Archives de mots clés: Culpabilité

« My absolute Darling » Gabriel TALLENT ; Trad. de Laura DERAJINSKI

L’amour monstre : c’est ce qui m’est venu à l’esprit tout au long de la lecture de ce livre dérangeant qui faisait partie de ma PAL d’été. Car, selon Martin,  il s’agit d’amour pour sa fille Turtle. En anglais, cela donne »Tortue », parce qu’elle a une magnifique carapace, cette ado de 14 ans  qui se parle à elle même pour tenter de démêler le vrai du faux. Forcément, elle n’a pas d’ami et les seules bribes de communication  qu’elle a au collège se limitent à un mot ou deux, concédé à la vie en commun. En général c’est plutôt . « Espèce de salope, assise là, avec ton vernis à ongle, à te passer la main dans les cheveux ». Langage qui peut gêner certains lecteurs, mais qui, à mon avis,  n’est pas artificiel et correspond vraiment à une violence qu’elle porte en elle.

Elle entretient une relation plus normale avec son grand-père vétérant du Vietnam, vivant un peu à l’écart,dans une caravane. En même temps, et c’est cela qui est terriblement malsain, son père est cultivé, grand lecteur et cette ambiguïté dont Turtle essaie de sortir à tout prix. Cela ne vous rappelle pas quelqu’un ? Une autre figure du mal : le révérent dans la « Nuit du chasseur », qui utilisait le discours biblique comme couverture pour mieux masquer ses intentions maléfiques.

 

Robert Mitchum dans »La nuit du chasseur » de Charles Laughton 1955

En père exclusif et charismatique, il « élève »? ? seul son adolescente dans le culte de la nature et la méfiance systématique vis à vis de ses congénères dans une maison  rudimentaire pénétrée par une nature sauvage encerclant le huis-clos du père et de la fille. Martin apprend la survie à sa fille, qui a comme occupation le tir au fusil, l’entretien scrupuleux des ses armes. Il la maintient « pour son bien » sous sa coupe terrifiante mêlant réflexion apocalyptique bien argumentée, déclarations d’amour passionnées accompagnant les abus sexuels et la violence crescendo qu’il lui fait subir à mesure qu’elle essaie de lui échapper. Le tout agrémenté d’intimidation et de poison distillé dans l’esprit de sa fille rendu captif jour après jour.

Mais, après deux rencontres bénéfiques : une professeure, puis un garçon, la fuite peut être programmée. Au nom de sa liberté, de sa survie et celle d’une autre proie capturée par Martin, la jeune fille va défier son père et prendre des risques difficilement calculables, et toujours remis en questions par l’amour tordu et la culpabilité qu’il a semés en elle.

Turtle reste là, et elle pense Tu peux tourner les talons maintenant car tu n’as aucun plan, tu ne peux rien faire, tu ne peux emmener cette gamine nulle part. Penser autrement serait un aveuglement total. Pense à  qui il est. A quel point il est plus grand que toi. A quel point il est plus fort et plus intelligent que toi. Elle pense Tu vas mourir… Et pourquoi ? A l’instant même où tu sortiras de la maison avec la gamine, il roulera jusqu’à la maison de la côte et il te tuera.

Le thème du mal a déjà été traité en littérature et ailleurs, mais la puissance de ce livre, proche du thriller m’a bouleversée et je me garderai bien d’en révèler l’issue !!

Pour se renseigner ou le réserver sur Calice68, c’est ici

Voir d’autres ciritiques : https://www.telerama.fr/livres/my-absolute-darling,n5514901.php ou  là

 

 

 

La Voix des vagues de Jackie COPLETON ; Traduit par Freddy MICHALSKI

La couverture de ce livre est déjà très belle et c’est peut être une des raisons qui a poussé une personne à en faire cadeau à son amie, la lectrice du jour qui utilise le train pour  se rendre à son travail. Ce qui lui a plu,  c’est le côté saga familiale et le fait qu’elle ait appris beaucoup de choses sur le Japon grâce à ce roman. Le bombardement de Nagasaki bouleversant toute cette famille est le prétexte a en raconter l’histoire émouvante.

Je prévois de l’acheter pour la médiathèque départementale 68 !

Erri de LUCA : « Le tort du soldat » et la raison de l’écrivain trad. par Danièle VALIN

Mon seul tord a été d’être battu.C’est la pure vérité.

tort

 

Le livre s’ouvre sur des réflexions du narrateur à propos des mots, des livres et les écrivains aimés dont Isaac BABEL.

De mon enfance il me reste le souvenir des livres mais pas d’un seul jouet. Il y en avait sûrement, ils se sont perdus…J’ai peu joué, je préférais lire. Dans les livres, il était impossible de  se sentir grand. Les histoires étaient immenses, en comparaison ma lecture était petite…Mais quelque chose grandissait en moi. Le médecin disait que s’était le foie, que l’on soignait alors avec du foie de morue. Moi j’avais l’impression que c’était au contraire ma capacité pulmonaire qui augmentait. La lecture de Stevenson m’a rempli d’air d’océan.

J’ai la manie de voir de l’écriture partout . Je reconnais des lettres de l’alphabet dans les racines des conifères qui dépassent du sol et ancrent l’arbre dans le poing de la terre.

Puis son récit intègre deux personnages dont une femme qui va prendre sa place en tant que narratrice.

Elle est la fille d’un ancien nazi qui lui révèle leur lien de paternité seulement au moment de  son adolescence après lui avoir fait croire qu’elle était sa petite fille pendant toute son enfance. Le même jour (celui où sa mère quitte la scène de son mariage), le nouveau père lui révèle l’autre information vitale sur son passé de soldat pendant la guerre.

Passer de vainqueur à vaincu, d’envahisseur à envahi, a été l’expérience de sa génération.

Au sujet de l’après guerre : voir en replay jusqu’au 15 mai Après Hitler pour les images inédites surtout.

Mais pour elle :  » Le tord du soldat est l’obéissance. Je crois qu’il m’a mal comprise pendant toute la vie qu’on a passée ensemble »

Le silence ET le secret tiennent une grande part dans ce livre sans un mot de trop :  silence sur les détails du travail de soldat allemand, le silence de ses parents au sujet de ses origines, celui qui fait que certains mots contiennent plus que ce qui est visible.  Le père se passionnera pour la Kaballe où selon certains se trouve le secret du peuple juif.

C’est donc un livre court mais très riche de réflexions sur le remord et le pouvoir des mots.

Résumé et lien pour réserver « Le tord du soldat » sur le catalogue de la Médiathèque 68. Il y en a beaucoup d’autres !

Voir des titres de Isaac BABEL sur Calice68, le portail des bibliothèques municipales 68  La cavalerie rouge; Récits d’Odessa

Oeuvres complètes

L’homme qui en savait trop : « J’ai vu un homme » de Owen SHEERS ; trad. de Mathilde BACH

jai vuSi vous voulez une idée de livre à adapter au cinéma, en voilà un qui devrait satisfaire beaucoup de cinéphiles à défaut de tenir en haleine une partie de ses lecteurs.

Je suis partagée à son sujet. Quand j’ai vu la quatrième de couverture, le récit présenté m’avait l’air tout à fait alléchant dans le style roman qui flirte avec le thriller psychologique. De ce côté là, c’est vrai qu’il tient ses promesses en partie, ce n’est pas haletant, mais il y a suffisamment de suspens pour vous faire aller jusqu’au bout.

En quelques mots : Michaël vient de perdre sa jeune femme reporter. Il trouve dans le couple avec enfants qui sont ses voisins un moyen de passer cette période délicate en même temps qu’il deviennent inséparables. Parallèlement, le soldat qui a abattu son épouse, pétri de culpabilité, prend contact avec lui.

Donc, on a comme ingrédients très dans l’air du temps et qu’on a l’impression d’avoir déjà croisés : un jeune veuf, romancier, qui noue une relation avec un couple établi. Sa belle femme indépendante exerçait un métier qui fait rêver (reporter de guerre) dans un contexte d’actualité brûlante – guerre contre le terrorisme à l’aide de nouvelles technologies sur fond de mondialisation. Les thématiques comme la culpabilité, les faux semblants, le métier de romancier et ses relations avec le réel et une dose de  suspens autour de la mort d’un enfant. Forcément, on s’y attendait et elle arrive : La scène de sexe. Et c’est elle qui a failli me faire trébucher tant le style était convenu.

Voilà donc le bémol  : le style très détaillé et qui n’évite pas toujours les clichés. Et j’en arrive à ce que je disais au début : le cinéma devrait nous laisser plus de liberté dans le suivi psychologique des personnages qui sont scrutés avec une clé d’explication pour toutes leurs actions.

Donc, un roman avec des qualités et qui devrait beaucoup plaire à certains lecteurs.

Voir le résumé du livre, réserver sur notre catalogue : ici