Archives de mots clés: deuil

70 acrylique 30% laine de Viola DI GRADO ; Trad de Nathalie Bauer

La puissance des titres a encore frappé : cette grande lectrice quinqua, amatrice de couture s’est décidée chez un bouquiniste (oui, il y en a encore, mais ils sont moins médiatisés ) après l’avoir lu sur la couverture ! Elle vient de commencer sa lecture et ne peux que juger sur le style.

Il est imagé et poétique et, du coup,  le côté sombre de l’histoire passe bien.

Cette lectrice  utilise le TER pour se rendre au travail.

Voir le résumé ou/et réserver sur le catalogue de la MD

J’ai longtemps eu peur de la nuit Yasmine Ghata Robert Laffont 2016

J'ai longtemps eu peur de la nuit - Yasmine Ghata

Suzanne est écrivain. Elle intervient dans une classe de 3ème. Elle demande aux adolescents d’apporter un objet familial et de raconter son histoire. Pour Suzanne, « regarder les choses revient à se regarder soi-même ». Arsène, originaire du Rwanda, emmène une photographie d’une valise. C’est tout ce qui lui reste de sa vie avant son arrivée en France. Témoin muet du drame vécu par l’enfant, elle fait figure de protectrice. Petit à petit, Arsène confie à Suzanne son importance et en vient à lui révéler son passé. Suzanne, elle aussi, bataille avec ses souvenirs. Elle retourne dans l’ancien appartement de son enfance, là où son père a disparu. Ce roman nous replonge dans le cauchemar rwandais et l’exil des rescapés. Mais c’est surtout une histoire de survie : comment résister dans des conditions extrêmes, mais aussi comment surmonter la perte des proches ? En quoi le souvenir et l’écriture peuvent-ils aider au processus de deuil ?  Dans un style fluide et délicat, l’auteur nous apporte ses réponses. Un livre que les ados peuvent lire également.***

Les Règles d’usage de Joyce Maynard Philippe Rey 2016

Wendy, 13 ans, vit à New-York avec sa mère Janet, son beau-père Josh et Louïe son demi-frère de 4 ans. Lorsque sa mère part au travail, ce 11 septembre 2001, Wendy n’imagine pas que sa vie va basculer. Les heures passent sans que Janet ne donne signe de vie. Comment survivre à sa disparition ? Pour l’entourage de Janet, c’est une lutte de chaque instant : il faut trouver la force d’avancer malgré tout . « Ce qui paraissait le plus dingue [pour Wendy], c’étaient tous ces comportements ordinaires, en apparence normaux […] Se comporter, dans le monde extérieur en tout cas, comme si rien n’avait changé, alors que la vérité, c’était que plus rien n’était pareil – comme si tout le monde était complice de cette vaste mascarade ». Lors de la fête d’Halloween, Garrett, le père biologique de Wendy débarque à la maison. Il la connait à peine mais propose de l’emmener en Californie faire une pause. Pour Wendy, ce ne peut pas être pire que ce qu’elle vit. Elle accepte.joyce-mainard_-les-regles-dusage

Joyce Maynard décrit le processus de deuil qui frappe cette famille. Les souvenirs, bons et mauvais, affluent. Les disputes et les mots durs qu’on voudrait effacer et surtout, les moments de joie qui ne reviendront plus. Le voyage de Wendy prend alors la forme d’une quête initiatique. Elle fait la rencontre de personnages tourmentés qui l’aident à surmonter son deuil et à définir ses priorités. Elle puise dans la lecture et la musique des sources de réconfort. Enfin, elle (re) découvre un père avec qui elle a des comptes à régler.

C’est aussi un tableau de l’Amérique : celle du New-York post-11 septembre et celle de la Californie, des petits boulots, de la solitude et de la précarité parfois mais également celle des grands espaces et de l’aventure.

Un livre touchant et sensible sur un thème universel.

 

Des nouvelles des hommes : Le paradis des animaux de David James POISSANT

 

Enfin, une occasion de parler d’un recueil de nouvelles. Format  pour voyageurs et autres lecteurs ne tenant pas en place.

C’est le genre de livre plein de personnages attachants qu’on a envie de retrouver tous les jours.

On veut savoir  si nos intuitions étaient les bonnes et comment leurs décisions ou leurs indécisions vont modifier leur vie.

Il y a partout des animaux qui partagent leur vie ou qui sont des personnages vitaux dont ils prennent soin également.

Le paradis des animaux n’est pas forcément celui des humains embourbés dans des couches d’ erreurs et de lâchetés. La vie que mènent les hommes et les femmes que l’on côtoie ici est souvent rude, leurs manières aussi qui vont parfois jusqu’à la violence quand la communication leur fait défaut et qu’ils ne savent plus comment exister. Ils sont souvent prisonniers d’une relation puissante qu’ils essaient de réparer en agissant. Parfois, ça fonctionne, la libération est au bout du voyage, mais parfois non, ils perdent tout. La mort ou la maladie fait également partie des choses de leur vie, qu’elle soit choisie ou pas.

Mais c’est dit avec tellement de simplicité lumineuse comme celle que dégage un amour adolescent avant sa rencontre avec la vraie vie.

Réservation  et résumé sur le portail Calice68 ici ; ou sur le catalogue de la Médiathèque départementale 68

 

CORBEAU = OISEAU DE BONHEUR : La Douleur porte un costume de plumes de Max PORTER ; Trad. de Charles RECOURSE

Un homme se retrouve seul avec ses enfants après la mort de sa femme. Un corbeau un peu grande gueule et pas gêné du tout va les aider à traverser leur deuil pour repartir de plus belle, armés de leur amour.

La Douleur porte un costume de plumes est un gros coup de coeur pouvant convenir aux amateurs de famille pas sage où règne le merveilleux de l’enfance.

porter

Même la couverture est belle !

Un oeil de jais brillant et gros comme mon visage, qui cillait lentement dans un orbite de cuir fripé, un renflement au milieu d’un testicule taille ballon de football.

Le récit de cette renaissance est fait par tous les personnages, y compris le corbeau qui y apporte souvent une touche d’humour vachard. Le tout est servi pas une langue que je trouve très belle et proche de la poésie dans son rythme, mais sans pleurnicherie.

Dernière phrase :

Et les garçons étaient derrière moi, une digue de rires et de cris qui s’accrochait à mes jambes, trébuchant et se rattrapait, sautait, virevoltait, chavirait, rugissait, brillait, et les garçons ont crié

JE T’AIME JE T’AIME JE T’AIME

et leurs voix était la vie et le chant de leur mère.

Inachevé, magnifique, l’univers.

Voir le résumé , réserver sur Calice le Portail des Bibliothèques du 68 : ICI

Un autre livre (très différent ) qui parle du deuil d’un père et de sa relation avec ses enfants dont il est séparé : Corps variables de Marcel THEROUX

Et aussi, sur le deuil : http://litterature.calice68.fr/deprimes-evitez-cette-rubrique/

Une belle critique sur Salon littéraire http://salon-litteraire.com/fr/la-selection/content/1939550-max-porter-la-douleur-porte-un-costume-de-plumes

B. Wolf-Kiené

 

 

 

 

L’homme qui en savait trop : « J’ai vu un homme » de Owen SHEERS ; trad. de Mathilde BACH

jai vuSi vous voulez une idée de livre à adapter au cinéma, en voilà un qui devrait satisfaire beaucoup de cinéphiles à défaut de tenir en haleine une partie de ses lecteurs.

Je suis partagée à son sujet. Quand j’ai vu la quatrième de couverture, le récit présenté m’avait l’air tout à fait alléchant dans le style roman qui flirte avec le thriller psychologique. De ce côté là, c’est vrai qu’il tient ses promesses en partie, ce n’est pas haletant, mais il y a suffisamment de suspens pour vous faire aller jusqu’au bout.

En quelques mots : Michaël vient de perdre sa jeune femme reporter. Il trouve dans le couple avec enfants qui sont ses voisins un moyen de passer cette période délicate en même temps qu’il deviennent inséparables. Parallèlement, le soldat qui a abattu son épouse, pétri de culpabilité, prend contact avec lui.

Donc, on a comme ingrédients très dans l’air du temps et qu’on a l’impression d’avoir déjà croisés : un jeune veuf, romancier, qui noue une relation avec un couple établi. Sa belle femme indépendante exerçait un métier qui fait rêver (reporter de guerre) dans un contexte d’actualité brûlante – guerre contre le terrorisme à l’aide de nouvelles technologies sur fond de mondialisation. Les thématiques comme la culpabilité, les faux semblants, le métier de romancier et ses relations avec le réel et une dose de  suspens autour de la mort d’un enfant. Forcément, on s’y attendait et elle arrive : La scène de sexe. Et c’est elle qui a failli me faire trébucher tant le style était convenu.

Voilà donc le bémol  : le style très détaillé et qui n’évite pas toujours les clichés. Et j’en arrive à ce que je disais au début : le cinéma devrait nous laisser plus de liberté dans le suivi psychologique des personnages qui sont scrutés avec une clé d’explication pour toutes leurs actions.

Donc, un roman avec des qualités et qui devrait beaucoup plaire à certains lecteurs.

Voir le résumé du livre, réserver sur notre catalogue : ici 

Déprimés, évitez cette rubrique !

Cette année, quelques auteurs ont abordé le thème de la mort. Leurs livres bouleversent, marquent et suscitent la réflexion. Alors si, en cette période propice à la dépression saisonnière, vous vous sentez malgré tout d’attaque. Voici quelques lectures.

Camille, mon envolée de Sophie Daull chez Philippe Rey raconte un drame, celui de la perte daulld’un enfant. Camille a 16 ans et plein de projets, notamment celui d’entrer à Sciences Po. Une vilaine grippe vient soudain contrarier ses vacances de Noël. Jour après jour, Sophie, sa mère, nous raconte la dégradation de son état : comment Camille s’est battue, comment les médecins n’ont pu déceler la bactérie qui la rongeait… Puis c’est le deuil, les réactions des proches, la peine incommensurable qu’il faut apprivoiser. Et la vie malgré tout, cette vie que Camille et Sophie aimaient partager avec humour.

La Maladroite d’Alexandre Seurat au Rouergue est un livre tout aussi révoltant. Inspiré d’un fait seuratdivers, il décrit la marche inexorable de Diana vers son destin tragique. Les témoins (institutrices, directeurs, assistantes sociales, médecins, proches) prennent tour à tour la parole. Certains ont dénoncé la maltraitance, d’autres ne l’ont pas vu. Diana, elle-même n’a pas voulu mettre en cause ses parents.Quand finalement les choses bougent enfin, il est trop tard.

Enfin, un livre particulier, dérangeant :

Alors vous ne serez plus jamais triste de Baptiste Beaulieu chez Fayard. Le titre m’avait interpellé. S’agissait-il d’une recette miracle qu’on allait nous exposer ? L’histoire est moins drôle. Un médecin a perdu sa femme, sa raison de vivre. beaulieuC’est décidé : il va se suicider. Il rentre dans un taxi conduit par une dame âgée quelque peu exubérante. Elle lui propose un marché : attendre 7 jours avant de se suicider et faire tout ce qu’elle lui dira. Il s’en suit une série d' »épreuves » destinées à obliger le docteur à voir la mort en face. L’auteur réserve bien entendu une fin non convenue à l’étrange duo.

S’il n’a pas la même tonalité bouleversante que les deux autres, ce livre est néanmoins surprenant dans sa façon de traiter du suicide et de la mort.

Des romans qui parlent d’un sujet encore tabou, sans pathos mais aussi sans esquive…