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« La papeterie Tsubaki » de Ito OGAWA ; traduit par Myriam DARTOIS-AKO chez Philippe PIQUIER

Un roman réconfortant et plein de délicatesse, sans être mièvre, dans la même veine que « Le restaurant de l’amour retrouvé », un des précédents romans de Ito OGAWA.

Hatoko a vingt-cinq ans et la voici de retour à Kamakura, dans la petite papeterie que lui a léguée sa grand-mère. Celle-ci l’a formée à la calligraphie avec la rigueur à la hauteur de l’amour qu’elle n’ a jamais exprimé. La jeune fille pleine d’énergie, va donc reprendre le flambeau en devenant  écrivain public. La papeterie devient peu à peu un lieu où se délient les rancoeurs et où se réconcilient les humains avec les autres et avec eux-mêmes.

Tout l’univers des lettres nous est dévoilé au carrefour de la calligraphie et de l’humain et les rites qui gravitent autour.

Parmi les lettres qui nous sont envoyées, les plus nombreuses sont, de loin, les lettres d’amour. Certaines personnes nous envoient  chaque année toute les lettre et cartes postales reçues au cours des douze derniers mois, y compris les cartes de voeux. La participation aux frais, sous la forme d’une offrande aux divinités, est laissée au bon vouloir de chacun : il suffit de glisser dans l’enveloppe le montant choisi en timbres…Nous rendons grâce aux lettres  et les réduisons en cendres à la place de leur destinataire. C’est la plus importante cérémonie de l’année, célébrée par la famille Amemya génération après génération.

Nécessité d’écrire

J’ai senti quelque chose bruire en moi, s’agiter. Au début, je pesais que c’était peut être une envie d’aller aux toilettes. Mais non, le remue ménage n’était pas dans mon ventre, mais était dans mon coeur. On aurait dit une pousse tendre perçant l’enveloppe d’une petite graine, forçant les parois de mon intimité. J’avais envie d’écrire.

Hatoko déploie des trésors d’attention à la vie de chacun et de finesse psychologique. L’écriture avance à pas hésitant parfois, par petites touches semblable à un pinceau sur une feuille. Elle parvient à nous faire partager l’évolution de la psyché des personnages en générant des images, peut être celles de Jiro TANIGUSHI.

-Tout à l’heure, je vous ai vu prendre QP sur votre dos. Cela m’est soudain revenu. Il m’écoutait en silence. – C’est ma grand-mère qui m’a élevée. Elle était très stricte. Je n’ai presque pas de souvenirs d’elle. Mais tout à l’heure…A ma grande surprise, je pleurais. J’ai continué quand même. Cela m’est revenu. Elle aussi m’a portée sur son dos. C’était ici.

Pourquoi pleurais-je ainsi ? Je ne le comprenais pas moi-même. Mais les larmes me montaient aux yeux sans relâche, débordaient de mes paupières, coulaient sur mes joues…-Sans doute votre grand-mère n’avait-elle que sa sévérité pour vous exprimer son amour.  Il avait certainement raison. Mais cela avait laissé en moi des traces indélébiles.

Liens avec les ancêtres,  réconciliation

Si nous sommes voisines, Mme Barbara et moi, ce n’est sûrement pas par hasard, il doit y avoir une raison. Et si nous sommes devenues si proches, c’est peut-être parce que l’Aînée ( sa grand-mère), depuis le ciel, tire des fils invisibles. J’ai si peu donné à l’Aînée. Mais il n’est peut être pas trop tard.

Tout ça pour un livre que vous pouvez conseiller aux amateurs de feel good books, de Japon, d’art…

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