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Sur les Chemins noirs de Sylvain Tesson Gallimard

Je ne connaissais Sylvain Tesson que de nom, je n’avais jamais lu aucun de ses livres. Une lectrice passionnée m’a encouragée à entreprendre la lecture. J’ai donc commencé avec ce titre parmi les derniers parus. Sylvain Tesson l’a écrit après avoir passé une année « rude », comme il le dit lui-même. Il lui faut affronter le deuil de sa mère et c’est couché dans un lit d’hôpital, après une chute d’un toit, qu’il commence à espérer repartir. Pas totalement guéri, il entreprend, pour sa convalescence, de parcourir « les chemins noirs », ces passages secrets et routes buissonnières qui  permettent l’esquive du monde contemporain. Il choisit l’axe Provence-Bretagne, celui du rapport sur l’hyper-ruralité en France.  » Ce que nous autres, pauvres cloches romantiques, tenions pour une clef du paradis sur Terre – l’ensauvagement, la préservation, l’isolement – était considéré dans ces pages comme des catégories du sous-développement. » Ce récit de voyage est l’objet de réflexions sur l’environnement et  l’histoire de la ruralité. Du retour du loup dans le Mercantour aux champs de lavande, avec leurs « rangs alignés » à Valensole, le promeneur a de quoi nourrir ses pensées. Sylvain traverse ensuite des villages « destinés à perpétuer le souvenir muséal de la campagne », faisant partie de circuits touristiques où l’ennui est banni . Son quotidien alterne la marche avec les siestes près de lavoirs ou sous des tonnelles, les rencontres avec l’autochtone et les nuits à la belle étoile. Après avoir traversé le Rhône et pénétré en Auvergne, les villages se font moins peuplés, les magasins plus rares. L’hyper-ruralité a de multiples visages. Elle recule tandis que les nouvelles technologies progressent. Sylvain Tesson se rassure, oui, il y a encore des chemins noirs en France mais pour combien de temps ?

Un texte court, dans un style agréable malgré  un côté parfois emphatique.

Deux sœurs de David Foenkinos Gallimard

Mathilde est brutalement quittée par Etienne. Ce dernier renoue avec la femme qui l’a laissé pour partir en Australie il y a 5 ans. Pour Mathilde, c’est peu dire que le ciel lui tombe sur la tête. C’est une professeur passionnée qui donne l’image d’une femme forte. Mais malgré ses efforts, elle vit une descente aux enfers et finit par craquer. Sa sœur aînée Agathe décide de l’héberger chez elle. Commence alors la deuxième partie de l’histoire, celle où Mathilde évolue au sein du foyer de sa sœur. Agathe possède une vie bien remplie et réussie : elle est conseillère financière, a un époux aimant et une petite fille. Mathilde lui sait gré de l’accueillir et essaie de l’aider. Mais, progressivement ses sentiments à l’égard d’Agathe évoluent…

Plus qu’un roman, je trouve à ce livre des airs de thriller psychologique. Le personnage de Mathilde soulève des sentiments contradictoires au fil du roman. L’auteur procède à un retournement de situation assez étonnant. Un roman qui fait froid dans le dos !

L’amie prodigieuse Enfance, adolescence Elena Ferrante Gallimard coll. Du monde entier

Elena, la narratrice, reçoit un appel du fils de son amie, Lila. Celle-ci s’est volatilisée. Mais Elena n’est pas prête à l’accepter. Elle se remémore alors l’histoire de leur amitié quand les deux fillettes habitaient le même quartier pauvre de Naples dans les années 50/60. Le lecteur va donc les regarder grandir sous le prisme de leur amitié.  Si Elena est blonde et potelée, Lila, cheveux noirs, semble l’exact contraire. Le deux fillettes sont intelligentes même si Lila a ce petit plus, cette facilité qui fait d’elle une surdouée. Elena n’ en est que plus fascinée. Elle admire chez son amie sa facilité à s’exprimer, sa vivacité et son caractère bien trempé qui frise parfois la méchanceté. Cette fascination est teintée de jalousie.Mais il y a téléchargementaussi tout un monde qui gravite autour des deux filles. Celui de Naples, des traditions et des familles avec leurs querelles et leurs violences . Fermez les yeux et  vous pouvez les entendre s’agiter, les voir parler avec leurs mains, s’énerver… Imaginer la vieille boutique du cordonnier, l’épicier du quartier ou le vendeur de rue. C’est toute la magie de l’écriture d’Elena Ferrante, cette capacité à retranscrire l’atmosphère napolitaine, si particulière, ce monde qui transite encore entre modernité et coutumes. Au début, je me suis un peu perdu dans les noms des personnages. J’ai mis aussi un peu de temps à adhérer à l’histoire. Peut-être parce que les deux héroïnes ont chacune leur part d’ombre ? En continuant la lecture, les personnages secondaires prennent plus de stature et leur intérêt dans l’histoire s’accroît . Le roman devient vite addictif. Il est difficile de ne pas se reconnaître dans l’enfance et l’adolescence des fillettes : les relations entre camarade, les transformations physiques, les tensions avec les parents… Cette première partie de la vie où l’on croit encore que tout est possible même si déjà des portes se ferment… Elena pourra continuer ses études au collège alors que Lila devra abandonner  faute d’argent. Cette dernière reportera ses rêves sur la cordonnerie de son père. Quelques années encore et les garçons commencent à faire leur cours aux deux jeunes filles. Le premier livre se termine sur un grand événement l’année de leurs 16 ans. Si le tome 2 est paru en début d’année, il en reste encore deux à traduire ! Et l’auteur reste toujours aussi mystérieuse puisqu’elle signe avec un pseudonyme. Ce roman me fait penser à « D’acier » de Silvia Avallone. Même thématique, l’amitié de deux jeunes filles pauvres. Seule l’époque et le lieu changent puisque l’histoire se déroule dans la banlieue de Piombino (en Toscane) pendant l’ère Berlusconi. Décidément, la littérature italienne, à l’instar de ses personnages, fait preuve d’une lucidité sans concession mais aussi d’une belle vitalité !