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Graceland à propos de « Grace » de Paul LYNCH ; Traduit par Marina BORASO

La faim, croisée dans « Des jours sans fin », la traversée à pied d’un pays dans « Au loin » , c’est un peu les deux que nous fait ressentir ce très beau roman où l’on suit Grace et la présence bavarde de son frère mort, à travers l’Irlande frappée par la famine en 1845.

Roman d’apprentissage qui nous plonge dans les choix arrachés par la survie aux habitants les plus pauvres, il est habité par la mort, la maladie dans un hiver qui semble sans fin. Grace nous guide à travers ce monde en suspens où ses rencontres la sauvent ou la perdent sur le chemin du retour chez elle. Au début du roman, déguisée en garçon, elle se fait éjecter  de sa maison par sa mère : ses chances de survie seront meilleures sur les routes pense -t-elle.

Jeune femme assise
Paul Burty Haviland CA1909

« Elle n’est pas comme tous ces gens sur les routes, , elle le sait, ce qui s’abat sur eux ne la touchera pas… Si j’avais quelque chose, ils voudraient le voler, ils seraient prêts à tout pour le prendre, alors, ils ne méritent pas ma compassion ».

Mais Grace , accompagnée par son frère Colly est pleine de cette énergie terrestre qui manque alentours. Les pensées magiques lui permettent de survivre au monde affamé et couvert de neige qui devient flottant.

« Je n’ai pris qu’un chou, je vous le jure, je peux retourner là-bas et le replanter. Mais c’est sa main qui s’avance pour offrir au policier une galette d’air pur, c’est tout simple, monsieur, mais ça nourrit bien quand même. Le visage de l’homme a une rigidité de pierre, et pourtant elle devine au coin de sa bouche le froncement d’un rire. Si je peux te donner un conseil, c’est de quitter cette ville sans tarder. « 

 

« Des murmures, , une forme floue qui s’avance, un visage apparu dans la nuit éclairée de lune, un homme qui n’est qu’un paquet d’os comme s’il avait emprunté son corps à ce qui se cache sous terre et l’avait revêtu d’une immense paire  d’yeux et il lève  sa pelle pour l’intimider en lâchant une espèce de grondement animal. Ce qu’un homme trouve pour se nourrir,  ne regarde que lui, déclare Colly. « 

Et tout le long, ce texte  très beau et ouvragé font de ce livre un de mes préférés de l’année !

« L’éclat des jacinthes bleues baigne les arbres d’une légère brume, et à l’instant où elle pose les mains sur son ventre, les mots lui montent spontanément aux lèvres et elle dit à Jim  : cette vie est lumière »

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Academy Street Mary Costello ed. Seuil

Tess vit dans un domaine irlandais lorsqu’elle perd sa mère à 7 ans. Elle surmonte progressivement le deuil tout en gardant une part de solitude profondément ancrée dans son caractère. Sa sœur l’encourage à la suivre aux Etats-Unis. Elle y mènera une vie discrète de mère célibataire, désavouée par les siens . L’auteur réussit à nous faire partager ses joies mais aussi la frustration des occasions manquées, la nostalgie et l’isolement.marycostello

Faut-il un personnage haut en couleurs avec une vie tumultueuse pour faire un bon roman ? Pas forcément, Mary Costello nous le prouve. Tess est un personnage marquant dans lequel on s’identifie facilement, qu’on a parfois envie de bousculer ou de réconforter et qui ne laisse pas indifférent.Le livre a reçu l’Irish Book of the Year Award 2014. Un auteur à suivre…