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LAURA KASISCHKE : créatrice d’atmosphères (première partie)

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Un oiseau blanc dans le blizzard est un titre relativement ancien (2000) mais qui fait partie de ceux d’un de mes auteurs préférés (pour l’instant) et que j’ai lu après avoir vu récemment le film de Gregg ARAKI qui en a été adapté.

Kat, une adolescente de 17 ans se retrouve confrontée au mystère de la disparition brutale de sa mère, évanouie dans la nature sans laisser de trace. Elle continue de la voir (en rêve ???) au milieu de décors fantomatiques et glacés. Le père semble anéanti, et cela correspond à son caractère effacé « Je suis un homme simple ».

Kat va tenter de vivre avec cette absence et se construire en reconstituant le puzzle au moyen de flash backs (très bien amenés) et en prenant sa vie en main. Elle prend corps « mais quand Phil s’est allongé sur moi, ce qui m’arriva en fait, fut en fait une soudaine prise de conscience de la présence de notre peau. » ou « le fait de désirer Phil me fit soudain désirer tout et tout le monde » La mère, très belle femme folle d’isolement et de frustration (thème récurrent aussi), contrainte à rester au foyer, a humilié le père depuis le début de leur mariage. Elle a tenté de plus en plus désespérément de ne pas perdre sa place de femme dans la famille : achats compulsifs, ivresse, drague du petit ami de sa fille alors que ses relations sexuelles avec son mari sont inexistantes, hypercontrôle des autres. Le parfait modèle familial américain type est descendu en flamme, mais en douceur, à force de petites piques glacées.

L’enquête avance lentement, en second plan. Mais la véritable recherche est celle de Kat pour savoir qui était cette mère.  Où est elle ? et pourquoi est elle partie ?

On s’oriente surtout à la fin vers le thriller alors que les éléments se resserrent autour de la résolution de l’énigme dont la conclusion varie entre le livre et le film.

black-and-white-person-woman-girl-mediumComme dans ses autres livres, les adolescent(e)s sont présents de façon très réalistes, et qu’on a l’impression de les voir fonctionner sans fard. Pourquoi l’adolescence revient elle dans tous ces livres ? « Il s’agit d’un âge propice au drame, qui possède un grand potentiel tragique et métaphorique » -lesinrocks.com 24/08/2013

En général, c’est leur point de vue qui est central et nous sommes confrontés à leurs états d’âme en direct. Les parents et les adultes y sont souvent débordés et au bord de la crise de nerf alors que les jeunes font preuve d’une lucidité lumineuse et salvatrice pour les pauvres adultes que nous sommes.

Donc, dans ce livre, on a tout ces éléments. Dans le film « American beauty » de Sam Mendes, on retrouve aussi cette famille américaine exemplaire qui part en vrille, en proie à la frustration : le père qui tombe amoureux de la copine de sa fille, et qui démissionne du jour au lendemain, se met à fumer, la mère qui le trompe avec un directeur d’agence immobilière, la fille qui les déteste pour leur attitude puérile.

Mais ce qui caractérise Laura KASISCHKE, ce sont les touches de mystère qui tissent un climat différent dans chaque livre et les rapprochements inattendus entre les éléments de la réalité et les sensations.

A propos de l’odeur d’un cadavre animal. «  Une odeur, qui, dès la deuxième semaine, évoquait plus des roses trempant dans de l’eau sucrée que de la viande morte. A la fin du mois, on aurait plutôt pensé au fœtus mort-né d’un ange. Un petit bout de tissu précieux tombé du ciel et qui, à présent, sentait mauvais. La douceur perdue, précisément, au bord du trottoir  »

Ce qui est envoûtant, c’est ce mystère sans explication tranchée qui s’exprime de façon différente dans chaque titre (fantômes réels ou maladie mentale, rêveries avec, comme autre espace flottant, l’adolescence).

L’auteur a débuté comme poétesse et continue dans cette voie d’ailleurs.

Le ressort de l’angoisse tient au fait qu’on ne peut en déterminer la nature : les phénomènes décrits dans le livre sont-ils d’origine psychologique ou supernaturelle ? Kat va chez la psy mais c’est juste pour parler. C’est cette dualité qui rend les choses effrayantes et intéressantes. Les vrais fantômes ne font pas peur !

Extrait : « En vérité, ma mère a disparu vingt ans avant le jour où elle est réellement partie. Elle s’est installée dans la banlieue avec un mari. Elle a eu un enfant. Elle a vieilli un peu plus chaque jour – de cette façon qu’ont les épouses et les mères d’âge moyen d’être de moins en moins visibles à l’œil nu. Vous levez peut-être les yeux de votre magazine quand elle entre dans la salle d’attente du dentiste, mais elle est en fait transparente. »

Pour compléter tout ça, un petit lien vers la page du site Babelio consacrée à Laura Kasischke

Et un article sur le site de Télérama : article Télérama

Interview sur le site les inrocks.com : Interview lesinrocks.com esprit d’hiver

Sans oublier des références présentes dans notre catalogue : Esprit d’hiver ; En un monde parfait ; La couronne verte (voir critique à suivre) ; Les revenants (voir critique à suivre)

Au sujet du film réalisé par Gregg ARAKI, le dialogue avec le livre (à travers la voix off de Kat) correspondait vraiment à des moments que j’avais repérés dans le livre.

Mais, une différence : le personnage de Kat y est mal à l’aise et complexé «SI je pouvais avoir quelque chose de sexuel aux yeux de quiconque, alors, ce ne pouvait être que de la façon dont l’intérieur d’une oreille de chat peut paraître d’ordre sexuel… Obscène parce qu’on ne voulait pas voir ça, parce qu’on ne veux jamais penser à quelque chose d’aussi vulnérable et personnel que la sexualité dévoilée d’une grosse fille » Alors que dans le film, ce n’est pas le cas, elle est belle et à l’aise de ce point de vue.

Autre différence, dans le film, l’empreinte des années 80 (telles que je les ai ressenties) est physiquement présente à travers une bande son tout à fait représentative. D’ailleurs, Laura K estime que, plus que les personnages, c’est l’atmosphère du livre qui compte : Chez moi, l’intrigue et les personnages sont secondaires. Ce qui compte, c’est une certaine qualité d’impression, une atmosphère.” Le personnage de Phil correspondait physiquement aussi à l’époque. La nouvelle copine du père était incarnée par Sheryl LEE, qui tenait le rôle de Laura Palmer dans Twin peaks catalogue MD68

Un site intéressant consacré à Twin Peaks !

Donc, enrichissement de l’atmosphère du livre par le film qui devient moins suave, plus rock and roll.

A titre d’illustration, voir cet article très intéressant sur la musique des années 80. On y retrouve, « Behind the Wheels » des Dépêche Mode présent dans la bande son du film.

 

La couronne verte de Laura KASISCHKE (Laura KASISCHKE, Créatrice d’atmosphères, deuxième partie)

PLUMESVERTESjpgLa couronne verte Récit d’apprentissage à travers une histoire d’amitié entre trois filles découvrant pendant leur Spring Breack,une toute petite partie du Mexique, mais pas la plus innocente : les pyramides de Chichen Itza, lieu de sacrifice des jeunes vierges!!! ). A cette occasion, les élèves de terminale américains se regroupent dans un lieu exotique, en général, et se livrent à des activités diverses et variées comme le bronzage exaspéré sous l’emprise de l’alcool ou d’autres substances, copulation…ou /et découvertes de la culture locale.

Le récit est partagé par trois amies : Terri qui reste au second plan et choisit plutôt la première option, Michelle, que l’auteur choisit de faire parler à la troisième personne et Anne s’exprimant à la première personne (On comprendra plus tard pourquoi ce choix donne plus d’épaisseur au récit). Ces deux dernières optent pour une option mixte. Elles se trouvent seules face à des choix, sans autre arme que leur instinct. Celui-ci les mènera  au devant du drame mais pas de la façon qu’on imaginait.

A mon avis, ce n’est pas le meilleur livre de Laura Kasischke. La question centrale du livre, bien qu’illustrée par une montée en puissance de l’angoisse, est un peu celle qui se pose à tout le monde : en qui peut-on vraiment avoir confiance? Et cela est peut être encore plus partagé lorsqu’on est un jeune adulte, mis devant une multitude de choix plus ou moins menaçants et/ou excitants selon son degré d’imagination et surtout l’orientation de celle-ci ! C’est peut être un livre qui plaira aussi à un public plus large, le style, au service d’une histoire plus basique, est moins poétique. Certaines images redondantes le plombent même un peu (les plumes vertes deviennent un peu lourdes, au bout de plusieurs fois). La psychologie aussi est plus terre à terre et les adultes sont moins présents. Le seul personnage adulte masculin propose et les filles acceptent ou pas (Michelle n’a pas de père officiellement connu). Mais les mères sont présentes à travers leurs conseils. A propos d’Anne et Michelle : « Nous connaissions et respections nos propres limites. En cela, nous avions pris le contre-pied de nos mères qui pouvaient être d’une insistance pesante : Il leur fallait toujours tout savoir, tout comprendre – et lorsqu’elles n’y arrivaient pas, elles tentaient de nous changer pour que l’on corresponde à la vision qu’elles avaient de nous ». Donc, je continue avec « Les revenants » que j’ai largement préféré.

Les Revenants de Laura KASISCHKE (3ème partie de Laura KASISCHKE, créatrice d’atmosphères)

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Encore un très bon ! Les jeunes adultes y sont encore plus mis en avant que dans « Oiseau blanc dans le blizzard » du même auteur.

Là encore, les personnages ont des visions provoquées par des éléments concrets ou non. Par exemple, quand Mira, enfant, voit sa mère transfigurée et comme en pleine métamorphose. « Le soupçon aussi diffus qu’irrationnel qu’elle se régénérait dans cette pièce. Comme des ailes géantes repliées autour du corps Sa peau paraissait humide couverte d’un film de rosée » et « la fillette eut la nette impression que sa mère venait d’éclore ». Dans ce texte, on est plus près du fantastique et des récits de vampires et de zombies caraïbes que de fantômes éthérés. A un moment « il avait été drogué et il était amoureux, ce qui est aussi en soi une forme de drogue du zombie «  !!.

Le roman se déroule sur un campus américain. Une élève meurt dans un accident de voiture alors que son ami s’en tire miraculeusement. « La scène de l’accident était exempte de sang et empreinte d’une grande beauté. » Le témoin arrivé suite à l’accident a « Le sentiment d’être tombée par hasard sur quelque chose de très secret […], quelque rite sacré nullement destiné aux yeux humains « . Dans Sailor et Lula de David LYNCH, (encore !), la scène de l’accident de nuit, illustre également parfaitement, cette douce étrangeté.

Mais il y a un problème : la jeune fille réapparaît régulièrement aux yeux de certains étudiants. Est-ce un problème liée à la drogue, un simple accident, un meurtre ? Il se trouve que la confrérie à laquelle appartenait la victime est assez portée sur les substances illicites de même que son ancien ami.

Une des professeurs de la fac, spécialisée dans les autopsies et les rites autour des morts apporte sa caution rationnelle à l’enquête, mais pour épaissir encore plus le mystère qui ne sera un peu éclairci qu’à la fin du livre.

Une ambiance noire et gothique qui, au passage, vous permettra d’enrichir vos connaissances sur les confréries qui rythment la vie sociale des campus américains et  la thanatopraxie !

A noter que ce livre a reçu le Prix « Lire en Poche »  2015décerné par la ville de GRADIGNAN.