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Les Gratitudes Delphine de Vigan JC Lattès

C’est un livre à deux voix, deux personnes, Marie et Jérôme qui racontent la vie d’une troisième, Michka. Et pour cause, Michka a perdu l’usage des mots, elle souffre d’aphasie. « Tout s’échappe, tout s’enfuit ». Parfois, cela donne l’occasion à des expressions amusantes qui reviennent au fil du récit, comme le fameux « Pas si tant ».  Mais, c’est une véritable frustration pour la vieille dame. Affaiblie, Michka est placée en ehpad. Jérôme, orthophoniste, lui rend visite régulièrement pour faire des exercices. Il s’attache progressivement à sa patiente qui, perspicace, détecte rapidement une fêlure chez lui. Michka reçoit aussi la visite de Marie. Fillette, celle-ci se réfugiait chez Michka lorsque sa mère ne pouvait pas s’occuper d’elle. Sa voisine est devenue une mère de substitution.

L’auteur parle d’un sujet difficile, la perte d’autonomie et le départ de chez soi. Il faut s’habituer aux visites du personnel, à côtoyer d’autres résidents. Mais il y aussi beaucoup de douceurs et d’émotions dans les liens que Michka a noué avec Marie puis Jérôme. Ce sont pour elle des soutiens affectifs et une présence régulière. Marie fait montre de la même générosité que celle que Michka lui a prodiguée, petite. Ce n’est pas là une obligation, un rendu, mais bien ce qu’on appelle de la gratitude. Un merci qui va bien au-delà des conventions. Michka cherche, elle aussi, à exprimer sa reconnaissance à un couple qui l’a accueillie pendant la guerre.

Delphine de Vigan, après avoir décrit les liens d’amitié à l’adolescence et la parentalité dans « Les Loyautés »,  explore un autre univers, celui du troisième âge et un autre thème, la gratitude. En préambule, elle insiste sur la nécessité de dire les choses, avant de perdre les êtres proches. Un livre forcément touchant…

 

Rien ne s’oppose à la nuit Delphine de Vigan JC Lattès 2011

Petit retour en arrière… J’avais écrit récemment une critique de son dernière livre « D’après une histoire vraie ». Je n’avais pas vraiment adhéré à l’histoire. Devant le succès rencontré par l’auteur, je m’étais promis d’essayer un autre de ses romans. Bonne surprise ! J’ai vraiment apprécié ce livre. Roman autobiographique, il retrace l’histoire de la mère de l’auteur, Lucile. Les premières pages laissent entrevoir le bonheur parfait au sein d’une famille nombreuse. Malheureusement, il y a les accidents de la vie, le décès de deux frères. Ltéléchargementucile est une enfant à part, en retrait. Elle n’est pas studieuse, pas ambitieuse et se ferait oublier si elle n’était d’une grande beauté. Enceinte, elle se marie très jeune et divorce quelques années plus tard. Son mode de vie bohème en fait une mère atypique, au grand dam de l’auteur et de sa sœur. Car, Lucile s’enfonce dans la dépression, s’éloigne de la réalité puis reprend confiance. La vie n’est pas facile à ses côtés. Lucile donne à la fois l’image d’une victime et d’un bourreau. Est-ce que se sont les secrets de famille qui l’ont conduit à ces naufrages ? Ce roman-témoignage permet de mieux comprendre le vécu des personnes confrontées à ces situations. Lucille et ses filles font preuve d’un courage admirable.

Les premiers prix ont été décernés

Mathis Enard a reçu hier le Prix Goncourt pour « Boussole« , roman mettant en avant les relations entre l’Occident et l’Orient.enard Depuis 2003, ses écrits sont récompensé par des prix littéraires avec « La Perfection du tir », puis en 2008, « Zone ». Il obtient en 2010, le Prix Goncourt lycéens avec « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants », sorte de conte où l’on suit Michel-Ange à Constantinople. En 2012, il écrit « Rue des voleurs », inspiré par l’histoire en marche dans les pays arabes. »Boussole », commencé il y a plusieurs années, laisse transparaître la fascination de l’auteur pour l’Orient. En effet, Mathias Enard a étudié l’arabe et le persan. Il a aussi séjourné dans plusieurs pays du Moyen-Orient. Erudit, amateur d’art, ce fin lettré propose une oeuvre dense à découvrir.

Pour compléter la lecture de ce livre, voir ici , sur le site de France Culture

 

Delphine de Vigan obtient le Prix Renaudot pour « D’après une histoire vraie« .vigna Elle est l’auteur de huit romans. « Jours sans faim » a pour sujet l’anorexie en 2001. En 2007, « No et moi » décrit la relation nouée entre une adolescente surdouée et une SDF. En 2009, elle publie « Les Heures souterraines »sur deux personnages malmenés et solitaires dont on ne sait si le destin les réunira. Enfin, en 2011, dans « Rien ne s’oppose à la nuit », l’auteur aborde les rapports mère-fille et la maladie psychique. Autofiction/roman, la différence est difficile à faire dans les romans de Delphine de Vigan.C’est le cas aussi avec « D’après un histoire vraie » qui met en scène une écrivain en panne d’inspiration. Celle-ci fait connaissance avec une jeune femme qui s’impose progressivement dans sa vie. L’écriture fluide, la part importante de l’aspect psychologique sont des facteurs de succès dans les romans de Delphine de Vigan.