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Une comédie des erreurs de Nell ZINK; Trad. par Charles RECOURSE

Mais qu’est ce que c’est que ce livre ? Je m’attendais à de l’humour  (vu le titre en français, on peut s’y attendre), et c’était ce que je recherchais.  Comme d’habitude avec l’humour, j’espérais que ça colle avec le mien, (d’humour) ! D’emblée, le titre en anglais laisse  place à une interprétation plus dramatique du contenu :  « Dislaid » veut dire Egaré, paumé, donc, pas forcément hilarant comme scénario. La couverture laisse entrevoir des grincements. Donc, suspens … Finalement, double réussite : en plus d’être souvent très drôle, l’écriture inventive et précise fait mouche, les dialogues aussi ! Pourtant, comme souvent, l’air de pas y toucher, les péripéties traversées par les membres de  cette famille éclatée et dysfonctionelle pourraient les mener à  finir dans un désespoir complet. Ils pourraient subir de plein fouet la discrimination ambiante (raciale, antifemme, anti homo).

Ce qui fait avancer les choses, ce n’est pas que les homos ou les noirs puissent ouvrir un bar à jus d’herbe frais bio, mais qu’ils puissent proposer des choses de première nécessité

Mais ils choisissent, même mal, et assument leurs choix en tordant la réalité s’il le faut ! La mère usurpe l’identité d’une fillette noire décédée pour pouvoir démarrer une nouvelle vie avec sa propre fille alors qu’elle n’est absolument pas noire. Et ça passe,, parce qu’aux USA, à une période, une seule goutte de sang noir pouvaient vous faire classer comme tel vis à vis de l’administration !

Pourtant, comme chez John IRVING,  les personnages sont animés par une vitalité et un amour infini qui les fait avancer jusqu’au dénouement.

Et l’ humour détaché utilisé par l’auteur  permet de dédramatiser toute sorte de situations « sérieuses » (y compris les scènes de sexe.)

Le modèle de famille « classique » est froissé, mais celle qui est montrée ici fait bien partie des familles !

Un roman qui fait du bien, donc. Drôle et profond en même temps !

Pour voir le résumé et réserver, c’est ici

 

« Dans la forêt » de Jean HEGLAND ; Trad. de Josette CHICHEPORTICHE

Avec ce merveilleux livre, vous ne verrez plus la forêt comme avant. Ou peut être que si, comme dans les contes pour enfants ou un peu comme la population qui la côtoyait  quotidiennement auparavant. : belle, réconfortante, nourricière, mais  pleine de dangers.

Si vous aimez les romans post apocalyptiques, vous pourrez vous trouver en terrain connu puisqu’il est question de suite d’événements qui font que la société américaine s’écroule sur elle même et d’autosuffisance.  Mais c’est bien plus que cela. C’est un roman sur les choix à faire, les erreurs et ce qui fait qu’au final, on devient soi même : les livres, les passions, les relations, les renoncements, les événements extérieurs qui nous poussent à habiter notre vie.

D’ailleurs, la mère répétait de son vivant : « C’est ta vie », lorsqu’il fallait faire des choix..

La maison familiale de Nell et Eva, qu’elles habitaient avant le grand changement reste leur foyer au cœur de la forêt et elles vont apprendre ensemble à se passer de tout ce qui les a construites depuis toujours : la civilisation, leur culture, tout ce qui les faisaient tenir et envisager leur avenir : la danse pour l’une, les études pour l’autre »Le passé n’existe plus, il est mort »

Elle a exécuté une danse qui se débarrassait  de la danse classique comme une peau devenue trop grande et laissait la danseuse fraîche et joyeuse et courageuse.

Elles vont s’en séparer pour trouver leur propres marques, en apprivoisant leur environnement (culture et cueillette sauvage au programme). Tout ça se fait souvent dans la douleur physique et morale. Ce livre est rempli de détails concrets sur les méthodes d’autosuffisance issues parfois d’un des livres de leur bibliothèque et les corps y sont  très présents. Mais ce qui est magique aussi, c’est cette façon de nous faire si bien partager les pensées intimes de Nell (le livre est constitué de son journal) et ses doutes dans son évolution. La relation fusionnelle qu’elle entretient avec sa sœur est parfois chaotique et la distance qui s’installe parfois entre elles est admirablement palpable de même que ce qui les attire puissamment l’une vers l’autre.

Ici, la nature ne se donne pas spontanément, elle peut être est hostile  et ne fera partager son énergie qu’après longtemps. la souche géante proche de la maison a été abattue par les hommes mais continue à constituer un refuge pour les soeurs  .

California_redwood_trees_inside_a_giant_redwood_looking_up_at_holes CC

 L’ordinateur était une boîte pleine couverte de poussière…aussi retournais-je aux romans pour me nourrir de pensées  et d’émotions et de sensations, pour me donner une vie autre que celle en suspens qui était la mienne.

Au moment de se sélectionner les livres à emporter, Je les aimais tous. J’aimais l’odeur et le poids de chacun d’eux, j’aimais les couleurs de leur couverture  et le toucher de leurs pages. J’aimais tout ce  qu’ils représentaient pour moi, tout ce qu’ils m’avaient appris, tout ce que j’avais été à leur contact.

 

C’est ça l’histoire, dit mon père , elle pourrait être mieux, elle pourrait être pire. Mais au moins, il y a un bébé au centre »

Ce que je sais, c’est qu’elle me convient parfaitement, cette histoire, et j’espère qu’elle habitera de nombreuses personnes après sa lecture !

Une partie de la sélection de Nell : Poésies complètes d’Emily Dickinson, Contes de Grimm ; L’origine des espèces ; Sous la neige ;  Howl ; Orgueil et préjugés ; Les Aventures de Huckelberry Finn ; Un guide des oiseaux d’Amérique du nord ;  Œuvres complètes de Shakespeare (achetées par la MD68 cet été !) ;  Troisième Reich, des origines à la chute ;  Les Hauts de Hurlevent.

Un bel article de Télérama sur les forêts dans les contes

Suivez le lien pour le résumé et la réservation sur le catalogue de la MD68

 

« Mio Padre » de Rossana CAMPO ; Traduit par Anaïs Bouteille- Bokobza

La jeune fille au pneu, Valea Plopilor, Jud. Guirgiu, Roumanie, 18 mars 2005

Etre ou ne pas être normal : telle est la question.

Un thème classique mais traité de l’intérieur puisque l’auteur parle d’elle même et de sa relation passionnée avec celui que la plupart considère comme un moins que rien : son père Renato. Et à bien des égards, c’est vrai : lâche, autodestructeur, égoïste, alcoolique, menteur. Bref, un père en dessous de tout à l’aune de la normalité et faisant souffrir sa famille. Elle le traîte de « taré ».

Pourtant, c’est de cette flamboyance héritée de lui qu’elle tirera l’énergie créatrice qui fait d’elle un écrivain et rien d’autre. C’est violent, souvent et parfois avec les éclairs fulgurants de la chaleur irremplaçable entre un père et une fille. Parce qu’après tout, ils s’aiment.

« Voilà, malgré tout, Renato me venait en aide, parce que parmi les vivants qui m’entouraient, il représentait une bouffée d’air, la rébellion, la tentative de vivre pour ce que nous sommes et non pour ce que les autres attendent de nous »

Ce rôle d’écrivain, elle sait que c’est le seul pour lequel elle soit faite et quand elle pense à faire une psychanalyse, le docteur l’en dissuade en lui lisant du Virginia WOOLF parce que, sa place, c’est de ne pas en avoir, (à l’inverse de la majorité) !

« J’ai soudain senti que, excepté les livres, il n’y avait pas d’endroit pour moi dans le monde, pour ce que je suis, pour la façon dont je sens les choses, pour comment je pense à la vie, pour ce que j’ai à l’intérieur. Il n’y a pas d’endroit dans l’univers où je puisse vivre. »

De place, il est encore question ici :  les parents de Rossana viennent du Sud de l’Italie et s’installent au nord. Ils seront toujours considérés comme des « Culs terreux ». Le fait d’avoir des ancêtres gitans du côté de son père attise cette attirance pour le désordre et la liberté qu’elle partage avec lui. Autre point commun : il écrit également et remplit des carnets de poésie depuis ses années en tant que soldat et qu’il a vu littéralement son ami d’enfance exposer à côté de lui.

La mère, évidemment semble  bien plus raisonnable que ces deux là et souffre de la situation, elle qui est plus « normale » et rigide, mais contre le besoin de liberté de son mari incontrôlable, elle ne peut pas grand chose (ça se passe dans les années 60-70, en plus ). On retrouve l’ambiance si bien décrite par Elena Ferrante dans « L’Amie prodigieuse » et ces familles pauvres la plupart du temps qui arrivent à bricoler pour avancer ensemble, finalement mais au prix de grandes souffrances pour certains.

Rossana, nous fait partager sans fard ce lien incomparable et vital qui l’unira à son père.

 « Voilà mon histoire : il y a toujours quelqu’un, un « normal » qui vient me dire à quel point mon père est un salaud, à quel point il est absurde d’avoir un père comme le mien…La vie me rappelle toujours qui je suis, d’où je viens et ce que je porte en moi ».

Les autres, ce ne sont que des « visages pâles « !

Si ça vous a plu, pour réserver, c’est

Il mériterait de figurer dans la bibliographie (sélection de romans, de documentaires, de films…) publiée à l’occasion de Bibliothèques à la Une 2017  « Hors norme : hors jeu ? »

 

 

 

 

Au début de l’amour de Judith Hermann : les fantômes du passé

Un quartier vert très tranquille à la périphérie d’une petite ville, une vie normale avec une charmante petite fille et un mari aimant mais peu présent :  Stella, infirmière à domicile, un peu sauvage, est la proie idéale  pour les états d’âme. Le déclencheur : Mister Pfister, un jeune homme habitant dans ses parages qui tente d’entrer en contact avec elle de façon de plus en plus insistante et malsaine.

L’emploi de la troisième personne et le style rêche attaché à la description des apparences accentue encore le côté voyeur du lecteur qui attend qu’il se passe quelque chose parce qu’il y a un potentiel anxiogène dans cet amorce de relations et toutes les possibilités qu’elle offre : histoire d’amour torride pour certains lecteurs, thriller avec psychopathe (l’un empêchant pas l’autre hé hé !). De ce point de vue, c’est une réussite, Stella se pose suffisamment de questions sur le vide de sa vie et ses sentiments pour son mari pour qu’on puisse lui fournir des réponses par le biais de cette rencontre. D’un autre côté, Mister Pfister a une part d’ombre qui recouvre le roman au fur et à mesure :  ses messages déposés dans la boîte à lettres sont étranges et quand il en vient à écrire son nom sur cette boîte, on sent la bascule possible. Mais, au risque d’énerver certains lecteurs, le mystère ne sera pas vraiment éclairci ni sur les motivations du harceleur (resurgi du passé ?) et sa vie, ni sur les sentiments de Stella qui restent  ambigus.  L’ambiance m’a rappelé « Lost highway » de David Lynch et ce couple solitaire recevant des vidéos dans leur boîte à lettre, leur solitude et le dépouillement de leur appartement.

C’est une boucle temporelle ici, tu as déjà remarqué ? Ici, le temps s’est arrêté et chacun de ceux qui y vivent reste dans sa bulle ».

J’ai pris  ça comme une histoire de fantômes, Stella n’habite pas sa vie et  n’arrive pas à se détacher de son passé avec lequel elle communique encore à travers les conversations qu’elle a avec son amie, seul lien avec son adolescence regrettée.  Mister Pfister aimerait lui faire rejoindre cette rive ancienne. Mais sa vie présente l’appelle à travers les activités obstinées et les réflexions arrêtées de sa petite fille de 4 ans, Ava. Quel chemin d’adulte va t’elle choisir ?

Pour répondre à cette question, c’est avec la réservation au bout du lien !

 

La maison dans l’arbre de Mitsuyo KAKUTA ; traduit par Isabelle SAKAI

Ca aurait pû s’appeler le voyage de Yoshitsugu, puisque c’est par lui que tout commence lorsqu’il prend conscience, suite à la mort de son grand-père, de son ignorance du passé de sa famille. Lorsque sa grand-mère déclare qu’elle veux « rentrer chez elle »,  iI décide de l’accompagner sur les traces du passé de ses ancêtres, en Mandchourie, là où tout a commencé.

Ramen_museum

Travail personnel de Douglas P Perkins

Avec « La maison dans l’arbre », nous plongeons donc dans la vie dans trois générations de cette famille de Tokyo à propos de laquelle Yoshi se pose beaucoup de questions  Est-normal que tous ses membres pratiquent la fuite d’une façon ou d’une autre ? Pourquoi ne mange-t-on jamais ensemble ? Au delà de l’inconfort psychologique que cette situation procure, c’est cela , finalement qui les rend si attachants. Individuellement, ça se débrouille, et ça trace sa route avec des retours vers le nid : la maison dans le même bâtiment que le restaurant familial Jade qui, lui aussi, se développe au cours du temps, parfois augmenté d’appendices provisoires (caravane, cabane).

« Chacun vit sa vie, mais il y a lien, on dirait. »

Un très beau livre où se mèlent les  époques de façon très libre dans un style très fluide. En prime, une vision du Japon au cours du 20ème siècle.