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« Moi, ce que j’aime, c’est les MONSTRES : livre premier » de Emil FERRIS ; Trad. de Jean-Charles KHALIFA

La beauté cachée des laids

Tout juste auréolé du Fauve d’or du meilleur album  au Festival de bande dessinée d’Angoulême, ce roman graphique est une perle noire baroque à multiples facettes.

Un graphisme profond né de hachures multicolores au stylo bille d’un effet très plastique. L’auteur, immobilisée par la maladie a choisi ce mode d’expression pour  la netteté expressive qu’il permet. Les plans naviguent sans arrêt entre le zoom et le général, le tout augmenté des réflexions en direct de Karen, le personnage principal qui nous guide dans son enquête sur la mort d’Anka, sa jeune voisine. Le rendu magnifique et très construit rappelle Crumb. Mais on y croise aussi les lapins de Beatrix Potter, des monstres à la Maurice Sendak, tout l’ univers de l’enfance, sombre et lumineux à la fois. C’est cette même richesse et son expressionnisme qui peut en rebuter certains.

Une histoire à plusieurs niveaux : autobiographique, historique, – à propos des camps de concentration où Anka est emmenée dans son enfance- familiale, fantastique, sans oublier l’ étude de la société américaine des années 1960. Tout cela entremêlé habilement par Emil FERRIS et soutenu par un texte suffisamment présent et de qualité pour que  j’en parle ici.

C’est aussi un hommage à  la culture de l’horreur qui transpire dans  toutes les étapes du récit. Il faut préciser que Karen  est une merveilleuse fille de 10 ans, hyper intelligente et sensible. Baignée dans cette esthétique et armée de ses carnets à dessin tout comme l’a été l’auteure, elle est persuadée d’être un loup garou et préfère cela à l’aveu d’une différence moins acceptée par l’Amérique des années 1960. Les monstres ne sont pas ceux que la société désigne et tout le monde a un côté monstrueux. Les pires étant peut être les nazis souriants qui menaient les enfants au four crématoire. Donc, elle va toujours au delà des apparences et en matière d’enquête, c’st souvent très utile ! Le monde est étrange.

Que dire aussi de la galerie de personnages gravitant autour de Karen qui sont d’une profondeur et donne envie de tous les connaître mieux.

Les amateurs d’images seront ravis de retrouver des chefs-d’œuvres de la peinture, souvent mythologique, croisés et réinterprétés par l’imagination débordante (du cadre) de Karen.  Mais ce n’est pas tout : le récit est rythmé  par des couvertures de magazines d’horreur, du genre de MAD  recopiées au stylo par Karen. Mais ce n’est jamais gratuit, toujours en échos à l’évocation d’un moment, d’une personne.

En somme, j’ai beaucoup aimé  ce livre parce que, moi, ce que j’aime c’est « Moi ce que j’aime, c’est les monstres ! »

D’autres chroniques : https://justaword.fr/moi-ce-que-jaime-c-est-les-monstres-b0829de4195

Sur Babelio

 

« Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » de Harper LEE ; Traduction de Isabelle HAUSSER

Tirez sur tous les geais bleus que vous voudrez, si vous arrivez à les toucher, mais souvenez-vous que c’est un péché que de tuer un oiseau moqueur.
Ce fut la seule fois où j’entendis Atticus dire qu’une chose était un péché et j’en parlai à Miss Maudie.
– Ton père a raison, dit-elle. Les moqueurs ne font rien d’autre que de la musique pour notre plaisir. Ils ne viennent pas picorer dans les jardins des gens, ils ne font pas leurs nids dans les séchoirs à maïs, ils ne font que chanter pour nous de tout leur coeur. Voilà pourquoi c’est un péché de tuer un oiseau moqueur. L’oiseau moqueur est celui qu’on ne doit pas tuer car il peut imiter des dizaines de chants et remplir le monde de  beauté.

Dans ce roman, Harper LEE  s’est inspirée de certains personnages et  lieux qu’elle a connus,  et du procès de Scottsboro qui a opposé deux femmes blanches à un groupe de neuf jeunes Noirs  qu’elles accusaient  de les avoir violées en 1931.

Je voulais tester ce roman devenu classique de la littérature américaine au même titre que les livres de Mark Twain. On y retrouve d’ailleurs, même s’il se déroule pendant la Grande crise de 1929, une certaine ambiance propre au sud des Etas-Unis  où règne une  religion rigoureuse, un certain conservatisme et la ségrégation raciale. Tout ceci est remis en question, ici,  par Scout,  une enfant indépendante qui refuse le rôle de fille que veulent lui faire endosser essentiellement les femmes de cette petite ville et sa tante Alexandra. Autre figure féminine, celle de Calpurnia, la cuisinière noire, qui a pris en partie la relève de sa mère décédée.

Harper Lee et Mary Badham, la jeune actrice dans le rôle de Scout

ATTICUS, son père avocat (droit et sage) a été  commis d’office pour défendre Tom Robinson, jeune noir accusé du viol d’une fille vivant dans la misère à la périphérie de la pette ville au milieu de 7 frères et sœur et d’un père violent.

Si le livre ne bascule pas dans le cucul,  le moralisme, et ne se résume pas au traditionnel combat du bien contre le mal, c’est grâce à la vivacité intellectuelle de Scout, et de ses relations avec son frère Jem qui entre subtilement dans l’adolescence au cours des trois années du récit, à son humour et celui de son père progressiste qui cherche toujours le dialogue avec tous.

Les enfants sont l’antidote contre les idées reçues et leur esprit curieux persiste chez certains adultes. Atticus et  Miss Maudie, une voisine assez impertinente chez qui Scout passe souvent du temps en font partie. Ils agissent en profitant de leur relative liberté de mouvement. Par contre, certains adultes restent victimes des préjugés et ne doivent leur salut qu’à ce genre de personnes énergiques :  Tom Robinson de façon assez évidente et Boo Radley. Arthur Radley de son vrai nom, c’est le  voisin reclus dans sa maison et attisant toute la curiosité fébrile des enfants en apportant son lot de frissons au livre. Scout, son frère et DILL, (un ami qui passe les étés à Maycount  inspiré par Truman Capote, un ami de l’auteure) se lancent des défis à qui osera rentrer dans sa maison décrépie et surtout le faire sortir. Les fantasmes et récits effrayants qui accompagnent ce personnage proche du croquemitaine révèlent  l’état d’esprit d’une partie de la population que les enfants veulent tester.

Capture d’écran extrait du film « Du silence et des ombres de Robert Mulligan » Les enfants scrutent la maison de BOO

 

Petit détail : dans le livre, il est indiqué que, selon certaines interprétations de la Bible, les catastrophes naturelles étaient causées par la désobéissance des enfants. Voilà qui est bien pratique !

Beaucoup de points d’accès à ce roman : conte, roman sociologique sur l’Amérique de la Grande dépression, roman d’éducation font que des  lectorats variés et de plusieurs âges peuvent y être sensibles.

Légèreté et profondeur du style, des personnages, de l’histoire mêlant l’intime et le général, les détails réels et la fiction allant parfois même vers le gothique, font de ce titre une lecture précieuse et persistante, comme le sont souvent les classiques qui touchent l’universel.

Après ce roman, Harper LEE  a dit « J’ai dit ce que j’avais à dire » et n’a plus écrit . Par contre, un livre écrit avant « l’oiseau moqueur » situé vingt ans plus tard, et comprenant les personnages mêmes personnages, est sorti en 2015 sous le titre « Va et poste une sentinelle »

Une petite  Video  sur u compte rendu de lecture de ce livre par une classe (en anglais)

Le langage  utilisé à l’encontre des noirs qualifiés de « nègres » à l’époque et rapporté dans le livre lui a valu d’être retiré du programme de certains états.

Pour le résumé et la réservation dans une bibliothèque du Haut-Rhin, c’est ici
Et le petit tour de  chant de l’oiseau moqueur.

« Petit pays » de Gaël FAYE

Cette lectrice  acheté ce livre après avoir entendu son auteur en parler à la radio. Il lui a fait envie à cause de sa façon de parler qui se retrouve dans le livre, au style très délié et vif, plein d’humour malgré le  drame. (Massacres au Rwanda, exil).

L’auteur arrive en France et nous parle de son pays d’origine, le Burundi, de son enfance privilégiée. C’est vivant,  sensuel. La France, vue par l’auteur exilé nous semble exotique. Pas déçue du voyage, la lectrice, trentenaire, prend tous les jours le TER.

Ce livre a obtenu le Goncourt des Lycéens en 2016, ce n’est pas rien !

Alors, Tentés ? Pour le résumé ou une réservation, c’est par