Archives de mots clés: Europe

LITTERATURES EUROPEENNES CONTEMPORAINES : une sélection

Programme un peu impressionnant, vu le titre, mais non ! Tout va bien..Il s’agit juste, suite à une formation suivie la semaine dernière,  de partager les découvertes et les auteurs européens remarqués pendant  une formation.  Les commentaires de lecture qu’en ont fait les stagiaires et le formateur me donnent assez de matière pour en faire une sélection à partager sans modération.

Voici donc des pistes de lectures qui vont vous faire voyager à travers l’Europe, le rire, l’amour, le drame, la solidarité, le combat …

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Marie-Hélène LAFON et ses romans paysans qui peuvent être proposés aux lecteurs de romans de terroir où beaucoup de personnes peuvent se retrouver avec un style tout à fait remarquable.

« Grace » de Paul LYNCH, Traduit de l’anglais (Irlande) par Marina BORASO.  Autre roman de terroir mais aussi de terreur se déroulant pendant la famine qui a ravagé les campagnes irlandaises sept années au milieu du 19è siècle. Les campagnes étaient alors peuplées de mendiants plus proches des fantômes que des vivants, les autres ayant fuit vers l’Amérique souvent. Grace, une jeune fille de 14 ans fait partie de ceux qui errent, expulsée de chez elle pour la protéger du pire. Amateurs de fantastique bienvenus !

Autre parcours de femme qui va conquérir sa liberté morceau par morceau :  » Zouleïka Ouvre les yeux » de la russe  Gouzel IAKHINA.  Zouleïka une jeune fille, débute mal sa vie d’adulte, mariée de force et quasi esclave domestique de sa belle-mère et de son mari. Dans les années 30, dans le Tatarstan, au cœur de la Russie, l’heure de la confiscation des maigres terres possédées par les paysans a sonné. Elle va devoir partir, et conquérir son  indépendance en se dépouillant de ses anciens dogmes religieux.

Pour les amateurs de plantes cultivées, Lucien SUEL propose « Mort d’un jardinier » ou le regard plein d’acuité et de sensibilité d’un jardinier victime d’un malaise sur la terre qu’il va peut être quitter.

La magnifique  poésie de François CHENG aborde aussi ces thèmes  : vie, mort, nature…

Petit aperçu des textes cités en formation « Littératures européennes »

Quittons la campagne pour aborder la patrie et sa défense dan sun roman issu de la littérature punk : « Noirs paradis » de Rosa LIKSOM nouvelles traduites par Anne PAPART. L’intérêt, en dehors d’un style assez sauvage et de l’humour au deuxième degré, c’est la revendication féministe dans les années 90 à travers la conquête d’un territoire réservé aux hommes : la guerre et le fascisme. Ce genre de procédé est courant aujourd’hui, mais pas à l’époque . Peut être Virginie DESPENTES avec « Baise moi »  ?

Dans le genre littérature déjantée (parue après la chute du mur de Berlin, une exploration de la liberté), on a cité « Métal »  de Janis JONEVS ; Traduit par Nicolas Auzanneau Prix du premier roman en Lettonie, 2014. En plein cour des années 90, c’est une plongée dans l’univers urbain  déserté par la conscience politique et la religion.  Le rock métal et la culture alternative occupent cette place laissée vide chez une partie de la jeunesse. Un éclairage  sur la vie quotidienne en Lettonie, jeune nation européenne encore méconnue en France.

Toujours au sujet du régime communiste et ses conséquences sur la société, les familles, même après sa défaite.  Dans « Revu et  corrigé »,  traduit du hongrois par Agnès JARFAS, Peter ESTERAZY, découvre après l’ouverture des archives de l’Etat, que son père, torturé par les services secrets soviétiques, est un agent au service de l’État de terreur. C’est donc une énorme rupture qu’il doit assumer puisque  après cette trahison. De plus,, son père étant mort, il ne peux plus rien lui demander. 

L’Europe a été traversée par la violence brutale et les romans qui y font référence sont nombreux . La première guerre mondiale est abordée avec succès par Pierre LEMAITRE en France avec « Au revoir là-haut », mais aussi  par « Guerre et térébenthine » par Stefan HERTMANS traduit par Isabelle ROSSELIN en ce qui concerne la Belgique. L’auteur nous parle de son grand-père marqué par la guerre qu’il appelait  « son épouvante » et du tournant qu’a pris sa vie après sa retraite, quand il devient peintre. Mais il s’agit aussi de la bascule de la société dans l’industrialisation et de la grandeur des petites gens apparemment inintéressants mais qui ont une vie immensément riche.

La violence extrême se retrouve aussi dans les romans ou récits inspirés par les camps de concentration. Là, un livre de témoignage tout juste paru en avril : « Et si c’était à refaire » de Boris PAHOR. Ici, ce sont des entretiens avec l’auteur, un centenaire italien écrivant en slovène, rescapé de plusieurs camps de concentration.  Séminariste déserté par la foi, il a cependant réussi à pardonner aux allemands et aux italiens qui ne représentent, selon lui, qu’un des visages de l’horreur humaine. Un livre qui fait du bien à mettre en regard du classique « Et si c’était un homme » de

Pour l’humour libérateur, on peut se tourner vers Slavomir MROZEK dans « l’Eléphant »; où l’auteur polonais, sous couvert d’un style faussement naïf, à réussi à passer à travers les mailles de la censure en 1957.

Akli TADJER, algérien d’origine, utilise aussi l’humour pour parler du racisme et de l’intolérance dans « Qui n’et pas raciste ici ? » Récit d’une rencontre qu’il a faite dans un lycée où il a été confronté lors d’une rencontre avec des élèves, à leur lâcheté  mais aussi à leur magnifique potentiel humain face au racisme et à  la peur des autres.

Pour rester en territoire humoristique, vous pourrez tenter de percer le secret de la « 7è fonction du langage » de Laurent BINET. Quel est le pouvoir qu’elle offre à celui qui a décrypté cette énigme ?  Ici, pas de drame, mais les conflits qui déchirérent le monde feutré des universités dans les années 1980. A cette période, un des gardiens de  la sémiologie, (une  partie de la linguistique) était Roland Barthes. Le grand homme se fait renverser et l’énigme de sa mort,(peut être le résultat d’un complot lié aux cercles du pouvoir), est confiée aux Renseignements Généraux. Ce roman, basé sur des faits réels est l’occasion d’un exercice qui peut paraître un peu artificiel pour certains mais au passage, on apprend beaucoup sur cette matière passionnante qu’est la sémiologie qui s’intéresse à toute forme de langage, tout objet qui a une signification dans notre société de communication. L’humour vient du décalage entre des langages, des personnages, des situations bien terre à terre confrontés à la grandeur d’un personnage comme Roland Barthes, signifiant beaucoup pour certaines personnes et rien du tout pour la plupart d’entre nous.

Le formateur, Guy FONTAINE, nous a aussi parlé de la maison d’écrivain et du musée Marguerite YOURCENAR  qui surplombe la plaine picarde. Elle est située sur le  « Mont Noir » où a grandi l’auteure de l »Oeuvre au noir » qui nous plonge dans le Bruges du 16è siècle où sévit l’Inquisition.et les alchimistes.  Autre titre phare :  » Les « Mémoires d’Adrien » reconstituent le récit de la vie de cet empereur qui les adresse à  Mac Aurèle, dans l ‘Antiquité finissante du 4è siècle.

Il y aurait encore des titres à rajouter, évidemment, mais voilà déjà de quoi capter une petite part de cette diversité littéraire qui vient de territoires qui ont connu des drames et dont les frontières, parfois mouvantes donnent lieu à des frictions très fertiles.

Beaucoup de ces titres à réserver  sont présents au catalogue des bibliothèques municipales du Haut-Rhin.