résumé , réserver sur Calice le Portail des Bibliothèques du 68 : ICI

Un autre livre (très différent ) qui parle du deuil d’un père et de sa relation avec ses enfants dont il est séparé : Corps variables de Marcel THEROUX

Et aussi, sur le deuil : http://litterature.calice68.fr/deprimes-evitez-cette-rubrique/

Une belle critique sur Salon littéraire http://salon-litteraire.com/fr/la-selection/content/1939550-max-porter-la-douleur-porte-un-costume-de-plumes

B. Wolf-Kiené