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17 raisons de perdre pied. A propos de « I am, I am, I am : dix-sept rencontres avec la mort » de Maggie O’FARRELL ; Trad. de Sarah TARDY

Les 17 rencontres de ce livre organique correspondent aux 17 parties du corps de l’auteure ou de sa fille qui ont été la cible de la  mort.  Pas de ton larmoyant, des données médicales et le compte-rendu non aseptisé des faits quotidiens et de leurs effets sur l’auteure. Au final, pas d’amertume, une énergie vitale décuplée, une lucidité et une impatience face à la bêtise et le manque de compassion.

Contrairement à Sylvia Plath dont le poème « La cloche de détresse » a inspiré le titre, l’auteure ne s’est pas suicidée.Pourtant, Maggie O’FARELL aurait tellement eu de raisons de le faire face à la dureté de certaines épreuves qu’elle a traversées.

Une des fonctions du roman, le partage des expériences et l’identification marchent d’autant plus ici que ce roman parle de ce que nous partageons tous : la mort, de près ou de loin.

Il existait une autre date, [ ..] celle de sa propre mort [ ..] : jour caché , invisible et sournois parmi  tous ceux de l’année, qui passait devant elle sans donner de signe, mais n’en était pas moins sûrement là. Quel était-il ? Tess d’Urberville Thomas HARDY

La majorité d’entre nous a déjà pris des risques plus ou moins volontairement : est monté dans une voiture avec un conducteur ivre, a nagé sans avoir pied dans un océan agité, a eu des rapports non protégés, a continué à fumer malgré les conseils de son médecin, a fait du stop…

Le danger a le goût  reconnaissable entre tous, celui de sa mort. Il est présent lorsqu’on se fait suivre en  pleine nuit de retour d’une fête sur une route par une voiture, lorsqu’un proche souffre d’une maladie chronique, lorsqu’on accompagne un enfant blessé aux urgences. Peut-être qu ‘actuellement, on cherche à éliminer toutes ces sources supplémentaires et irrationnelles de prise de risque, mais la maladie reste présente et ses manifestations resteront toujours en partie une (mauvaise) surprise.

Prise de risque

Evidemment, certains moments de la vie sont plus propices à la prise de risque, comme l’adolescence. Et l’auteur l’a expérimenté. Peut-être à cause de la maladie qui l’a clouée dans un fauteuil d’où elle a réussi à sortir malgré tous les pronostics.

A seize ans, on peut bouillir si fort, être si énervée, si dégoûtée par tout ce qui nous entoure que l’on se sent capable de sauter d’un mur de quinze mètres de haut, peut être, dans le noir, en pleine mer.

Maternité

Le problème, évidemment, c’est qu’elle ne pense à rien d’autre. […] Le désir, le besoin, le chagrin, la frustration sont omniprésents, forment un contre -courant perpétuel dans tout ce qu’elle entreprend. Elle veut un bébé, n’importe lequel. Elle vit avec l’impression de porter une paire de lunettes impossible à retirer.

 

A l’heure où il est plus facile d’assumer de ne pas vouloir d’enfant, elle ne peut faire autrement que de s’acharner. Les obstacles, une fois de plus sont légions et elle parle sans détour d’un autre sujet tabou : les fausses-couches.

Danger

La parentalité rajoute une couche à ce partage d’expérience avec les lecteurs. En général, lorsqu’on devient parent, on essaie de se calmer pour procurer à son enfant une sécurité propre à sa sérénité et son développement.Mais, l’auteure continue parfois à prendre certains risques jusqu’à ce que la maladie de sa fille l’oblige à contrôler quasiment tout ce qui entre en contact avec elle. Et cette fois, ce contrôle vital est totalement disproportionné avec les précautions habituellement prises par les parents.

 

Il me semble primordial de ne pas craquer, de ne pas lui montrer que nous sommes en danger, que nous risquons de ne pas nous en sortir.

 

Parce que,  je me suis dit, parce que je ne peux pas en parler, pas même commencer. Parce que je ne peux pas mettre de mots sur les dangers qui te guettent au détour des rues, des sentiers, des rochers, dans l’épaisseur des forêts. Parce que tu as six ans; …Parce que je ne sais pas encore comment t’expliquer ces choses là. Mais je trouverai.

Courage

Soutenue par son amie médecin, par son mari, elle fait face

Je n’avais plus rien dans le corps. L’amibe était en train de gagner. Je voulais qu’on me laisse tranquille, mais cela voulait dire  en réalité, que je baissais les bras : que j’étais prête à mourir, à abandonner le combat. Cette solution était plus facile que de rester en vie.

Le recul

Forcément, quand on voit tout ce à quoi elle  a été confrontée,  aussi bien directement qu’à  travers ses enfants, on ne peut que se dire que les incidents que l’on peut rencontrer ne semblent que des contrariétés et que tout est affaire d’échelle de valeur. Chacun a la sienne, en fonction de son passé, sa situation actuelle.

Vous ne cédez pas à la panique devant une crise d’appendicite, devant un enfant trempé jusqu’aux os dès le début d’une longue marche, […] des cheveux plaqués par du yaourt alors que vous êtes sur le point d’embarquer pour un vol long courrier […] Tout cela n’est rien ; la vie, c’est autre chose.

Humanité

Les pages de remerciements sont là pour  témoigner de la reconnaissance et de la nécessité d’empathie qui ont permit à l’auteure  de s’en sortir et de continuer à soutenir sa fille atteinte d’hyperallergies. Toutes les personnes qui l’ont aidées, que cela soit dans le personnel médical, scolaire, les chercheurs sont cités.  Les autres sont présents anonymement : les toxiques, les sans cœur, les harceleurs du collège alors qu’elle devait ramper pour se déplacer d’un étage à l’autre de son collège et n’arrivait plus à écrire, en proie aux séquelles de sa maladie neurologique.

Ces souffrances traversées paraissent tellement inhumaines ou trop humaines. Ce qui est humain, c’est d’en avoir fait un magnifique, profond roman autobiographique pas du tout narcissique. c’est un miroir pour chacun,  construit comme un corps avec tous ses organes qui communiquent entre eux et se nourrissent les uns les autres.

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