Archives de mots clés: Liberté

« La servante écarlate » de Margaret ATWOOD; Trad. de Sylviane RUE

 « Nous dormions dans ce qui fût autrefois le gymnase » (première phrase)

« Et donc je me hisse, vers l’obscurité qui m’attend à l’intérieur ; ou peut être la lumière » (dernière phrase)

Image extraite de la série « The Handmaid’s tale », 2017 produite par Hulu

Pourquoi ce livre en particulier ? Il fait partie de ceux  dont je n’avais absolument jamais entendu parler avant de travailler en médiathèque et que j’ai dans la PAL des classiques.  Parce que c’est une magnifique  dystopie du niveau de  « 1984″ avec lequel elle partage des thèmes communs. Ajoutez à cela le coup de projecteur dû à l’adaptation en série cette année avec l’excellente Elizabeth MOSS et, coup de massue, le prix que l’auteure Margaret ATWOOD a récolté cette année et voilà, je l’ai enfin lu.

Defred (comme « de Fred »)  décrit sa vie dans une société post catastrophe nucléaire . A Gilead règne la dépersonnalisation et le contrôle généralisé en réaction  à la frivolité de la société précédente, aux déréglements de l’indépendance, de l’amour et  de la lecture . Mais Defred n’a pas oublié sa vie d’avant, son mari et sa fille dont elle n’a plus de nouvelles.  Elle y pense quand elle regagne la chambre de servante qu’elle occupe dans la maison de ses maîtres où elle vit. La société régie par les préceptes rigoureux qui la divise,  lui a imposé de prêter son ventre pour donner porter les enfants des castes supérieures stériles. Mais le ver est dans le fruit , venu du passé et de son goût de liberté individuelle. Va -t-elle se révolter et si oui, jusqu’où ?

The Royal Winnipeg Ballet interprète La Servante écarlate

Comme dans les autres récits dystopiques, le personnage principal, privé de son identité se fait le messager de nos envies de révolte et parfois, on lui reproche de ne pas aller assez loin. Justement, Defred se montre assez nuancée à cause de son passé et elle n’a pas repris le flambeau de la lutte féministe de sa mère. Elle essaie de comprendre les personnes et les hommes y compris et les considère avant tout comme des humains. Ces nuances dans les personnages font que ce n’est pas seulement un livre féministe et c’est pour cela qu’il est complexe.  L’auteur a puisé dans le réel : un régime où  des femmes perdent les premières leur indépendance, et une partie des hommes en profitent mais au même titre que des régimes politiques ou des pouvoirs religieux ayant existé  (nazisme, communisme…)

Le Jardin des délices env1495-1505 Jérôme Bosch

 

Pas étonnant que l’actualité récente (aux Etats-Unis notamment) ait fait penser à ce livre qui se pose là en matière de classique ! Encore un coup de cœur !

A ce sujet : un article supplémentaire du site Usbek et Rica

Sur Actualitté.com  un article publié à l’occasion du Salon du Livre de Francfort où  Margaret ATWOOD a reçu le Prix de la Paix des Editeurs et libraires allemands)

Pour voir le résumé ou/et réserver sur le catalogue de la MD68, c’est

 

 

Le rouge vif de la rhubarbe de Audur Ava Olafsdottir

Augustina, sorte de Fifi Brindacier islandaise, est profondément libre, comme sa mère partie en mission et son père évaporé après sa conception au milieu des rhubarbes. Ce n’est pas ses jambes en coton qui l’empêcheront de tracer sa route. D’ailleurs, elle a comme projet de gravir une vraie montagne, celle qui surplombe le village du bord de mer qu’elle sillonne avec ses béquilles. Les montagnes, elle connaît,elle en construit avec les mots, des mots précis et pleins de chaleur, comme ceux des lettres qu’elle échange avec sa mère du bout du monde et dont est rempli ce livre fort et sensible.

Lire les premières pages sur le site de l’éditeur

Réserver sur le catalogue de la MD68

 

 

Dans les jardins du Malabar de Anita NAIR, trad. par Dominique Vitalyos

Eternel voyageur qui cherche la mesure de la terre et de l’homme

Voici comment se présente Idris, originaire de Djibouti, voyageur, commerçant, philosophe, interprète, scientifique, et père. C’est le besoin de mouvement et la liberté qui le fait s’embarquer vers Kozhicode, sur la cote du Malabar. Après la rencontre avec son fils, il nous entraîne au gré de ses rencontres dans des voyages portés par des objectifs parfois commerciaux (commerce des pierres précieuses) mais en fait, surtout motivés par la soif de connaissance, y compris celle de son fils.

malabar

A ce titre, sa première quête « officielle » est la découverte de l’endroit -Serendip- où est situé le conte à l’origine du concept de « sérendipité« . Et là, il faut absolument que j’en parle, même si le nom, traduit directement de l’anglais est un peu barbare. Il désigne une expérience quotidienne partagée par tous ! Un exemple : je cherche un livre précis, et, miracle, au cours de cette recherche et de ses dérives, je trouve quelque chose qui me sera encore plus précieux ! C’est un peu l’anti algorithme de recommandation en littérature. Gavarneur en parle aussi dans sa belle critique dans Babelio.

Un jour, j’ai perdu quelque chose dans les environs. Peut être suis-je revenu sur mes pas pour le retrouver

J’ai beaucoup aimé l’ambiance générale se dégageant de ce livre, proche de celle d’un conte philosophique du côté de Zadig de Voltaire. Idris emporte avec lui un savoir accumulé lors de ses voyages et rencontres, qui alimentent sa tolérance pour les peuples qu’il découvre en les laissant venir à lui. Quand on l’interroge sur le Jihad (il est musulman) et qu’on lui demande en quoi il a foi, il s’aperçoit simplement qu’il ne s’était jamais posé la question. Le livre distille certains points bienvenus sur des aspects du Coran ou des pratiques liées à l’hindouisme.

Mais la paternité va amener des bouleversements dans son fonctionnement.

A quelques croyances que l’on s’attachât, tout changeait dès lors que sa progéniture était en jeu

C’est donc un roman d’apprentissage aussi bien du point de vue de Kandavar (le fils), que de celui d’Idris. Il dit de son fils qu’il est la lumière de son âme et leur belle relation évolue au cours du livre.

La rigueur et la dureté  des coutumes rencontrées en Inde ainsi que l’injustice du système des castes est tout de même soulignée ainsi que le sort peu enviable des femmes, même si certaines arrivent à être libre. D’ailleurs, on voit bien que les principes dictés par la coutume et les textes sont appliqués de façon très variable une fois les portes fermées. Idris, au cours de son existence rencontrera plusieurs femmes qui le marqueront.

Le contexte historique est en arrière plan avec la présence des néerlandais, commerçants implantés  (on est dans les années 1660) . A ce sujet, à la fin du livre, une liste des sites sur l’histoire de cette partie de l’Inde est proposée (en anglais).

Les annotations auraient effectivement été plus pratiques en bas de page, mais peut être est-ce dû à la  » version épreuves non corrigées ».

Je remercie Babelio et Albin Michel pour l’envoi de ce livre dans le cadre de Masse Critique. Cette rencontre m’a permis d’aborder ce genre de littérature vers lequel je ne vais pas spontanément. Encore un bel exemple de sérendipité au quotidien.

En cette période où les pensées peuvent peu à peu se tourner vers le voyage, c’est un très bon livre qui saura vous accompagner, je crois.

Il connaissait la valeur des histoires, il savait qu’elles pouvaient nourrir un affamé et soigner un malade

Le déclin de l’empire américain « Seuls sont les indomptés » de Edward ABBEY ; trad. de Laura Derajinski et Jacques MAILHOS

Les indomptés, ce sont les derniers cow-boys solitaires et sauvages comme l’est Jack BURNS dans l’Amérique des années 50. Celui -là  aime tellement la liberté qu’il veut forcer son meilleur ami, Paul, à sortir de prison avant qu’il n’ait purgé sa peine. Même si pour cela, il doit faire un passage par la case prison. Mais les Etats-Unis ont a changé et les individus insoumis ne sont plus les héros. Place aux rouages dociles d’une société réclamant son tribu de chair à canon pour la faire fonctionner. Ca, Paul l’a accepté  et même l’amitié qui le lie à Jack ne le fera pas changer d’avis. La guerre des mondes est déclarée lorsque le cow boy évadé de prison est pris en chasse par un shériff qui semble ému par Jack.

J’ai aimé ce livre pour la tragédie qu’il porte en lui, éclairée parfois par des individus qui pourraient faire que Jack continue à vivre sa vie idéale. Le récit est traversé par quelques chapitres qui semblent venus d’un autre livre et portent une intensité de plus en plus grande (un peu comme de la lave montant dans une cheminée de volcan). Ils concernent un chauffeur de camion rongé par des douleurs digestives. Sa solitude est aussi grande que celle de Jack, mais elle est désespérée et sordide. On se doute d’une l’influence qu’il aura sur le destin de Jack sans avoir de certitude, sinon qu’il représente la nouvelle Amérique.

Les amateurs de chevaux apprécieront la grande connaissance qu’a l’auteur des relations qui peuvent exister entre un cavalier et son cheval (amour un peu vache parfois).

Le style est très précis dans ses descriptions, de l’environnement notamment. C’est peut être le bémol pour ce livre, à certains moments, mais affaire de goût. Peut être parce qu’il a été écrit dans les années 50 (traduit ici pour la première fois). Par contre, les nombreux  dialogues rendent le récit très vivant, notamment les scènes dans la prison.

Un titre des très bonnes Editions Gallmeister,  tournées vers les grands espaces Au sujet de l’éditeur, la spéciale de « Mauvais Genre » du 4 juin  sur France Inter : « L’Amérique sort ses griffes »

Voir le descriptif de Seuls sont les indomptés et réserver sur notre catalogue.